Les Muppets à Manhattan

Les Muppets à Manhattan
L'affiche du film
Titre original :
The Muppets Take Manhattan
Production :
The Muppets Studio
TriStar Pictures
Date de sortie USA :
Le 13 juillet 1984
Genre :
Marionnettes
Réalisation :
Frank Oz
Musique :
Ralph Burns
Jeff Moss
Durée :
94 minutes

Le synopsis

Les célèbres petites marionnettes sont bien décidées à prendre d'assaut Broadway avec leur spectacle Manhattan Melodies. Après une arrivée mouvementée à New York, les voilà en quête d'un producteur. Hélas, l'accueil est loin d'être enthousiaste...

La critique

rédigée par
★★★

Les Muppets à Manhattan est le troisième film des Muppets au cinéma et le dernier, avant longtemps, où ils jouent leurs propres rôles. Si l’opus est toujours propices aux caméos (dont un avec le casting au grand complet d’1 Rue Sésame) il contient deux pépites scénaristiques : l’introduction de la fameuse série Les Muppets Babies et le mariage de Kermit et Peggy !

Le Muppet Show (The Muppet Show) est une série télévisée américano-britannique en 120 épisodes de 24 minutes, créée par Jim Henson. Elle est diffusée entre le 25 septembre 1976 et le 6 août 1981 sur le réseau de télévision privé ITV1 au Royaume-Uni et sur CBS aux États-Unis. Chaque semaine, Kermit la grenouille et ses amis animent le "Muppet Show" dans un théâtre déjanté où une foule de spectateurs, dont certains sont de vrais habitués, assiste à un programme de variété dont il est permis de se demander s'il va pouvoir être mené à son terme tant le délire est permanent.
En France, la série fait son apparition sur la deuxième chaine publique, Antenne 2 (l’ancêtre de l’actuelle France 2), en 1979. Son succès dans l'hexagone est très important. Il est, d'ailleurs, largement dû au doublage impeccable d'acteurs de talent qui ont su donner à chacun des Muppets, une "épaisseur" incroyable. Roger Carel (Kermit), Micheline Dax (Piggy), Francis Lax (Fozzie) et Gérard Hernandez (Gonzo) ont ainsi tellement marqué de leur empreinte le show que les spectateurs s'en souviennent encore aujourd'hui.
Les personnages des Muppets sont si populaires qu'ils vivent au delà de leur série. Ils se sont déjà exportés au cinéma à travers deux films Les Muppets, Ça C'est du Cinéma ! (1979) et La Grande Aventure des Muppets (1981) ;  Les Muppets à Manhattan constituant le troisième long-métrage des marionnettes.

Après James Frawley et Jim Henson, c’est donc Frank Oz qui se charge de la réalisation d’un long-métrage sur les marionnettes.
Richard Frank Oznowicz, né le 25 mai 1944 à Hereford en Angleterre, connu sous le nom de Frank Oz, est un réalisateur, un acteur et un marionnettiste américain d'origine britannique. À l'âge de cinq ans, il déménage avec ses parents pour la Californie. Après avoir rencontré Jim Henson, le futur auteur du (Le) Muppet Show, à l'âge de dix-sept ans, Frank Oz abandonne le journalisme et rejoint son équipe à New York. Dès 1969, il participe au succès de l'émission enfantine 1, Rue Sésame et crée certains personnages du (Le) Muppet Show, dont Miss Peggy, l'ours Fozzie ou Sam l’aigle. Il est parallèlement marionnettiste dans plus de 75 films ou téléfilms.
Dans ce cadre, le plus connu de ses personnages est certainement le petit maître Jedi Yoda de la série Star Wars. Il est, en effet aussi bien sa voix que l'homme derrière la marionnette et ce, depuis le deuxième film sorti en 1980, Star Wars - Épisode V : L'Empire Contre-Attaque, jusqu'au dernier, Star Wars - Épisode III : La Revanche des Sith, sorti en 2005. Il a d’ailleurs beaucoup d'influence sur l'apparence et la personnalité du personnage, étant à l'origine de la construction inversée des phrases de Yoda.
En 1982, Frank Oz se lance dans la réalisation sur le film fantastique Dark Crystal, en collaboration avec son complice de longue date, Jim Henson. Plus tard, il réalise en 1986 la comédie musicale La Petite Boutique des Horreurs, dont les chansons ont été écrites par Howard Ashman et Alan Menken et signe ensuite bon nombre de comédies dont Quoi de Neuf Bob ? en 1991 chez Touchstone Pictures.
Frank Oz est également acteur ; ses rôles étant en général modestes comme dans The Blues Brothers (1980) ou Un Fauteuil pour Deux (1983).

