Pulp Fiction

Pulp Fiction
L'affiche du film
Titre original :
Pulp Fiction
Production :
A Band Apart
Date de sortie USA :
Le 14 octobre 1994
Distribution :
Miramax Films
Genre :
Drame
Réalisation :
Quentin Tarantino
Durée :
154 minutes

Le synopsis

Les destins croisés de personnages liés de près ou de loin au milieu des gangsters de Los Angeles se racontent dans trois histoires tissées à la manière des fictions pulp de la première moitié du XXème siècle. Les rencontres entre un boxeur en cavale, des petits malfrats et des tueurs professionnels deviennent ainsi le prétexte d’une épopée urbaine et violente...

La critique

rédigée par
★★★★
Publiée le 20 octobre 2018

Véritable phénomène lors de sa projection au Festival de Cannes où il remporte la prestigieuse Palme d’Or en 1994, Pulp Fiction a définitivement lancé la carrière de son auteur et réalisateur, Quentin Tarantino. Le cinéaste, qui signe ici un véritable chef-d’œuvre, raconte dans une fable ironique et violente le destin chaotique de personnages hauts en couleur qui se croisent au sein du milieu du grand banditisme de Los Angeles. Rendant hommage aux pulp magazines, des revues de fiction bon marché du début du XXème siècle, l’œuvre est caractérisée par les thèmes favoris de son metteur en scène : une narration non-linéaire, de la violence visuelle et de longs dialogues décalés.

Quentin Tarantino est né le 27 mars 1963 à Knoxville dans le Tennessee. Après le divorce de ses parents, il grandit dans la région de Los Angeles et fréquente les salles de cinéma avec les conjoints successifs de sa mère. Le jeune Quentin voit alors, avant l’âge de dix ans, des films d’ordinaire réservés aux adultes : westerns, polars, guerre... Il aime particulièrement les films violents tels que Délivrance de John Booreman ou La Horde Sauvage de Sam Peckinpah.
Développant alors un goût prononcé pour le cinéma, il rédige son premier scénario à l’âge de quatorze ans et rejoint une troupe locale de théâtre. Plus tard, il quitte son lycée en cours d’études et enchaîne les petits boulots. Il ment notamment à propos de son âge pour travailler dans une salle de cinéma projetant des films pornographiques où il place les clients. Il est enfin employé par le Video Archives de Manhattan Beach, un vidéo-club qui lui permet d’enrichir sa culture cinématographique en découvrant les chefs d’oeuvres de la Nouvelle Vague, les films de gangsters de Jean-Pierre Melville ou les films d’action de John Woo. Il développe également un fort penchant pour les opus de série Z.
Il prend en parallèle des cours de comédie au sein de la James Best Theatre Company où il rencontre Craig Hamann avec qui il coécrit en 1987 un long-métrage amateur, My Best Friend’s Birthday. Tourné pour un budget de 5 000 dollars, le film voit une partie de sa pellicule brûler dans un incendie et reste malheureusement inachevé.

Tarantino collabore ensuite avec Roger Avary, rencontré au vidéo-club. Ils retravaillent l'un de ses scripts qu’ils ne parviennent toutefois pas à faire produire. L’histoire qui se vend 40 000 dollars devient True Romance et se voit réalisée par Tony Scott. Un autre scénario rédigé par Tarantino connaît le même sort : Tueurs Nés d’Oliver Stone. Ayant du mal à accepter que ses idées soient interprétées et transposées à l’écran par un autre, il regrettera plus tard l’existence du film et expliquera qu’il aurait préféré que “[son] sujet reste intact”.
Il écrit alors le scénario de Reservoir Dogs, un film de gangsters en huis clos, qu’il souhaite réaliser avec ses amis du Video Archives. Finalement, le script parvient entre les mains de l’acteur Harvey Keitel qui décèle son potentiel et accepte de jouer dedans et d’en devenir coproducteur pour en faciliter son financement. Ensemble, ils parviennent ainsi à obtenir 1,5 millions de dollars et tournent l'opus en août 1991 après avoir recruté Michael Madsen, Tim Roth et Steve Buscerni. Reservoir Dogs est acclamé lors du festival du film indépendant de Sundance en 1992, convainquant Miramax de le distribuer.
C’est en voyageant autour du monde et notamment en Europe pour la promotion du film que Tarantino reprend, avec l’aide de Roger Avary, une vieille idée. Elle aboutit en 1994 sur Pulp Fiction, qui connaît un immense succès critique et public, dévoilant au grand jour ses talents d’auteur et de metteur en scène.

