Walt Disney a très vite compris l'impact du média télé et tout l'intérêt
qu'il pouvait représenter pour sa compagnie. Il décide ainsi de collaborer avec
la chaîne ABC et fait produire dès 1954 pour la télévision plusieurs émissions
dont le thème central est
Disneyland. Walt Disney en personne bénéficie
ainsi, chaque semaine, en soirée, d'une tribune familiale pour s'adresser à des
millions de foyers américains et leur présenter, par la même occasion, le
concept de son parc à thèmes. Dés lors, Disney (l'homme ou le label) ne quittera
quasiment plus le petit écran. En 1957, et durant deux saisons, la compagnie de
Mickey propose
Zorro. Parallèlement, (du 3 Octobre 1955 et ce jusqu'au 25 Septembre
1959) elle produit une émission,
Mickey Mouse Club, d'une durée
d'une heure du lundi au vendredi présentant 24 talentueux enfants. Surnommés les
"mouseketeers", ces adolescents, triés sur le volet, font des claquettes, jouent
de la musique et introduisent les invités, séries et autres cartoons, sous la
direction de deux adultes, Jimmie Dodd et Roy Williams. Nombreux de ces "mouseketeers"
(Annette, Tommy, Darlene, Lonnie, Sharaon, Sherry, Doreen, Bobby, Cubby, Karen,
Dennis ou Cheryl) connaissent d'ailleurs instantanément la célébrité. Durant les
deux saisons suivantes, 15 enfants sont ajoutés pour arriver à un total de 39.
Annette Funicello est sans aucun doute la plus grande star de la bande. Outre sa
participation au Mickey Mouse Club, elle sera à l'affiche de plusieurs films (Babes in Toyland
ou The Misadventures of Merlin Jones) ou téléfilms Disney (Escapade in Florence ou
Elfego Baca). Elle mènera parallèlement une
très grande carrière en tant que chanteuse sous le label Disney et peut-être
considérée comme la toute première ambassadrice de la compagnie de Mickey.

Sur le plan du contenu, Mickey Mouse Club
dispose d'une mécanique, à l'américaine, très bien huilée. L'émission
présente ainsi chaque jour un thème spécifique. Le lundi : la musique, le
mardi : l'invité spécial, le mercredi : la spontanéité, le jeudi : le cirque
et, enfin, le vendredi : le talent. Le show propose également des séries
inédites comme
Spin & Marty,
The Hardy Boys, Annette ou Adventure in Dairyland.
Les "news" permettent, quant à elles, de présenter aux petits américains les
us et coutumes des enfants du monde entier tandis que des séries d'animation
spécialement créées pour l'occasion (Jiminy Cricket : I'm No Fool...
présenté par Jiminy Cricket) tentent d'éduquer en distrayant. Chaque
émission commence avec une séquence d'ouverture totalement animée dont le
final récurrent met inlassablement en scène un maladroit Donald tentant de
faire sonner le gong de début, avec, à la clé, une variété infinie de
"catastrophes". L'idée a d'ailleurs était reprise dans le célèbre générique
du
Muppet Show avec Gonzo. L'épisode se termine enfin, sans exception, par
la diffusion d'un vieux cartoon des studios Disney.

Au total, Mickey Mouse Club
compte 390 épisodes (260 d'une heure, puis 130 de 30 minutes après que la
chaîne choisisse de raccourcir le show). Dès 1959, les relations de Walt
Disney avec ABC se dégradent sensiblement. Si Disneyland
reprend sous le nom de Walt Disney Presents,
deux séries,
Zorro et le Mickey Mouse Club
sont, elles, stoppées. Le Maître de l'animation décide finalement de migrer
sur NBC en 1961. Le Mickey Mouse Club
réapparaît ainsi sur le petit écran à plusieurs reprises. De 1962 à 1965, il
est au programme d'NBC avec la rediffusion des shows précédents. Re-bellotte
de 1975 à 1977 où la rediffusion, toujours sur NBC, rencontre un véritable
succès qui persuade la chaîne de commander pour la saison 1977-1978 de
véritables créations avec de nouveaux "mousketeers". Nouvel arrêt puis
renaissance dix ans plus tard (de 1989 à 1994) sur une nouvelle chaîne
(Disney Channel) avec un concept très éloigné de l'émission des années 50.
Les références à Mickey Mouse disparaissent en effet (les enfants ne portent
plus par exemple les oreilles de la célèbre souris) et la moyenne d'âge du
public visé est plus élevée. Les nouveaux "mousketeers" sont désormais des
"show man" ou "show girl" qui bénéficient à plein du tremplin que représente
l'émission. Christina Aguilera, Justin Timberlake ou Britney Spears sont
tous ainsi issus du Mickey Mouse Club.

