Titre original :
Kaze tachinu
Production :
Studio Ghibli
The Walt Disney Company Japan
Date de sortie Japon :
Le 20 juillet 2013
Genre :
Animation 2D
Distribution cinéma USA :
Touchstone Pictures
Date de sortie USA :
Le 28 février 2014
Réalisation :
Hayao Miyazaki
Musique :
Joe Hisaishi
Durée :
126 minutes
Disponibilité(s) en France :

Le synopsis

Malgré sa passion pour l’aviation et son adoration du fameux concepteur d’avions Giovanni Caproni, Jirō ne pourra jamais voler en raison de problèmes de vue. Il se résigne alors à se faire engager dans le département aéronautique d’une importante entreprise d’ingénierie et s’impose rapidement comme l’un des plus grands ingénieurs de son pays...

La critique

rédigée par
Publiée le 01 janvier 2014

Le Vent se Lève est le dernier film de la carrière d'Hayao Miyazaki. Le grand Maître japonais a annoncé, en effet, à la sortie du film qu'il prenait sa retraite cinématographique à l'âge de 72 ans. Et son dernier film est un champ du cygne bien triste car il boucle une œuvre magnifique et foisonnante. Si Le Vent se Lève reprend bien certains thèmes chers au réalisateur comme l'amour et l'aviation, il est aussi celui qui s'éloigne le plus de ses précédentes œuvres. Proche du ton de son collègue Isao Takahata, le film est assurément le plus réaliste de son catalogue mais également le moins magique et le moins universel. Sombre, souvent ennuyeux, surtout dans sa première partie, l'opus a ainsi du mal à créer l'empathie du spectateur, ce que ses prédécesseurs arrivaient pourtant à faire à merveille. Reste alors une superbe histoire d'amour dans la seconde moitié, mais là aussi et malheureusement, pas suffisamment exploitée.

Hayao Miyazaki est né le 5 janvier 1941 à Tokyo. Durant la Seconde Guerre Mondiale, son père dirige une société qui fabrique des gouvernails d'avions de chasse "Zero" pour l'armée. C'est à cette époque qu'il développe une fascination pour les avions et une passion pour les engins volants qui ne le quitteront jamais. En 1947, sa mère tombe malade d'une tuberculose spinale qui la contraint à garder le lit pendant 9 ans. Solitaire par la force des choses, il devient vite un inconditionnel de bandes dessinées et trouve ainsi très tôt sa vocation même s'il préfère croquer des avions que des personnages. En 1958, il découvre le premier film d'animation couleur japonais, Le Serpent Blanc, pour lequel il se fascine. Devenu étudiant à l'université de Tokyo, il choisit pourtant de suivre des cours d'économie même s'il ne renonce pas pour autant à son rêve. En 1963, il intègre dans ce but la société Tôei où il occupe un poste d'intervalliste sur des séries télévisées et notamment sur Ken, l'Enfant Loup diffusée en 1964. Il a ainsi la chance d'intégrer cette maison de production au moment même où l'industrie commence à créer ses premiers longs-métrages d'animation. Au sein du studio, il devient vite l'ami d'Isao Takahata. Il l'assiste en travaillant sur Horus, Prince du Soleil, son premier film de cinéma qui sort en 1968 et devient pas moins que la pierre angulaire de l'animation japonaise en salle prouvant qu'il est possible de faire des films à la fois pour enfants et pour adultes. Si Isao Takahata se concentre sur la réalisation et la mise en scène ; au contraire Hayao Miyazaki se charge, lui, d'être un animateur-clé. À partir de ce projet, les deux Maîtres japonais décident de travailler ensemble, sur des films comme sur des séries télévisées, même si Hayao Miyazaki mènera seul des projets en tant qu'animateur sur des longs-métrages comme Le Chat Botté en 1968 et Les Joyeux Pirates de l'Île au Trésor en 1971. La même année, ils quittent, tous deux, la Tôei et partent pour d'autres aventures. Le tandem semble ainsi avoir trouvé son rythme de croisière : Isao Takahata réalise et Hayao Miyazaki dirige l'animation. Ils travailleront de la sorte et entre autres sur la première série d'Edgar de la Cambriole (1972), les deux courts-métrages Panda Petit Panda (1972 / 1973), les séries Heidi (1974) et Anne, la Maison aux Pignons Verts (1979). Lors de la production de cette dernière, Hayao Miyazaki part pour réaliser sa propre série, Conan, Fils du Futur (1978). Elle constitue alors sa toute première réalisation. La série possède déjà tous les ingrédients qui jalonneront son œuvre comme l'écologie et les machines volantes. En 1979, le Maitre réalise son premier long-métrage, Le Château de Cagliostro. Il s'agit en réalité du deuxième film de cinéma basé sur la série Edgar de la Cambriole. Le réalisateur reviendra d'ailleurs l'année suivante sur le personnage en signant deux épisodes de la seconde saison. En 1982, il se lance sur l'élaboration d'une nouvelle série, Sherlock Holmes, et en réalise pas moins de six épisodes. La série est interrompue puis terminée par d'autres pour être finalement diffusée à partir de 1984. Au chômage, Hayao Miyazaki se lance alors dans l'élaboration d'un manga épique, Nausicaä de la Vallée du Vent, qui s'étalera sur sept tomes et dont il terminera le dessin en 1994. Le réalisateur décide bien vite d'en adapter au cinéma les deux premiers tomes sous le titre Nausicaä de la Vallée du Vent. Le succès du film sera tel qu'il est à l'origine de la création du Studio Ghibli. Hayao Miyazaki se lance ensuite sur le premier long-métrage de son nouveau label, Le Château dans le Ciel, qui sort en 1986. Mais son premier véritable succès intervient en 1988 avec Mon Voisin Totoro. Par la suite, chaque film fera plus que le précédent : Kiki, La Petite Sorcière en 1989, Porco Rosso en 1992. En juillet 1996, The Walt Disney Company obtient l'exclusivité des droits de distribution à l'international des films du Studio Ghibli. Cet accord va donner une renommée mondiale au réalisateur. En 1997, Princesse Mononoke est ainsi salué par la critique du monde entier tandis que Le Voyage de Chihiro (2001) rafle l'Oscar du Meilleur Film d'Animation. Par la suite, le succès du Maître de l'Animation Japonaise, surnommé le Walt Disney nippon, ne se dément pas avec Le Château Ambulant (2004) et Ponyo sur la Falaise (2008). Le Vent se Lève est donc son dernier film, ayant décidé à sa suite de prendre sa retraite cinématographique.