Après plusieurs projets secondaires et la rédaction de quelques scripts, il réalise en 1997 Jackie Brown, un hommage aux films de blaxploitation des années 70 avec Pam Grier, Samuel L. Jackson, Michael Keaton et Robert De Niro. Malgré un accueil critique chaleureux, le film rencontre un succès moindre que les précédents. Quentin Tarantino s’éloigne alors du grand écran et n’y revient qu’en 2003 et 2004 avec Kill Bill : Volume 1 et Kill Bill : Volume 2. Uma Thurman retrouve le réalisateur de Pulp Fiction dans cette fresque sur la vengeance reprenant les codes des films d’arts martiaux et qui remporte en tout 333 millions de dollars au box office. Dix ans après le sacre de Pulp Fiction, Tarantino retourne à Cannes et préside le jury de l’édition 2004 du Festival, nouvelle preuve de la reconnaissance de la profession à son égard. La Palme d’Or est alors attribuée à un pamphlet anti-George W. Bush produit par Miramax, Fahrenheit 9/11 de Michael Moore.
Le projet suivant de Quentin Tarantino est réalisé en 2007 avec son ami Robert Rodriguez, chacun dirigeant un film au sein d’une compilation nommée Grindhouse. Le segment de Tarantino, Boulevard de la Mort, reste à l’heure actuelle son oeuvre la moins réussie et au succès le plus modeste.

Par la suite, Quentin Tarantino utilise son cinéma pour revisiter plusieurs époques de l’histoire. Son film narrant la victoire fictive d’un groupe de soldats juifs-américains sur les Nazis dans la France occupée, Inglourious Basterds, replace le réalisateur au sommet du cinéma mondial avec un résultat de 325 millions de dollars au box office. Tarantino s’appuie ici sur un casting international (Brad Pitt, Christoph Waltz, Mélanie Laurent, Diane Kruger) et réalise un véritable tour de force en réécrivant l’histoire et en lui appliquant son esthétique et son style.
En 2012, Django Unchained devient son plus grand succès commercial avec 425 millions de dollars en proposant un western dont le personnage principal est un ancien esclave à la recherche de sa femme. Les Huit Salopards poursuit en 2015 son exploration du genre sur un huis clos se déroulant après la Guerre de Sécession et dont la musique est signée Ennio Morricone. Compositeur de légende, Morricone est principalement connu pour les bandes originales des westerns de Sergio Leone comme Le Bon, la Brute et le Truand, film préféré de Tarantino qui réalise ainsi un rêve d’enfant en confiant la musique de son film à l’une de ses idoles.

Au fil des années, Quentin Tarantino est donc parvenu à s’installer parmi les plus grands cinéastes contemporains malgré une courte filmographie. Il n’a en effet réalisé à ce jour que neuf longs-métrages en vingt-six ans et il n’hésite pas à s’absenter des écrans durant de longues périodes afin de prendre le temps de créer. La sortie de chacun de ses longs-métrages est désormais un événement, avec l’assurance de connaître un minimum de succès sur son seul nom. Artiste complet, il écrit et dirige l’ensemble de ses opus et joue dans la plupart d’entre eux. Sa passion pour le septième art fait de son oeuvre un cinéma référencé qui rend hommage à ses cinéastes et genres favoris. Son style n’en est pas moins unique et marqué par une esthétique et un sens de la mise en scène hors du commun. Ayant su aborder de nouveaux thèmes et de nouvelles époques au fil du temps, il apporte son ton à chaque nouveau projet et parvient à faire adhérer des acteurs qui signent souvent des performances exceptionnelles sous sa direction. La plupart d’entre eux ont par ailleurs collaboré avec lui à plusieurs reprises.

Quentin Tarantino est encore peu connu du grand public quand, auréolé du succès de Reservoir Dogs, il travaille en 1993 avec Roger Avary sur un long-métrage composé de trois histoires distinctes disposant de personnages en commun, qui s’inspire du film d’horreur italien de 1963 Les Trois Visages de la Peur. L’idée originale, développée quelques années plus tôt, est de faire écrire chaque partie à un auteur différent, le troisième restant à déterminer. Provisoirement nommé Black Mask, d’après le nom d’un pulp magazine, le projet n’aboutit pas et la partie de Tarantino devient Reservoir Dogs. Fort de ce succès, il ressort le projet des cartons, inspiré par la liberté offerte par un concept habituellement réservé à la littérature. Quentin Tarantino part ensuite à Amsterdam en mars 1992 afin de travailler sur le script. De nombreuses références à la capitale néerlandaise seront d’ailleurs présentes dans le film, notamment dans le savoureux dialogue entre John Travolta et Samuel L. Jackson en début de récit. Tarantino est rejoint par Avary l’année suivante : il contribue en posant les bases du segment de la « Montre Dorée » et en écrivant deux autres scènes.

Achevé en janvier 1993, le script est présenté par Tarantino et son producteur, Lawrence Bender, à la société de production créée par Danny DeVito, Jersey Films. Ils signent un accord d’un million de dollars qui leur permet de créer et de financer leur société de production, A Band Apart. Jersey Films exerce alors son droit de vendre le script à un autre studio. Si Mike Medavoy, qui dirige Columbia TrisStar, trouve le scénario aberrant et lui reproche notamment sa violence et sa non-linéarité, Harvey Weinstein est, quant à lui, enthousiaste à la lecture du script. Il décide de financer le film, le premier à avoir été sélectionné par Miramax après le rachat par Disney. Le budget s’élève à 8,5 millions de dollars, la plus grande partie étant destinée au salaire des acteurs. La construction du décor du Jack Rabbit Slim’s, lieu du célèbre concours de twist auquel les personnages d’Uma Thurman et John Travolta participent, coûte à elle seule 150 000 dollars. Le tournage débute le 20 septembre 1993 pour s’achever le 30 novembre.

