Prince of Persia : Les Sables du Temps est la nouvelle super
production pour Disney de Jerry Bruckheimer. Situé à mis chemin entre
Benjamin Gates et le Trésor des Templiers et
Pirates des Caraïbes : La Malédiction du Black Pearl,
le film est une aventure menée tambour battant, à la fois épique, époustouflante
et haletante. L'archétype même du blockbuster hollywoodien où l'ennui n'a pas sa
place.

Prince of Persia : Les Sables du Temps nait sur l'idée d'adapter au
cinéma la trame d'un jeu vidéo.
Prince of Persia est, en effet, à la base une série de jeux de type
action/plates-formes. Elle a vu le jour en 1989 avec Prince of Persia, un
opus développé par Jordan Mechner pour Brøderbund ; sorti d'abord sur Apple II
avant de se voir décliner sur les autres consoles disponibles sur le marché. Son
immense succès lui ouvre en 1993 la voie d'une suite, toujours produite pour Brøderbund sous le titre, Prince of Persia 2 : The Shadow and the Flame.
Six ans plus tard, désireux de revigorer la collection, Red Orb Entertainment
développe sa première déclinaison en 3D. En 2003, alors que les résultats
d'exploitation de la licence du jeu ne donnent plus satisfaction, Ubisoft et son
studio de Montréal tentent une relance et sortent Prince of Persia : les
Sables du Temps. L'accueil du public est alors excellent, notamment sur le
marché des consoles de salon. Deux suites (Prince of Persia : l'Âme du
Guerrier et Prince of Persia : les Deux Royaumes) sont ainsi
développées sous la direction de Yannis Mallat. Depuis 2008, Ubisoft continue de
miser sur la franchise en sortant plusieurs nouvelles versions. L'objectif est
désormais d'entretenir la flamme et de soutenir la future sortie au cinéma de la
licence acquise, entre temps, par la Walt Disney Company. De nouvelles et belles
retombées sont, en effet, attendues sur le marché des jeux vidéos, en cas de
gros succès dans les salles obscures...
Les différentes déclinaisons des jeux vidéos
se déroulent tous dans une Perse empreinte de légendes et de magie, à une époque
reculée mais non précisément déterminée. Les développeurs qui se sont succédés
sur elles affirment, il est vrai, s'être inspirés des contes de la littérature
perse, et notamment du fameux recueil des Mille et Une Nuits.
La série Prince of Persia se présente donc sous la forme de jeux
d'actions et d'aventures mêlés à de la plate-forme. Typiquement, le Prince arrive dans
un coin du château et doit se défaire d'ennemis en tout genre, éviter des
pièges (précipices et pals), résoudre des énigmes (souvent très simples, tels
de mécanismes à activer) pour atteindre la sortie en utilisant sa panoplie de
mouvements (principalement des sauts et déplacements en
suspension).

Le chantier de la version cinématographique des premières aventures du prince
Dastan sur grand écran débute en 2004 lorsque Jerry Bruckheimer rachète les
droits de l'adaptation du jeu dans l'idée de le sortir sous le label Walt
Disney Pictures. Jordan Mechner, le créateur de Prince of Persia sur
consoles, est mis à contribution et participe à l'écriture du scénario y
apportant de nombreuses nouveautés par rapport aux intrigues réservées
jusqu'alors au gameurs. Disney est immédiatement emballé par le résultat
obtenu : sans même avoir en mains le script final ou une idée du casting, il
annonce, en effet, dès 2007, la sortie du long-métrage au 10 juillet 2009. Le
studio embauche dans la foulée Mike Newell (Quatre Mariages et un Enterrement,
Harry Potter et la Coupe de Feu) et lui en confie la réalisation. Le
tournage débute ainsi au milieu de l'année 2008. Le délai de sortie est encore
tenable sur le papier quand des éléments économiques et commerciaux viennent
gêner le planning initial. D'une, le rythme très élevé de mise en œuvre des
effets spéciaux implique une augmentation déraisonnable des coûts liés au
doublement voire triplement des équipes. De deux, il apparait peu judicieux de
sortir Prince of Persia : Les Sables du Temps de manière frontale avec
Transformers 2, qui, suite d'un blockbuster bien installé, part à
l'évidence, avec une longueur d'avance. Frileux, Disney repousse donc la sortie
au 28 mai 2010, histoire de profiter du week-end férié du Memorial Day, aux USA,
traditionnellement propice au genre.

Si le scénario d'un blockbuster du type de Prince of Persia : Les Sables
du Temps n'a pas véritablement besoin d'être original, il est impérieux en
revanche qu'il soit efficace. Et sur ce registre, force est de constater que la
mission est parfaitement remplie. Là où les tribulations d'Alice,
version Tim Burton, pêchaient par un rythme somme toute laborieux, les aventures
du prince Dastan ne souffrent, elles, d'aucun temps mort. La fluidité des scènes
est ainsi remarquable et le spectateur se laisse sans mal happer par l'histoire.
Le réalisateur a, en effet, trouvé le bon tempo pour alterner les séquences
d'actions foisonnantes et les moments plus intimistes. Prince of Persia : Les
Sables du Temps ne tombe pas, par exemple, dans le piège de la saga
Pirates des Caraïbes - en particulier ses épisodes
Le Secret du Coffre Maudit et
Jusqu'au Bout du Monde - où l'histoire, étirée
en longueur, laisse entrevoir l'ennui. D'une durée pourtant de deux heures, le
montage efficace du film, allie, il est vrai, avec bonheur, une flopée de
rebondissements (certes pour la plupart convenus) à quelques scènes d'émotions
bien amenées. Prince of Persia : Les Sables du Temps ne réalise pour
autant pas un sans-faute : il accumule, en effet, un lot impressionnant de
clichés, avec son héros -gros bas et beau gosse- sans peurs et sans reproches,
sa belle aux abois avec un terrible secret, son méchant traitre et sournois ; le
tout dans le but affiché d'une quête initiatique engagée pour sauver le monde !
Les grosses ficelles d'Hollywood sont visiblement toujours aussi vivaces.
Pourtant, peu importe : bien qu'enfonçant des portes ouvertes, le scénario
déroulée, efficace à souhait, offre de bons moments de divertissement, aptes à
combler un spectateur venu justement pour eux...

