Titre original :
The First Wave
Production :
National Geographic Documentary Films
Participant
Our Time Project
Date de sortie USA :
Le 19 novembre 2021
Genre :
Documentaire
Réalisation :
Matthew Heineman
Musique :
H. Scott Salinas
Durée :
93 minutes
Disponibilité(s) en France :

Le synopsis

En mars 2020, New York devient l’épicentre de la pandémie de Covid-19 aux États-Unis. Durant quatre mois, les personnels du Long Island Jewish Medical Center luttent alors sans relâche, jour et nuit, afin de faire face à l’impressionnante et dramatique première vague de contaminations...

La critique

rédigée par
Publiée le 05 février 2022

Le 16 novembre 2019, le monde entier entend parler pour la première fois de la maladie à coronavirus 2019, ou Covid-19. Les yeux sont alors braqués sur Wuhan, dans la province de Hubei, en Chine, où la population est confinée. Après les fêtes de fin d’année, chacun comprend bientôt que la crise est bien plus grave que ce qui avait été annoncé jusqu'ici par les autorités chinoises et dès le 30 janvier 2020, l’état d’urgence de santé publique de portée internationale est déclaré par l’Organisation Mondiale de la Santé. Le 11 mars, l'institution annonce que l’épidémie est désormais une pandémie. La Covid-19 s’est en effet propagée partout, touchant dans des proportions inquiétantes tous les continents habités de la planète. Aux États-Unis, New York devient bientôt le centre de la pandémie. Caméra au poing, Matthew Heineman filme alors la gestion de cette crise sans précédent par les personnels du Long Island Jewish Medical Center, l’un des principaux centres hospitaliers de la Grosse Pomme situé dans le Queens.

Né le 30 novembre 1983 à Washington, Matthew Heineman étudie l’histoire au Dartmouth College, la prestigieuse université d’Hanover, dans le New Hampshire. Son diplôme en poche, il se destine alors à l’enseignement, sans succès. Il s’embarque bientôt dans un road-trip de trois mois à travers tous les États-Unis afin d’enquêter sur les jeunes de sa génération. Ce voyage filmé donne finalement naissance à son premier film, Our Time, sorti en 2009. En parallèle, Heineman travaille pour HBO sur la série documentaire The Alzheimer’s Project maintes fois récompensée après sa sortie en 2009. Se spécialisant dans l’étude du système de santé américain, le réalisateur enchaîne avec Escape Fire : The Fight to Rescue American Healthcare, une coréalisation avec Susan Froemke cherchant à mettre en lumière des difficultés rencontrés par les personnels et les usagers des établissement de santé américains. Projeté en première mondiale lors du Festival de Sundance, le documentaire est nommé pour le Grand Prix du jury et récolte, mois après mois, plusieurs prix. Avec Cartel Land, également montré à Sundance en 2015, Matthew Heineman s’intéresse à un autre sujet : la drogue, son trafic au cœur de la mafia mexicaine, la violence inhérente à sa vente, la lutte contre ce fléau... Avec City of Ghosts sorti en 2017, il part en immersion en Syrie et raconte la vie de journalistes subissant le jougs de l’État Islamique. En 2018, Private War met la lumière sur Marie Colvin, une journaliste de guerre américaine tuée en Syrie incarnée à l’écran par la comédienne Rosamund Pike qui décroche pour ce rôle une nomination au Golden Globe de la Meilleure Actrice.

Gratifié par le jury du Festival de Sundance du titre de « documentariste le plus talentueux et captivant du moment », Matthew Heineman pose au début de l’année 2020 ses caméras au sein du Long Island Jewish Medical Center. Il renoue alors avec ses premiers sujets, le système de santé américain. L’équipe du film s’installe avec son matériel dans l’une des salles de conférence de l’hôpital. Deux personnes seulement sont autorisées à se mêler aux médecins. Heineman et ses caméramans se relaient donc, tout comme les preneurs de son. Pour garantir la sécurité de chacun, tous doivent suivre les mêmes protocoles que les personnels, notamment en portant les mêmes tenues de protection.

