Mère et Fille : California Dream
L'affiche
Titre original :
Mère et Fille : California Dream
Production :
The Walt Disney Company France
Date de sortie France :
Le 5 février 2016
Genre :
Comédie
Coproduction :
Yaka Productions
J2F Productions
Réalisation :
Stéphane Marelli
Durée :
80 minutes

Le synopsis

Barbara est sélectionnée pour un concours de stylisme international et doit, pour ce faire, se rendre à Los Angeles afin d'y présenter la dernière robe qu'elle a confectionnée spécialement... Mais avant cela, encore faut-il convaincre sa mère de s’envoler vers le rêve américain...

La critique

rédigée par
★★★
Publiée le 18 janvier 2016

Mère et Fille : California Dream est un évènement dans l’histoire de Disney Channel. Il s’agit, en effet, du premier téléfilm français à rejoindre la prestigieuse collection des Disney Channel Original Movies produit tout spécialement pour le réseau de télévision, Disney Channel USA. Et ce premier essai est vraiment encourageant !

Le téléfilm se base donc sur la série française Mère et Fille, déjà diffusée sur Disney Channel France. C’est un format-court de trois minutes par épisode, produit par J2F et Yaka Productions en coproduction avec la déclinaison française de Disney Channel. Sa première diffusion remonte au 15 juin 2012 et s’étale d’abord sur deux saisons : la première de 26 épisodes et la seconde de 27 dont deux affichent une durée inhabituelle de 15 minutes pour développer une histoire en deux parties : Vacances de Rêve. En 2014, Mère et Fille est renouvelée pour une troisième saison formée de 30 épisodes composés de 4 mini-histoires dans chacun.

La série raconte ainsi la vie quotidienne de Barbara, une collégienne de 14 ans en pleine crise d'adolescence que vit chez sa mère Isabelle, avocate divorcée de 39 ans qui s’évertue, elle, à toujours « rester jeune ». Assez inégale d’un épisode à l’autre, Mère et Fille peut passer de situations rocambolesques avec des répliques qui font mouche à des poncifs vus et revus sur les relations mère / fille. Elle n’en reste pas moins au final une série fort sympathique qui propose des interstices divertissants rehaussés par des spécificités narratives françaises, très modernes et clairement bienvenues sur l’antenne de Disney Channel, par définition, principalement dédiée aux sitcoms américaines et leurs formatages.

Transformer un format court de 3 minutes en un téléfilm de 80 est, en soi, une gageure et un exercice éminemment périlleux. Force est de constater pourtant que les producteurs de Mère et Fille : California Dream s’en sont plutôt bien sortis en ne lésinant notamment pas sur les moyens. Déjà, les auteurs ont voulu surprendre les téléspectateurs français en délocalisant une partie du tournage aux États-Unis. En ce sens, Mère et Fille : California Dream sait être dépaysant dans ses décors et endroits visités. De Dallas à Los Angeles, en passant par les déserts autour de la route 66, le téléspectateur en prend plein les yeux et n’a, dès lors, qu’une envie : partir aux USA ! Les producteurs ont également choisi de rendre authentique le récit en faisant appel à des acteurs locaux pour les rôles des différents protagonistes que Barbara et Isabelle rencontrent au cours de leur road trip. Mieux encore, ils ont recruté une égérie Disney Channel USA, en la personne de Laura Marano, afin d’appuyer sur la légitimité du téléfilm à revendiquer le statut de Disney Channel Original Movie. Une vraie bonne surprise !

