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Rencontre avec Andreas Deja

L'article

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Publié le 01 mars 2011

Andreas Deja est entré aux Walt Disney Animation Studios à l'âge de 20 ans. Il a d'abord travaillé avec Eric Larson sur le design, les costumes et l'animation de Taram et le Chaudron Magique. Il s'est ensuite occupé de la Reine Mousetoria et son double mécanique dans Basil, Détective Privé puis du design de plusieurs personnages d'Oliver et Compagnie. Il est ensuite parti à Londres et a travaillé sur Qui Veut la Peau de Roger Rabbit. De retour à Burbank, il s'est chargé de Triton (La Petite Sirène), Gaston (La Belle et la Bête), Jafar (Aladdin), Scar (Le Roi Lion), Mickey (Mickey Perd la Tête, réalisé aux studios français de Montreuil), Hercule, Lilo (Lilo & Stitch) et du Grand Prince de la Forêt (Bambi 2). Récemment, il a animé Dingo (Comment Brancher son Home Cinéma), a contribué au court-métrage The Ballad of Nessie, a créé Mama Odie (La Princesse et la Grenouille) et a animé Tigrou (Winnie l'Ourson, sortie prévue cette année). Passionné par son art, il supervise la restauration de nombreux films d'animation pour leur sortie en DVD puis en Blu-ray Disc (notamment ceux de l'Âge d'Or : Blanche Neige et les Sept Nains, Pinocchio, Dumbo, Bambi).

Nous avons eu la chance de le rencontrer à Paris, dans les locaux de Walt Disney Studios Motion Pictures France.

Andreas Deja

Dash : Bambi représentait une nouvelle étape dans l'animation Disney, les animaux ayant été animés de façon plus réaliste qu'à l'habitude. En quoi ce film vous inspire-t-il en tant qu'animateur ?

Andreas Deja : Il a eu un certain impact sur moi. Le premier film que j'ai vu était Le Livre de la Jungle. Environ un an après, j'avais à peu près dix ou onze ans, j'ai écrit aux Walt Disney Studios pour leur poser des questions, notamment pour savoir comment je pouvais devenir un animateur Disney, quelles études je devais faire, etc.

Ils m'ont répondu ! J'ai reçu une lettre de la part de "Walt Disney Productions", j'avais le cœur qui battait énormément (j'ai toujours la lettre) et qui disait très clairement : "Si vous voulez faire carrière dans l'animation telle que nous la concevons, ne nous envoyez pas de croquis de Mickey Mouse et Donald Duck parce que, ça, c'est le genre de choses qu'on peut vous apprendre nous-mêmes. Allez dans une école d'art, apprenez à dessiner le corps humain et allez dessiner des animaux au zoo." Et ça n'avait aucun sens pour moi en tant qu'enfant, je me disais "Quoi ? Je croyais qu'il s'agissait de faire du dessin animé !"

Et là, quelque temps après, peut-être deux ans, Bambi est ressorti au cinéma. Vous savez, à cette époque, c'était tous les cinq ou six ans, il fallait attendre, attendre, attendre... pour enfin pouvoir le revoir au cinéma. Je suis donc allé le voir et il y a cette scène où Bambi apprend à marcher, à connaître son environnement. Et j'ai alors repensé à cette lettre en me disant qu'en effet, il fallait connaître parfaitement le monde réel, les véritables animaux avant de pouvoir se lancer dans la caricature. Regardez ce faon qui apprend à marcher, bien sûr qu'en tant qu'animateur il faut connaître l'anatomie, savoir où sont les muscles, les articulations parce que c'est avec cela que vous travaillez. Particulièrement pour Bambi, c'est difficile de nier qu'il faut connaître les vrais animaux avant de créer un animal de dessin animé. Voilà donc la leçon que j'ai retenu de ce film.

Bambi et Bambi 2 seront disponibles
pour la 1ère fois en Blu-Ray dès le 02 mars 2011

Zuzu : Après beaucoup d'années de travail aux Walt Disney Animation Studios, vous avez travaillé sur Bambi 2 avec les DisneyToon Studios. Pouvez-vous nous en parler ?

Andreas Deja : Oui, je vais vous raconter comment ça a commencé. À cette époque, il n'y avait que très peu de projets en animation traditionnelle aux Walt Disney Animation Studios, juste quelques balbutiements de projets qui n'en étaient qu'au stade de développement préliminaire. Le réalisateur de Bambi 2, Brian Pimental, qui venait des Walt Disney Animation Studios avant qu'il ne rejoigne DisneyToon Studios, m'a alors dit : "Tu sais, si tu n'as pas grand chose à faire en ce moment, on apprécierait beaucoup ton aide pour notre film, Bambi 2 !

- Bambi 2 ?!" lui ai-je fait.

Je n'étais vraiment pas du tout emballé par l'idée. Il m'a alors répondu "Nous comprenons ta réaction mais pourquoi ne viendrais-tu pas à une projection test la semaine prochaine, tout en storyboard (c'était en fait le storyreel, c'est-à-dire que le storyboard était déjà filmé et synchronisé à une bande sonore et une musique temporaire). Jette un coup d'œil et si ça te plaît, peut-être bien que tu voudras nous aider.

- OK, je passerai très bientôt."

