Lilo & Stitch
L'affiche du film
Titre original :
Lilo & Stitch
Production :
Walt Disney Animation Studios
Date de sortie USA :
Le 21 juin 2002
Genre :
Animation 2D
Réalisation :
Chris Sanders
Dean Deblois
Musique :
Alan Silvestri
Elvis Presley
Michael Tavera
Durée :
85 minutes

Le synopsis

A l'autre bout de la galaxie, un savant fou a créé l'expérience 626. Cette arme absolue, surnommée Stitch, est en fait une créature intelligente qui ne poursuit qu'un seul but : détruire tout ce qu'elle côtoie. Les autorités de la Galaxie, bien décidées à se protéger des dangers de cette invention, décident de la neutraliser. Mais la bestiole leur échappe, s'enfuit et... s'échoue sur Terre, en plein Pacifique, sur l'île d'Hawaï. Recueilli par Lilo, une adorable petite fille qui se prend d'affection pour ce qu'elle pense être un chien, Stitch fait tout pour échapper aux poursuivants lancés à sa recherche...

La critique

rédigée par
★★★★

Lilo & Stitch, le 42ème long-métrage des Walt Disney Animation Studios, est assurément leur film le plus détonnant et le plus original. Mélange de science-fiction, de contrée exotique, de cynisme grinçant, de réalité sociale, de bons sentiments et de personnages décalés ultra-attachants, il s’en dégage, en effet, une atmosphère particulière qui lui donne un charme et une force incroyable. Il est un classique du label des années 2000, et à n’en pas douter, le meilleur du studio entre Kuzco, l'Empereur Mégalo et La Princesse et la Grenouille.

L’Histoire aimant à se répéter : pour Lilo & Stitch, les studios Disney se trouvent, peu ou prou, dans la même situation que lors de la production de Dumbo, quelques 60 années plus tôt. Ils sortent d’abord d'une longue période de films ambitieux (Tarzan, Fantasia 2000, Dinosaure et Atlantide, L'Empire Perdu), presque tous mal accueillis commercialement. Ils viennent ensuite de raviser leur prétention pour Kuzco, l'Empereur Mégalo en réduisant la voilure à outrance. Ils souhaitent, enfin et désormais, mettre sur les rails un projet plus modeste techniquement, moins épique, centré sur ses personnages tout en étant original et fruit de la vision personnelle d'un réalisateur. Un virage à 180° que ne connait d’ailleurs pas La Planète au Trésor - Un Nouvel Univers, sorti après Lilo & Stitch, qui en restant dans le crédo de ses prédécesseurs, se plante lamentablement ! Ils décident pour cela de faire confiance à un de leur jeune artiste, Chris Sanders, et de confier entièrement la production à leur studio de Floride qui signe ainsi son deuxième Grand Classique Disney après Mulan.

Christopher Michael dit Chris Sanders est né le 12 mars 1962 dans le Colorado. Après des études à CalArts, dont il sort diplômé en 1984, il travaille quelques temps pour Marvel Productions sur la série Les Muppet Babies. Il rentre finalement aux studios Disney en 1987 et travaille sur Bernard et Bianca au Pays des Kangourous puis sur le scénario de La Belle et la Bête. Il participe ensuite aux projets Mickey Perd la Tête et Fantasia 2000 sur la séquence des Pins de Rome, puis rejoint l'équipe de scénaristes du (Le) Roi Lion et de Mulan. Lilo & Stitch est ainsi son premier long-métrage en tant que réalisateur. Il travaille par la suite sur le projet American Dog quand le rachat de Pixar par Disney vient le stopper dans son élan. Il se trouve, en effet, que John Lasseter, qui prend alors la direction du département animation de la nouvelle entité, déteste Lilo & Stitch qu'il considère trop peu disneyen à son goût. Il n’entend donc pas voir American Dog prendre le même chemin et demande logiquement à Chris Sanders de revoir sa copie. Mais les exigences du nouveau patron sont telles que l’artiste prend ombrage et juge les modifications exigées de lui par trop éloignées de sa propre vision du film. Le bras de fer se termine par son départ de Disney, en 2007, après 20 ans de bons et loyaux services. American Dog est alors confié par John Lasseter à Byron Howard et Chris Williams, deux ex-collaborateurs du réalisateur démissionnaire. Le projet devient Volt, Star Malgré Lui. Chris Sanders part, quant à lui, à la concurrence chez Dreamworks Animation où il réalise Dragons, considéré par beaucoup comme l’un des meilleurs films du studio à l’enfant pécheur de la Lune. Le paradoxe veut que Chris Sander est encore toujours aujourd’hui à l’affiche de l’attraction The Art of Disney Animation dans les parcs Disney's Hollywood Studios, Walt Disney Studios et Hong-Kong Disneyland où il donne la réplique à Mushu pour expliquer aux visiteurs le savoir-faire de Disney !

