L'Homme au Chapeau Melon 
Date de création :
Le 30 mars 2007
Nom Original :
The Bowler Hat Guy
Créateur(s) :
Dick Zondag (Adulte)
John Ripa (Enfant)
Apparition :
Cinéma
Parcs
Voix Originale(s) :
Stephen Anderson (Adulte)
Matthew Josten (Enfant)
Voix Française(s) :
Boris Rehlinger (Adulte)
Paul-Antoine Nahon (Enfant)

Le portrait

rédigé par
Publié le 09 septembre 2014

Bienvenue chez les Robinson est l'un des classiques de Disney, si ce n'est le classique de Disney, qui comporte le plus de personnages. Entre les héros, tous les membres de la famille Robinson et la pléthore de personnages secondaires, c'est au final une quarantaine de protagonistes qui se partagent l'affiche. Parmi eux, le méchant, l'Homme au chapeau melon, est certainement le plus complexe du film !

L'Homme au Chapeau Melon fait partie de ces quelques méchants ajoutés par les scénaristes de Disney à l'histoire originale, à l'image du Docteur Facilier dans La Princesse et la Grenouille. Car le personnage est absent tel quel de l'œuvre de William Joyce dont s'inspire Bienvenue chez les Robinson. Intitulé A Day with Wilbur Robinson, le livre raconte en effet « simplement » l'histoire de Lewis, jeune garçon de 12 ans, qui rend visite à son ami Wilbur Robinson. Ensemble, les deux enfants se lancent à la recherche du dentier de grand-père Robinson. Pendant cette quête, Lewis fait la connaissance des étranges membres de cette famille loufoque. Pas de trace de méchanceté dans l'ouvrage. Le récit est davantage une promenade qu'une confrontation entre deux héros et un méchant. Les scénaristes de Disney ont dès lors brodé autour de l'histoire originale qui ne constitue au final qu'une toute petite, pour ne pas dire une infime, partie du film.

Au début de l'aventure, l'Homme au Chapon Melon est un personnage énigmatique. Il apparaît dans l'histoire de manière inopinée. Le spectateur ne connait rien de son nom et aucun indice ne permet de comprendre ses motivations. Grand bonhomme tordu, aux membres squelettiques mais néanmoins bedonnant, le méchant est anonyme et seul son chapeau permet de le nommer. Vêtu d'un costume noir, son visage est fin mais sa mâchoire est cependant trés prononcée. Crane gagnée par la calvitie, ses cheveux rebelles rebiquent dans tous les sens et un accroche-cœur habille son front. Portant une longue moustache recourbée, son sourire narquois est marquée par une dentition proéminente avec des ratiches particulièrement mal agencées.

Il faut attendre la seconde moitié du film pour enfin en apprendre plus sur cet être mystérieux qui tente de nuire aux héros du film. Le spectateur apprend, en effet, en même temps que Lewis, que cet homme au chapeau melon est en réalité Michael Yagoobian, son ancien compagnon de chambre à l'orphelinat. Petit bonhomme adorant le baseball, celui que chacun surnomme Goob a subi, années après années, les lubies de son camarade Lewis qui l'empêchait de dormir la nuit à force de bricoler encore et encore des inventions toutes plus farfelues les unes que les autres. Profondément cerné et marchant à la caféine, Goob souffre alors de ne pouvoir fermer l'œil. Risée de ses camarades, sa vie est ruinée lorsque, endormi, il fait perdre le match de baseball à son équipe. Dès lors, acculé par tous, il devient agressif. Et lorsque l'orphelinat met la clé sous la porte, il devient seul, nourrissant jour après jour sa haine contre celui qu'il estime être (à juste titre ?) à l'origine de son malheur.

C'est également au cours de la seconde moitié du film que Lewis, et avec lui les spectateurs, en apprennent plus sur ce fameux chapeau melon qui caractérise si bien ce grand bonhomme. Car il ne s'agit pas d'un simple couvre-chef. Le chapeau, nommé Doris, est le cerveau de toutes les opérations de sabotage de Michael Yagoobian. Car si le garçon était resté seul, sa vengeance se serait limitée à un simple bizutage, ce dernier prévoyant, pour se venger, de « simplement » recouvrir la maison de Lewis de papier toilette ! Mais Doris a d'autres projets plus nuisibles. Et c'est elle qui propose à Goob de remonter dans le temps afin de saboter la vie de son jeune camarade dans le passé. C'est ainsi qu'ensemble, le méchant et son chapeau volent une machine à voyager dans le temps et se retrouvent à la foire de la science de l'école de Lewis afin de dérober sa dernière invention, celle-là même qui aurait pu être à l'origine de sa gloire future.

C'est bien Doris qui fomente les pires complots contre les héros du film. C'est elle le véritable méchant, le cerveau de chaque opération ! Car il faut bien l'admettre, l'Homme au Chapeau Melon, alias Goob, alias Michael Yagoobian, en grandissant, est devenu un bel imbécile. Sans éducation, sans amour, sans personne pour le soutenir, l'enfant est, il est vrai, désormais un homme mal dans sa peau, mal habillé, à l'hygiène douteuse, à la dentition pourrie… Un pauvre type en somme. Dépourvu d'intelligence, et malgré sa rancune, il n'est pas capable de réfléchir correctement deux secondes. Et lorsqu'il tente de faire fonctionner ses neurones, c'est soit pour dire n'importe quoi ou pire, pour faire n'importe quoi, réduisant souvent à néant les plans de son chapeau ! C'est ainsi qu'il amène un dinosaure dans le monde moderne, au grand dam du couvre-chef dont il vient de ruiner la tentative de meurtre à l'encontre de Lewis.

