Lilo & Stitch, le 42ème long-métrage des Walt Disney Animation
Studios, est assurément leur film le plus détonnant et le plus original.
Mélange de science-fiction, de contrée exotique, de cynisme grinçant, de réalité
sociale, de bons sentiments et de personnages décalés ultra-attachants, il s’en
dégage, en effet, une atmosphère particulière qui lui donne un charme et une force
incroyable. Il est un classique du label des années 2000, et à n’en pas douter,
le meilleur du studio entre
Kuzco, l'Empereur Mégalo et
La Princesse et la Grenouille.

L’Histoire aimant à se répéter : pour Lilo & Stitch, les studios
Disney se trouvent, peu ou prou, dans la même situation que lors de la
production de Dumbo, quelques 60 années plus tôt.
Ils sortent d’abord d'une longue période de films ambitieux (Tarzan, Fantasia 2000,
Dinosaure et
Atlantide, L'Empire Perdu), presque tous mal accueillis commercialement. Ils
viennent ensuite de raviser leur prétention pour Kuzco, l'Empereur Mégalo
en réduisant la voilure à outrance. Ils souhaitent, enfin et désormais, mettre sur
les rails un projet plus modeste techniquement, moins épique, centré sur ses
personnages tout en étant original et fruit de la vision personnelle d'un
réalisateur. Un virage à 180° que ne connait d’ailleurs pas La Planète au
Trésor - Un Nouvel Univers, sorti après Lilo & Stitch, qui en restant
dans le crédo de ses prédécesseurs, se plante lamentablement ! Ils décident pour
cela de faire confiance à un de leur jeune artiste, Chris Sanders, et de confier
entièrement la production à leur studio de Floride qui signe ainsi son deuxième
Grand Classique Disney après
Mulan.

Christopher Michael dit Chris Sanders est né le 12 mars 1962 dans le
Colorado. Après des études à CalArts, dont il sort diplômé en 1984, il travaille
quelques temps pour Marvel Productions sur la série Les Muppet Babies.
Il rentre finalement aux studios Disney en 1987 et travaille sur
Bernard et Bianca au Pays des Kangourous puis
sur le scénario de La Belle et la Bête. Il
participe ensuite aux projets
Mickey Perd la Tête et Fantasia 2000 sur
la séquence des Pins de Rome, puis rejoint l'équipe de scénaristes du (Le) Roi Lion
et de
Mulan. Lilo & Stitch est ainsi son premier long-métrage en tant que
réalisateur. Il travaille par la suite sur le projet American Dog quand
le rachat de Pixar par Disney vient le stopper dans son élan. Il se trouve, en
effet, que
John Lasseter, qui prend alors la
direction du département animation de la nouvelle entité, déteste Lilo &
Stitch qu'il considère trop peu disneyen à son goût. Il n’entend donc pas
voir American Dog prendre le même chemin et demande logiquement à Chris
Sanders de revoir sa copie. Mais les exigences du nouveau patron sont telles que
l’artiste prend ombrage et juge les modifications exigées de lui par trop
éloignées de sa propre vision du film. Le bras de fer se termine par son départ
de Disney, en 2007, après 20 ans de bons et loyaux services. American Dog
est alors confié par
John Lasseter à Byron Howard et Chris
Williams, deux ex-collaborateurs du réalisateur démissionnaire. Le projet
devient Volt, Star
Malgré Lui. Chris Sanders part, quant à lui, à la concurrence chez
Dreamworks Animation où il réalise Dragons, considéré par beaucoup
comme l’un des meilleurs films du studio à l’enfant pécheur de la Lune. Le paradoxe
veut que Chris Sander est encore toujours aujourd’hui à l’affiche de
l’attraction The Art of Disney Animation dans les parcs
Disney's Hollywood Studios,
Walt Disney Studios et
Hong-Kong Disneyland où il donne la réplique à Mushu pour expliquer aux
visiteurs le savoir-faire de Disney !