Pour Lilo & Stitch, Chris Sanders part d’une idée qui lui trotte dans la tête depuis le milieu des années 80. C’est d’ailleurs à l’origine un projet de livre pour enfants qu’il ne parvient pas à placer chez un éditeur. Il se résout donc à la transposer au cinéma. Son idée originelle porte ainsi sur un être étrange, surement extra-terrestre, répondant au nom de Stitch, qui se retrouve sur Terre au milieu d’animaux qui le rejettent : une sorte de Vilain Petit Canard moderne ! Thomas Schumacher, alors président du département de l'animation de Disney, écoute attentivement le jeune artiste lui exposer sa trame et lui confie bien vite que son idée, si bonne soit-elle, comporte une erreur narrative de taille : placer Stitch au milieu des animaux ne lui permet pas, en effet, de le différencier suffisamment avec les autres créatures ! Il lui propose donc de l’inviter chez les humains. Chris Sanders trouve dans cette proposition le déclic qui lui manquait. Il pense immédiatement à une petite fille qui deviendra Lilo ! Avec un  livre illustré à l'aquarelle, il finit de convaincre les dirigeants du studio de Mickey. Roy E. Disney lui donnera un dernier conseil : que Stitch ne soit pas un voleur au sein d'un gang mené par Jumba, et ce, afin de rendre sa transformation de personnalité plus crédible ! Il devient ainsi une expérience génétique, créée par Jumba, et programmée à être mauvaise et solitaire : la rédemption est donc toute disneyenne puisque Stitch est censé être un « méchant » malgré lui !

Durant tout le processus de création, Chris Sanders est aidé par Dean DeBlois au poste de coréalisateur.
Né le 7 juin 1970 à Aylmer au Canada, ce dernier commence sa carrière à Hinton Animation Studios où il travaille comme animateur sur The Raccoons et The Teddy Bear's Picnic. Il rejoint ensuite Don Bluth au Sullivan Bluth Studios en Irlande, notamment pour les films Poucelina et Le Lutin Magique. Son premier projet chez les studios Disney consiste à travailler sur le scénario du Mulan. En 2007, au sortir de la crise entre Chris Sanders et John Lasseter, il décide lui aussi de passer à la concurrence et rejoindre Dreamworks Animation où il retrouve son ami aux cotés duquel il coréalisera Dragons.

Dans l’idée d’offrir à Stitch l’exposition suffisante pour une mise en valeur optimale, les réalisateurs se mettent au tout début du projet à la recherche d'un lieu à la fois suffisamment reculé et fermé pour « isoler la bête » mais aussi suffisamment riche pour convaincre le spectateur de suivre ses aventures. Dans un premier temps, ils envisagent ainsi de situer l'action dans la campagne américaine, au fin fond d’un état reculé à l’exemple du Kansas ou du Kentucky. Pas totalement convaincus, ils poursuivent leurs investigations pour finalement décrocher la timbale. L’idée de situer l'action sur l'île d'Hawaï est, en effet, à l’évidence le petit plus qui change tout ! Elle offre aussi bien l’aspect « lieu fermé » nécessaire à la révélation de Stitch mais aussi une identité culturelle appuyée pour participer à son épanouissement. Mieux encore, l'archipel américain jamais vu dans un Grand Classique Disney donne au film un ton inédit.

