Entretien avec Elsa Charretier
Dessinatrice Française de Comics

L'article

rédigé par Robin Nègre
Publié le 18 octobre 2020

À l'occasion de la sortie de son nouvel artbook sur la plateforme de financement participatif Kickstarter, Chronique Disney a eu le plaisir d'échanger avec Elsa Charretier sur les comics, le métier de dessinatrice et la création de son nouveau livre.

Interview téléphonique réalisée le vendredi 2 octobre 2020.

[Chronique Disney] Bonjour Elsa, pouvez-vous commencer par nous raconter votre parcours ?

[Elsa Charretier] Mon parcours, il était un peu chaotique jusqu’à ce que je fasse du comics. J’ai commencé par faire du cinéma, je suis passionnée de films, et pendant des années j’ai pensé que devenir actrice était ma voie, pour finalement réaliser après beaucoup trop de mauvaises expériences de casting et de misère générale, que ce n’était pas du tout pour moi. Du coup, je me suis retrouvée à 23, 24 ans à l’époque, complètement sans formation, j’ai le bac et c’est tout, sans savoir trop quoi faire de ma vie. Si ce n’était pas du cinéma, quoi ? J’ai un peu erré pendant un ou deux ans avec de petits boulots. Jusqu’à ce que je découvre les comics, via mon compagnon, qui m’a fait découvrir Watchmen. C’était une énorme claque, car j’arrivais avec l’a priori des comics que beaucoup de gens qui n’en lisent pas ont. À savoir des histoires de super-héros, essentiellement pour les hommes, etc.
J’ai découvert une facette complètement différente de la BD américaine qui m’a beaucoup plu et j’ai commencé petit à petit à m’y intéresser sans pour autant envisager cela comme une carrière. Je ne savais pas dessiner, je ne savais pas écrire. Donc au début ça a été surtout du loisir, en tant que lectrice. Jusqu’à ce que mon compagnon décide qu’il voulait écrire du comics et m’embarque un peu avec lui.

[Chronique Disney] Qu’est-ce qui vous a ensuite attiré le plus dans les comics ? 

[Elsa Charretier] J’ai découvert Tim Sale, à peu près à la même époque et je me souviens avoir été complètement séduite par les visuels, que je trouvais vraiment différents de ce qu’on voyait dans les comics d’une manière générale. J’aimais l’interprétation des personnages, de l’univers DC Comics, que moi je connaissais d’une certaine manière et que lui a complètement réinterprété visuellement. Ça m’a ouvert à un style visuel qui depuis est celui qui m’attire le plus. À savoir, le moins mainstream possible. J’aime bien les looks un peu indé, un peu différents, qui ont une patte vraiment « artistique », et je ne dis pas ça pour être condescendante vis-à-vis des autres. Une patte presque européenne dans un sens. À partir de cela, j’ai continué à découvrir d’autres artistes, comme David Mazzucchelli, une autre grande claque, qui change de style à chaque livre, de manière complètement drastique et à chaque fois, je suis intéressée par ce qu’il fait. Eduardo Risso a aussi été d'une grande influence sur moi. Darwin Cooke également, ce qui est assez évident quand on regarde mon travail. Bruce Timm également, puisque j’ai grandi avec Batman, la Série Animée, comme beaucoup d’enfants français et cela a eu un certain impact sur mon éducation artistique. 


Tim Sale & Darwin Cooke

[Chronique Disney] Qu’est-ce qu’il faut pour être un bon ou une bonne dessinatrice de comics ? Faut-il toujours se remettre en question ? 

