Bambi
fait partie de ces rares
films d'animation dont la renommée a traversé les époques tant le départ dans la
vie du petit faon de Disney a marqué l'inconscient collectif du grand
public. Qui ne connaît pas, en effet,
Bambi
? Qui n'a pas ri et pleuré à ses
aventures ?
Bambi, classique parmi les
classiques, est assurément le film qui a fait découvrir (et continue de faire
découvrir) à des générations entières, la capacité du cinéma à offrir toute la palette des émotions, des plus tristes aux plus joyeuses.

Pas étonnant, dès lors, que l'annonce de la mise en production d'une suite fut
prise, par bon nombre d'entre nous, comme une pure et simple hérésie, d'autant que
la pauvreté de la bande-annonce laissait craindre le pire ! Des millions de
spectateurs se sont ainsi préparés au massacre, sur l'autel de la recherche des
profits faciles, du plus irrésistible des chef-d'œuvres de Walt Disney. Bambi
allait être entaché d'une suite honteuse et mal venue. C'était sûr ! Sauf que...
Les studios
de Mickey reproduisent, avec Bambi 2, l'exploit du premier opus, plus de 60 ans
après sa sortie. Le film
se hisse, en effet, sans mal, au niveau de qualité de Bernard
et Bianca au pays des kangourous, seule suite faisant partie
de la liste "officielle" chez Disney des 44 long-métrages d'animation classiques.

La grande réussite de
Bambi 2 est, avant tout, comme son film de référence, sa capacité
intrinsèque à émouvoir. Véritable bouffée d'air frais, eu égard à nos temps
particulièrement agités, il regorge ainsi de
tendresse, respect et innocence. Sa technique d'animation participe, il est
vrai, grandement à l'ambiance apaisée du film en reprenant le standard des
Disney de la grande époque. Tout le dessin est ainsi fait à la main. Les décors
sont peints et les personnages animés au crayon, à quelques exceptions notables,
tels les bois du
Grand Prince. Tout respire la fidélité respectueuse à
l'original, à commencer par les paysages dont la beauté, magnifiée sur grand
écran, appuie avec force, chacune des émotions ressenties tout au long du film. L'animation n'est,
quant à elle, pas en reste et affiche une
qualité jamais atteinte dans une suite Disney. Gageons d'ailleurs que
l'animateur de renom, Andreas Deja, papa de La belle et
la bête,
Aladdin, et
autre
Lilo & Stitch n'est pas étranger à
cet époustouflant résultat, digne de la signature de Walt Disney lui même.

L'autre grand atout du film est
assurément son histoire. D'une simplicité déconcertante, elle est, en effet,
d'une sincérité touchante. A des années lumières des comédies loufoques et blagues
contemporaines qui squattent, depuis l'avènement du genre, les films d'animation 3D, Bambi 2
repose un scénario limpide, raconté avec finesse. Tout respire ainsi l'humilité.
Les regards en disent long. Les non-dits interrogent. La musique apaise ou
effraie. Ici, pas de
discours interminables ou de vacarmes outranciers même si le film est, sans
conteste, plus bavard que l'original. Une concession au style des années 2000
d'autant plus facile à faire que,
Bambi
n'utilisait, après tout, qu'un total de 800 mots sur toute sa longueur. Seul, en
réalité, l'humour a été mis
au goût du jour en évitant, toutefois, scrupuleusement la grivoiserie. Bambi 2
prend ainsi le temps d'installer et d'approfondir les rapports entre les personnages.
La relation père fils, hantée par l'absence de la
mère, est abordée avec un soin méticuleux. L'idée de génie du film est là ! Plutôt
que de se lancer dans les errances d'une suite dont l'action se situerait après
Bambi, les
scénaristes ont, en effet, décidé d'approfondir une simple - mais essentielle
- étape de
sa vie, passée sous silence dans le premier opus. Si Tarzan
2, qui suit le même schéma, se noie vite dans l'ennui, Bambi 2 explore, lui, avec félicité, la jeunesse du faon. Et c'est toute la morale du film qui s'en trouve changée
: la quête d'un fils pour honorer son père.

Bambi 2 est assurément un grand
film d'animation qui n'aura pas à rougir de la comparaison inévitable à son film
de référence. Il mérite dès lors les honneurs des salles obscures, qui lui sont
pourtant bizarrement refusés sur le marché américain. Comment la Walt Disney
Company peut-elle manquer une occasion pareille de briller sur grand écran ? Un
début de réponse : tout simplement, pour une question de gros sous !
Le géant Wallmart, son tout premier distributeur sur le marché de la vidéo,
pesant à lui seul 15 à 20% de ses ventes de DVD aux USA, ne met, en effet, en
avant, dans ses magasins, que les blockbusters (c'est à dire les films qui font plus de
100 millions de dollars au box-office américain). Or, les suites récentes
produites par Disney et présentées au
cinéma (Le livre de la
jungle 2,
Peter Pan 2 : Retour au pays imaginaire)
n'ont pas atteint ce rang. Wallmart a en donc "boudé" les sorties en DVD et les
a systématiquement sous-exposé, ce qu'il ne fait jamais pour les suites éditées
directement en vidéo. Disney joue ainsi la sécurité financière et commerciale sur le marché américain et
réserve son chef d'oeuvre au seul format DVD.
La France, elle, est mieux
lotie et bénéficie d'une sortie nationale sur grand écran. Du pur bonheur ! Bambi 2 est un
véritable pied de nez au formatage ambiant des films d'animation actuels.
Excellente surprise, il ravira petits et grands. A ne manquer sous aucun
prétexte !