Au Temps de la Guerre des Étoiles

Au Temps de la Guerre des Étoiles
L'affiche
Titre original :
The Star Wars Holiday Special
Production :
Lucasfilm Ltd.
Date de sortie USA :
Le 17 novembre 1978
Distribution :
20th Century Fox
Genre :
Science-fiction
Réalisation :
Steve Binder
David Acomba
Musique :
Ian Fraser
Durée :
97 minutes

Le synopsis

Han Solo et Chewbacca tentent de rejoindre la planète natale de ce dernier, pour célébrer le Jour de la Vie quand ils sont retardés par un convoi impérial. Pendant ce temps, la famille du Wookie s'impatiente et appelle Luke Skywalker pour tenter de savoir où il est passé...

La critique

rédigée par
Publiée le 17 novembre 2014

Au Temps de la Guerre des Étoiles est un OVNI télévisuel, le genre d'œuvre qui est un nanar absolu mais qui acquiert une réputation telle qu'il est le fer de lance de la culture geek. Si le vrai fan Star Wars se doit d'avoir vu ce navet pour sa culture personnelle et sa démarche complétiste, il ne pourra pas s'empêcher de le trouver extrêmement mauvais, à l'exception notable de la partie animée. Retour sur l'opus le plus honni de Lucasfilm, Ltd..

Des années après Au Temps de la Guerre des Étoiles, il est toujours très difficile de savoir d'où est venue l'idée de cette "chose", surtout que tout le monde tente de faire comme si elle n'avait jamais existé. Il vient donc de se passer tout juste un an depuis la sortie de La Guerre des Étoiles et George Lucas ainsi que les dirigeants de la 20th Century Fox souhaitent continuer à faire vivre ce qui est devenu le film le plus rentable de l'histoire du 7e art tout autant qu'un véritable phénomène de société. La Guerre des Étoiles a, il est vrai, fait entrer Hollywood dans l'ère moderne des blockbusters ainsi que dans celui du merchandising ; les jouets Star Wars se vendant alors comme des petits pains... Et il faut entretenir la flamme ! Or, pour faire vivre la franchise, le marché de la vidéo n'existe pas encore si bien que la seule option offerte aux fans est de retourner encore et encore au cinéma ! Pire, L'Empire Contre-Attaque, la suite pourtant aussitôt annoncée,  n'est prévue que dans deux ans : il est donc absolument impératif de rassasier le public entre temps. Ainsi, pour répondre à cette demande inédite car si forte, une version comics est rapidement lancée. De même, il est décidé de se tourner vers la télévision pour offrir quelques palliatifs.

Une chose semble pourtant claire : ce n'est pas George Lucas lui-même qui a voulu et produit ce téléfilm ; il est juste impliqué à la marge dans sa production tandis que 20th Century Fox confie à Gary Smith et Dwight Hemion le soin de se charger de la première incursion de sa saga à la télévision. Il va toutefois donner sa vision de l'histoire en voulant que le centre du récit tourne autour de la famille de Chewbacca dans le cadre de la célébration d'une fête païenne Wookie, Le Jour de la Vie, sorte de mélange entre la célébration de Thanksgiving et le côté religieux de Noël. Un problème de taille se fait alors jour : les scénaristes de télévision ne sont pas des plus emballés  : proposer un téléfilm autour d'extraterrestres qui ne parlent pas et ne prononcent que des sons allait d'emblée le réduire à une expérience ésotérique trop en avance sur son temps. Difficile de retenir un grand nombre de téléspectateurs sur une promesse pareille ! Vexé, George Lucas se désintéresse tout de go du projet et laisse la Fox s'en débrouiller seule...

