The Moneyman
La couverture
Éditeur :
Éditions du Long Bec
Date de publication France :
Le 11 juillet 2018
Genre :
Bande dessinée
Auteur(s) :
Alessio De Santa
Filippo Zambello
Lorenzo Magalotti
Giulia Priori
Lavinia Pressato
Nombre de pages :
176

Le synopsis

Orlando, fin septembre 1971. Roy O. Disney, à quelques heures d’inaugurer Walt Disney World Resort, le dernier rêve de son célèbre frère disparu cinq ans plus tôt, patiente en attendant d’obtenir sa chambre d’hôtel. Éveillant la curiosité d’une petite fille et de sa maman, il est bientôt accosté par cette dernière à qui il accepte de raconter sa vie. D’ordinaire timide et réservé, il décrit alors modestement sa jeunesse dans le Missouri, sa rencontre avec sa chère Edna, son arrivée sur la côte Ouest et surtout le rôle crucial qu’il a tenu dans l’ombre durant près de quarante ans pour élever son frère au rang de légende du Septième Art et garantir le succès de ses mythiques studios…

La critique

rédigée par
★★★
Publiée le 21 septembre 2018

En octobre 1948, la revue américaine True Comics fait sensation. À l’époque, elle publie en effet un numéro historique en consacrant six pages à Walt Disney dont la vie, une fois n’est pas coutume, est racontée non pas avec les codes d’un article de presse ordinaire mais sous la forme d’une bande dessinée. Les lecteurs découvrent alors l’histoire du créateur de Mickey à travers six planches inédites retraçant les grandes étapes de son parcours, de son engagement durant les deux guerres mondiales à la réalisation de Blanche Neige et les Sept Nains, en passant par ses débuts d’artistes, ses premiers cartoons et sa rencontre avec sa femme Lillian. Première bande dessinée dépeignant la vie du célèbre cinéaste, elle est ensuite régulièrement réutilisée dans la presse, complétant ainsi de manière ludique et unique les dizaines de biographies éditées depuis sa mort en décembre 1966…

Presque soixante-dix ans plus tard, en 2016, c’est au tour de l’artiste italien Alessio De Santa de se pencher sur le sujet et d’utiliser lui aussi la bande dessinée pour raconter l’histoire des studios Disney. Né en 1983 à Trente, dans le nord de l’Italie, il achève un cursus en sciences de la communication avant de poursuivre ses études sur les bancs de la renommée école de bande dessinée de Milan d’où il sort diplômé. Rejoignant les rangs de la Disney Academy, il débute alors sa carrière d’illustrateur et de coloriste en travaillant notamment sur quelques bandes dessinées de la firme aux grandes oreilles tout en mettant également son talent au service d’autres maisons d’édition parmi lesquelles DeAgostini, Mondadori, Accenture et Sole24ore. Développant en parallèle ses propres œuvres, il s’associe en 2014 avec Daniele Mocci et Elena Grigoli avec qui il signe pour le compte de l’éditeur Tunué La Princesse qui Aimait les Films d’Horreur, son premier roman graphique en lice pour le prix Gran Guinigi et le prix Boscarato.

Fort d’un joli petit succès, Alessio De Santa poursuit son œuvre et se passionne bientôt pour les studios Disney dont il souhaite raconter l’aventure. Toutefois, comme l’historien Bob Thomas a pu le faire en 1998 avec son livre Building a Company, il fait le choix de sortir de l’ordinaire et de s’écarter de la biographie classique en consacrant son travail non pas à Walt, mais bien à son frère Roy Oliver, le « moneyman » de la compagnie, éminence grise et homme d’argent chargé de tenir les cordons de la bourse. Avec discrétion et abnégation, il a en effet durant quarante ans soutenu son frère dans les bons et les mauvais moments, se chargeant en particulier de trouver les moyens nécessaires à ses nombreux projets et menant à terme après la mort de ce dernier la construction de Walt Disney World Resort qu’il inaugurait en grandes pompes le 1er octobre 1971, un peu plus de deux mois avant son propre décès, le 20 décembre 1971, à l’âge de soixante-dix-huit ans…

Développé en collaboration avec le scénariste Filippo Zambello et les illustrateurs Lorenzo Magalotti, Giulia Priori et Lavinia Pressato, The Moneyman est, à n’en pas douter, une œuvre à part au sein de l’interminable bibliographie consacrée aux créations et à la vie du mythique papa de Mickey. Bien sûr, ce qui étonne tout d’abord, c’est évidemment l’angle choisi. Car si la plupart des fans avertis connaissent par cœur la vie de Walt Disney et parfois même de certains de ses collaborateurs, en particulier les célèbres Nine Old Men ou encore certains artistes de légende tels que Mary Blair, Fred Moore, Vladimir Tytla ou encore Eyvind Earle, il est à parier que peu d’entre eux ont jamais entendu parler de Roy Oliver. Et que dire, bien entendu, des amateurs de dessins animés novices qui, s’ils savent apprécier les productions Disney projetées dans les salles du monde entier, n’ont sans aucun doute jamais entendu parler de son frère ? Dès lors, la bande dessinée d’Alessio De Santa fait indéniablement œuvre de pédagogie, d’une part en permettant aux Disneyphiles d’en apprendre plus sur les coulisses des studios Disney, et d’autre part en rendant justice au fort méconnu Roy qui, pour une fois, se voit offrir la place qu’il mérite.

