Les marionnettes du
Muppet Show affichent, à l’origine, une
double nationalité, anglo-américaine. Elles apparaissent, en effet, pour la
première fois sur le petit écran en 1976, conjointement sur les chaines de
télévision CBS aux USA et ITV en Angleterre. Rapidement remarquées par les
diffuseurs du monde entier, elles accèdent vite à une renommée internationale
qui perdure encore aujourd’hui.

La première version de leur célèbre show comptabilise ainsi
un total de 120 numéros. Il débarque en France dès 1977 et fait, alors, les
beaux jours d’Antenne 2. Rediffusées à de multiples occasions, naviguant d’une
chaine à l’autre, les aventures de Kermit, Peggy et compagnie marquent sans mal
l’inconscient des téléspectateurs français qui leur conservent une place de
choix dans leur mémoire télévisuelle.
En 1996, dans la foulée d’une tentative de renaissance
outre-Atlantique du célèbre show sur la chaine ABC, une nouvelle version du Muppet Show,
rebaptisée Muppets Tonight, débarque sur le petit écran français.
Canal + se charge alors de sa diffusion et le propose, en clair, le samedi à
19h. Comme aux U.S.A., le téléspectateur n’accroche pas à l’émission. L’accueil
est d’ailleurs à mille lieux du triomphe connu à la fin des années 70.
L’audience ne décolle pas si bien que le show est stoppé net. L’échec est
cinglant dans la mesure où, depuis leur première carrière à la télévision, les
Muppets parviennent toujours à des scores tout à fait satisfaisants dans les
salles obscures. Leurs films (Les
Muppets, ça c'est du cinéma ! - 1979,
La Grande
Aventure des Muppets -1981, Les Muppets à Manhattan
-1984, et
Noël Chez les Muppets – 1992, L'île au
Trésor des Muppets - 1996 et Les Muppets dans l'Espace
-1999) trouvent, il est vrai, toujours le moyen d’attirer les foules, même si
une érosion progressive des ventes de billets s’observe à chaque opus.

Le succès est-il déjà en train de quitter les Muppets ? Une
chose est sure, la bataille autour de leurs droits d’exploitation n’a pas
arrangé leurs carrières.
Alors que la construction de l'attraction Muppets Vision 3D
du parc Disney-MGM studios à Walt Disney World en Floride n'est pas
encore achevée, Jim Henson et la Walt Disney Company annoncent, en effet, en
août 1989, le rachat, par cette dernière, de tous les droits et licences
couvrant les Muppets. Hélas, un blocage juridique et le décès prématuré de Jim
Henson, en mai 1990, rendent, moins d'un an plus tard, l'accord caduc. Cette
situation, pour le moins instable, explique ainsi que Disney n'ait, en fait,
produit que les quatrième et cinquième films des Muppets, à savoir :
Noël Chez les Muppets en 1992 et L'île au
Trésor des Muppets en 1996. Il faudra attendre, ensuite, prés
de quatorze ans, en avril 2004, pour voir Disney mettre enfin la main sur le
catalogue de Jim Henson et sceller à jamais la filiation entre Mickey et Kermit.

Très logiquement, la Walt Disney Company ressort donc sous
son propre label les productions « Muppets », y compris celles aux qu’elle n’a
pas participées, de prêt comme de loin, à l’élaboration, série télé comme films.
La France fait toutefois figure d'exception puisque les droits de deux
longs-métrages sont encore la propriété d'un éditeur obscur, Elephant Films - la
question étant de savoir jusqu'à quand ? Pour rajouter à la confusion sur les
droits attachés aux Muppets, il est d'ailleurs à noter que Buena Vista, le
distributeur intégré de la Walt Disney Company, avait édité, en VHS,
Les Muppets, ça
c'est du cinéma ! au début des années 90.
Les Muppets, disposant désormais à plein du rouleau
compresseur marketing de la firme de Mickey, peuvent sereinement
envisager leur retour sur le devant de la scène. Contre toute attente, il se
produit en France, sous forme de test. Philippe Lacco, Président de Disney
France et Sébastien Cauet, animateur de télé en vogue, signent, en effet, un contrat
d’adaptation du célèbre show de Kermit, destiné à être présenté sur TF 1, la
première chaine française et européenne pour le critère de l’audience.