C'est Toshio Suzuki, le producteur des films du Studio Ghibli qui conseille à Hayao Miyazaki de faire un film sur Jirō Horikoshi, chef ingénieur chez Mitsubishi, qui devint célèbre pour la conception du légendaire chasseur japonais Mitsubishi Zero, doté à la fois d'une excellente aérodynamique et d'une bonne manœuvrabilité. Le réalisateur japonais est alors plein de contradiction. D'un coté, il se passionne pour les avions de combats mais d'un autre reste un absolu pacifiste ! C'est donc en 2008, alors qu'il prépare un manga sur ce personnage historique que le Maitre se voit proposer de faire un film sur le sujet. Il refuse d'abord catégoriquement prétextant que les films d'animation doivent être faits pour les enfants et non uniquement pour les adultes, puis, face à l'insistance du producteur, cède et accepte le projet. Fin 2010, le film est lancé...

Le Vent se Lève est en réalité un mélange de deux personnages historiques japonais qui ont vécu à la même époque : Jirō Horikoshi, le génial inventeur, à la base du projet et Tatsuo Hori, un écrivain auteur du roman qui donne son titre au film. Son récit, hautement autobiographique, évoque ainsi la mort d'une fiancée tuberculeuse. Il se base d'ailleurs, lui-même, sur un poème de l'auteur français, Paul Valéry, intitulé Le Cimetière Marin et dont le vers "Le vent se lève, il faut tenter de vivre" est même repris - en français dans le texte - dans le dessin animé. Le réalisateur japonais mélange ainsi de nombreux thèmes sous-jacents amenant beaucoup de richesses au contexte : du séisme de Kanto en 1923, à la Grande Dépression, de son histoire d'amour avec Nahoko à l'amitié avec son collègue Honjo en passant par l'épidémie de tuberculose et l'entrée en guerre du Japon...