Un temps dénommées « îles Sandwich » en l'honneur de leur protecteur, John Montagu, quatrième comte de Sandwich, les iles d’Hawaï constituent donc un archipel de la Polynésie qui fait partie géographiquement d’un vaste ensemble couvrant une grande partie du Pacifique et formant le triangle polynésien, dont les extrémités sont Hawaï au nord, l’île de Pâques au sud-est et la Nouvelle-Zélande au sud-ouest. L’archipel d’Hawaï compte ainsi huit îles principales, alignées du nord-ouest au sud-est sur 2400 km : Niihau, Kauai, Oahu, Molokai, Lanai, Kahoolawe, Maui et Hawaï (appelé aussi «Big Island» ou «Grande-Île»). Hawaï devient le cinquantième état des USA le 21 août 1959 avec pour capitale Honolulu, située dans l'île d'Oahu. Découvert par l'explorateur anglais James Cook en 1778, l’archipel se peuple à l’origine dès le Ve siècle par des Polynésiens qui y développent une culture originale. Estimés à 300 000 en 1778, les natifs hawaïens ne sont plus que 40 000 en 1893, décimés par les fléaux et maladies importés par la "civilisation". Ils restent pour autant très attachés à leurs traditions. La pratique de l’He'enalu, connue mondialement sous le nom de surf, rassemble par exemple sur les plages, les jours de houle, des villages entiers. Le Hula (danse exécutée pour satisfaire les dieux), le Ukulele (instrument à cordes pincées), les chemises imprimées et les colliers de fleurs sont également des symboles fort de l’art de vivre unique et inimitable des Hawaïens qui ne peut, pour autant, se réduire à des images de cartes postales mais bien au contraire porte en lui des valeurs spirituelles fondamentales telles que l'humilité, le respect, le partage, l'écoute des anciens et la relation à la nature ; le tout résumé en un seul mot : Aloha.

L'autre grande notion que véhiculent et défendent les authentiques Hawaiiens est celle de la famille. Elle est, en effet, un des piliers de leur société, une de leurs valeurs essentielles. Ce principe ne recouvre d’ailleurs pas seulement les liens du sang, mais aussi ceux du cœur. Ils le désignent sous le nom de Ohana. Ce terme symbolise ainsi la famille dans ce qu'elle a de plus précieux. Les réalisateurs l’ont bien compris en plaçant au centre des motivations de Lilo cette volonté de protection de sa cellule familiale, brisée par le destin. Avec cela, ils donnent au film un ton foncièrement moderne et actuel en dépeignant une réalité sociale jamais retranscrite dans un Grand Classique. Non seulement, l'action de Lilo & Stitch se déroule à l'époque contemporaine (chose suffisamment rare pour être soulignée dans la filmographie Disney), mais place aussi au centre du récit une famille brinquebalante, outrancièrement menacée par l'Assistance Sociale mal équipée pour jauger de la réalité affective des protagonistes qui accumulent décidément les difficultés avec le chômage (Nani) ou l’exclusion (Stitch, Lilo) en ligne de mire. Lilo & Stitch est de la sorte un film réaliste qui rend encore plus poignant son message sur la famille résumé en une formule par un Stitch poignant en toute fin : il arrive, en effet, à toucher le spectateur avec quelques mots simples mais d’une force incroyable et d’une modernité exemplaire (et inhabituelle chez Disney).

Disney oblige, et si détonnant soit-il dans son ton, Lilo & Stitch ne pouvait raisonnablement pas rester dans le seul registre mélodramatique. Il est donc perfusé à l’humour, assis sur un bon zeste de science-fiction mêlé à une belle dose de cynisme. La méchanceté annoncée de Stitch est ainsi à l’origine de nombreuses scènes drolissimes comme celle où il construit une réplique de San Francisco pour mieux se livrer à sa destruction ou quand il s’évertue à jouer le petit chien modèle alors que son instinct reprend toujours le dessus sur ses bonnes intentions. Enfin, l'action, très présente dans le film avec ses séquences de poursuite en ouverture et conclusion, fait le reste et offre, dès lors, un opus enjoué et rythmé.