J'y suis allé et j'étais comme ça dans la salle de cinéma (Andreas fait une mine renfrognée, bras croisé, l'air très sceptique et peu avenant), "Allez-y, balancez ce que vous avez !" Et finalement, j'ai été très impressionné. Ils n'avaient pas essayé de changer les personnages. Vous savez, parfois il y a eu des tentatives visant à rendre certains personnages plus cools et modernes, en ajoutant des chansons contemporaines, du rap... Vous savez, j'étais prêt à en voir de toutes les couleurs ! Et ce n'est pas arrivé, j'ai au contraire pensé qu'ils étaient très ressemblants aux personnages originaux. De plus, le film se déroulait au milieu du premier après le coup de feu qui a tué la mère de Bambi, quand son père le conduit dans la forêt. On y découvrait donc ce qui s'était passé à ce moment-là. J'ai trouvé que c'était très intelligent car ça collait bien avec le film original.

J'ai donc assez aimé l'histoire puis je me suis dit : "Animer Bambi ? Oh, mon Dieu ! Quel challenge !" Cette petite chose est le personnage le plus difficile à animer, non pas parce que c'est un animal mais à cause du degré de réalisme. Des personnes me demandent s'il est plus difficile d'animer un être humain ou un animal et ce n'est pas la bonne question qu'il faut poser car c'est le degré de réalisme qui peut vous être fatal ! C'est Cendrillon ou Bambi ! Roger Rabbit ? Pff... du gâteau ! Même Mickey Mouse, après avoir appris quelques subtilités, c'est facile car il n'est pas réaliste. Et non seulement ça mais en plus, la façon dont ils animaient Bambi était en accord avec la musique : chaque pas correspondait à une note, c'était de la pure poésie. Non seulement c'était réaliste, logique et correct techniquement parlant mais en plus le mouvement était poétique. C'était donc un vrai défi et je leur ai dit : "OK, je vais vous aider mais il faut que j'aille voir Frank Thomas et Ollie Johnston" qui étaient toujours vivants à cette époque.

J'ai eu une discussion avec eux à propos de Bambi. On a parlé des heures durant de leurs méthodes de travail, de toutes les recherches qu'ils avaient effectuées, du fait qu'il y avait de vrais animaux dans le studio ou même des cadavres de créatures de la forêt. Ils m'ont dit à quel point partout l'odeur y était pestilentielle. Ils les ont donc étudiés, y ont accolé des personnalités puis les ont dessinés. Walt passait très souvent les voir, beaucoup plus que pour les autres films. Dumbo, par exemple, a été fait beaucoup plus rapidement. Bambi était vraiment un film spécial pour eux, ils y ont passé six ans, il me semble. Je ne sais plus exactement mais plus que pour les autres. Bref, on a parlé beaucoup du film et, à la fin, avant que je parte, Frank Thomas m'a dit "Bonne chance." (rires) C'était typique de Frank Thomas, vous savez, il était comme ça.

Mais je me suis dit que ça serait un beau défi d'au moins essayer pour voir comment c'était de travailler de cette manière. J'ai fait quelques animations tests et j'ai adoré. Mais mon rôle n'étais pas uniquement de faire de l'animation, j'ai aussi aidé les autres animateurs, d'une part à propos des modèles, des graphismes des personnages et, d'autre part, à propos de l'animation en elle-même, j'ai tenu des cours d'anatomie sur les cerfs.

Crystal : Pocahontas, Une Légende Indienne, Le Bossu de Notre-Dame, Mulan et Tarzan sont les quatre films d'animation des années 90 sur lesquels vous n'avez pas travaillé. Quel personnage de ces films auriez-vous aimé animer ?

Andreas Deja : Esméralda. J'ai demandé si je pouvais l'animer le jour où on m'a proposé de m'occuper de Frollo. Et je leur ai dit que j'avais fait suffisamment de méchants (NDLR : Andreas a animé Gaston, Jafar puis Scar) et que je voulais vraiment essayer de faire Esméralda. J'ai pensé qu'une bohémienne pouvait permettre beaucoup de mouvements et d'émotions.

Et on m'a dit que j'avais demandé un peu trop tard. Tony Fucile avait déjà demandé de l'animer six mois auparavant. C'est une des rares fois où je n'ai pas pu obtenir le personnage que je voulais, j'y parviens habituellement. Non pas parce que j'insiste "Je le veux ! Je le veux !" mais parce que les choses se passent ainsi quand on montre un réel enthousiasme pour un personnage, ils savent qu'on sera bon pour l'animer.

Mama Odie

Par exemple, dans La Princesse et la Grenouille, le seul personnage que je voulais faire était Mama Odie. C'est dommage qu'elle ait un rôle limité dans le film (ça m'a néanmoins permis d'aider les animateurs du Dr. Facilier), j'ai essayé de faire en sorte qu'elle apparaisse plus mais ce n'était pas possible. Je voulais surtout faire un type de personnage que je n'avais jamais fait auparavant et Esmeralda aurait été quelqu'un que j'aurais vraiment adoré animer. Et elle aurait été différente de ce qu'elle est au final.

Dash : Pouvez-vous nous donner une petite information ou une anecdote concernant Winnie l'Ourson sur lequel vous animez Tigrou ?

Tigrou et ses amis

Andreas Deja : Le film est très fidèle au livre d'origine, on joue avec les bases de cet univers. Notamment les fautes d'orthographes menant à des quiproquos. Vous savez que si Tigrou s'appelle Tigger en anglais, c'est parce que Jean-Christophe ne savait pas correctement écrire et prononcer "tiger", un tigre. Dans le prochain film, on aura une note de Jean-Christophe qui écrit quelque chose comme "baksoon" et les personnages vont croire à un monstre, le Baksoon, alors qu'il s'agissait d'une mauvais orthographie de "back soon", "je reviens bientôt".