Pour Lilo & Stitch, Chris Sanders part d’une idée qui lui trotte dans
la tête depuis le milieu des années 80. C’est d’ailleurs à l’origine un projet
de livre pour enfants qu’il ne parvient pas à placer chez un éditeur. Il se
résout donc à la transposer au cinéma. Son idée originelle porte ainsi sur un
être étrange, surement extra-terrestre, répondant au nom de Stitch, qui se
retrouve sur Terre au milieu d’animaux qui le rejettent : une sorte de Vilain
Petit Canard moderne ! Thomas Schumacher, alors président du département de
l'animation de Disney, écoute attentivement le jeune artiste lui exposer sa
trame et lui confie bien vite que son idée, si bonne soit-elle, comporte une
erreur narrative de taille : placer Stitch au milieu des animaux ne lui permet
pas, en effet, de le différencier suffisamment avec les autres créatures ! Il lui
propose donc de l’inviter chez les humains. Chris Sanders trouve dans cette
proposition le déclic qui lui manquait. Il pense immédiatement à une petite fille
qui deviendra Lilo ! Avec un livre illustré à l'aquarelle, il finit de
convaincre les dirigeants du studio de Mickey.
Roy E. Disney lui donnera un dernier
conseil : que Stitch ne soit pas un voleur au sein d'un gang mené par Jumba, et
ce, afin de rendre sa transformation de personnalité plus crédible ! Il devient
ainsi une expérience génétique, créée par Jumba, et programmée à être mauvaise
et solitaire : la rédemption est donc toute disneyenne puisque Stitch est censé
être un « méchant » malgré lui !

Durant tout le processus de création, Chris Sanders est aidé par Dean DeBlois
au poste de coréalisateur.
Né le 7 juin 1970 à Aylmer au Canada, ce dernier commence sa carrière à
Hinton Animation Studios où il travaille comme animateur sur The Raccoons
et The Teddy Bear's Picnic. Il rejoint ensuite Don Bluth au Sullivan
Bluth Studios en Irlande, notamment pour les films Poucelina et Le
Lutin Magique. Son premier projet chez les studios Disney consiste à
travailler sur le scénario du
Mulan. En 2007, au sortir de la crise entre Chris
Sanders et
John Lasseter, il décide lui aussi de
passer à la concurrence et rejoindre Dreamworks Animation où il retrouve
son ami aux cotés duquel il coréalisera Dragons.

Dans l’idée d’offrir à Stitch l’exposition suffisante pour une mise en valeur
optimale, les réalisateurs se mettent au tout début du projet à la recherche
d'un lieu à la fois suffisamment reculé et fermé pour « isoler la bête » mais
aussi suffisamment riche pour convaincre le spectateur de suivre ses aventures.
Dans un premier temps, ils envisagent ainsi de situer l'action dans la campagne
américaine, au fin fond d’un état reculé à l’exemple du Kansas ou du Kentucky.
Pas totalement convaincus, ils poursuivent leurs investigations pour finalement
décrocher la timbale. L’idée de situer l'action sur l'île d'Hawaï est, en effet,
à l’évidence le petit plus qui change tout ! Elle offre aussi bien l’aspect «
lieu fermé » nécessaire à la révélation de Stitch mais aussi une identité
culturelle appuyée pour participer à son épanouissement. Mieux encore,
l'archipel américain jamais vu dans un Grand Classique Disney donne au film un
ton inédit.

Un temps dénommées « îles Sandwich » en l'honneur de leur protecteur, John
Montagu, quatrième comte de Sandwich, les iles d’Hawaï constituent donc un
archipel de la Polynésie qui fait partie géographiquement d’un vaste ensemble
couvrant une grande partie du Pacifique et formant le triangle polynésien, dont
les extrémités sont Hawaï au nord, l’île de Pâques au sud-est et la
Nouvelle-Zélande au sud-ouest. L’archipel d’Hawaï compte ainsi huit îles
principales, alignées du nord-ouest au sud-est sur 2400 km : Niihau, Kauai,
Oahu, Molokai, Lanai, Kahoolawe, Maui et Hawaï (appelé aussi «Big Island» ou
«Grande-Île»). Hawaï devient le cinquantième état des USA le 21 août 1959 avec
pour capitale Honolulu, située dans l'île d'Oahu. Découvert par l'explorateur
anglais James Cook en 1778, l’archipel se peuple à l’origine dès le Ve siècle
par des Polynésiens qui y développent une culture originale. Estimés à 300 000
en 1778, les natifs hawaïens ne sont plus que 40 000 en 1893, décimés par les
fléaux et maladies importés par la "civilisation". Ils restent pour autant très
attachés à leurs traditions. La pratique de l’He'enalu, connue mondialement sous
le nom de surf, rassemble par exemple sur les plages, les jours de houle, des
villages entiers. Le Hula (danse exécutée pour satisfaire les dieux), le Ukulele
(instrument à cordes pincées), les chemises imprimées et les colliers de fleurs
sont également des symboles fort de l’art de vivre unique et inimitable des
Hawaïens qui ne peut, pour autant, se réduire à des images de cartes postales
mais bien au contraire porte en lui des valeurs spirituelles fondamentales
telles que l'humilité, le respect, le partage, l'écoute des anciens et la
relation à la nature ; le tout résumé en un seul mot : Aloha.