Ambitieux dans sa dynamique mélodramatique, Lilo & Stitch parvient, de la sorte, à toujours conserver une forte intensité, alors même que sa trame ne s'assoit pas sur l'éternel affrontement des bons contre les méchants. Ses personnages sont dans ce contexte véritablement attachants ; les duos fonctionnant à plein : de Lilo et Stitch à Jumba et Pikly en passant par Nani et son petit ami David ; tous amènent le spectateur du rire à l'émotion...
Très réaliste dans sa transcription des difficultés que peut rencontrer une famille brisée par le destin, le film dresse d’abord le portrait touchant d'une petite fille meurtrie par le décès de ses parents et qui peine à reprendre une vie normale. Animée de main de maître par le talentueux Andreas Deja, Lilo, qui reste une enfant exubérante et pleine d'espoir, subit, en effet, la solitude de celle qui n’est pas comme les autres. D’abord parce qu’elle est orpheline et ensuite parce que ses passions sont pour le moins envahissantes. Son amour pour le King, Elvis Presley, ou son obstination à prendre les gens en photo lui suscitent ainsi l’incompréhension de son entourage. Tous ses excès sont en réalité à rechercher dans le coup du sort qui a bouleversé sa vie à jamais en la privant de ses parents, la forçant à grandir plus vite, à s’affirmer pour résister à l’adversité ou simplement faire face aux sentiments qui l’assaillent. L’une des scènes qui montre parfaitement la personnalité de Lilo est celle où elle cloue la porte d’entrée de la maison familiale. Elle est alors allongée seule sur le sol du salon, dans la position du mort, et écoute du Elvis, puis répond à sa sœur qui, bloquée dehors, a passé sa tête par la chatière : "Laisse moi mourir en paix"... Difficile de faire plus poignant dans la dimension mélodramatique du personnage !
Expérience 626 (à prononcer « six-deux-six ») est l'identité sous laquelle Stitch voit le jour. Il est l'unique créature de son espèce, fruit d'une expérience illégale extraterrestre conçue dans le seul objectif de détruire ce qui l’entoure. Une fois sur Terre, son instinct de survie l’emporte pourtant sur celui de destruction : il s’acharne alors à trouver un moyen de se fondre dans son nouvel environnement pour sa propre sécurité. Il va pour cela jusqu’à modifier son apparence en résorbant une des deux paires de bras dont il est doté et rétractant ses épines dorsales et antennes : il prétend de la sorte être un chien en attente d’adoption. Il est amusant d’ailleurs de noter qu’il trompe son monde avec les humains mais pas du tout avec ses collègues canins du refuge SPA... Sa rencontre avec Lilo va finir de le changer à jamais. C’est là que se situe tout l’intérêt du personnage ! Il revêt, en effet, une ambivalence remarquable, mi être diabolique, mi peluche de bambin qui le rend terriblement humain et proche des sensibilités contemporaines. Dans un monde empli de cynisme, son mélange d'humour noir, de naïveté et de méchanceté contrebalancé par son introspection personnelle, en fait un personnage devenu l’un des plus aimés de la galaxie Disney aux côtés des toons historiques que sont Mickey et Winnie. Une belle et franche réussite !
A l’image des rôles-titres, les autres personnages de l’opus ne sont pas en reste.
Nani, l’ainée de Lilo, en est, à 19 ans, devenue sa tutrice légale. Elle fait ainsi tout pour garder la tête hors de l'eau même si elle est clairement dépassée par les évènements. Aimant profondément sa benjamine, elle a, en effet bien du mal à faire face à la situation entre le deuil de ses parents, la nécessité de travailler tout en gérant les tâches ménagères, la relation avec David son petit ami (un personnage au grand cœur et simple faire-valoir), la rébellion de sa petite sœur ou la peur des services sociaux... L’une de ses plus belles scènes est sa réconciliation avec Lilo après une énième dispute entre elles. La force de la relation qui les unit est alors exemplaire ! C’est d’ailleurs une projection-test qui est à l’origine du rajout de cette séquence : les réalisateurs s’étant aperçus que le lien de famille entre Lilo et Nani n'était alors pas bien compris par les spectateurs. En insistant dessus, ils ont donc non seulement consolidé le récit mais aussi livré un moment bouleversant.
Stitch n’étant pas le seul à risquer gros dans le film, Nani est, elle, surveillée par l'assistant social Cobra Bubbles. Ce dernier peut en effet lui faire perdre la garde de Lilo ; un nouveau coup dur pour la jeune fille après le décès de ses parents. Fonctionnaire impassible, au pragmatisme extrême et inébranlable, il semble dénué de toute propension à la bienveillance, un sentiment d’ailleurs renforcé par son costume à la Men in Black !
Jumba, quant à lui, est la première menace de Stitch ! C’est en réalité son créateur, un scientifique extraterrestre givré, qui l’a originellement dénommé Expérience 626. Condamné par la Présidente du Grand Conseil à réparer sa faute, le savant-fou doit donc montrer sa bonne volonté en ramenant Stitch dans sa cellule haute-sécurité. Il est aidé dans sa tâche par Pikly, un fonctionnaire choisi par la même présidente en sa qualité de spécialiste du moustique et de la protection de son habitat, la planète Terre. Cyclope de son état, il s’évertue à canaliser Jumba n’hésitant pas à utiliser tous les stratagèmes pour cela, y compris celui de se travestir...
L’autre menace - et en réalité la plus dangereuse pour Stitch – est le Capitaine Gantu missionné lui aussi par la Présidente du Grand Conseil qui se désole des piètres résultats obtenus par Jumba et Pikly. Militaire bête et méchant, ses méthodes sont pour le moins radicales...