Par rapport aux deux premiers films de la franchise, Les Muppets à Manhattan présente le gros avantage de placer les Muppets dans la vraie vie. Ce n’est, en effet, pas le road-movie qu’est Les Muppets, Ça C'est du Cinéma ! où le but reste de faire se rencontrer tous les personnages avant que ne se crée Le Muppet Show. Ce n’est pas non plus la folie parodique qu’est La Grande Aventure des Muppets où la frontière entre les personnages jouant un rôle et les personnages dans la réalité reste floue. Non, ici, les Muppets jouent leurs propres rôles dans la vraie vie ! Cela apporte ainsi un peu de fraicheur mais aussi beaucoup de naïveté. C’est également et avant tout le film de Kermit où le batracien va tout faire pour réaliser son rêve et tenter de maintenir réunie sa troupe. Les Muppets à Manhattan perd d’ailleurs en folie ce qu’il gagne en nostalgie. Le scénario est certes déjà vu mais bizarrement, joué par les Muppets, passe merveilleusement bien. Le spectateur ne peut que tomber sous le charme de ce Kermit qui s’évertue à réussir dans la grande ville tout en étant obligé de subvenir à ses besoins. Pourtant et bizarrement, les scènes les plus touchantes restent celles dans le restaurant de Pete et de sa fille Jenny. Il y règne, en effet, une atmosphère familiale apaisante avec son petit grain de folie mélangeant humains et marionnettes. Un résumé parfait de l’univers des Muppets !

La première des scènes à retenir l'attention est assurément la séquence de rêve de Miss Piggy où elle révèle à Kermit qu'elle aurait aimé qu'elle et lui se rencontrent petits. Le spectateur a déjà appris via Les Muppets, Ça C'est du Cinéma !, que la cochonne et la grenouille ne se connaissent que depuis l’âge adulte et non l’enfance. Le pitch de la séquence est donc forcément un rêve et non un flashback. Mais cette séquence va au-delà de sa seule signification scénaristique puisqu’elle introduit une idée de série que Jim Henson exploitera par ailleurs : Les Muppets Babies.
Il s’agit ainsi d’une série télévisée d'animation américaine en 107 épisodes de 30 minutes, créée par Jim Henson, d'après les personnages du Muppet Show et diffusée entre le 15 septembre 1984 (soit deux mois après la sortie des (Les) Muppets à Manhattan) et le 29 décembre 1991 sur le réseau CBS. Le dessin animé mêle parodies, séquences lives (dont de nombreux sur Star Wars ou Indiana Jones) et animation. Dans Les Muppets à Manhattan, la séquence est entièrement faite avec des marionnettes (à la différence de la future série qui est, elle, en animation). Les Muppets Babies réunit les personnages de Bébé Kermit, Bébé Piggy, Bébé Scooter, Bébé Foozie, Bébé Gonzo et Bébé Rowlf. Baby Animal n’est introduit que dans le premier épisode de la série tandis que Bébé Skeeter, la sœur de Scooter, n’est créée que pour elle. Enfin, Bébé Bunsen, Bébé Bean Bunny, Bébé Robin et Bébé Beaker apparaitront également dans la série mais bien plus tard...

L'autre séquence qui retient l'attention dans Les Muppets à Manhattan est assurément le final avec le mariage de Kermit et Miss Piggy. Le spectateur a d’ailleurs du mal à savoir si la scène en question fait partie du spectacle ou se passe dans la réalité ; un doute levé des années plus tard dans Les Muppets, le Retour où le mariage est évoqué clairement. Dans tous les cas, la cérémonie est diablement touchante ! Toutes les marionnettes du (Le) Muppet Show sont bien évidemment présentes dans une assemblée vraiment impressionnante. Un joli clin d'œil est ainsi fait à 1, Rue Sésame dont le casting est réuni dans l’église avec Ernie, Bert, le Gros Oiseau, Elmo ou Macaron. Le mariage de Kermit et Miss Piggy marque bien malgré lui un tournant dans la carrière des Muppets. Les marionnettes vont, en effet, se faire plus rares sur les écrans que cela soit à la télévision ou cinéma. Si elles restent dans le cœur des téléspectateurs via la série animée ; les vrais Muppets disparaissent eux progressivement des écrans radar. D’ailleurs, quand il reviendront au cinéma en 1992, dans Noël chez les Muppets, il s’agira pour eux de jouer un rôle et non d’être eux-mêmes.