L'autre grande notion que véhiculent et défendent les authentiques Hawaiiens
est celle de la famille. Elle est, en effet, un des piliers de leur société, une
de leurs valeurs essentielles. Ce principe ne recouvre d’ailleurs pas seulement
les liens du sang, mais aussi ceux du cœur. Ils le désignent sous le nom de
Ohana. Ce terme symbolise ainsi la famille dans ce qu'elle a de plus précieux.
Les réalisateurs l’ont bien compris en plaçant au centre des motivations de Lilo
cette volonté de protection de sa cellule familiale, brisée par le destin. Avec
cela, ils donnent au film un ton foncièrement moderne et actuel en dépeignant
une réalité sociale jamais retranscrite dans un Grand Classique. Non seulement,
l'action de Lilo & Stitch se déroule à l'époque contemporaine (chose
suffisamment rare pour être soulignée dans la filmographie Disney), mais place
aussi au centre du récit une famille brinquebalante, outrancièrement menacée par
l'Assistance Sociale mal équipée pour jauger de la réalité affective des
protagonistes qui accumulent décidément les difficultés avec le chômage (Nani)
ou l’exclusion (Stitch, Lilo) en ligne de mire. Lilo & Stitch est de la
sorte un film réaliste qui rend encore plus poignant son message sur la famille
résumé en une formule par un Stitch poignant en toute fin : il arrive, en effet,
à toucher le spectateur avec quelques mots simples mais d’une force incroyable
et d’une modernité exemplaire (et inhabituelle chez Disney).

Disney oblige, et si détonnant soit-il dans son ton, Lilo & Stitch ne
pouvait raisonnablement pas rester dans le seul registre mélodramatique. Il est
donc perfusé à l’humour, assis sur un bon zeste de science-fiction mêlé à une
belle dose de cynisme. La méchanceté annoncée de Stitch est ainsi à l’origine de
nombreuses scènes drolissimes comme celle où il construit une réplique de San
Francisco pour mieux se livrer à sa destruction ou quand il s’évertue à jouer le
petit chien modèle alors que son instinct reprend toujours le dessus sur ses
bonnes intentions. Enfin, l'action, très présente dans le film avec ses
séquences de poursuite en ouverture et conclusion, fait le reste et offre, dès
lors, un opus enjoué et rythmé.