A l’image de sa galerie de personnages, l'animation ne souffre d'aucune critique : utilisant avec parcimonie les effets spéciaux, elle prend, en effet, pour base des décors peints à l'aquarelle particulièrement qualitatifs. Choix de Chris Sanders dès ses travaux préparatoires sur le film, cette technique de peinture (utilisée dans les tous premiers longs-métrages Disney tels Blanche Neige et les Sept Nains, Pinocchio ou Dumbo) est idéale pour capter les nuances et la douceur de l'univers d'Hawaï, servant de décors à l’opus. Il s’agit là ainsi de son grand retour, après cinq décennies de disette et sa disparition progressive au profit de la gouache et de la peinture à l'huile.

Décidément bien loti côté scénario, casting et animation, Lilo & Stitch ne pouvait être en reste pour sa musique. Destinée à soutenir le rythme endiablé du film, elle se devait ainsi d’être à la fois immersive et imaginative. L’idée de génie est vite trouvée : elle consiste en un mélange harmonieux des chansons du King avec des airs et ambiances purement hawaïens. Et c'est tout le film qui respire la nostalgie et l'exotisme ! Il y a d’ailleurs dans cette démarche beaucoup de Chris Sanders : fan absolu d'Elvis Presley, il ne pouvait, pour lui, en être autrement de Lilo. Et le réalisateur parvient à obtenir l'impossible. Il réussit à décrocher ce qu’aucun réalisateur n’a obtenu jusqu’alors : l’autorisation des ayants-droits du King ! Mieux encore, ces derniers lui accordent tout : utiliser ses morceaux bien sûr mais aussi montrer la légende, le citer, disserter sur lui, l'imiter, changer ses paroles et même - privilège ultime - réarranger certains de ses morceaux ; le tout proposé sur la bande originale du film, pourtant non distribuée par le label exclusif d'Elvis Presley ! Et ce ne sont pas moins de cinq titres (Stuck on You, Suspicious Minds, Heartbreak Hotel, Devil in Disguise et Hound Dog) chantés par la légende qui sont utilisés dans l’opus, plus un sixième, Burning Love, repris par Wynonna. Viennent s’y rajouter deux autres chansons destinées elles à développer le charme hawaïen du film. Les réalisateurs ont l'excellente idée de les commander à un artiste autochtone, Mark Keali'I Ho'Omalu, aidé dans sa tâche par la chorale d'une école locale, The Kamehameha Schools Children's Chorus. Il en résulte deux des plus beaux airs du film, He Mele No Lilo et Hawaiian Rollercoaster Ride. Et ce n’est pas tout : cette bande-son d’exception conclue par Can't Help Falling in Love, la chanson du générique de fin interprétée par les A*Teens et joliment placée, est complétée d’une musique instrumentale signée d'Alan Silvestri, papa des superbes airs de Retour vers le Futur ou de Qui Veut la Peau de Roger Rabbit, qui signe pour l’occasion des morceaux en adéquation parfaite avec les images qu’ils soutiennent.

Touchée par la grâce, la production de Lilo & Stitch semble devoir ne rien voir lui résister. C’est presque vrai sur toute sa durée sauf lorsque l’Histoire avec un grand H vient y mettre son grain de sel. L’attaque terroriste du 11 septembre 2001 vient en effet bouleverser le monde : deux avions de ligne s’écrasant contre les tours du World Trade Center, les faisant s’écrouler sur elles-mêmes et causant des milliers de morts. Quel rapport avec Lilo & Stitch ? C’est simple : la fin originellement imaginée n’est plus tenable, 626 y étant censé s’emparer d’un boeing 747 dans sa poursuite de Gantu pour délivrer Lilo. L'avion devait ainsi voler en rase motte, zigzaguer entre les gratte-ciels de l'île et les frôler de justesse. La scène, complètement terminée (animée et colorisée) a été, en fait, réalisée dans les toutes premières : une astuce des réalisateurs pour être sûrs qu’elle ne serait pas coupée en cours de projet, au motif d’économie budgétaire. Elle est désormais inutilisable en l’état, la symbolique étant trop forte. Ils obtiennent donc le feu vert pour la remonter et la modifier ; la Direction des studios, - chose rare - ne voyant aucune objection aux coûts supplémentaires découlant de cette décision... Le 747 est alors remplacé par une navette spatiale et la poursuite a lieu dans les montagnes et au dessus de l’océan et non en ville.