[Elsa Charretier] Je ne pense pas que se remettre toujours en question soit mal. Je pense qu’on peut avoir une carrière florissante tout en continuant à se remettre en question, c’est même l'un des éléments essentiels pour avoir une carrière florissante. Après, c’est un peu comme toutes les carrières atypiques, où il faut une certaine dose de confiance en soi quand même, à la base, et ça c’est difficile. Ce n’est pas quelque chose qui s’apprend, ça peut se travailler avec le temps mais c’est hyper important car personne d’autre ne va vendre ton travail aux éditeurs que toi-même. Donc c’est une qualité importante pour se sentir assez sûre de son propre travail pour essayer d’aller le vendre. Il y a plein de dessinateurs qui sont très bons mais qui n’arrivent pas à faire ce pas. Forcément ça les bloque dans leur carrière. Si c’est les meilleurs dessins du monde mais que personne ne les voit, c'est une impasse. C’est pour moi la première chose importante. 
Souvent on dit aussi qu’il faut être observateur, qu’il faut faire du dessin d’après nature, sketcher, etc. Et en fait je n’ai fait aucune de ces choses ! Non pas que je sois contre le principe, je trouve l’idée géniale mais je n’ai jamais réussi à le faire de manière constante dans le temps. C’est-à-dire que personnellement, quand ma journée de travail est finie, je ne sketche pas en plus. Je dessine très rarement sur mon temps libre, tout simplement car ce n’est pas ma manière de fonctionner. Je connais des dessinateurs comme Skottie Young qui dessine tout le temps, pendant ses loisirs, ses week-ends. Dès qu’il a deux minutes, il prend un pad et il dessine. Tout ça pour dire que moi je ne le fais pas, mais j’ai quand même réussi à avoir une carrière, j’ai quand même réussi à progresser je pense, donc ça ne me parait pas absolument essentiel de faire ce genre de choses si ça ne fonctionne pas pour l‘artiste en question. Je pense qu’il n’y a pas de qualités à avoir, de chemins à suivre, c’est vraiment différent d’un artiste à l’autre et aujourd’hui internet nous permet d’avoir un chemin vers la publication encore plus diversifié ; ces règles s’appliquent donc encore moins. Il faut de la persévérance, mais c’est comme tout. Apprendre à dessiner ce n’est pas facile, apprendre à raconter des histoires en image ce n'est vraiment pas facile, mais comme n’importe quel boulot technique où on va à l’école et on apprend. Nous, il n’y a pas vraiment d’école donc il faut apprendre par soi-même, être tenace et ne pas se décourager. 

[Chronique Disney] Quelles sont les thématiques qui vous parlent le plus ? 

[Elsa Charretier] C’est un peu similaire à la question qu’on me pose de temps en temps quand je suis amenée à travailler avec un nouveau scénariste, qui est « quel genre préfères-tu ? ». Et je n’ai pas de réponses à cela car j’aime vraiment beaucoup de choses. Au final, ce n’est pas le plus important pour moi. Ce qui m’intéresse, c’est de raconter les histoires de personnages. Du coup que ce soit dans n’importe quel type d’histoire, n’importe quel genre, à partir du moment où les histoires sont humaines et où je peux m’exprimer à travers des personnages. Je pense que ça me sert assez puisque ça permet de me diversifier, de ne pas choisir toujours le même type de bouquin. Évidemment je suis intéressée par tout ce qui est justice sociale, ce genre de choses et via les histoires, les livres sur lesquels je travaille, ce thème-là est assez récurrent mais c’est avant tout les personnages qui m’intéressent, peu importe leur thématique ou le genre dans lequel l’histoire s’inscrit. Par exemple, sur November, le livre que je viens de finir et sur lequel je travaillais depuis deux ans, quand Matt Fraction m’a pitché le livre, il m’a dit « c’est l’histoire d’une jeune femme qui trouve un pistolet dans la rue », et un thriller qui se déroule autour de cela avec des personnages pris dans une conspiration, etc. Mais le pitch de base, je ne peux pas dire que ça me stimulait l’inspiration particulièrement. Mais, je savais que c’était Matt, et je sais que Matt écrit des personnages absolument incroyables, je lui ai dit « vas-y, je te fais confiance, je sais que ce sera bien ». Au final, j’ai absolument adoré travailler sur ce livre, c’était un déchirement de quitter les personnages. Le pitch qu’il m’avait raconté, en lui-même, me laissait froide, mais en revanche, attachée au personnage et à la manière dont il a raconté l’histoire et les thèmes, j’ai trouvé cela incroyable à faire.