The Moneyman impressionne également quant à son contenu. Si trop de livres consacrés aux studios Disney et à ses fondateurs ne font, il est vrai, qu’effleurer le sujet, enchaînant parfois pour certains les imprécisions, les légendes urbaines et autres clichés, la bande dessinée, pour sa part, est de toute évidence une œuvre sérieuse et intéressante permettant de lever intelligemment le voile pudique recouvrant la carrière de Roy Oliver Disney. Pour ce faire, les auteurs se sont manifestement livrés à un travail de recherche minutieux. En parcourant les 176 pages de The Moneyman, chacun peut en effet être sûr que l’étude du personnage a été menée correctement. Le document possède dès lors une valeur historique indéniable. La preuve en est le fourmillement de détails qui, forcément, ne peut découler que d’une préparation minutieuse. Les recommandations quotidiennes d’Elias, le patriarche de la famille qui ordonnait à ses jeunes fils de bien placer les journaux qu’ils livraient entre la porte et la moustiquaire des abonnés, la brève mention de Mitch Francis et de sa sœur Edna que Roy épouse en avril 1925, les colères de Walt qui reprochait à son frère, à l’époque son colocataire, de ne pas savoir faire à manger convenablement, ou bien encore les concours de lancers de punaises durant lesquels l’animateur Fred Moore excellait ainsi que les crises de nerfs de Disney confrontés à ses banquiers désireux de lui couper les vivres, sont évidemment des indices permettant de voir au premier coup d’œil que le travail de préparation a été fait correctement par les auteurs. Grâce à ces petits points de détail, dont certains peuvent paraître insignifiants, l’œuvre devient dès lors tout à fait avisée et en adéquation avec la réalité des faits.

Divisée en trois chapitres de quarante-huit planches chacun et marquée par un coup de crayon plutôt agréable, The Moneyman est une bande dessinée sympathique qui remplit plutôt bien son office, à savoir raconter sous la forme de flash-back la vie des frères Disney via le regard de Roy et ce tout en élaguant suffisamment le récit pour n’en retenir que l’essentiel. En mettant l’accent sur les grands moments de la vie de Walt et Roy, en particulier leur jeunesse dans le Missouri, leur installation à Los Angeles, la création de Mickey Mouse, la réalisation de Blanche Neige et les Sept Nains, la grande grève de 1941, l’arrivée des personnages maison sur le petit écran ou bien la construction de Disneyland, les lecteurs novices qui ne connaissent rien à l’histoire des studios Disney peuvent dès lors profiter d’un ensemble factuel et facile à apprécier. À cela s’ajoute une bonne dose d’humour et surtout une belle part d’émotions, les passages décrivant la mort de Flora, la matriarche de la famille Disney, ou bien celle de Walt lui-même étant vraiment touchantes.

Jolie manière d’appréhender différemment l’histoire des studios Disney, The Moneyman n’est cependant pas exempt de défauts. Le premier, et pas des moindres, est l’angle choisi par les auteurs pour lancer l’intrigue. La rencontre de Roy Oliver Disney avec la cliente d’un hôtel et sa fille curieuses de connaître les grands moments de sa vie est en effet en de nombreux points poussive. Et si elle permet d’introduire et de conclure chaque chapitre et de faire des pauses dans le récit, elle l’encombre parfois de détails insignifiants et déroutants qui, à l’image de ce passage où la fillette échappe à la surveillance de sa mère, peuvent faire sortir le lecteur de l’intrigue. Autre petit reproche, il est également dommage qu’un récit si bien documenté soit parasité de temps en temps par quelques petites erreurs (Fred Harman, l’un des premiers collègues de Walt Disney, voit son nom orthographié Fred Hartman, peut-être là une coquille du traducteur français…), par quelques mises en scène étranges comme l’arrivée fracassante des troupes américaines qui pénètrent en décembre 1941 dans les studios comme s’il s’agissait du bunker du Führer, ou encore quelques clichés tout à fait inutiles comme cette tendance à représenter systématiquement Elias Disney en père bougon et violent avec ses enfants, ou bien encore cette rencontre entre les frères Disney et Benito Mussolini lors de leur passage en Italie en 1935, un événement qui, en réalité, n’a jamais eu lieu. Et que dire, enfin, de la case montrant Walt qualifier le Colony Theater de « cinéma de merde » ou bien de cette double page montrant Roy en vendeur d’aspirateurs qui, si elle se veut amusante, détourne le lecteur de ce qui est important avec un épisode tout à fait fictif ? Bien entendu, cela relève du petit détail anodin et ces petits chipotages n’éveilleront absolument pas la suspicion d’un novice. Pas sûr, toutefois, que les fans de la première heure ne les remarquent pas…

En définitive, The Moneyman reste indéniablement une belle œuvre qui, malgré quelques imperfections que seuls les experts pointeront du doigt, parvient parfaitement à tenir ses promesses. En mettant l’accent sur Roy Oliver Disney, elle réussit par ailleurs à sortir des sentiers battus en proposant une vision toute particulière de l’histoire des studios de Mickey. Un bon moyen, en somme, de compléter sa bibliothèque consacrée à Walt Disney avec une histoire différente, simple, ludique et néanmoins tout à fait sérieuse.

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