Si tous les Muppets ont plus ou moins un grand rôle dans Les Muppets à Manhattan, Kermit, Miss Piggy mais aussi, Gonzo, Fozzie, Rowlf, Scooter, Camilla, Animal, Dr Dent, Janice, Floyd et Zoot sont véritablement mis en avant. A coté d’eux, et c’est une première pour lui, le personnage qui voit sa popularité exploser dans ce film est assurément le rat Rizzo. Il apparait en réalité dans le 18ème épisode de la quatrième saison du (Le) Muppet Show mais y reste un personnage totalement secondaire jusqu'à la fin. Il refait aussi une timide apparition dans La Grande Aventure des Muppets ; mais c'est réellement dans Les Muppets à Manhattan qu'il accède à un rôle conséquent. Il est devenu, depuis, un personnage important des Muppets autant que Kermit, Miss Piggy, Gonzo et Fozzie tout comme Pépé la crevette, créé lui pour la série de 1996, Les Muppets.

En dehors des Muppets, Les Muppets à Manhattan fait, comme il est d’usage dans le genre, la part belle à certains acteurs humains ; trois se partageant ici l'affiche.
Tout d’abord, Louis Zorich est Pete, le restaurateur qui accueille toute la bande de Muppets en tant que serveurs dans son établissement. Le cœur sur la main, il est toujours prêt à donner de bon conseils, le problème étant qu'il est difficilement compréhensible.
Ensuite, Lonny Price joue, quant à lui, Ronnie Crawford le fils d’un producteur de Broadway qui veut se lancer dans le métier en produisant quelque chose d'original. Et quoi de mieux qu'une troupe avec une grenouille, une cochonne, un ours, un chien, une poule... et une "chose" !
Enfin, Juliana Donald interprète la douce Jenny qui devient la confidente de Kermit au grand dam de Miss Piggy qui pique alors une belle crise de jalousie. Jenny est la douceur même et aide de son mieux ses nouveaux amis à trouver leur place à New York.

Comme dans tous les films des Muppets qui se respectent, les caméos sont légions dans Les Muppets à Manhattan. Le spectateur remarque ainsi Frances Bergen comme réceptionniste, Art Carney en tant que Bernard Crawford, Dabney Coleman en Martin Price, James Coco en Mr. Skeffington, Elliott Gould en officier de police, Gregory Hines en patineur à roulette, John Landis en Leonard Winesop, Linda Lavin en doctoresse, Joan Rivers en Eileen ; mais aussi Nathan Hind, Brooke Shields et le maire de New-York de l’époque qui joue son propre rôle Edward I. Koch. Une dernière scène amusante se passe au sein du fameux restaurant de Manhattan, Sardi : Kermit remplace, en effet, sur le mur, le portrait de Liza Minnelli par le sien pour se faire passer pour quelqu'un de connu. La chanteuse s’apercevant du retrait demande alors au vrai propriétaire, Vincent Sardi, Jr., de remettre son cadre... Depuis le tournage de cette séquence, le portrait de Kermit fait lui-aussi partie de la galerie de caricatures du Sardi !

Les Muppets à Manhattan bénéficie comme ses prédécesseurs d’une belle partition de chansons dont le rôle dans le déroulement de l’histoire est toujours important. Le spectateur a ainsi le plaisir d'écouter de nombreux morceaux musicaux, tous plus réussis les uns que les autres, comme Together Again, You Can't Take No for an Answer, Saying Goodbye, Rat Scat, Together Again, I'm Gonna Always Love You (la fameuse chanson des Muppets Babies), Right Where I Belong, Somebody's Getting Married ou He'll Make Me Happy. Jeff Moss, le compositeur de l’opus, reçoit d’ailleurs une nomination pour l'Oscar de la Meilleure Chanson.

Les Muppets à Manhattan est plutôt bien accueilli par la critique. Côté public, le succès est moindre que les deux premiers opus : 25 millions de dollars contre 28 pour Les Muppets, Ça C'est du Cinéma ! et 31 pour La Grande Aventure des Muppets. Son budget de 8 millions de dollars lui permet en revanche de largement se rentabiliser. Il faut néanmoins savoir que The Jim Henson Company, n’ayant pas à l’époque les reins assez solides pour financer seul son troisième long-métrage, s’est alliée avec TriStar Pictures, le jeune label fraichement créé par Columbia Pictures, pour co-produire et distribuer leur film. Cette association a pour conséquence, lors du rachat des Muppets par Disney, de ne pas voir tomber la distribution du long-métrage dans l’escarcelle de The Walt Disney Company même si TriStar Pictures doit lui payer des droits pour l'utilisation des personnages Muppets.

Les Muppets à Manhattan marque à l’évidence la fin d'un cycle pour les Muppets. Dernier film réalisé du vivant de Jim Henson, le créateur semble vouloir alors boucler leurs aventures en imaginant le mariage de Kermit et de Miss Piggy même s’il reste assez ambigu pour laisser ouvertes toutes les suite possibles. Est-ce la réalité ? Est-ce une scène tirée du spectacle Manhattan Melodies ? Un mystère à l’époque, levé, bien plus tard et par d’autres que lui dans Les Muppets, le Retour !

L'édition vidéo

Jaquette Les Muppets à Manhattan
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