[Chronique Disney] En fonction du scénariste, votre méthode de travail change-t-elle ? 

[Elsa Charretier] Pas vraiment, parce que jusque-là, j’ai eu la chance de travailler avec des scénaristes qui me faisaient confiance, et qui n’étaient pas interventionnistes du tout. On s’était choisis pour travailler ensemble, donc ils avaient confiance en mes capacités et j’avais confiance en les leurs. Ce qui permet d’avoir un processus collaboratif très fluide. Donc, cela n’impacte pas ma manière de travailler. Après, quand moi je co-écris, avec Pierrick Colinet avec qui j’ai fait beaucoup de livres Star Wars, le processus est différent, parce qu’au moment de l’écriture, comme je sais que moi je vais dessiner les pages, c’est une autre façon de collaborer. Cela impacte la façon dont on écrit et comment je vais dessiner après. Je connais l’intention originelle au moment de l’écriture, donc j’aborde les pages différemment que si je recevais un script auquel je n’avais pas du tout participé. Mais globalement, je n’ai pas l’impression que le scénariste ou le type de projets influent sur ma manière de travailler. 

[Chronique Disney] Justement, pouvez-vous nous parler du travail de co-scénariste ? En quoi est-ce différent du travail de dessinatrice ? Vous aimeriez en faire plus à l’avenir ? 

[Elsa Charretier] Des fois je me dis que j’aimerais écrire plus, mais je me rends compte que, quand j’ai le temps de le faire, je ne le fais pas. Donc je pense que je n’en ai pas tant envie que ça. J’aime bien l’idée d’écrire plus mais je ne suis pas certaine que cela soit exactement ma voie. C’est essentiellement pour cette raison que jusqu’à présent j’ai co-scénarisé. Je n’ai jamais écrit quelque chose toute seule parce que cela ne m’intéresse pas forcément et ce que j’aime dans la co-écriture, c’est la collaboration. Comment arriver à avoir un peu d‘influence sur la manière dont l’histoire est racontée, à l’étape du scénario, puisque cela influence après comment moi, je vais faire mes pages. J’aime beaucoup travailler sur les dialogues. C’est presque cela qui m’intéresse plus que le plot en lui-même. Mais je ne suis pas sûre d’en faire plus dans les années à venir, voire même, un peu moins. Je me rends compte que je m’amuse plus quand je dessine. 

[Chronique Disney] Toujours pour rester dans la relation scénariste/dessinateur, arrive-t-il parfois que vous proposiez certains changements au scénariste si vous voyez des éléments qui ne semblent pas forcément en accord avec le personnage ou avec la planche ? 

[Elsa Charretier] C’est déjà arrivé, pas tant sur la caractérisation des personnages, parce que je ne me sentirais pas à l’aise d’avoir une influence sur cela, surtout si je ne suis pas sollicitée. En revanche, pour ce qui est du storytelling en lui-même et de l’organisation des cases, ça arrive que je sente que ça, ça va accrocher, que tel élément à la fin de la page, ça marcherait mieux, etc. Dans ces cas-là, je me permets de suggérer. Mine de rien, c’est aussi mon métier de raconter des histoires en images donc évidemment je me permets de modifier ou de proposer quand je pense que c’est absolument nécessaire, mais je ne prends pas un malin plaisir à essayer de changer juste pour dire que j’ai changé. Quand ça marche, ça marche ! Mais cela reste assez rare vu que j’ai eu la chance de choisir les scénaristes avec qui j’ai travaillé. Des gens qui connaissent très bien leur métier.

[Chronique Disney] Vous dessinez et colorisez certains de vos comics. Est-ce que vous pensez les planches en fonction des deux ou le dessin vient-il en premier ?

