Gallegher est une minisérie diffusée dans le cadre de
l'émission de la chaîne américaine ABC, Walt Disney's Wonderful World of Color.
Il est de notoriété publique que Walt Disney était un visionnaire, véritable
passionné du futur. Ce n'est d'ailleurs que justice au regard du nombre
d'innovations techniques et de nouvelles idées que le Maître de l'animation a
fait sienne ! Ce que le grand public sait moins, en revanche, c'est que le papa
de Mickey était aussi un fervent d'histoire. Francophile et au-delà, admirateur
de la culture de la "vieille" Europe, il se passionne bien-sûr aussi, tout
naturellement, pour l'histoire de son "jeune" pays et, plus particulièrement, du
folklore américain. Toute son œuvre témoigne ainsi de sa volonté de comprendre
le passé - et chercher par la même à ne pas en reproduire les erreurs - pour
mieux préparer l'avenir. Pecos Bill ou Johnnny Appleseed dans Mélodie
Cocktail en sont d'ailleurs les tout premiers exemples. Mais la télévision
est sans aucun doute, pour Walt Disney, le terrain idéal pour la mise en image
de sa passion du folklore américain, thème qu'il choisit très vite pour de
nouvelles miniséries télé. Si Davy Crockett
inaugure en effet le genre, The Saga of Andy Burnett, composée de six
épisodes, reprend aussitôt le flambeau et débarque sur le petit écran en 1957
lors de la quatrième saison de Disneyland.
L'année suivante - la cinquième de l'émission, rebaptisée entre temps
Walt Disney Presents - consacre deux nouvelles séries
: Les Neufs Vies d'Elfego Baca (dix épisodes) et
Texas John Slaughter (dix-sept
épisodes). Puis s'enchaînent, en 1959, Le Renard des Marais (huit
épisodes) et, en 1960, lors de la septième saison du programme d'ABC, Daniel
Boone, série en quatre parties, ainsi que quatre épisodes spéciaux d'une
heure de Zorro qui concluent les
deux célèbres saisons des aventures du justicier masqué. En 1961, Walt Disney
passe à la concurrence et retient NBC, comme support de diffusion. L'émission
change une fois encore de nom et devient
Walt Disney's Wonderful World of Color.
Sa grande nouveauté est annoncée dans le titre : le programme est désormais en
couleur. Il évolue également dans le concept en abandonnant le format des
miniséries de western dont le public s'est lassé pour mettre à l'affiche des
téléfilms, qui, souvent en deux parties, permettent d'aborder une plus grande
variété de thèmes... Avec Gallegher, Walt Disney revient donc à ses
premiers amours : le format de la minisérie, tout d'abord, puis à partir du
septième épisode, le genre du western...

Gallegher est une adaptation d’une nouvelle de Richard Harding Davis, un
auteur né le 18 avril 1864 à Philadelphie.
Son père, éditorialiste, et sa mère, écrivaine connue, lui offre une enfance
dorée où il côtoie le plus naturellement du monde le gotha local. Diplômé de
l’Episcopal Academy et Lehigh University, il étudie ensuite la politique durant
un an à la Johns Hopkins University. En 1886, il devient reporter au
Philadelphia Press. Il se fait remarqué alors en qualité de journaliste de
terrain et notamment de correspondant de guerre couvrant pas moins de six
conflits dont la Der des Der. Il travaille à cette occasion pour le New York
Herald et le Times. Au-delà de son activité journalistique, il mène une carrière
d’écrivain de romans et de nouvelles ; celle de Gallegher, publiée en
1891, raconte ainsi l’histoire d’un jeune apprenti journaliste toujours à
l’affut du dernier scoop. Richard Harding Davis meurt à New-York le 11 avril
1916.