Il n'empêche ! Après coup, il aurait mieux fallu que George Lucas supervise le tout car clairement, rien que le début du spécial est un calvaire pour le téléspectateur puisqu'il doit attendre au moins quinze minutes avant d'entendre parler humain ! Il faut dire que la majorité de l'action se déroule à Kazzook, la planète natale des Wookies qui sera, par la suite, rebaptisée Kashyyyk, notamment dans Star Wars - Épisode III : La Revanche des Sith. Chewbacca essaye donc d'y rejoindre sa famille constituée de Malla, son épouse, Lumpy, son fils, et Itchy, son père. Le gamin et le vieux sont d'ailleurs vite insupportables tandis que la mère joue, elle, la ménagère modèle faisant de bons petits plats pour toute la famille. Si les décors extérieurs sont faits en animation, et ressemblent assez bien à ce qui sera proposé dans l'Épisode III, l'intérieur est lui une copie conforme d'une maison humaine des années 70 mis à part quelques éléments de retransmission audiovisuels censés être avant-gardistes à l'époque.

Les producteurs vont donc partir de ce postulat ambitieux en essayant de faire rentrer des éléments qu'ils connaissent bien : la variété. Le réalisateur David Acomba qui est chargé de tourner le téléfilm va ainsi travailler sur deux scènes (la Cantina et The Jefferson Starship) avant de... jeter l'éponge ! Le reste du tournage passe alors sous la responsabilité de Steve Binder qui va devoir, en plus, gérer des problèmes de dépassement de budget et de délais ultra courts. Tous ces aléas font que deux mondes totalement étrangers vont se croiser sur le projet : l'univers de science-fiction de cinéma et celui de la variété de télévision. Pas moins de quatre numéros musicaux sont ainsi présents et forment une chose totalement incongrue. Béatrice Arthur qui joue le personnage de Ackmena, tenancière d'une Cantina sur Tatooine, se met, en effet, à pousser la chansonnette devant ses clients. Le groupe The Jefferson Starship chante lui une chanson dans un visionneur afin de divertir un agent impérial : totalement anachronique et psychédélique, le morceau est une vraie catastrophe. Il y a aussi Mermeia, jouée par Diahan Caroll, qui apparait dans l'esprit d'Itchy afin de réaliser un fantasme et lui interpréter un morceau douteux. Il existe enfin une quatrième chanson, peut-être la plus incroyable de toute, qui sera explicitée plus bas dans l'analyse... Mais le calvaire artistique ne s'arrête pas là. Se remarque aussi un groupe de danseurs holographiques, The Wazzan Troupe, qui propose un numéro bizarre digne des pires moments des spectacles proposés dans le Muppet Show. Et que dire du comique Harvey Korman, qui apparait dans plusieurs rôles aussi improbables que ridicules : en Chef Gormaanda, une extra-terrestre à quatre main qui propose un cours de cuisine à la télévision Wookie ;  en Amorphien, un individu fabriqué grâce à un kit de montage ; en Krelman, un extra-terrestre qui se désaltère via un trou, façon volcan, situé au sommet de son crane. Au milieu de cette galerie décidément indigeste, le seul personnage secondaire à peu près potable dans tout le téléfilm est ainsi le Corélien et ami de la famille Chewbacca, Saun Dann, interprété par Art Carney.

Avantage de l'époque, un téléfilm Star Wars est impensable sans la participation de son casting principal.
Ainsi, Harrison Ford reprend son rôle de Han Solo. C'est d'ailleurs lui qui a le plus grand nombre de scènes dans le spécial même s'il a constamment l'impression de se demander ce qu'il vient faire dans cette galère. Après tout, il est très dégradant dans les années 70 pour un acteur de cinéma d'apparaitre dans des fictions pour la télévision. Son rôle est ici totalement scandaleux, y compris dans la seule action du film où il sauve ses amis d'un soldat impérial dans une séquence qui dure quelques secondes et qui est, au mieux, pathétique.
Mark Hamill joue lui un Luke Skywalker aux abonnés absents. Il faut dire à sa décharge que l'acteur venait de sortir d'un grave accident de la route l'obligeant notamment à cacher ses blessures sous des couches de maquillage donnant l'impression que son visage est figé.
Carrie Fisher est la seule à avoir posé une condition pour jouer dans le téléfilm : elle souhaitait montrer une autre facette de son talent, espérant notamment se mettre à la chanson. Et elle aurait mieux fait de s'abstenir ! La Princesse Leia a ainsi droit à une chanson à la fin du téléfilm où elle entonne l'hymne devant un parterre de Wookies défilant en habits rouges dans l'espace. Une séquence surréaliste tant le ridicule est grand.
Peter Mayhew et Anthony Daniels reprennent, quant à eux, respectivement leurs rôles de Chewbacca et de C-3PO tandis que le personnage de Dark Vador n'aura pas tourné spécialement pour le téléfilm ; les scènes où il apparait étant, en réalité, des séquences coupées de La Guerre des Étoiles. Ici, seul le doublage a été effectué par James Earl Jones.