[Elsa Charretier] Je colorise uniquement mes illustrations et mes couvertures. Cela fait longtemps que je ne colorise plus mes intérieurs, parce que je pense que cela requiert un niveau de compétence que je n’ai pas, pour être tout à fait honnête, et comme je connais et collabore avec d’excellents coloristes, je ne vois pas l’intérêt de prendre le risque de détruire mes pages avec mes propres couleurs. Pour ce qui est tout de même de ce qui vient en premier, c’est le dessin, toujours. Même quand je me colorise sur des couvertures ou intérieurs, c’est toujours le dessin qui vient en premier puisqu’au final, mes couleurs sont assez simples. J’aime bien coloriser en aplats et la plupart du temps même quand ce n’est pas moi qui me colorise, je le suis en aplat, c’est-à-dire en couleurs simples, sans dégrader, sans lumière. Et cela présente l’avantage de s’adapter très bien aux lignes, donc forcément le dessin passe en premier.

[Chronique Disney] Vous avez travaillé pour Marvel, pour DC Comics, pour IDW, pour des projets indépendants. Le travail change-t-il en fonction de l’éditeur ou de la série ? Qu’est ce qui est différent quand on travaille sur des licences connues ?

[Elsa Charretier] Globalement j’ai eu pas mal de chance, peut-être car j’ai travaillé sur des projets qui n’étaient pas des énormes sorties, sur lesquelles tous les yeux étaient rivés. Là, j’imagine que le niveau d’impact d’intervention de l’éditeur est plus important. En général, on m’a laissée faire un peu ce que je voulais. La seule fois où cela n'a pas été le cas, ce fut très dur, extrêmement frustrant et ça m’a dégoûtée du travail sur des grosses franchises. C’est aussi en grosse partie pour cela que je me suis éloignée de tout ça et maintenant je ne travaille que sur mes projets. J’apprécie trop la possibilité de m’exprimer moi-même sans avoir l’intervention de quelqu’un qu’on peut considérer d’extérieur. Car les décisions suggérées ne sont pas toujours bonnes, et parfois, il n’y a pas le choix, il faut les appliquer, ce qui est très frustrant. Mais c’est exceptionnel cette mauvaise expérience. Jusque-là même quand on a travaillé sur Star Wars par exemple, l’expérience avec Lucasfilm a été vraiment absolument excellente. Ils sont très curieux de voir les idées des créateurs, ils encouragent à trouver des idées intéressantes, différentes, qui sortent du lot, qui peut-être seront refusées, et au final non, souvent ils acceptent. Ils encouragent à sortir des sentiers battus et cela, c’était vraiment une excellente surprise. Je m’attendais un peu à ce qu’avec Star Wars, ils nous demandent de ne pas faire ci, pas faire ça, etc. C’est forcément un problème qui se pose à l’état du scénario, et une fois que le scénario est réglé et qu’on sait qu’on est canon, qu’on ne parle pas de tel ou tel personnage car il y a un film en préparation ou autre, on peut y aller. C’était vraiment un plaisir de travailler avec eux. 

[Chronique Disney] Vous avez aussi travaillé sur un comics Marvel, La Guêpe.

[Elsa Charretier] Ça par exemple, c’est une série où je pense que Marvel s’en foutait un peu. Elle n’était pas forcément centrale pour eux, donc on a pu faire ce qu’on voulait. Je me suis éclatée en storytelling, j’ai choisi de faire un gaufrier à neuf cases et de jouer là-dessus et ils m’ont laissée faire, c’était génial ! 

[Chronique Disney] Avec une liberté quasi-totale, est-ce que vous aimeriez travailler sur un personnage ou une franchise ?

[Elsa Charretier] Je n’ai pas grandi en lisant des comics, donc je n’ai pas de personnages fétiches que je lis depuis que je suis gamine et dont cela serait un rêve de travailler dessus. En revanche, je lis beaucoup, j’ai des bouquins que j’adore et pour lesquels j’aimerais faire des adaptations en roman graphique. Je pense à Hyperion par exemple qui serait incroyable à adapter en graphic novel. Et plein d’autres livres, notamment de crimes, noirs, de détectives, etc. Un peu la démarche qu’a eu Darwin Cooke avec la série Parker. cela me ferait rêver d’adapter ce genre de bouquins. Plus que des personnages de comics en fait.