L’autre réussite de Mère et Fille : California Dream est assurément à rechercher au niveau de la qualité de son écriture et de l’humour venu en premier lieu de ses dialogues. Le téléfilm arrive ainsi à distiller, ici et là, quelques répliques bien senties comme par exemple quand Isabelle rencontre en peignoir mal fagotée une amie de sa fille et revendique, face à sa surprise, « Le dimanche, c’est négligence » ou encore le running-gag sur « l’absence du frein à main automatique sur une voiture de cette gamme ». Se remarque également un amusant clin d’œil à la mécanique du dialogue du Diner de Cons sur le prénom « Juste » qui est revisité ici avec le nom de famille « Hoquet » et le mot « okay ». Le comique se retrouve bien sûr également dans une ribambelle de situations dont certaines sont vraiment drôles : du coup de pelle au remplacement d’Isabelle à son bureau, en passant par les conséquences de la maniaquerie du père dans son rapport aux voitures… Sur le registre de la gestion de guest-star, la scène d’introduction de Laura Marano est également à souligner dans ce qu’elle est parfaitement traitée en s’intégrant au récit avec fluidité et évitant le caractère d’artifice intrinsèque à ce genre de recours.

Mère et Fille : California Dream profite, en outre, à plein du casting de la série, repris sans exception et globalement plutôt attachant.
Lubna Gourion joue donc Barbara Marteau. La jeune actrice, plutôt convaincante, arrive à rendre son personnage d'adolescente voulant aller au bout de ses rêves, plutôt sympathique. Quelques-unes de ses scènes sont toutefois perfectibles et certaines postures sont trop scolaires pour vraiment convaincre.
Isabelle Desplantes n’a, elle, pas ces difficultés. Elle maitrise de bout-en-bout son personnage de mère possessive et working-girl. Totalement déjantée, elle en fait des tonnes sans jamais pourtant être lourde et tout fonctionne à merveille avec elle. Elle débite des réparties incisives avec un côté décalé qui est juste enthousiasmant. Le téléspectateur pardonne alors tout au personnage, à commencer par sa mauvaise foi dont la teneur est décidément sans limite.
Le père, Laurent Marteau, est interprété par Grégory Le Moigne. Lui aussi s’évertue à grossir le trait du paternel un peu tatillon, sorte de pendant de son ex-épouse dans sa recherche de cool-attitude. Mais voilà, le comédien surjoue un peu trop souvent au point de finir par lasser l’auditoire. Il est, somme toute, peu crédible en pilote d’avion de ligne tant il apparait à des années lumières du prestige de la fonction…
Coté rôles secondaires, Romain Arnolin (Hugo) livre un numéro très drôle dans son interaction improbable avec le patron d'Isabelle tandis que les intervenants américains rencontrés sur la route assurent, eux, avec manifestement beaucoup de plaisir, des personnages locaux tous caricaturaux ; mention particulière étant donnée à la garagiste dont le ressort comique est le plus solide.
Enfin, les fans de Disney Channel remarqueront la présence de Laura Marano, la fameuse Ally dans Austin & Ally, qui joue ici son propre rôle. Si elle n’apparait que dans deux courtes scènes, elle brille, comme toujours, par sa fraîcheur et son naturel.

Aussi sympathique soit-il, Mère et Fille : California Dream n’est toutefois pas exempt de quelques défauts qu’il aurait dû s’épargner. Déjà, l’erreur narrative qui veut qu’une jeune fille (qui joue tout son rêve sur une robe !) la transporte sans protection aucune est un acte de fainéantise des scénaristes. Il eut été autrement plus crédible de « s’amuser » à martyriser, en running-gag, la valise ou protection censées contenir la précieuse robe. Ensuite, tout le concours de mode à la fin du téléfilm semble n’être là que pour combler de loooongues minutes. Du présentateur, dont la crédibilité pose question, aux membres du jury, mal caricaturés, toute la séquence est une souffrance absolue et plombe le rythme de récit jusque-là pourtant parfaitement maitrisé. C’est d’autant plus consternant que le concours est vendu en début d’aventure comme un évènement au prestige planétaire. Enfin, cette manie du montage final à flouter les marques (le sigle de Chevrolet est par exemple masqué sur la voiture alors même qu’elle est un running-gag à elle-seule !) est une précaution juridique juste ridicule.

Téléfilm fort sympathique porté par des actrices attachantes, des répliques bien senties, un humour bon enfant et un dépaysement bienvenu, Mère et Fille : California Dream est un premier essai de Disney Channel Original Movie Français qui mérite assurément d’en appeler beaucoup d’autres !