Ebenezer Scrooge
Date de création :
Le 06 novembre 2009
Nom Original :
Ebenezer Scrooge
Créateur(s) :
David Block
Glen Keane
Apparition :
Cinéma
Voix Originale(s) :
Alan Young
Voix Française(s) :
Philippe Dumat (Le Noël de Mickey - 1983)
Bernard Dhéran (Noël chez les Muppets - 1992)
Pierre Baton (Le Noël de Mickey - 2002)
Emmanuel Curtil (Le Drôle de Noël de Scrooge - 2009)
Interprète(s) :
Michael Caine (Noël chez les Muppets - 1992)
Jim Carrey (Le Drôle de Noël de Scrooge - 2009)

Le portrait

rédigé par
Publié le 24 décembre 2014

Parmi les classiques de la littérature les plus adaptés au cinéma, à la radio et à la télévision figurent notamment des livres comme Alice au pays des merveilles, Dracula, L'Île au trésor, Les Misérables, Oliver Twist, Tarzan ou encore Les Trois Mousquetaires. A cette liste, peut également s'ajouter le classique de Charles Dickens Un Chant de Noël, mainte fois utilisé ; le personnage principal, Ebenezer Scrooge, ayant été notamment interprété par Lionel Barrymore, Orson Welles, Reginald Owen, John Carradine, Fredrich March, Basil Rathbone, Albert Finney, George C. Scott, Bill Murray, Patrick Stewart ou encore Dean Jones. Chez Disney, l'œuvre de Dickens a principalement été portée à l'écran à trois reprises dans Le Noël de Mickey, Noël chez les Muppets et Le Drôle de Noël de Scrooge, dans lesquels le méchant est tour à tour interprété par Picsou, Michael Caine et Jim Carrey.

  

Ebenezer Scrooge est le protagoniste principal d'Un Chant de Noël de Charles Dickens. Mis en images par John Leech et publié par Chapman and Hall en 1843, le roman s'inscrit dans la tradition des histoires et autres cantiques de Noël publiés durant l'ère victorienne, en particulier celles de Davies Gilbert et Thomas Hervey, et popularisés par le Prince Albert et la Reine Victoria. L'histoire rend également compte de la misère et des fortes inégalités, exacerbées dans cette Angleterre de la Révolution industrielle, que l'auteur dépeint également dans Oliver Twist. En situant son histoire à Noël, Charles Dickens souhaite marquer les esprits et ouvrir les yeux de chacun sur les problèmes sociaux de son pays. Le succès est au rendez-vous, l'ouvrage, épuisé encore et encore, étant alors édité sept fois en moins de six mois. La réussite est telle que le terme Scrooge est devenu dans la langue de Shakespeare un nom commun pour qualifier les personnes avare et misanthrope.

  

L'histoire est celle d'Ebenezer Scrooge, usurier égoïste et sans cœur, dont la fortune et surtout l'avarice en ont fait un paria de la société. Vivant reclus et n'ayant pour seul compagnon que son fidèle employé, Bob Cratchit, Scrooge ne vit que pour son argent, qu'il prête à des taux indécents aux pauvres hères de Londres qui, parfois incapables de rembourser, finissent à la rue. N'éprouvant aucun sentiment pour ses congénères, le vieil homme a le plus grand mépris pour tout ce qu'il considère comme du gaspillage, en particulier l'amour et les fêtes.

  

Car il s'agit bien là pour Scrooge de futilités. Noël n'est à ses yeux que, sottises, fariboles et balivernes (humbug dans le texte). Et il se montre incapable de comprendre en quoi cette fête est joyeuse dès lors qu'elle coûte pour au final ne rien rapporter. C'est ce qu'il explique à son neveu Fred, sa seule famille venue l'inviter à partager une dinde le lendemain. Pourtant gentiment associé à la fête, Scrooge fait part de son mécontentement, réprouvant l'attitude de son parent, qu'il estime désinvolte et dilettante. Et sa radinerie atteint des sommets lorsque deux quêteurs viennent lui demander la charité. Estimant payer suffisamment d'impôts pour entretenir les hospices et les prisons, Ebenezer Scrooge ne comprend pas l'acharnement de tous ces « pique-assiettes » souhaitant lui prendre son argent. Il suggère alors d'incarcérer les pauvres, expliquant que leur mort ne serait, au final, pas si mauvaise dès lors qu'elle permettrait de réduire « le surcroit de population »...