[Chronique Disney] Des scénaristes avec lesquels vous aimeriez collaborer et dont l’occasion ne s’est pas encore présentée ?

[Elsa Charretier] Travailler avec Matt Fraction, c’était vraiment un rêve. C’est pour cela que je lui ai demandé, c’est l'un des scénaristes les plus talentueux et uniques dans le paysage. J’étais très heureuse qu’il accepte. Sinon, j’ai un autre scénariste avec qui j’avais envie de travailler et en l’occurrence on va collaborer ensemble sur une prochaine série. Je suis très contente aussi. J’aimerais beaucoup travailler avec la femme de Matt Fraction, qui s’appelle Kelly Sue DeConnick, qui a notamment relancé Captain Marvel pour Marvel Comics, avec quelque chose de très qualitatif et plein de livres indés.

[Chronique Disney] Pouvez-vous parler de votre artbook à venir pour ceux qui ne connaissent pas le projet ?

[Elsa Charretier] Mon idée avec l’artbook c’est d’aller plus loin que les artbooks tels qu’on les envisage habituellement, à savoir une série de dessins publiés, de jolies images, etc.
J’ai envie de conserver cette partie-là, parce que mine de rien les images postées sur les réseaux sociaux sont toutes petites, pas toujours de bonne qualité et pour moi cela ne remplace pas une jolie impression dans un bel ouvrage. C’est donc la première étape du projet ! Mes plus belles pièces, des commissions de collectionneurs, des couvertures, des intérieurs de comics. Et j’essaye d’apposer en plus de cela toute une partie sur la création en elle-même et le processus artistique en tant que créatrice de comics. Comment marche le storytelling visuel, comment raconter des histoires en images. Tout le processus de réflexion qui va derrière, comment transmettre cela en dessins, comment s’améliorer, revenir sur une idée, la transformer pour au final l’améliorer. Toute cette partie-là de processus, de work in progress m’intéresse beaucoup. Et je remarque que les gens sont aussi intéressés par cela, du coup j’essaye de faire un mélange d’un peu des deux dans le bouquin.

[Chronique Disney] Comment est venue l’idée de faire le premier artbook ?

[Elsa Charretier] Cela faisait longtemps que je n’avais pas sorti de livres comme cela. Au début, je faisais des petits sketchbooks, d’une quarantaine de pages et là, je me disais qu’il était temps d’aller plus loin. J’ai quand même une collection de pièces réalisées ces deux dernières années que je n’ai jamais publiées nulle part, et je trouvais l’idée d’en faire une belle collection importante, c’était le bon moment. On me demandait tellement régulièrement « quand est-ce qu’on pourra avoir quelque chose avec ce qu’on voit sur internet mais en mieux ? » Donc cela tombait assez bien, et aussi bien dans mon agenda, j’avais un moment de libre. J’ai commencé à faire cette maquette pour apprendre InDesign, car je ne savais pas du tout maitriser les maquettes et je me disais que je ne pouvais pas être créatrice 100% indépendante sans savoir faire mes propres livres. J’ai donc décidé d’apprendre et l’artbook s’est construit au fur et à mesure des jours, puis j’ai décidé de faire une campagne Kickstarter pour le financer. Rien n’était vraiment complètement décidé au début, cela s’est fait petit à petit, à mesure d’inspiration.

[Chronique Disney] Vous aviez déjà l’idée de faire un second artbook ?

[Elsa Charretier] Je savais qu’il y en aurait plusieurs, je ne savais pas que ça arriverait aussi vite en revanche. C’est d’ailleurs pour cela que je les ai appelés « Volume 1 » et « Volume 2 » et pas par années. Je ne savais pas si j’arriverais à en faire un par an, si j’avais le matériel pour. Mais il se trouve que j’ai fait beaucoup de pièces pour les collectionneurs, j’ai beaucoup travaillé cette année, j’ai donc de quoi remplir largement un volume, d’où le fait d’en refaire un pile un an après.