Avant le 11 septembre 2001
Après le 11 septembre 2001

L’autre péripétie rencontrée par Lilo & Stitch réside dans l’approche marketing à retenir pour le vendre au grand public. Parler trop de son histoire est impossible sans dévoiler le tournant de personnalité que vivent les protagonistes tandis que présenter ses personnages conduit à la même impasse. Conscient du problème, les réalisateurs décident bien vite de sortir des sentiers battus du marketing Disney et, au contraire, d’en jouer. Ils ont ainsi l'excellente idée de présenter Stitch comme le perturbateur de la galaxie disneyenne ; 626 s’invitant, pour ses bandes-annonces, dans les plus belles scènes des derniers Grands Classiques en date : La Petite Sirène, La Belle et la Bête, Aladdin et Le Roi Lion.
Les critiques saluent, quant à elles, l'originalité du film, son cynisme et son émotion tandis que le public américain ne se fait pas prier pour investir les salles. Avec près de 145 millions de dollars de recettes, Lilo & Stitch devient le plus gros succès de Walt Disney Animation Studios des années 2000 ; seul Raiponce ayant fait mieux ! Joli pied de nez puisqu’il est à l’origine un film B, un projet modeste ! En France, la donne n’est pas la même. Disney, soucieux de se prémunir des ravages du téléchargement et autres piratages, entreprend comme les autres majors américaines, de désormais rapprocher les sorties de ses films dans le monde des dates américaines. Disney France présente donc le film dans l’hexagone à l’entrée de l’été 2002. Or, le public français n’est pas encore (et pour cause) du tout habitué à aller au cinéma à cette période, tout occupé qu’il est à faire les soldes, préparer ses grandes vacances ou passer le bac. Lilo & Stitch flirte ainsi avec quelques 1,5 millions d'entrées, un score piteux pour un Grand Classique Disney, même si depuis, certains ont fait nettement pire.

Chose notable, des deux côtés de l'Atlantique, Lilo & Stitch a acquis au fil du temps, le rang de film culte, Stitch étant notamment devenu un personnage extrêmement populaire. Le marchandisage tourne à plein et sans arrêt depuis sa sortie, notamment les peluches qui s'arrachent, encore aujourd'hui dans les Disney Store et les resorts Disney. Le film a droit également à une série télé, Lilo & Stitch - La Série, un court-métrage, Les Origines de Stitch, et trois suites, Lilo & Stitch 2 : Hawaï, Nous Avons un Problème !, Stitch ! - Le Film et Leroy & Stitch, les deux derniers étant le pilote et la conclusion de la série. Exceptionnel aussi : Lilo & Stitch dispose d’une série délocalisée créée spécialement pour le marché japonais, Stitch !. Enfin, et parmi toutes les sorties vidéo, l'édition collector double DVD doit être saluée tant elle propose assurément le meilleur making-of sur l'élaboration d'un film d'animation Disney. D'une durée de trois heures en comptant tous les modules, il décortique tout le processus créatif d'un Grand Classique en rentrant dans le quotidien de réalisateurs assumant, qui plus est, leur tout premier long-métrage !

Doux mélange des genres, entre exotisme, science-fiction, réalité sociale et humour grinçant, le tout allié à des personnages attachants et une musique envoutante, Lilo & Stitch est le Grand Classique Disney le plus original et le plus décalé de toute la filmographie du studio. C’est d’autant plus remarquable que cet ovni (au sens propre comme au sens figuré) a emporté l’adhésion du grand public et le conserve depuis. D’abord ambitieux, drôle et émouvant, Lilo & Stitch est donc, surtout et désormais, culte : à voir absolument !

L'équipe du film

1961 • 2015
Artiste de Layout

L'édition vidéo

Jaquette Lilo & Stitch
Jaquette Lilo & Stitch
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