Mais bizarrement cette richesse thématique, très réaliste, enlève toute magie et atteint vite ses limites pour le public occidental qui a bien du mal à se retrouver, dans l'entre-deux guerres, à assister au quotidien de ceux qui feront partie de l'Axe (le Japon bien-sûr mais aussi l'Allemagne et l'Italie). Une sorte de frisson dans le dos se ressent immédiatement face au travail de ces ingénieurs qui remplissent leur mission sans jamais prendre en compte la fonction de leurs futurs engins de morts. Le film n'est toutefois ni antimilitariste, ni pro-guerre. En fait, Le Vent se Lève tente simplement de suivre le parcours d'un ingénieur pris dans le tourbillon de la guerre. Car le centre du récit est clairement le processus créatif et ses influences extérieures. Hayao Miyazaki essaye ainsi de transformer la passion aéronautique de Jirō en image poétique. Bizarrement, les moments de rêveries, assez nombreux, plombent l'histoire. Ils cherchent, sans réel succès, à rendre palpitant le travail d'un ingénieur et ne constituent jamais ici de scènes enthousiasmantes. Ce sont donc d'autres séquences qui parviennent à restituer le processus créatif. Les plus simples sont d'ailleurs les plus réussies comme celle où Jirō, qui vient de rentrer chez Mitsubishi, prend son poste alors que des chiffres se mettent à danser sur sa feuille de papier. D'autres séquences faites de réunions avec ses collègues ou avec ses supérieures montrent également toute la passion de l'ingénieur ! Il n'était donc pas utile d'y adjoindre des scènes de rêverie qui, au contraire d'alléger le récit, le ralentissent pour finir par le plomber. A cause d'elles, la première moitié du film est vraiment ennuyeuse. Un seul dialogue sonne ainsi juste au milieu de toutes ses rêveries avec Giovanni Capronini : l'ingénieur italien explique, en effet,au jeune Jirō que le génie ne dure que 10 ans. Difficile d'être totalement à fond plus longtemps...

La deuxième partie aurait pu être tout aussi ennuyeuse si Hayao Miyazaki n'y avait pas inclu un élément de la vie du romancier Tatsuo Hori. C'est, en effet, dans ces scènes que le film est le plus touchant et le plus vrai. Chacun des instants passés avec Jirō et Nahoko sont simples, discrets et tendres. Il y a ainsi des moments poignants à en pleurer : le flirt avec les avions de papier, la déclaration d'amour, le mariage, la fin des travaux de Jirō qui vient de finir son avion. Mais la scène la plus forte est assurément celle où la jeune fille, couchée sur le futon tandis que son mari avance la table à travailler à côté d'elle, lui demande de lui tenir sa main... Un instant simplement beau et rare... L'histoire est tellement belle que le spectateur regrette qu'elle ne soit pas au cœur du film. Elle n'est, il est vrai et malheureusement, qu'un des aspects de la vie de Jirō, certes important mais pas central.

Le film est assurément le plus réaliste du réalisateur et se rapproche du (Le) Tombeau des Lucioles d'Isao Takahata plutôt que de n'importe quelle autre œuvre du Maître. Si Hayao Miyazaki est plus connu pour ses récits fantastiques avec ses créatures étranges, deux films de sa filmographie se détachent pourtant avec leur côté réaliste : Le Château de Cagliostro et Porco Rosso. Pour autant, le premier avait le comique des personnages de la série d'Edgar de la Cambriole qui allégeait le tout tandis que le second, partageant lui aussi le gout des machines volantes, disposait d'un héros principal à l'aspect de cochon sans aucune explication amenée, distillant donc une touche de merveilleux, tout à fait bienvenue. Le Vent se Lève est aussi le plus sombre des films d'Hayao Miyazaki avec son arrière fond d'avènement de la Seconde Guerre Mondiale. Il n'est toutefois pas le plus violent : Princesse Mononoke ou Le Château Ambulant l'étant bien plus. Enfin, il peut aussi être vu comme une démarche autobiographique du réalisateur qui y parle indirectement de la maladie de sa mère et du travail de son père même si ces deux aspects de sa vie ont déjà été maintes fois proposés dans son œuvre : un de ses longs-métrages comme Mon Voisin Totoro pour la maladie et tous les films et séries qui mettent en avant sa passion des machines volantes de Porco Rosso à Sherlock Holmes, de Conan, Fils du Futur au (Le) Chateau dans le Ciel.