Ambitieux dans sa dynamique mélodramatique, Lilo & Stitch parvient, de
la sorte, à toujours conserver une forte intensité, alors même que sa trame ne
s'assoit pas sur l'éternel affrontement des bons contre les méchants. Ses
personnages sont dans ce contexte véritablement attachants ; les duos
fonctionnant à plein : de Lilo et Stitch à Jumba et Pikly en passant par Nani et
son petit ami David ; tous amènent le spectateur du rire à l'émotion...
Très réaliste dans sa transcription des difficultés que peut rencontrer une
famille brisée par le destin, le film dresse d’abord le portrait touchant d'une
petite fille meurtrie par le décès de ses parents et qui peine à reprendre une
vie normale. Animée de main de maître par le talentueux
Andreas Deja, Lilo, qui reste une enfant
exubérante et pleine d'espoir, subit, en effet, la solitude de celle qui n’est
pas comme les autres. D’abord parce qu’elle est orpheline et ensuite parce que
ses passions sont pour le moins envahissantes. Son amour pour le King, Elvis
Presley, ou son obstination à prendre les gens en photo lui suscitent ainsi
l’incompréhension de son entourage. Tous ses excès sont en réalité à rechercher
dans le coup du sort qui a bouleversé sa vie à jamais en la privant de ses
parents, la forçant à grandir plus vite, à s’affirmer pour résister à
l’adversité ou simplement faire face aux sentiments qui l’assaillent. L’une des
scènes qui montre parfaitement la personnalité de Lilo est celle où elle cloue
la porte d’entrée de la maison familiale. Elle est alors allongée seule sur le
sol du salon, dans la position du mort, et écoute du Elvis, puis répond à sa
sœur qui, bloquée dehors, a passé sa tête par la chatière : "Laisse moi mourir
en paix"... Difficile de faire plus poignant dans la dimension mélodramatique du
personnage !
Expérience 626 (à prononcer « six-deux-six ») est l'identité sous laquelle
Stitch voit le jour. Il est l'unique créature de son espèce, fruit d'une
expérience illégale extraterrestre conçue dans le seul objectif de détruire ce
qui l’entoure. Une fois sur Terre, son instinct de survie l’emporte pourtant sur
celui de destruction : il s’acharne alors à trouver un moyen de se fondre dans
son nouvel environnement pour sa propre sécurité. Il va pour cela jusqu’à
modifier son apparence en résorbant une des deux paires de bras dont il est doté
et rétractant ses épines dorsales et antennes : il prétend de la sorte être un
chien en attente d’adoption. Il est amusant d’ailleurs de noter qu’il trompe son
monde avec les humains mais pas du tout avec ses collègues canins du refuge
SPA... Sa rencontre avec Lilo va finir de le changer à jamais. C’est là que se
situe tout l’intérêt du personnage ! Il revêt, en effet, une ambivalence
remarquable, mi être diabolique, mi peluche de bambin qui le rend terriblement
humain et proche des sensibilités contemporaines. Dans un monde empli de
cynisme, son mélange d'humour noir, de naïveté et de méchanceté contrebalancé
par son introspection personnelle, en fait un personnage devenu l’un des plus
aimés de la galaxie Disney aux côtés des toons historiques que sont Mickey et
Winnie. Une belle et franche réussite !
A l’image des rôles-titres, les autres personnages de l’opus ne sont pas en
reste.
Nani, l’ainée de Lilo, en est, à 19 ans, devenue sa tutrice légale. Elle fait
ainsi tout pour garder la tête hors de l'eau même si elle est clairement
dépassée par les évènements. Aimant profondément sa benjamine, elle a, en effet
bien du mal à faire face à la situation entre le deuil de ses parents, la
nécessité de travailler tout en gérant les tâches ménagères, la relation avec
David son petit ami (un personnage au grand cœur et simple faire-valoir), la
rébellion de sa petite sœur ou la peur des services sociaux... L’une de ses plus
belles scènes est sa réconciliation avec Lilo après une énième dispute entre
elles. La force de la relation qui les unit est alors exemplaire ! C’est
d’ailleurs une projection-test qui est à l’origine du rajout de cette séquence :
les réalisateurs s’étant aperçus que le lien de famille entre Lilo et Nani
n'était alors pas bien compris par les spectateurs. En insistant dessus, ils ont
donc non seulement consolidé le récit mais aussi livré un moment bouleversant.
Stitch n’étant pas le seul à risquer gros dans le film, Nani est, elle,
surveillée par l'assistant social Cobra Bubbles. Ce dernier peut en effet lui
faire perdre la garde de Lilo ; un nouveau coup dur pour la jeune fille après le
décès de ses parents. Fonctionnaire impassible, au pragmatisme extrême et
inébranlable, il semble dénué de toute propension à la bienveillance, un
sentiment d’ailleurs renforcé par son costume à la Men in Black !
Jumba, quant à lui, est la première menace de Stitch ! C’est en réalité son
créateur, un scientifique extraterrestre givré, qui l’a originellement dénommé
Expérience 626. Condamné par la Présidente du Grand Conseil à réparer
sa faute, le savant-fou doit donc montrer sa bonne volonté en ramenant Stitch
dans sa cellule haute-sécurité. Il est aidé dans sa tâche par Pikly, un
fonctionnaire choisi par la même présidente en sa qualité de spécialiste du
moustique et de la protection de son habitat, la planète Terre. Cyclope de son
état, il s’évertue à canaliser Jumba n’hésitant pas à utiliser tous les
stratagèmes pour cela, y compris celui de se travestir...
L’autre menace - et en réalité la plus dangereuse pour Stitch – est le Capitaine
Gantu missionné lui aussi par la Présidente du Grand Conseil qui se
désole des piètres résultats obtenus par Jumba et Pikly. Militaire bête et
méchant, ses méthodes sont pour le moins radicales...