  

La vie de Scrooge est bouleversée lorsque ce soir de réveillon, il reçoit la visite du fantôme de son ancien partenaire en affaires, Jacob Marley, mort sept ans plus tôt. Le revenant est venu prévenir son ami que son attitude égoïste doit cesser sous peine d'être damné. Car Marley fut lui aussi un prêteur intraitable de son vivant. Exploitant la misère et escroquant les pauvres, sa mort se résume désormais à errer pour l'éternité en portant les chaînes symbolisant sa cupidité. Et ces chaînes menacent maintenant Scrooge qui, à sa mort, portera également le poids de toute sa méchanceté. Le voilà donc prévenu. Le vieil avare recevra la visite de trois esprits de Noël qui tenteront de le faire réfléchir et surtout le faire changer d'attitude. Scrooge part au lit traumatisé par ce qu'il estime être, encore, de simples foutaises.

  

Comme annoncé, Scrooge reçoit heure après heure, la visite des esprits. Avec celui des Noëls passés, il remonte le temps à la redécouverte de son enfance et adolescence, de sa solitude à l'école, loin de sa famille et de sa sœur Fanny, la mère de Fred, morte en couche. Il revit aussi son apprentissage auprès de son maître, Monsieur Fezziwig, avec lequel il a appris son métier. Scrooge se souvient à quel point cette époque, révolue, était joyeuse, le vieux Fezziwig fêtant toujours comme il se doit la fête de Noël. C'est d'ailleurs au cours de l'une de ces célébrations que Scrooge a vécu sa romance avec Belle (ou Isabelle selon les versions), une charmante jeune femme bientôt remplacée par l'argent dans le cœur de son amant. Abandonnée par le jeune Ebenezer, accaparé par les affaires, Belle se mariera finalement à un autre homme.

  

De retour chez lui, Scrooge est ensuite mis face à son présent par un esprit de Noël géant, rond et joyeux, bien décidé à convaincre le vieil avare qu'il faut profiter de l'instant. Une visite chez Fred lui révèle ce déjeuner auquel il a refusé de participer malgré l'invitation insistante de son neveu. Le fantôme des Noëls présent lui montre aussi le domicile de Bob Cratchit, qui célèbre comme il se doit cette fête malgré ses nombreux soucis, en particulier la maladie incurable de son petit Tiny Tim. Choqué par ce malheur, Scrooge se voit répondre par l'esprit que si Tim disparaît, cela « réduira le surcroit de population », citant les propres mots de l'usurier qui, lorsqu'il demande si quelqu'un prend soin de cette famille, se voit répondre « qu'il existe déjà des hospices et des prisons ». Ironie du sort !

  

L'esprit des Noëls futurs accompagne Scrooge à la découverte de son avenir. Un avenir terrible. Le jeune Tiny Tim est mort, faute de salaire suffisant pour lui prodiguer des soins. Le prêteur apprend également la mort d'une vieille canaille, cette disparition semblant au final contenter tous les badauds venus à l'enterrement pour profiter du dîner. Parmi les personnes présentes, sa vieille bonne qui a volé tout ce qu'elle a pu dans la maison de son défunt maître. Désireux de savoir qui est donc cet homme que personne ne regrette, Scrooge découvre son nom sur la pierre tombale. Méprisant durant sa vie, c'est désormais lui qui est méprisé après sa mort.

  

L'avenir est sombre. Ebenezer Scrooge se retrouve chez lui traumatisé. Mais il n'est pas trop tard. La nuit lui a porté conseil. C'est le jour de Noël et le vieil avare est bien destiné à rectifier le tir. Les quêteurs reçoivent un don incroyable. Fred accueille son oncle extatique et Cratchit est augmenté. Tiny Tim sera sauvé par celui qu'il considèrera bientôt comme un « second père ». Les Noëls futurs seront désormais honorés par Scrooge comme il se doit !

  

Tout le monde connaît l'histoire d'Ebenezer Scrooge. Et la question peut se poser : cet homme est-il méchant ? Car chacun sait que le vieil homme a fait acte de repentance. Néanmoins, ce changement d'attitude intervient à la toute fin de sa vie. Une vie de méchanceté, au final, et surtout une vie au cours de laquelle il n'a jamais cessé de considérer sa famille, ses voisins et ses clients avec un profond mépris. Il a fait le mal pendant toute sa carrière. Chacun imagine le nombre incalculable de malheureux grâce auxquels Scrooge a fondé sa fortune. Et pour certains d'entre eux, l'usurier a provoqué la ruine et la mise sur le carreau. Ebenezer Scrooge a également profité du dévouement de son fidèle Bob Cratchit, employé des journées entières pour un salaire minable. Et finalement, le vieil homme n'aurait jamais changé d'attitude sans la pression des fantômes et la peur de son avenir moribond. Scrooge ne devient charitable que par intérêt. Donc, en cela, oui, Ebenezer Scrooge est un méchant.