[Chronique Disney] Par où commencer ? Quelles sont les limites, les difficultés quand on crée son propre artbook ?

[Elsa Charretier] C’est une question très large tant le processus est individuel. Ce qui marche pour moi ne marchera pas forcément pour quelqu’un d’autre. J’ai commencé dans l’idée de trouver un design intéressant pour le livre en lui-même. Je ne voulais pas me contenter de faire une image, puis une image, puis une image, etc. J’ai essayé de penser tout cela en termes de maquette. Mon processus s’est beaucoup axé sous cet angle-là. Concernant les difficultés, c’est d’accepter que, ce que l’on voit, les pièces qu’on regarde, qui ont des mois ou des années, ont, certes, des défauts, ou des choses qu’on aurait fait différemment maintenant, mais sans que ça veuille dire qu’elles n’ont pas de valeur. C’est donc accepter que ce n’est peut-être pas parfait, mais qu’il y a un certain intérêt à ce dessin, que les gens pourront apprécier. C’est arriver un peu à avoir une autocritique mais pas trop sévère. Sur pas mal de choses, je me dis que j’aurais pu modifier l’œuvre, je me suis demandé si je le mettais quand même dans le livre ? Je pense qu’il ne faut pas du tout entrer dans cette démarche-là. Accepter l’évolution du dessin. Évidemment, j’ai pris celles que j’estimais être les meilleures, il y en a certaines que je n’ai pas mises, que je trouvais trop justes, ou qui ne me plaisent plus maintenant. Mais il ne faut pas être trop sévère envers soi-même.

[Chronique Disney] Vous avez donc volontairement omis certaines œuvres ?

[Elsa Charretier] Oui complètement. J’arrive à regarder mes travaux précédents en y voyant les qualités et les défauts mais en ayant une impression globalement positive. Pour certains, moins. Ceux-là, je ne les mets pas.

[Chronique Disney] Se replonger dans son travail et son art c’est donc remarquer une évolution du dessin et de sa façon de travailler ? Y a-t-il des choses que vous ne faites plus comme avant ?

[Elsa Charretier] Une évolution oui, car dans cette partie-là de ma carrière, c’est celle où l'on progresse le plus, même si je commence à voir un ralentissement de la progression. Maintenant que j’ai acquis les bases depuis plusieurs années, c’est là où c’est le plus impressionnant d’année en année, on progresse très très vite. Aujourd’hui, ce sont plus des ajustements. C’est assez difficile de dire ce qui a changé, mon style s’affine, il se précise, se diversifie, j’espère. J’aurais tendance à dire que j’arrive à mieux synthétiser les images maintenant. À enfin arriver à comprendre ce qui doit finir dans une image et ce qui doit être enlevé, en termes de détails. C’est quelque chose que je voulais commencer à réfléchir depuis longtemps, mais il y a des choses qu’on ne peut pas presser et c’est juste l’expérience qui finit par faire son travail.

[Chronique Disney] Quelles sont les différences entre les deux artbooks ?

[Elsa Charretier] La première différence, c’est que j’ai depuis commencé à faire des pièces pour collectionneurs en nuance de gris. Jusque-là, dans le premier artbook, c’était essentiellement de l’encrage, donc noir et blanc. Et je pense que j’ai essayé de jouer un maximum sur l’aspect collaboratif qu’il y a beaucoup plus que dans la première campagne de l’artbook. Les lecteurs aiment voir deux artistes qu’ils apprécient travailler ensemble. Ce que je peux comprendre puisque personnellement, cela me fait la même chose. D’où le fait d’avoir plein d’invités dans ce livre. On va faire de petits chapitres funs ensemble, parce que j’ai envie de pousser encore les limites de ce que l'on considère être adapté pour un artbook.

