Produit par Marvel Studios, une filiale appartenant à 100% à la Walt
Disney Company, Thor est un film distribué par Paramount Pictures.
Mélangeant habilement les éléments de la mythologie nordique aux codes des
supers héros en passant par des effets spéciaux démentiels au service de
personnages charismatiques et attachants, l'opus est assurément une bonne
surprise. Il constitue ainsi un excellent moment de divertissement évitant le
piège du kitch que la bande-annonce laissait pourtant présager...

Thor est à l’origine un personnage de fiction, super-héros, appartenant à
l'univers de Marvel Comics. Créé par Stan Lee et Jack Kirby, il apparait
pour la première fois dans Journey into Mystery #83 en 1962. Habitant d’Asgard,
son statut divin est basé sur son homologue de la mythologie nordique. Après
quelques mois d'hésitation, Stan Lee - le scénariste - développe autour de lui
un univers qui lui est propre, lui adjoignant notamment des camarades
directement issus des contes et légendes. Jack Kirby - le dessinateur - qui
avait laissé un temps la série entre les mains de différents confrères, reprend
le poste de manière régulière. Il imagine alors la plupart de ses personnages
hauts en couleur (dont la belle Sif, guerrière énamourée de Thor) et construit
un univers particulièrement visionnaire, offrant de jolies scènes cosmiques et
autant de moments épiques. Le numéro 125 de Journey into Mystery marque
enfin la reconnaissance de la popularité du personnage en prenant le titre de
the Mighty Thor.

Le comics comme le film se base donc sur la mythologie nordique. Thor y est
le fils du dieu souverain, Odin et de la personnification de la Terre, Jörd. Il
est un très puissant guerrier, d'une force colossale inégalée. Outre ses poings,
son arme de prédilection est un marteau de guerre à manche court appelé Mjöllnir
qui lui revient toujours après chaque lancer ; l’outil présentant également la
particularité de provoquer la foudre...

Avant le cinéma, Thor a fait de très nombreuses apparitions à la télévision
notamment dans l’Animation. Il est apparu ainsi en caméo dans les séries animées
marveliennes telles (dans les années 80) Spider-Man et Spider-Man and
His Amazing Friends ; (dans les années 90) Fantastic Four,
L'Incroyable Hulk et X-Men ; (dans les années 2000) The Super Hero
Squad Show ; et enfin, (dans les années 2010) The Avengers : Earth's
Mightiest Heroes.
Dans le genre des longs-métrages d’animation, Thor est au casting des (Les)
Vengeurs Ultimate, Les Vengeurs Ultimate 2, Next Avengers : Heroes
of Tomorrow, Hulk vs Thor, Planète Hulk. Un film lui est aussi
spécialement consacré en 2011 sous le titre Thor - Légendes d'Asgard.
Sa déclinaison « Live » est, en revanche, bien plus chiche. Thor est ainsi à
l’affiche d’un téléfilm de 1988, Le Retour de l'Incroyable Hulk, dont la
trame s’inscrit à la suite de la série d‘Universal, L’Incroyable Hulk,
stoppée en 1982.
Thor est donc la toute première production « Live » jamais centrée sur le
héros divin de Marvel, tout support confondu, télé, vidéo et cinéma !

Curieusement, Marvel propose la réalisation du film à un artiste qui
n’est, a priori, pas du sérail des comics : Kenneth Branagh. Homme de théâtre et
de cinéma, producteur, interprète et réalisateur, il est né à Belfast en 1960.
Le public le connait, entre autres, pour quatre magistrales adaptations
cinématographiques de Shakespeare dont le fameux Henry V, pour laquelle
il est cité à l’Oscar du meilleur réalisateur et du meilleur acteur et décroche
le British Academy Award et le National Board of Review Award du
meilleur réalisateur.
Recul aidant, le choix de Kenneth Branagh s’avère être un coup de maître. Son
savoir-faire cinématographique dans un autre genre, finalement pas si éloigné
que cela, apporte, en effet, à Thor son sens de l’épopée royale. Le
réalisateur développe, il est vrai, de la plus belle des façons, une humanité
sincère dans les relations père / fils. Surtout, il parvient à proposer deux
films en un. Les scènes se situant à Asgard sont ainsi solennelles et emplies de
sentiments épiques et chevaleresques tandis que celles se déroulant sur Terre
sont teintées d’humour et d’autodérision. Kenneth Branagh fait, de la sorte,
cohabiter les deux mondes tout en donnant une saveur particulière à l’ensemble ;
distillant ça et là les enjeux dramatiques avec sa touche personnelle venue tout
droit de sa connaissance de l’œuvre de Shakespeare et de sa volonté soignée de
respecter les codes de Marvel.