La genèse de cette version 100% française s’avère toutefois
délicate. Des problèmes logistiques apparaissent très vite pour fabriquer les
épisodes, à commencer par les marionnettes, elles-mêmes, qui manquent à l’appel. Un retard de
livraison des déclinaisons « frenchies » retardent, il est vrai, les
enregistrements. En outre, si la production est bien confiée à la société de
l’animateur vedette, tous les textes et les sketches sont, au préalable, visés
par Disney qui n’entend pas voir ses mythiques Muppets sombrer dans le
trash ou le vulgaire. Enfin, la lourdeur de l’enregistrement de chaque numéro
est tel que les plannings de production sont maintes fois chamboulés. Annoncée
au printemps 2006, Muppets TV débarque finalement le 29 octobre
2006 pour dix épisodes. Si l’audience est au rendez-vous, le show doit revenir
pour une saison complète cette fois-ci.
L’émission est bien sûr rajeunie. Déjà, elle est allongée
et passe à trois quart d’heure hebdomadaires. Cette décision s'avèrera vite
suicidaire tant le rythme des épisodes parait dur à tenir sur une si longue
durée. Ensuite, comme pour Muppets Tonight : exit le théâtre
! Kermit
officie désormais sur un plateau télé où il reçoit deux invités de marque par
numéros. Les voix des célèbres marionnettes sont également changées. Le casting
de la grande époque (Micheline Dax, Roger Carel, Gérard Hernandez...) n'est, en
effet, pas reconduit. Cauet, en personne, se charge du présentateur batracien, en
lui conservant
bien sûr son timbre
légendaire, tandis que des membres de son
équipe, Cartman et Miko, se muent, avec un talent indéniable, respectivement en Scooter
et Animal. Si l'animateur a la bonne idée d'écarter sa comparse de
toujours, Cécile de Ménébus, pour doubler
Miss Peggy, il fait curieusement appel à un ami, journaliste de radio, Franck Sportis. Ce dernier,
cherchant sans doute à se rapprocher de la voix originale de la marionnette,
s'éloigne, malheureusement, de l'interprétation cultissime de Micheline Dax dont
il n'a visiblement pas le talent. Miss Peggy perd alors indéniablement au change
et voit, à l'évidence, sa capacité à rayonner largement entravée.

L’influence de l’animateur joue, en revanche, en positif dans
le casting des invités : Kermit reçoit, en effet, la visite de personnalités,
alors, en vogue en France. Elles se prêtent bien volontiers aux caprices des
marionnettes et acceptent gentiment de rire d’elles mêmes. Les séquences, véritablement savoureuses,
sont légions à l’exemple de la rencontre d’Adriana Karembeu avec Miss Peggy dans
une cabine d’ascenseur ou l'affrontement du Jedi Mickaël Youn avec le Fozzie
Vador...
La programmation de l’émission est double. Elle est proposée,
non seulement, le dimanche en fin d’après-midi à 17h dans sa version complète
avec une coupure de publicité en son milieu mais aussi sous la forme de
pastilles d’humour « best-off » de cinq minutes, diffusées chaque jour de la
semaine à 18h55. TF 1, soucieuse de ne pas vexer son animateur vedette, réserve
donc à Muppets TV une exposition de choix. La chaine attend en
retour une audience à la hauteur de l’effort consenti et, la moindre des choses,
au moins égale à celle de l’émission très populaire que le show remplace, Vidéo
Gag.
La Critique accueille fraichement le show. La réputation
d'animateur trash de Cauet inquiète, il est vrai, sur ses intentions et sa
capacité à respecter l'âme de Kermit et ses amis. Muppets TV est,
en substance, vu comme une bonne idée confiée à la mauvaise personne. Les
Muppets ratent finalement leur retour. Le public est certes présent en nombre mais pas suffisamment pour
couronner l’émission d’un succès. Sans être un accident industriel pour la
chaine, Muppets TV voit son audience s’éroder peu à peu pour finir
à son ultime épisode sur une moyenne d’audience inférieure à celle obtenue par
Vidéo Gag sur la même période.

TF1, Cauet et Disney France, sans jamais l’annoncer, décide
de ne pas reconduire l’expérience. L’animateur, qui a pourtant porté le projet
de bout en bout, préfère lui se cacher derrière des problèmes de planning pour
justifier la non-commande de nouveaux épisodes.
Muppets TV s’arrête donc au bout de dix
émissions.
Si, pour leur retour à la télévision, Kermit et ses amis ont, à l’évidence, eu
la bonne idée de choisir la France, le doute a longtemps été de mise quant à la
capacité de Cauet à leur offrir un show de qualité. L’animateur, connu
uniquement pour ses émissions abrutissantes, en télé et radio, faisait, en
effet, peser sur les célèbres marionnettes le risque de sombrer dans la
vulgarité, voire le trash.
Fort heureusement, en fan déclaré des Muppets, qui plus est, placé sous la
surveillance de Disney, il s’est évertué à en conserver toute l’essence, sans
jamais les trahir. Le show regorge, il est vrai, de séquences cultes entre
situations cocasses et répliques savoureuses. De vrais rendez-vous sont ainsi
installés, comme les passages des stars dans l'ascenseur, les parodies de séries
américaines ou les histoires racontées par Clifford. Les synergies des personnages et
leurs relations avec les invités, sont également, particulièrement réussies, à
commencer par le jeu amoureux du couple le plus improbable du petit écran, Kermit et Miss Peggy.
Enfin, les incontournables sont intelligemment conservés, au premier rang desquels les
interventions des vieux cyniques, Statler et
Waldorf. Le sourire est, par conséquent, omni présent tandis que le
rire, certes plus rare, apparait, lui, à coups sûrs, à chaque émission.

Le principal reproche à faire à la série est, sans aucun doute, la longueur de
ses épisodes. Le format de 45 minutes n’est visiblement pas adapté aux Muppets
et plombe, au final, tout le programme. Si les fans ne voient pas, en effet,
passer le temps, le grand public décroche, lui, systématiquement, à la
coupure pub. Dès lors, la spirale de l’échec est engagée et l’hémorragie de
téléspectateurs, chaque semaine, plus importante.
Dommage ! Muppets TV méritait certainement mieux que dix malheureux épisodes.
Reste maintenant à espérer, en maigre lot de consolation, que Disney France se
décide un jour à proposer l'intégralité de la saison en vidéo.