La série, Jiminy Cricket : I'm No Fool met sur le devant de la
scène un personnage devenu emblématique pour Disney : Jiminy Cricket. C'est
l'animateur, et futur membre des
Neuf Vieux Messieurs, Ward Kimball,
qui est en charge du personnage et dont les traits lui causent bien des
soucis. Ils ne lui plairont décidément jamais ! Il reproche, en effet, au
design du cricket de ne "ressembler à rien" et surtout pas à un
insecte, mis à part bien-sûr sa taille. En fait, c'est Walt Disney lui même
qui impose sa vision à l'animateur de renom, en exigeant que la conscience
de Pinocchio soit suffisamment distincte d'une créature vivante (insecte ou
animal) pour la rendre à la fois attachante auprès du grand public tout en
étant distante de la réalité. Le choix du Maître de l'animation s'avèrera,
en fait, être le bon ! Les spectateurs plébiscitent instantanément le
personnage de Jiminy Cricket si bien que la compagnie le met bien vite à
l'honneur d'autres productions, dont un long-métrage
Coquin de Printemps et des séries télé du
Mickey Mouse Club : Jiminy
Cricket : I'm No Fool... (6 épisodes) mais également Jiminy Cricket :
You and Your... (8 épisodes) et Jiminy Cricket : The Nature of Things
(4 épisodes). Il apparait aussi en maître de cérémonie dans plusieurs
épisodes de l'émission
Disneyland.

Jiminy Cricket : I'm No Fool... est donc une série éducative créée
spécialement pour le Mickey Mouse Club.
Elle enseigne aux enfants comment bien appréhender toutes sortes de dangers.
Construite sur une animation minimaliste (le nom du réalisateur n'est
d'ailleurs même pas renseigné !), plusieurs de ses scènes sont communes à
différents épisodes. Seules l'explication sur l'origine et la nature du
sujet du jour tout comme l'animation récurrente sur le tableau noir
changent. Au départ, cinq épisodes sont mis en boite : ...with A Bicycle (1955), ...with Fire
(1955), ...as a Pedestrian (1956), ...in Water (1956) et
...Having Fun (1956). Ils sont ensuite dissociés de ceux du
Mickey Mouse Club pour être
proposés de manière autonome, en 16 mm, aux écoles américaines. Les deux
premiers sont distribués à travers tout le pays dès avril 1956 (...With A
Bicycle et ...with Fire), celui du milieu en octobre 1956 (...as
a Pedestrian) et les deux derniers en avril 1957 (...in Water et
...Having Fun). Ils font leur petit effet dans le monde de
l'éducation et constituent d'ailleurs les tout premiers cartoons à être mis
à disposition officiellement par le studio de Mickey dans les établissements
scolaires. Ils créent un précédent vite perpétué par Disney qui proposera
ses services à l'Education Nationale Américaine à la fois par le biais de
cartoons mais aussi de documentaires en prises de vues réelles ; et ce,
jusque dans les années 90.
17 ans plus tard, en octobre 1973, un sixième et dernier épisode, I'm No
Fool With Electricity, réalisé par Les Clark,
est présenté directement en 16 mm, en couleur (ses prédécesseurs avaient
été, eux, produits en couleur mais diffusés en noir et blanc !). La boucle
est parfaitement bouclée quand il se voit diffusé en avril 1977 dans la
première saison de la nouvelle émission, The New Mickey Mouse
Club...

L'aura de la collection des Jiminy Cricket : I'm No Fool... est
telle qu'une controverse d'experts a vu le jour au sujet du nombre
d'épisodes de la série. Elle en comporte bien -et uniquement- six !
Certes, il existe par ailleurs six autres court-métrages qui prennent
abusivement le "nom-label" d'I'm No Fool et son concept de programme
éducatif. Mais la ressemblance s'arrêtent là ! Déjà, ils sont produits
quelques quarante ans plus tard, dans les années 90 ; les trois premiers (I'm
No Fool in Unsafe Places, I'm No Fool on Wheels et I'm No Fool
with Safety at School) sortant en janvier 1991 et le reste (I'm No
Fool in a Car, I'm No Fool in an Emergency et I'm No Fool in
Unsafe Places II) en avril 1992. Ensuite, ils n'ont jamais été diffusés
dans le Mickey Mouse Club.
Enfin, il sont entièrement "live". Sans compter qu'un seul d'entre-eux (I'm
No Fool with Safety at School) met Jiminy Cricket à l'affiche ; et
encore, il est accompagné de Pinocchio. Le pantin de bois devenu petit
garçon revient d'ailleurs seul dans I'm No Fool on Wheels et I'm
No Fool in Unsafe Places. Dans deux autres épisodes (I'm No Fool in a
Car et I'm No Fool in Unsafe Places II), le rôle principal est
tenu par un extra-terrestre tandis que le tout dernier de la série (I'm
No Fool in an Emergency) met à l'honneur un agent de police. Mais le
pire reste à venir : il ne s'agit, dans cette collection, en aucune manière
des personnages toonesques ou des characters mais seulement de jeunes gens
grimés ici en Pinocchio, là en Jiminy et ainsi de suite ... Pour un
résultat, somme toute, assez pathétique.
Jiminy Cricket : I'm No Fool... est une sympathique série d'éducation
bénéficiant d'un maître de cérémonie idéal, personnage emblématique de la
galaxie Disney. Qui mieux que la conscience de
Pinocchio peut, en effet,
apprendre aux enfants à être prudents ? Ceci dit, il convient, ensuite, de ne
pas être trop regardant ! Prévue à l'origine pour la télévision, son animation
est, il est vrai, rudimentaire avec un trait grossier et un recours systématique
au fordisme témoignant du peu d'investissement budgétaire pour sa production.
Il n'empêche ! Son but premier (l'éducation par le divertissement) est atteint.
Pas étonnant dès lors que Jiminy Cricket : I'm No Fool... soit très
populaire auprès des élèves.