Complètement idiot, Goob n'en reste pas moins un personnage finalement adorable, qu'il est difficile de haïr. Comment détester un enfant malheureux, martyrisé par la vie, et devenu un pauvre hère, un clampin mal dans sa peau, ignoré par tout le monde et abandonné. Comment détester un être qui, dans sa tête, est resté un grand enfant, amateur de bon milk-shake et entretenant une réelle passion pour les licornes. Comment en vouloir à un petit abandonné à son pauvre sort, sans famille, qui a grandi seul à cause d'une injustice commise 30 ans plus tôt et dont son camarade de chambre, qui lui a eu une belle vie remplie de succès, est finalement un peu coupable.

La vraie question est donc la suivante. L'Homme au Chapeau Melon est-il un vrai méchant ? La réponse semble être non. Car la méchanceté du personnage est limitée. A part balancer du papier toilette sur la maison de son « ennemi », il n'a pas une once de cruauté. Il est incapable de réfléchir sereinement. Il est obligé de noter soigneusement sur son cahier « licorne » les différentes étapes du plan échafaudé avec Doris. Il ne parvient pas à parler en public et il manque totalement de répartie. S'adressant à la standardiste de la société Inventco, il bafouille, incapable qu'il est de s'annoncer comme il se doit. Le scanner de mémoire tout juste volé à Lewis dans les bras, il en est réduit à affirmer qu'il s'appelle Marion sans être certain qu'il s'agisse bien d'un prénom d'homme (ce que le patronyme est outre-Atlantique) pour obtenir un rendez-vous. Et quand il se retrouve devant le grand patron de la firme, il a besoin de Doris qui, par la fenêtre, lui dicte ses phrases. Et lorsque le chapeau ne peut plus lui venir en aide, il ruine tout bonnement l'entretien et finit sur le trottoir avec la machine.

C'est finalement sa rencontre avec Doris qui a fait de lui ce qu'il est devenu, un criminel. Car pour la première fois, quelqu'un (quelque chose !) s'est occupé de lui, a pris en compte son chagrin, l'a aidé à préparer une vengeance qu'il aurait été incapable de réaliser. Gentil demeuré, Goob se rend d'ailleurs compte, à la fin du film, qu'il n'est pas le méchant qu'il paraît être. Marionnette de Doris, homme de paille uniquement là pour exécuter les basses besognes du chapeau, il se rend à l'évidence qu'il ne compte pas lorsqu'en découvrant le futur, il apprend que le couvre-chef le liquidera dès lors qu'il sera parvenu au pouvoir. Le "méchant" devient la victime...

A l'origine de son triste malheur, Goob trouve finalement auprès de Lewis un allié de poids. Usant de sa machine à voyager dans le temps, l'enfant parvient en effet à l'empêcher in extremis de signer un contrat avec Inventco et donc de porter Doris au pouvoir. C'est Lewis qui le débarrasse du dangereux chapeau melon. Enfin, c'est Lewis qui, revenu dans le passé, sauve la réputation du jeune Michael Yagoobian, en le tirant de son sommeil, lui permettant ainsi de rattraper la balle et de faire gagner son équipe de baseball. De risée, le petit garçon devient alors le clou du spectacle, l'idole de tous. Adopté dans les jours suivants, sa vie originellement ruinée s'annonce dès lors plus radieuse que jamais.

 

L'Homme au Chapeau Melon est une création originale de Disney. Son rôle est notamment épaissi lorsque John Lasseter, tout nouveau président des Walt Disney Animation Studios, demande au réalisateur Stephen Anderson de revoir son film, de rendre le méchant plus menaçant et de changer la fin de l'histoire. C'est notamment à la suite de ces remarques que Doris et le dinosaure font leur apparition dans le script.

  

Le personnage adulte est animé par Dick Zondag. Réalisateur et animateur, Zontag a son nom au générique de films comme Les Quatre Dinosaures et le Cirque magique, qu'il met en scène, ainsi que de Fievel et le Nouveau Monde, Le Petit Dinosaure et la Vallée des Merveilles, Astérix et les Indiens, Dinosaure, Chicken Little et Volt, Star malgré lui. Dans la version originale, il est doublé par le réalisateur du film, Stephen Anderson. En France, le rôle est tenu par Boris Rehlinger, la voix de Colin Farrell, Jason Statham, Ben Affleck, Benicio del Toro et de personnages comme Sitka dans Frère des Ours ou encore du Chat Potté.

 

Version enfant, Michael Yagoobian est animé par John Ripa, dessinateur de Pocahontas, de Quasimodo, et créateur de Tarzan enfant, de Jim Hawkins. Dans la version originale, il est doublé par Matthew Josten, qui prêtait déjà sa voix au bébé alien dans Chicken Little. En France, il est interprété par Paul-Antoine Nahon.

 

La carrière de l'Homme au Chapeau Melon est assez sommaire. A l'image de Lewis et Wilbur, le personnage apparaît (rarement) dans les parcs Disney. Il est l'un des protagonistes du spectacle Unleash the Villains produit au Disney's Hollywood Studios en 2013.

Gros bêbête qui s'extasie devant tout et n'importe quoi, l'Homme au Chapeau Melon est au final l'une des belles réussites de Bienvenue chez les Robinson. Car parmi la pléthore de personnages, il reste certainement celui qui est le plus abouti, le plus complexe, et au final, le plus adorable.