Ambitieux : Clones est à l'évidence -sur le papier du moins- un film
au propos ambitieux. Basé sur un scénario d'une richesse incroyable avec un
panel de possibilités enthousiasmantes, il s'inscrit, en effet, dans la lignée
des films de science-fiction anticipative dont le récit s'appuie sur l'avènement
d'une technologie bouleversant radicalement le mode de vie des hommes et dont
les ramifications produisent des ratés susceptibles de nuire à l'humanité toute
entière. Les robots omniprésents se détournent de leur mission première (à la
suite d'un bogue ou par malveillance) et se doivent d'être contrés. Minority
Report et I-Robot sont ainsi les plus beaux exemples du genre. Le
premier a atteint le rang envié de film culte grâce au talent (décidément
irrésistible) de son réalisateur, Steven Spielberg, et à la qualité du scénario
adapté de la nouvelle éponyme de Philip K. Dick, célèbre auteur américain de SF.
Le second, moins réputé mais tout autant méritant, se base lui sur le maître de
la science-fiction américaine, Isaac Asimov.

Clones s'appuie, pour sa part, sur l'adaptation du comic book
Surrogates (le titre original du film), créé par Robert Venditti et Brett
Weldele. Alors qu'il débarque sur les écrans, un second volume atterrit
d'ailleurs chez les libraires (Surrogates : Flesh and Bone) et s'emploie
à retracer les évènements antérieurs au premier tome.
La réalisation du long-métrage est, elle, confiée à Jonathan Mostow, connu dans
le genre pour son travail sur Terminator 3 : Le Soulèvement des Machines.
Il livre ici, et comme à son habitude, des scènes d'action très efficaces et
bien filmées. En revanche, certains de ses choix artistiques sont plus que
discutables. Les engins motorisés, par exemple, détonnent trop par rapport à
l'environnement. Alors même que les extérieurs sont, somme toute, très
futuristes, les engins motorisés pêchent, il est vrai, par un manque
d'imagination criant. Voitures, hélicoptères, motos ont ainsi l'air de sortir du
concessionnaire du coin alors même que tout le reste a fait un puissant bon
technologique. Est-ce à dire que l'industrie automobile serait, dans le futur,
la seule à n'avoir pas fait sa révolution ? Juste pas crédible ! Sur ce
registre, Jonathan Mostow aurait sans doute été mieux inspiré s'il avait
concentré ses efforts sur les intérieurs, jouant sur une atmosphère plus
angoissante et moins clinquante.

Le même reproche peut d'ailleurs être fait sur le traitement de la
déshumanisation des clonés. Le sujet est juste effleuré alors qu'il y aurait
gagné à être traité en profondeur. Robert Venditti et Brett Weldele ne sont
visiblement pas du rang d'un Isaac Asimov, qui, dans Face aux Feux du Soleil,
analyse le thème avec la rigoureuse finesse qui caractérise son œuvre tout
entière. Ici, la psychologie des personnages est accessoire et jamais le
spectateur n'est invité à s'y attarder. Aucun intervenant n'a droit à un
traitement digne de ce nom : le docteur Lionel Canter, l'inventeur des Clones ;
le Prophète, l'opposant politique ; Maggie Greer, la femme du héros, et même ce
dernier Tom Greer ou son acolyte Peters se contentent de passer dans le film
avec plus ou moins de bonheur. Quant aux personnages secondaires, ils sont aux
abonnés absents tant ils sont transparents...

Difficile, pour les acteurs, de briller dans ces conditions ! Bruce Willis
est d'ailleurs le seul de tous à livrer une prestation honorable. A une nuance
près : à trop vouloir bien faire, il arrive à jouer faux. Il faut dire qu'il
n'est pas aidé par les scénaristes qui l'obligent, une fois de plus, à camper un
flic maltraité professionnellement, blessé dans sa vie familiale par un drame
(la perte de son fils, bien sûr, unique !) à l'origine de l'anéantissement de
son couple. Un deal vu, revu et maintes fois digéré !!! Partant de là, tous ses
contacts avec les autres personnages donnent dans le téléphoné à tout crin.
Clones s'enfonce alors dans le pathétique absolu.

Avec un budget avoisinant les 80 millions de dollars, le film est un échec
retentissant au box-office mondial. Il ne rapporte ainsi que 38 millions aux
Etats-Unis et 122 dans le reste du monde. Un véritable flop ! Seule la France
lui accorde un succès d'estime, frôlant le million de spectateurs. Un score
acceptable pour le long-métrage tant la science-fiction n'est pas un genre très
en vogue dans l'hexagone. Le prévisible échec de Clones a, par ailleurs,
une répercussion dans l'organigramme de la Walt Disney Company tout entière : il
précipite, en effet, un peu plus le départ de Dick Cook, alors responsable des
studios de la firme. L'ayant initié, il quitte ses fonctions une semaine
seulement avant sa sortie américaine...
Décevant en tout points, ne tenant aucune de ses (pourtant nombreuses)
promesses, Clones est un film raté, surfait et ennuyeux...