  

Pourtant, dans sa jeunesse, le garçon n'était pas ce qu'il est devenu. Né un 7 février 1786, Scrooge enfant était profondément amoureux de sa famille, en particulier de sa sœur Fanny (dont le prénom était celui de la sœur de Charles Dickens). Scrooge savait à l'époque faire preuve d'un peu de compassion. Il a également éprouvé un grand respect pour son maître d'apprentissage, Monsieur Fezziwig, qu'il a toujours estimé et porté dans son cœur. Surtout, il a aimé profondément Belle, finalement délaissée car les affaires n'étaient pas aussi bonnes qu'espérées. Scrooge n'était pas méchant. Scrooge est devenu méchant à causes des affres de la vie : sa solitude sur les bancs de l'école, la mort de sa sœur, sa rupture brutale avec Belle, sa carrière envahissante... En cela, le personnage de Scrooge s'inscrit dans la veine d'autres méchants réduits à cela par la vie, à l'image de Denahi ou encore de Goob. Le personnage est donc complexe. Sa méchanceté pourrait même s'expliquer, voire se justifier.

Les studios Disney ont souvent rendu hommage au classique de Charles Dickens et le personnage de Scrooge apparaît à de nombreuses reprises dans leur filmographie. En 1983, Le Noël de Mickey est la première adaptation du livre anglais. Il met logiquement en scène Picsou dans le rôle principal d'Ebenezer Scrooge. Car qui pouvait mieux interpréter le vieux radin que le canard multimilliardaire créé par Carl Barks et dont le nom original, Scrooge McDuck, est tout droit inspiré de l'œuvre de Dickens ? Dans cette version épurée (il n'y a par exemple aucune évocation de la part du personnage du « surcroit de population »), Piscou partage l'affiche avec une multitude de personnages de la ménagerie Disney, dont Mickey, Minnie, Donald, Daisy, Dingo, Jiminy Cricket, Willie le géant, Pat Hibulaire, mais également Mr. Toad, Riri, Fifi et Loulou, les Trois Petits Cochons, Gertrude, Oncle Waldo, Tic et Tac, etc.

 

Animé en partie par David Block et Glen Keane, Scrooge est interprété dans la version originale par Alan Young. A l'affiche de films comme La Machine à Explorer le Temps et Le Chat qui Vient de l'Espace, il est la voix attitrée de Picsou, ainsi que celle de Flaversham dans Basil détective privé. En France, le personnage est doublé par Philippe Dumat, la voix officielle de Picsou, ainsi que de la Chenille, du prince Jean, de Snoops, Dalben, Dawson ou encore Fagin. En 2002, il est remplacé par Pierre Baton, la voix de Jock ou de Ritournel.

En 1992, Un Chant de Noël est adapté par les studios Disney et Jim Henson Productions dans un film mettant en scène les Muppets, Noël chez les Muppets. Alors que la majorité des premiers rôles sont tenus par les marionnettes, le méchant est joué par Michael Caine (doublé par Bernard Dhéran). Acteur depuis plus de 60 ans, Caine a notamment été au générique de films comme Le Limier, Un Pont Trop Loin, Batman Begins, Le Prestige, ou encore Cars 2 où il prête sa voix à Finn McMissile.

En collaboration avec le réalisateur Robert Zemeckis et ses studios ImageMovers Digital, Disney transpose une troisième fois le livre de Dickens dans Le Drôle de Noël de Scrooge, sorti dans les salles en 2009. Décrié pour son utilisation de la motion capture, le film met en scène Jim Carrey (doublé par Emmanuel Curtil) dans le rôle du méchant usurier, l'acteur interprétant au passage les trois esprits de Noël. Le film, plus cru que les deux précédents, s'avère être au final l'adaptation la plus fidèle du classique anglais.

Les 101 Dalmatiens - La Série
La Vie de Croisière de Zack et Cody

Le succès de l'oeuvre de Charles Dickens reste aujourd'hui encore incontestable aux Etats-Unis. Tant et si bien que le rôle d'Ebenezer Scrooge est également été tenu dans pléthores d'autres productions des studios Disney. Et la liste est loin d'être exhaustive tant les références sont nombreuses. Pour n'en citer que deux, Cruella campe par exemple indirectement le personnage dans un épisode de la série Les 101 Dalmatiens - La Série consacré aux fêtes de Noël, Une Cruella de Noël. London Tipton (Brenda Song) joue aussi un rôle semblable dans l'épisode Un Conte de Noël de London, dans la saison 3 de la série La Vie de Croisière de Zack et Cody. Et la liste est encore longue, voire interminable ! 

  

Cupide, sans cœur, détestant les fêtes par-dessus tout, Ebenezer Scrooge est le méchant dans toute sa splendeur. Ne faisant que le mal autour de lui, il représente cependant l'antihéros repenti, l'antagoniste finalement pardonné, à tel point qu'il en ferait presque oublier une vie entière de mauvaises actions.