A l’image de sa galerie de personnages, l'animation ne souffre d'aucune
critique : utilisant avec parcimonie les effets spéciaux, elle prend, en effet,
pour base des décors peints à l'aquarelle particulièrement qualitatifs. Choix de
Chris Sanders dès ses travaux préparatoires sur le film, cette technique de
peinture (utilisée dans les tous premiers longs-métrages Disney tels Blanche Neige et les Sept Nains,
Pinocchio ou Dumbo)
est idéale pour capter les nuances et la douceur de l'univers d'Hawaï, servant
de décors à l’opus. Il s’agit là ainsi de son grand retour, après cinq décennies
de disette et sa disparition progressive au profit de la gouache et de la
peinture à l'huile.

Décidément bien loti côté scénario, casting et animation, Lilo & Stitch
ne pouvait être en reste pour sa musique. Destinée à soutenir le rythme endiablé
du film, elle se devait ainsi d’être à la fois immersive et imaginative. L’idée
de génie est vite trouvée : elle consiste en un mélange harmonieux des chansons
du King avec des airs et ambiances purement hawaïens. Et c'est tout le film qui
respire la nostalgie et l'exotisme ! Il y a d’ailleurs dans cette démarche
beaucoup de Chris Sanders : fan absolu d'Elvis Presley, il ne pouvait, pour lui,
en être autrement de Lilo. Et le réalisateur parvient à obtenir l'impossible. Il
réussit à décrocher ce qu’aucun réalisateur n’a obtenu jusqu’alors :
l’autorisation des ayants-droits du King ! Mieux encore, ces derniers lui accordent tout : utiliser ses
morceaux bien sûr mais aussi montrer la légende, le citer, disserter sur lui,
l'imiter, changer ses paroles et même - privilège ultime - réarranger certains
de ses morceaux ; le tout proposé sur la bande originale du film, pourtant non
distribuée par le label exclusif d'Elvis Presley ! Et ce ne sont pas moins de
cinq titres (Stuck on You, Suspicious Minds, Heartbreak Hotel,
Devil in Disguise et Hound Dog) chantés par la légende qui sont
utilisés dans l’opus, plus un sixième, Burning Love, repris par Wynonna.
Viennent s’y rajouter deux autres chansons destinées elles à développer le
charme hawaïen du film. Les réalisateurs ont l'excellente idée de les commander
à un artiste autochtone, Mark Keali'I Ho'Omalu, aidé dans sa tâche par la
chorale d'une école locale, The Kamehameha Schools Children's Chorus. Il en
résulte deux des plus beaux airs du film, He Mele No Lilo et Hawaiian
Rollercoaster Ride. Et ce n’est pas tout : cette bande-son d’exception
conclue par Can't Help Falling in Love, la chanson du générique de fin
interprétée par les A*Teens et joliment placée, est complétée d’une musique
instrumentale signée d'Alan Silvestri, papa des superbes airs de Retour vers
le Futur ou de Qui Veut la Peau
de Roger Rabbit, qui signe pour l’occasion des morceaux en adéquation
parfaite avec les images qu’ils soutiennent.