En avril 2020, le tournage du documentaire de Matthew Heineman prend toutefois une tournure inattendue. Jour après jour, il apparaît en effet évident que la situation est en train de prendre une voie totalement inattendue. La pandémie de Covid-19, encore peu visible au début du mois de mars lorsque l’équipe a posé ses caméras dans l’hôpital, est en train de déferler tel un raz-de-marée sur New York. Les personnes contaminées s’amassent dans les salles d’attentes et les couloirs. Les soignants sont débordés par l’affluence de malades. Les morts commencent à se compter par dizaines, par centaines chaque jour. La situation devient incontrôlable... Dramatique. Heineman change donc son fusil d’épaule. Son documentaire ne porte plus sur le système de santé américain en général mais sur la gestion quotidienne de la plus grande pandémie ayant touché le monde depuis un siècle. Le titre est tout trouvé, The First Wave, La Première Vague.

Caméra au poing, Matthew Heineman filme donc le travail héroïque des soignants, les souffrances de ces malades victimes d’un virus encore totalement inconnu, la douleur et l’incompréhension des familles, les tentatives de gestion des gouvernants qui naviguent à vue... Le nombre de personnes concernées, soignants comme patients, étant astronomique, le réalisateur fait rapidement le choix de ne filmer qu’une poignée de témoins suivis quotidiennement jusqu’en juin 2020.

Du côté des médecins, il suit notamment le docteur Nathalie Dougé, une femme issue d’une famille d’origine haïtienne et vivant dans le Queens après avoir passé son enfance dans le Bronx. Il s'intéresse aussi à Kellie Wunsch, une infirmière volontaire. Le thérapeute Karl Arabian, chargé de la rééducation des malades, apparaît aussi à l’écran.

Côté patients, Matthew Heineman filme Ahmed Ellis, un officier de sécurité de trente-six ans afro-américain contaminé par le virus et dont la vie s'étiole peu à peu. La caméra s'arrête aussi sur Brussels Jabon, une infirmière originaire des Philippines elle-même tombée malade sur son lieu de travail durant le printemps 2020. Enceinte, la jeune femme est placée en urgence absolue alors même que toute sa famille est elle-même contaminée. Côté famille, le documentaire suit le quotidien d’Alexis Ellis, l’épouse d’Ahmed, de ses enfants, Alexis, Austin et Ava. Enfin, Heineman met en scène le gouverneur de l’État de New York, Andrew Cuomo, montré par l’intermédiaire d’images extraites de ses différentes conférences de presse ou interventions à la télévision.

Placé malgré lui au cœur d’une gestion de crise sans précédent et dramatique, Matthew Heineman fait le choix de proposer au spectateur un montage rapide, rythmé, découpé en chapitres correspondant à chacun des quatre mois passés avec son équipe au sein de l’hôpital. Aucune narration n’est ajoutée sur les images. Seuls les commentaires des différents intervenants, directs ou indirects, sont conservés et mêlés à la musique de H. Scott Salinas. Les annonces du gouverneur, les nouvelles données par les médias et les appels de détresse reçus par les centres d’urgence complètent la bande sonore parfois très anxiogène du documentaire.

La force de The First Wave réside dès lors essentiellement dans la puissance incroyable des images. Les prises de vues dans les coursives et les salles de soin de l’hôpital sont saisissantes. Les visages des victimes, déformés par la douleur, sont choquantes. À la sixième minute, la simple vue d’une personne, couchée au milieu de la route, victime d’un malaise, est dérangeante. Le décés d'un patient, filmé en direct, est à glacer le sang. Le spectre de la mort est presque omniprésent tout au long du documentaire. Les haut-parleurs qui ne cessent d’appeler de l’aide aux quatre coins de l’hôpital, les numéros de lits et les noms des malades effacés des plannings, les morgues surchargées, les camions frigorifiques stationnés sur le parking et les vues aériennes sur les fosses communes creusées en urgence au milieu d’Hart Island, « L’Île des morts »...

Tout rappelle à chacun qu’avec le coronavirus, la vie des uns et des autres ne tient qu’à un fil... Une scène confirme cet état de fait. Les images montrent le docteur Nathalie Dougé se félicitant de l’amélioration de l’état de santé de l’un de ses patients. Décrochant son téléphone pour en informer la famille, soulagée, elle apprend finalement quelques instants plus tard que le même malade vient de décéder... La vie ne tient bel et bien qu’à un fil... Un mince fil...