Le succès de la minisérie Gallegher vient d'abord de son interprète Roger
Mobley.
Né à Evansville dans l’Indiana le 16 janvier 1949, il participe dès son plus
jeune âge, à des activités artistiques avec ses frères et sœurs se faisant
remarqué comme étant l'un des rares enfants à savoir chanter et jouer d’un
instrument en même temps. Il obtient bien vite un rôle récurrent dans la série
Fury en 1957. Si aucun membre de sa fratrie n’a une carrière aussi
poussée que la sienne, il participe néanmoins avec deux d’entre eux, Joe et
Sandy, à un épisode de la troisième saison du Mickey Mouse
Club en composant le « Trio Mobley ». Il tourne également dans de nombreux
westerns télévisés et films de série B. Walt Disney le remarque bientôt et lui
fait signer un contrat avec son studio en 1963. Il ne sait pas encore qu'il est
destiné à devenir la nouvelle star adolescente en lieu et place de Tommy Kirk
remercié deux ans plus tard. Fort de cette condition, il participe ainsi au film Emile et les Détectives
(1964), aux téléfilms For the Love of Willadean (1964), Cowboy Malgré
Lui (1964) et Le Trésor des Récifs (1968) ainsi qu’aux quatre
miniséries tournant autour du personnage de Gallegher : Gallegher (1965),
The Further Adventures of Gallegher (1965), Gallegher Goes West
(1966) et The Mystery of Edward Sims (1968). Son passage chez Disney
reste contre toute attente plutôt court, son absence des écrans lui faisant
d'ailleurs perdre - presqu'instantanément - la faveur du public. En 1968, il
est, en effet, mobilisé pour le Vietnam. De retour, il se marie en 1970 avec son
ancienne amie d’enfance auprès de laquelle il a trois enfants. Il trouve un
emploi dans la police et tente parallèlement de revenir à la fiction, se
contentant alors de petits rôles pour le cinéma (Le Retour du Gang des Chaussons aux Pommes
en 1979) ou la télévision (The Kids Who Knew Too Much en 1980). Il
abandonne finalement toute carrière artistique et se reconvertit ensuite en
pasteur au Texas.

Gallegher est constitué de quatre miniséries scindées en deux univers
bien distinct.
La première minisérie, Gallegher (1965), est construite sur trois
histoires séparées. Leurs actions se situent dans la petite ville de Winkleton,
dans l’est des Etats-Unis, où le jeune garçon est censé travailler pour le
Daily Press. L'épisode inaugural suit la trame de la nouvelle de Richard
Harding Davis tandis que les deux autres affichent des aventures totalement
inédites. L’ambiance générale est celle dévolue habituellement à des enquêtes
menées avec sérieux.
La deuxième minisérie, The Further Adventures of Gallegher (1965), se
base toujours sur des investigations minutieuses mais rajoute un peu plus
d’humour au récit avec notamment le personnage de Brownie, qui gagne en
exposition, et l’arrivée de la journaliste féminine, Adeline Jones. Le
bouillonnant patron, Jefferson Crowley est toujours de la partie et contribue à
plein à la dynamique de l'ensemble, au contraire de Dwyer, le journaliste
sportif qui a, lui, visiblement fait ses valises...
La troisième minisérie, Gallegher Goes West (1966), amène un changement
de cap radical. Gallegher part ainsi vers l’ouest, s'installe dans la ville de
Brimstone située dans l’Arizona et travaille désormais au Brimstone Blast.
Le seul personnage qui le suit de la première série est M. Snead, un ancien
détective privé, devenu entre temps le shérif de la ville. De nouvelles têtes en
profitent donc pour apparaitre tels les propriétaires du Brimstone Blast,
Whitlaw et Erm White. Tout ce petit monde revient logiquement dans la quatrième
saison, The Mystery of Edward Sims (1968).
Les deux dernières séries partagent bien évidemment le même ton qui met l’accent
sur l’action ; les combats aux pistolets devenant légions.
La troisième série se voit, par ailleurs, constituée de deux histoires révélées
en deux épisodes formant à leur tour une minisérie dans la minisérie. Ces
aventures sont assurément les plus palpitantes de toutes !
La quatrième et dernière minisérie est construite comme la précédente autour de
deux épisodes. Elle ne conclut pas vraiment les aventures de Gallegher mais
permet toutefois au jeune homme de grandir un peu et - même ! - de flirter avec
la jeune Darcy Killigrew. Il est indéniable que l'absence de supervision par
Walt Disney (décédé entre-temps) se fait ressentir ; le récit pêchant par un
manque du petit quelque chose qui le rendrait aussi intéressant à suivre que les
autres.

Outre le poids joué dans son succès par son acteur -fétiche à l'époque-, l'aura
de la série Gallegher provient également de sa chanson générique qui
survit clairement à son seul visionnage. Composée par les frères Sherman (alors
compositeurs officiels des studios Disney, déjà à l’origine des chansons de Mary Poppins
ou du (Le) Plus Heureux des Milliardaires),
la ritournelle, entêtante et entrainante, se voit en effet chantée par un
quartet a capella.
Gallegher est une minisérie qui se paye le luxe de
changer de ton au fil des saison, toutes passionnantes et divertissantes. Sa
première époque tourne ainsi autour des enquêtes, sa seconde de l’humour et sa
troisième de l’action. Seule la quatrième série pêche un peu par un sentiment de
redite évident. Il n'empêche : l'ensemble est d'excellente facture et se déguste
avec grand plaisir. Gallegher est à (re)découvrir d'urgence !
A noter :
Les trois premiers épisodes ont été compilés et diffusés au cinéma, à l'international, en 1969.