Même si l'ensemble est consternant, tout n'est pas forcément à jeter dans Au Temps de la Guerre des Étoiles. La meilleure scène et la plus regardable est assurément le petit court-métrage animé qui dure dix minutes, intitulé The Faithful Wookiee. Le réalisateur David Acomba propose, en effet, l'idée à George Lucas de produire le cartoon en passant par la société de production Nelvana, dont le réalisateur de Star Wars est un grand fan. Si l'animation est catastrophique et l'apparence de certains personnages discutables, en particulier Han Solo, il se dégage de l'opus une ambiance sympathique. C'est également la seule scène qui aura des répercussions sur le reste de la franchise Star Wars. Tout d'abord, elle marque la première apparition du personnage de Boba Fett, deux ans avant son apparition officielle dans L'Empire Contre Attaque. Il deviendra ensuite culte auprès des fans de Star Wars et ceux-ci vénèrent Au Temps de la Guerre des Étoiles uniquement pour cela. L'autre conséquence est à rechercher du côté de la satisfaction de George Lucas qui confiera à Nelvana, deux séries animées dans les années 80 : Star Wars : Ewoks et Star Wars : Droïdes ainsi que le téléfilm dérivé de cette dernière, Star Wars : Droïdes - Heep Le Destructeur.

Au Temps de la Guerre des Étoiles est diffusé sur CBS le 17 novembre 1978. Loin du carton d'audience espéré, il se classe finalement deuxième avec 13 millions de téléspectateurs battu par un épisode inédit de La Croisière s'Amuse sur ABC. En France, il est proposé sur TF1 pendant les vacances de Noël 1979. Le téléfilm se fait logiquement descendre par la Critique tandis que George Lucas obtiendra que l'œuvre ne soit plus jamais rediffusée. Il va même tout faire pour que chaque copie qui existe disparaisse à jamais. Mais c'est sans compter sur la pugnacité des fans qui ont enregistré l'opus et se l'échangent sous le manteau. Au milieu des années 90, avec l'augmentation de l'intérêt pour la saga suite au lancement de la nouvelle trilogie, des éditions pirates vont d'ailleurs se multiplier. Le net va finir de populariser le téléfilm permettant au monde entier d'y accéder par piratage, aucune édition officielle n'étant jamais proposée. Enfin presque... Le court-métrage animé est, en effet sorti en blu-ray dans le huitième disque de l'édition intégrale de la saga proposée en 2011. C'est d'ailleurs la première fois que cela se produit au grand bonheur des fans ravis d'accéder dans de bonnes conditions à la seule partie potable du téléfilm.

Au Temps de la Guerre des Étoiles a gagné au fil du temps une aura d'œuvre culte non pas pour sa qualité intrinsèque réellement catastrophique mais pour ce qu'il représente : un opus perdu et interdit de la plus grande saga de tous les temps. Le téléfilm est, en outre, intéressant car il est un cas d'école démontrant comment une joli postulat peut se transformer en calamité lorsqu'il est placé entre de mauvaises mains. Mais comme à tout chose, malheur est bon, Au Temps de la Guerre des Étoiles a au moins convaincu George Lucas de contrôler à l'avenir l'entièreté de son œuvre. En cela, ce nanar intersidéral qu'est Au Temps de la Guerre des Étoiles a une importance historique inestimable !

L'édition vidéo

Le téléfilm n'est disponible officiellement sur aucun support.