Le spectacle proposé dans Prince of Persia : Les Sables du Temps,
contribue d'ailleurs beaucoup au sentiment de plénitude qui ressort de son
visionnage. Tout simplement époustouflant, le film est épique à souhait à grands
coups de décors fabuleusement dépaysants, issus aussi bien de la technologie
numérique que de tournages en réel. Le spectateur a ainsi de quoi être subjugué
par les cités imaginaires, l'immensité des contrées désertiques et l'atmosphère
qui s'en dégage. Les scènes d'actions peuvent alors y être foisonnantes
affichant, pour certaines, un degré de violence ayant abouti au classement du
film PG-13 aux Etats-Unis ; la quatrième fois, après les trois Pirates des
Caraïbes, pour une production labélisée Walt Disney Pictures !
Pourtant et paradoxalement, mises à part quelques scènes clés, peu de sang coule
à l'écran. Prince of Persia : Les Sables du Temps joue, en effet, d'abord
et plutôt, la carte des cascades pour faire frémir son audience. Le personnage
de Dastan a, par exemple, l'art de défier la gravité effectuant des sauts hors
du commun et maniant l'épée comme jamais. La mise en scène joue d'ailleurs
beaucoup dans la sensation d'actions époustouflantes, faisant la part belle aux
ralentis et travellings circulaires, notamment pour les numéros livrés par le
prince, histoire sans doute d'assumer la filiation avec le jeu vidéo initial. Le
procédé utilisé renforce ainsi le côté épique, sans trop user du sempiternel
plan sur le coucher de soleil...

Si l'efficacité du scénario et de la mise en scène est indéniable, la qualité
du casting n'est, pour sa part, pas en reste.
Dans le rôle de Dastan, Jake Gyllenhaal fait, il est vrai, montre, une fois de
plus, de son immense talent. Désertant les rôles tourmentés qui lui ont valu une
réputation méritée d'acteur exigeant (Le Secret de Brokeback Moutain), il
s'essaye ici au genre du blockbuster. Ce n'est d'ailleurs pas un hasard
puisqu'il avait déjà postulé - sans toutefois aboutir - pour Spider-Man
ou Batman Begins. S'impliquant dans le rôle, il s'offre une musculature
adéquate, lui permettant d'effectuer lui-même la grande majorité de ses
cascades. Il donne ainsi au personnage qu'il interprète un mélange de prestance,
de charme et de fouge, rehaussés d'une pincée de juvénilité venue tout droit des
traits de son visage. Difficile, dans ces conditions, de résister bien longtemps
au pouvoir de séduction du prince Dastan !
Tamina, quant à elle, a tout autant la chance d'être jouée par la ravissante
Gemma Artenton. Donnant à son personnage le caractère des jeunes filles
contemporaines, elle s'affiche, tout à la fois, courageuse, secrète, déterminée,
débrouillarde et tempétueuse. Disney aime décidément bien le contraste venu de
la confrontation des mœurs modernes à ceux des temps anciens : il y a, en effet,
fort à parier que le statut de la femme de l'époque contée soit incompatible
avec l'existence même du personnage. Pour autant, sa relation avec Dastan
fonctionne plutôt bien, même si elle n'est pas exempte de clichés
hollywoodiens... D'ailleurs, sur le registre des relations humaines, celles
entretenues par le prince avec sa famille sont autrement plus réussies. L'amour
qui unie tout ce petit monde, entre tourments et destinée, ressort en effet de
la plus belle façon par l'émotion suscitée dans quelques courtes scènes,
particulièrement bien senties, mettant en vedette les frères de Dastan, Tus
(Richard Coyle) et Garsiv (Ronald Pickup) ou son père (Toby Kebbell).
Elle crée ainsi un parfait contrepoids à la haine sourde (certes dégoulinante de
déjà-vu!) vécue de l'intérieur, sur fond de lutte de pouvoir familial : Nizam,
l'oncle de Dastan porté par Ben Kingsley assume, il est vrai, un méchant
impressionnant même s'il tire essentiellement son aura de crainte de ses
acolytes, en particulier du chef des Hassansin (Gísli Örn Garðarsson),
énigmatique à souhait.

Prince of Persia : Les Sables du Temps, est un blockbuster efficace.
Sans révolutionner le genre, il en offre tous les avantages. Quant aux
inconvénients, ils sont ici suffisamment supportables pour permettre au film
d'offrir un excellent moment de divertissement. A découvrir, en famille, avec
plaisir !