Côté technique, le meilleur est au rendez-vous. Les mondes d’Asgard ou de
Jotunheim paraissent, en effet, plus vrais que nature, assis tout deux qu’ils
sont, sur un rendu aussi dépaysant qu’envoutant. Les effets spéciaux sont à ce
titre spectaculaires tout comme les scènes d’actions impressionnantes à souhait.
Seule l’utilisation de la 3D reste finalement contestable tant son apport au
plaisir de découverte est somme toute négligeable. Le format IMAX joue en
revanche à plein et offre une immersion totale, aussi bien dans les lieux divins
que les décors terriens (la photographie des paysages du Nouveau Mexique vaut
notamment le détour !).

Niveau casting, le sans-faute est atteint.
Chris Hemsworth est, à n’en pas douter, parfait dans le rôle de Thor. Si sa
stature gigantesque colle à merveille au personnage, la qualité de son jeu n’est
pas en reste. Il n’est pas, en effet , le gros-bras dépourvu de cervelle que ses
muscles peuvent laisser présager. Au contraire, il est un personnage subtil et
complexe, gagnant en maturité au fil du récit. Délaissant peu à peu son gout de
la fanfaronnade et sa propension à la suffisance, prenant conscience des choses
et des enjeux qui se trament, il devient un personnage terriblement attachant,
tour à tour, drôle et émouvant, robuste et fragile...
Natalie Portman est Jane Foster, la belle qui va faire chavirer le cœur du
super-héros. Dit comme cela, son rôle peut passer pour quantité négligeable. Et
pourtant ! Après, sa remarquable prestation dans Black Swan, l’actrice
revient dans un genre (la science-fiction) qui a fait sa notoriété. Elle est
ainsi dans un rôle qui n’est pas sans rappeler celui tenu dans la seconde
trilogie de Star Wars. Fort de son savoir-faire, elle rend son personnage
attachant, en jouant parfaitement cette ingénue, qui, passionnée par les
phénomènes paranormaux et malmenée par la vie, s’attend à tout trouver, sauf
l’amour...
Anthony Hopkins est un Odin plein de sagesse qui inspire autant le respect que
la crainte. L’acteur, à la carrière impressionnante a, en effet, les ressources
suffisantes pour endosser le rôle de ce Dieu suprême, pris dans les tourments de
ses obligations peu compatibles de père et de roi. Le spectateur ressent alors
parfaitement sa colère, sa douleur ou son désarroi...
Tom Hiddleston joue, quant à lui, Loki, le frère de Thor. Il assume ici un rôle
délicat, balloté entre les sentiments ambigus qu’il ressent à l’endroit tout
spécialement de son frère (dont il jalouse le statut d’ainé) et la révélation
qui bouleverse son existence même...
Thor bénéficie bien évidement de compagnons de route aux personnalités bien
marquées : Sif, la guerrière jouée par Jaimie Alexander ; les trois combattants
Volstagg, Hogun et Fandral (Ray Stevenson, Tadanobu Asano, Joshua Dallas) ; ou
encore Heimdall, le gardien du pont Bifröst, interprété par le charismatique
Idris Elba.

Soucis de cohérence aidants, Thor s’inscrit dans la démarche globale
lancée depuis quelques opus déjà par les studios Marvel. Ayant repris
seul la production de ses films, le label construit, en effet, un univers
cohérent dans le but de relier les uns aux autres. Déjà, la fin d’Iron Man 2
comportait une scène où l’agent du S.H.I.E.L.D., Phil Coulson, arrivait sur les
lieux du cratère formé par le marteau, Mjöllnir et annonçant par la même
l’arrivée imminente de Thor. Thor fait de même et distille de
nombreuses allusions (à rebours celle-là) à L'Incroyable Hulk et Iron
Man sans oublier de cligner des yeux vers The Avengers, le
long-métrage à venir, basé sur la réunion des quatre héros que sont Iron Man,
Hulk, Thor et Captain America.

Excellente surprise qui légitime le choix de Kenneth Branagh de construire
une œuvre bipolaire (à la fois film épique et film de super-héros décomplexé),
Thor offre un divertissement sincère et ambitieux. A savourer sans retenu
!