Les personnages du (Le) Vent se Lève ne sont, quant à eux, pas foncièrement attachants et il reste difficile pour le spectateur de s'y accrocher.
Jirō Horikoshi est ainsi le centre du film puisque c'est son histoire qui se déroule. Ce passionné d'aviation est obnubilé par son envie de construire le plus beau avion qui soit ; le problème étant que sa passion le coupe du monde et en fait un spectateur de l'Histoire alors même qu'il en est un acteur. S'il aide celle qui va devenir sa femme dans le tremblement de terre de 1923, il pose un regard assez indifférent sur la crise, la famine, la montée du Nazisme ou de l'impérialisme de son pays. Egoïstement, il se concentre sur la construction de son avion sans trop s'émouvoir de l'usage qu'il en sera fait. Il sait parfaitement qu'il est destiné à un usage de guerre, et même s'il le regrette, ne se rebelle pas le moins du monde. La seule fois où il montre l'envie d'aller à l'encontre du cours des évènements est un geste égocentré puisqu'il décide de se marier afin de profiter de chaque instant avec son aimée. A ce moment pourtant, il en devient touchant alors que le reste du temps, il apparait froid et distant. Même dans la dernière scène qui se veut poignante, il est toujours à l'image de ce qu'il a été quasiment pendant tout le film : lisse !
Naoko Satomi apparait au final, assez peu dans Le Vent se Lève mais est pourtant l'élément central de l'émotion. Rien d'étonnant dès lors que l'affiche française la mette en avant. Atteinte de tuberculose, son combat contre la maladie est terriblement touchant. Malgré le mal qui la ronge, elle reste pleine de vie, d'amour et de joie ; mais aussi et surtout d'envie de vivre. Son amour avec Jirō est vraiment la plus grande réussite du film. Vraie et parfaitement définie, Naoko Satomi ne peut que toucher le cœur du spectateur.
Les autres personnages sont, pour leur part, plus anecdotiques. Sont à noter tout de même : Honj?, ingénieur et meilleur ami de Jirō ; Kurokawa le chef de Jirō mais aussi son protecteur et son témoin ; Castorp un Allemand qui loge à la même pension que Jir? et Naoko et devient le témoin de l'amour naissant entre les deux jeunes gens ; et enfin Giovanni Battista Caproni, l'ingénieur italien qui apparait dans les rêves de Jirō et lui prodigue de bons conseils.

Une nouvelle fois, c'est Joe Hisaishi qui se charge de la musique d'un film d'Hayao Miyazaki. Mis à part, le premier opus du réalisateur, Le Château de Cagliostro, le compositeur a en effet écrit la musique de tous les films du Maître au sein du Studio Ghibli. Si les thèmes sont ici plutôt réussis, ils ne restent pourtant pas dans les mémoires comme ceux du (Le) Château dans le Ciel ou de Princesse Mononoke...
Sur le plan technique, Le Vent se Lève est dans la norme haute du studio. L'animation est de bonne facture, meilleure que La Colline aux Coquelicots, par exemple, mais un cran en dessous de Ponyo sur la Falaise qui était somptueux et assurément ce qui se fait de mieux au sein du Studio Ghibli. Ici, les décors sont splendides ainsi que l'animation des personnages principaux mais les humains des foules sont très approximatifs, une facilité qui se remarque en ces temps de diffusion numérique où chaque détail se voit à l'écran. L'autre choix artistique étonnant est le désir d'Hayao Miyazaki de voir les bruitages entièrement faits avec des voix humaines, y compris les tremblements de terre ou le bruit des avions. Le rendu est vraiment étrange et pas forcément pertinent...

Le public japonais a fait un triomphe au dernier film d'Hayao Miyazaki. Le Vent se Lève a ainsi dépassé les 100 millions de dollars, ce n'était pas arrivé à un Ghibli depuis 2008 avec un autre film d'Hayao Miyazaki, Ponyo sur la Falaise.
Pour autant, un certain nombre de polémiques assez stériles ont fleuri un peu partout dans le monde. Certains politiques japonais ont ainsi reproché au film d'être antimilitariste et à Hayao Miyazaki d'être trop pacifique allant jusqu'à l'accuser de desservir les intérêts de son pays. Inversement en Corée du Sud, il a été reproché au film d'être trop pro-guerre, le pays ayant grandement souffert de l'invasion japonaise. Aux Etats-Unis, c'est la place du tabac qui est montré du doigt avec des personnages qui fument vraiment comme des pompiers. C'est surement l'une des raisons qui fait que Disney va distribuer le film via son label Touchstone Pictures et non via le label Disney comme ils l'avaient fait depuis Le Voyage de Chihiro en 2002 (Princesse Mononoke a été distribué par Miramax à l'époque où le studio était sous le giron de The Walt Disney Company).

Au final, Le Vent se Lève s'avère décevant. Il est surement le moins abordable des longs-métrages d'Hayao Miyazaki. Sa première partie plombe vraiment le rythme de l'opus tandis que son personnage principal, Jirō, est trop lisse et imperméable aux évènements. C'est finalement son histoire d'amour qui va le rendre attachant et permettre au film de trouver un second souffle dans sa deuxième moitié. C'est d'ailleurs cette seconde partie qui fait que Le Vent se Lève ne doit pas être boudé : elle distille de tels moments rares et de si intenses et belles émotions qu'il se doit d'être vu ! Le spectateur retrouve alors la magie d'Hayao Miyazaki et a juste envie de lui dire merci pour tout cela.

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