Dorothée, l’Erreur de Casting
Les Ambassadrices Disney (2/5)

L'article

Publié le 01 avril 2009

En 1977, Disney France est convaincue de l’intérêt de posséder sur le marché hexagonal une ambassadrice de la marque. Emballée par le succès commercial rencontré par Chantal Goya avec son album et ses 45 tours consacrés à Mickey et ses amis, la filiale française prend pourtant vite conscience que sa collaboration avec la chanteuse n’est pas pérenne ; outre son âge qui ne colle pas avec le produit, cette dernière souhaite, en effet, sous la houlette de son manager et auteur-compositeur de mari, Jean-Jacques Debout, développer sa carrière naissante et son personnage – Marie Rose – de manière indépendante.

Pressée de lui trouver une remplaçante, Disney France jette alors son dévolu sur une jeune animatrice de la deuxième chaine de télévision, Antenne 2. Dorothée apparait d’ailleurs comme la candidate idéale. A seulement 28 ans, elle est, il est vrai, déjà adoptée par le grand public. Elle assume avec succès la présentation de l’émission jeunesse phare du moment – Récré A2 – dont les audiences font pâlir la concurrence. Elle dispose, en outre, d’un vrai talent de chanteuse, sanctionnée par des résultats au box-office prometteurs au regard des ventes enregistrées pour ses disques, 45 tours et albums, dont un bon nombre concerne d’ailleurs les génériques de ses émissions et des dessins animés qui y sont diffusés.
Dorothée remporte tous les suffrages : elle est en passe de devenir l’icône des enfants et de leurs parents ; la cible privilégiée de la compagnie de Mickey.

La filiale tricolore décide donc de passer à l’acte en sollicitant l’animatrice-chanteuse pour entonner le générique français de son Grand Glassique du moment, Rox et Rouky. Le clip composé de larges extraits du long-métrage passe en boucle dans ses émissions et taquine le sommet des hit-parades. Dorothée, avec ce seul titre, devient dans l’inconscient collectif l’ambassadrice de Disney en France. Ce sentiment est d’ailleurs renforcé par sa présentation de l’émission dominicale, Disney Dimanche, dont elle chante également le générique.

Jusque dans les sonorités, l’association Dorothée-Disney semble parfaite ; elle porte, pourtant, en elle, les racines du divorce.

Dorothée est, en effet, au début d’une grande carrière à la télévision. Elle est pour ainsi dire une star montante du petit écran et rayonne déjà bien au-delà de ses seules émissions. Elle existe par elle et n’a pas besoin de l’appui d’une compagnie extérieure, aussi puissante soit elle. Pire, accepter d’être officiellement et durablement l’ambassadrice de Disney, c’est renoncer à une part importante de son activité professionnelle principale, le tout pour une durée forcément limitée, et ce, contrairement à sa carrière télévisuelle naissante que rien ne semble devoir, à l’époque, venir contrarier. Son mentor, Jean Luc Azoulay, plus Oncle Picsou que l’original, s’oppose d’ailleurs fermement à ce qu’il craint être une captation de « sa » poule aux œufs d’or...
Disney, de son côté, se désole de voir Dorothée confinée à la seule Antenne 2. Les chaines existantes par ailleurs (T.F.1 et F.R.3) sont, il est vrai, plus que réservées à l’idée de l’accueillir dans leurs émissions de variétés en sa qualité de chanteuse. Faire de la publicité indirecte à une star d’une antenne concurrente n’est pas, en effet, du goût des directeurs de programmes. Pire, Dorothée propose dans ses émissions des dessins animés situés, à l’évidence, au parfait opposé du catalogue du studio de Mickey. Impensable, par exemple, d’envisager plus longtemps de laisser celle qui est vue par le grand public comme étant l’ambassadrice Disney, présenter le tout premier anime jamais diffusé à la télévision française Goldorak - et conspué par l’intelligentsia du moment pour sa supposée extrême violence !

La collaboration de Disney et de Dorothée est donc mort-née. Elle ne donnera lieu ainsi qu’à une seule chanson revendiquée par la compagnie « Rox et Rouky » ; « Disney Dimanche » devant être plus considérée comme un simple générique d’émission chantée par sa présentatrice, une pratique courante dans les années 70 et au début de la décennie 80. Et encore ! Disney assume - après coup - la chanson « Rox et Rouky » du bout des lèvres : non seulement, elle ne sera jamais au générique du long-métrage lors de sa sortie en salles mais ne sera pas plus proposée en bonus des éditions DVD.

Erreur de casting digérée, l'immense potentiel d’une véritable ambassadrice Disney ne souffre plus d'aucun doute. La filiale française de la firme de Mickey décide donc d’en fabriquer une de toute pièce. Douckha se prépare ainsi en secret à prendre la relève et à se consacrer exclusivement à sa mission...

(Ce billet a été écrit avec la précieuse aide de Benjamin du forum Chère Dorothée)