Touchée par la grâce, la production de Lilo & Stitch semble devoir ne
rien voir lui résister. C’est presque vrai sur toute sa durée sauf lorsque
l’Histoire avec un grand H vient y mettre son grain de sel. L’attaque terroriste
du 11 septembre 2001 vient en effet bouleverser le monde : deux avions de ligne
s’écrasant contre les tours du World Trade Center, les faisant s’écrouler sur
elles-mêmes et causant des milliers de morts. Quel rapport avec Lilo & Stitch
? C’est simple : la fin originellement imaginée n’est plus tenable, 626 y étant
censé s’emparer d’un boeing 747 dans sa poursuite de Gantu pour délivrer Lilo.
L'avion devait ainsi voler en rase motte, zigzaguer entre les gratte-ciels de
l'île et les frôler de justesse. La scène, complètement terminée (animée et
colorisée) a été, en fait, réalisée dans les toutes premières : une astuce des
réalisateurs pour être sûrs qu’elle ne serait pas coupée en cours de projet, au
motif d’économie budgétaire. Elle est désormais inutilisable en l’état, la
symbolique étant trop forte. Ils obtiennent donc le feu vert pour la remonter et
la modifier ; la Direction des studios, - chose rare - ne voyant aucune
objection aux coûts supplémentaires découlant de cette décision... Le 747 est
alors remplacé par une navette spatiale et la poursuite a lieu dans les
montagnes et au dessus de l’océan et non en ville.
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| Avant le 11 septembre 2001 |
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Après le 11 septembre 2001 |
L’autre péripétie rencontrée par Lilo & Stitch réside dans l’approche
marketing à retenir pour le vendre au grand public. Parler trop de son histoire
est impossible sans dévoiler le tournant de personnalité que vivent les
protagonistes tandis que présenter ses personnages conduit à la même impasse.
Conscient du problème, les réalisateurs décident bien vite de sortir des
sentiers battus du marketing Disney et, au contraire, d’en jouer. Ils ont ainsi
l'excellente idée de présenter Stitch comme le perturbateur de la galaxie
disneyenne ; 626 s’invitant, pour ses bandes-annonces, dans les plus belles
scènes des derniers Grands Classiques en date : La Petite Sirène,
La Belle et la Bête,
Aladdin et Le Roi Lion.
Les critiques saluent, quant à elles, l'originalité du film, son cynisme et son
émotion tandis que le public américain ne se fait pas prier pour investir les
salles. Avec près de 145 millions de dollars de recettes, Lilo & Stitch
devient le plus gros succès de Walt Disney Animations Studios des années
2000 ; seul Raiponce ayant fait mieux ! Joli
pied de nez puisqu’il est à l’origine un film B, un projet modeste ! En France,
la donne n’est pas la même. Disney, soucieux de se prémunir des ravages du
téléchargement et autres piratages, entreprend comme les autres majors
américaines, de désormais rapprocher les sorties de ses films dans le monde des
dates américaines. Disney France présente donc le film dans l’hexagone à
l’entrée de l’été 2002. Or, le public français n’est pas encore (et pour cause) du
tout habitué à aller au cinéma à cette période, tout occupé qu’il est à faire
les soldes, préparer ses grandes vacances ou passer le bac. Lilo & Stitch
flirte ainsi avec quelques 1,5 millions d'entrées, un score piteux pour un Grand
Classique Disney, même si depuis, certains ont fait nettement pire depuis.


Chose notable, des deux côtés de l'Atlantique, Lilo & Stitch a acquis
au fil du temps, le rang de film culte, Stitch étant notamment devenu un
personnage extrêmement populaire. Le marchandisage tourne à plein et sans arrêt depuis sa
sortie, notamment les peluches qui s'arrachent, encore aujourd'hui dans
les Disney Store et les resorts Disney. Le film a droit également à une série
télé,
Lilo & Stitch - La Série, un
court-métrage, Les Origines
de Stitch, et trois suites, Lilo & Stitch 2 :
Hawaï, Nous Avons un Problème !, Stitch ! - Le
Film et Leroy & Stitch, les deux derniers
étant le pilote et la conclusion de la série. Exceptionnel aussi : Lilo &
Stitch dispose d’une série délocalisée créée spécialement pour le marché
japonais, Stitch !. Enfin, et parmi toutes les sorties vidéo, l'édition
collector double DVD doit être saluée tant elle propose assurément le meilleur
making-of sur l'élaboration d'un film d'animation Disney. D'une durée de trois
heures en comptant tous les modules, il décortique tout le processus créatif
d'un Grand Classique en rentrant dans le quotidien de réalisateurs assumant, qui
plus est, leur tout premier long-métrage !

Doux mélange des genres, entre exotisme, science-fiction, réalité sociale et
humour grinçant, le tout allié à des personnages attachants et une musique
envoutante, Lilo & Stitch est le Grand Classique Disney le plus original
et le plus décalé de toute la filmographie du studio. C’est d’autant plus
remarquable que cet ovni (au sens propre comme au sens figuré) a emporté
l’adhésion du grand public et le conserve depuis. D’abord ambitieux, drôle et
émouvant, Lilo & Stitch est donc, surtout et désormais, culte : à voir
absolument !