[Chronique Disney] Il y a en effet une belle liste d’artistes invités, comment se passe la collaboration ensemble pour le créer ?

[Elsa Charretier] Les collaborations n’ont pas encore commencé, puisqu’elles dépendent des objectifs atteints au fur et à mesure du financement de la campagne Kickstarter. En revanche, je connais les gens avec qui je me suis engagée. Je sais que cela ne sera pas du tout un problème de travailler ensemble, puisque ce sont des gens qui aiment la collaboration. Par exemple, Declan Shalvey va me rejoindre avec Tom King. L’idée est de prendre une page de Tom King, et Declan et moi allons faire chacun notre interprétation visuelle de la page de script en question puis les comparer. Non pas dans un esprit de compétition mais dans un esprit d’expliquer les choix qu’on a chacun faits, et d’avoir éventuellement Tom King qui arrive à la fin pour nous dire ce qu’il avait imaginé dans cette page, si aucun de nous deux ne l’a fait ou si, au contraire, tel ou tel artiste l’a réalisée de cette manière-là. Donc, cela sera super intéressant, et je n’ai pas l’impression d‘avoir déjà vu ce genre de choses. Les gens ont l’air assez excités à l’idée de voir ce que cela peut donner. 
La deuxième collaboration qu’on a pour l’instant, c’est avec Amy Reader, une excellente artiste ayant travaillé pour Marvel et DC. On va faire un poster en collaboration, un peu comme on a fait sur la première campagne avec Francesco Francavilla. L’idée est de mélanger deux styles complètement différents et d’essayer d’en faire une image unique en jouant précisément sur la différence de nos styles. Donc, par exemple, on dessine chacune un personnage et on essaye de les faire interagir ensemble. Ou bien moi je dessine le décor, et Amy le personnage... Rien n’est encore décidé mais c’est super intéressant de faire cela, j’ai hâte de voir ce qu’on va pouvoir réaliser avec Amy.

[Chronique Disney] Est-ce que les gros éditeurs, je pense surtout à Marvel ou DC, ont un quelconque droit de regard concernant l’artbook par rapport à ce que vous y insérez ?

[Elsa Charretier] Non, car globalement c’est accepté, et je pense que c’est bien aussi pour eux, ça entretient l’amour pour leurs personnages. Dans la mesure où je ne fais pas un livre entier avec que des personnages de DC Comics ou Marvel, il n’y a pas de problèmes, c’est accepté culturellement que cela se fasse.

[Chronique Disney] Déjà une idée pour un potentiel troisième artbook ou c’est trop tôt ?

[Elsa Charretier] C’est un peu tôt, et je ne veux pas non plus continuer à faire des campagnes juste histoire de dire que c’est la campagne annuelle, même si ça marche et que c’est l’occasion d’en faire un. Je veux le faire uniquement si j’ai de quoi remplir les intérieurs de manière intéressante et si je sens que les gens sont prêts pour. L’idée n’est pas de saouler les lecteurs avec un bouquin chaque année mais vraiment de le faire quand l’envie s’en ressent…

[Chronique Disney] Des projets en cours à côté de l’artbook et dont vous pouvez parler ?

[Elsa Charretier] Je vais faire un petit one-shot pour la nouvelle série The Department of Thruth d’Image Comics. Vingt-quatre pages très conceptuelles, cela va être intéressant. Et d’ailleurs, je vais parler du processus dans mon artbook. Sinon, une nouvelle série avec justement le scénariste avec qui je voulais collaborer. Elle n’est pas encore dévoilée, je ne peux donc pas en parler, mais en revanche cela va être génial, et j’ai vraiment hâte qu’on l’annonce !


The Department of Truth #1 & Couverture de The Department of Truth #6 par Elsa Charretier

Merci à Elsa Charretier pour sa disponibilité et sa gentillesse. Retrouvez par ici sa campagne Kickstarter, qui se termine le 21 octobre 2020.

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