Les chiffres viennent rapidement attester de la catastrophe. En avril, le gouverneur Cuomo annonce déjà sept-mille morts en un mois, plus du double du nombre de victimes lors des attentats du 11 septembre 2001... C’est une hécatombe. L’héroïsme des médecins est dès lors d’autant plus incroyable qu’eux-mêmes avouent être terrifiés à l’idée d’être à leur tour infectés et pire, d’être eux-mêmes porteurs de la maladie transmise à leurs proches. Quelques images joyeuses permettent cependant de ramener un peu d’espoir au cœur d’un film particulièrement choquant et stressant. Les badauds applaudissant chaque soir les soignants offrent un peu de chaleur, au moins autant que les soignants eux-mêmes qui applaudissent les malades sortis d’affaire au son de la chanson Here Comes the Sun des Beatles. Les retrouvailles entre l’infirmière Brussels Jabon, guérie, et son bébé sont une belle ode à la vie.

Si la gestion de la crise de la Covid-19 est au cœur de The First Wave, d’autres sujets émergent bientôt. Le conflit entre les consignes des gouvernants et la réalité du terrain est mis en lumière. L’absence de matériel est cruellement ressentie. La violence psychologique encaissée chaque jour par les soignants est d’autant plus révélée. Nathalie Dougé témoigne en outre du fait que les Afro-Américains, les Hispaniques et les immigrés sont bien plus touchés par la maladie que les autres parties de la population américaine. Les inégalités sociales et raciales refont dès lors surface. Elles sont exacerbées par la mort de George Floyd, tué par un policier le 25 mai 2020. Dans les rues de New York confiné, les minorités manifestent leur mécontentement et demandent justice.

Maintes fois montrée à Hollywood, notamment dans des films comme Contagion de Steven Soderbergh, l’image d’une pandémie n’aura jamais été aussi bien traduite que dans The First Wave. Premièrement, car elle est montrée de manière spectaculaire par Matthew Heineman. Surtout, car il s’agit bien de la réalité, et non d’une fiction. The First Wave est bel et bien le témoin d’une page de l’Histoire en train de s’écrire en direct, d’une page de l’Histoire impliquant directement chaque personne dans le monde entier.

Acquis en mars 2021 par Neon et National Geographic Documentary Films, The First Wave est présenté en première mondiale le 7 octobre 2021 lors de l’Hamptons International Film Festival. Dans les jours suivants, le documentaire est également montré en Corée du Sud, dans le cadre du Busan International Film Festival, et au BFI London Film Festival avant sa sortie dans les salles américaines le 19 novembre 2021 puis au Royaume-Uni le 26. Immédiatement, la critique, extatique, encense le projet. « Miraculeux », note Variety, « Une capsule temporaire cinématographique courageuse et incroyable ». « Heineman a construit un film magistral et une œuvre dramatique très forte », ajoute The Hollywood Reporter, « Voilà un témoignage époustouflant du combat pour la vie, de la volonté de guérir et du lien entre les Hommes ». « The First Wave est un regard intime sur les profondeurs abyssales de la mort », écrit The Wrap, « Mais aussi sur la quantité incroyable d’espoir qui permet l’humanité de tenir bon dans ses heures les plus sombres ». « Déchirant... Extraordinaire », surenchérit le site Deadline, « Heineman nous rend un grand service en nous montrant le pire, mais aussi en nous offrant l’espoir d’une issue favorable – tant que nous tiendrons compte des avertissements qui nous sont donnés ».

Projeté dans un nombre limité de salles, The First Wave parvient à convaincre un public restreint mais unanimement conquis. Comme la profession, chacun salue alors la force des images qui, si elles sont parfois d’une rare violence, permettent de rendre compte de manière puissante de ces quatre premiers mois de gestion de crise au cœur d’un hôpital de New York. The First Wave est dès lors plébiscité partout et décroche entre autres le prix du Meilleur documentaire au Festival du film de Philadelphie.

The First Wave, c’est en conclusion l’Histoire filmée en direct et de manière intelligente et puissante par une équipe de cinéastes courageux, plongée au cœur d’une équipe de soignants courageux, ne vivant que pour aider des malades courageux soutenus par des proches courageux. The First Wave, c’est un film puissant sur la mort, soudaine et cruelle, mais aussi, et surtout, sur la vie qui mérite qu'on se batte pour elle. The First Wave, c’est le premier compte-rendu en temps réel de la plus grande catastrophe sanitaire depuis un siècle. The First Wave, c’est un zoom sur des héros du quotidien et une histoire qui touche, au sens propre, tout le monde. The First Wave, c’est au final juste un film qu’il faut absolument voir...

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