L’histoire de Pulp Fiction est donc narrée, comme souvent chez Tarantino, de manière non-linéaire. Chaque séquence est précédée d’un écran titre mais laisse au spectateur le soin de la resituer dans la chronologie de l’histoire. Trois chapitres sont ainsi présentés après une introduction : Vincent Vega and Marsellus Wallace's Wife, The Gold Watch et The Bonnie Situation.
La première séquence voit Vincent Vega (John Travolta) être chargé par son employeur Marcellus Wallace (Ving Rhames) de divertir sa femme, Mia (Uma Thurman), en l’emmenant dîner.
La deuxième séquence présente l’histoire d’un boxeur, Butch (Bruce Willis), qui s’échappe après avoir gagné un combat pour lequel il s’est engagé à perdre contre une importante somme d’argent.
La troisième séquence suit directement l’introduction du film. Après avoir échappé de peu à la mort, Vincent Vega et Jules Winnfield (Samuel L. Jackson) sont en voiture avec Marvin (Phil LaMarre), leur informateur, quand un accident les entraîne vers de nouvelles péripéties.
Le spectateur est incité à rester actif et à remettre les éléments de ces récits dans l’ordre : la dernière séquence étant la première dans l’ordre chronologique, suivie de la première puis de la deuxième. En plus de rendre le spectateur attentif et de le faire réfléchir à la chronologie du film pendant le visionnage, ce stratagème marque une rupture avec la narration des films plus conventionnels. Un des personnages principaux peut être abattu dans une séquence et réapparaître dans la suivante. Alors qu’un tel événement est majeur dans l’ensemble des films, il est ici banalisé voire annulé par le script. Le spectateur n’assiste qu’à un film, où les personnages peuvent aller et venir, vivre et mourir, selon la seule volonté du scénariste. Cette auto-conscience tourne parfois à la parodie, comme l’illustre la mallette de Marcellus Wallace que doivent récupérer Jules et Vincent. Tarantino se moque ici des McGuffin, éléments prétextes aux intrigues dans les films, en donnant une importance particulière à cet objet dont nul ne saura jamais ce qu’il contient. Il se contente de montrer la mystique lumière dorée qui s’en échappe et qui éclaire les visages de ceux qui l’ouvrent. L’objet n’est finalement important que parce qu’il permet à la scène et au film d’exister.

Les débuts de ces histoires sont classiques et semblent être issus de films de gangsters anonymes, vus et revus au cinéma. Mais Tarantino confronte ces situations de films noirs à la banalité d’une vie quotidienne où l’aléa peut provoquer une réaction en chaîne aux conclusions incertaines. Le réalisateur joue ainsi avec les situations pour découvrir ce qui peut en advenir. Les personnages semblent happés par la musique du hasard et vivent un destin qui leur échappe. Si l’infortune provoque une piqûre d’adrénaline après une overdose ou la mort accidentelle d’un indic dans une voiture, c’est surtout dans The Gold Watch que le hasard semble avoir choisi de jouer avec le protagoniste principal, Butch. Le personnage connaît une suite d’événements heureux et malheureux, où chaque rebondissement rocambolesque peut signifier la mort, la souffrance ou la tranquillité et la liberté. C’est finalement un désir de vengeance qui détermine son avenir.
Alors que l'opus incite à se détacher de personnages dont le destin importe finalement peu, cette succession de rebondissements rend le spectacle haletant et saisit le spectateur. Ce déterminisme tarantinien participe à un décalage entre des moments dérangeants, difficiles à regarder tant leur violence est intense, et des moments humoristiques dignes d’une comédie.

Les contrastes sont en effet au coeur de Pulp Fiction, Tarantino maîtrisant à la perfection le sens du décalage. Particulièrement réussis, les dialogues semblent ne pas concorder avec la gravité des situations rencontrées. L’introduction donne le ton avec une discussion qui aborde tantôt le nom français du Quarter Pounder with Cheese de McDonald’s puis les massages de pieds avant ce qui constitue un assassinat en bonne et due forme. L’ironie est également mise en scène sous la forme visuelle. L’apparition des deux personnages principaux du film en shorts et tee-shirts trop larges alors qu’ils viennent de maquiller un meurtre particulièrement sanglant est en effet profondément comique.

Ces éléments font de Pulp Fiction une oeuvre cinématographique postmoderne. Quentin Tarantino réalise un film citant, pastichant, reprenant ses modèles avec un décalage qui lui est propre. Il laisse le spectateur penser qu’il va assister à un film classique du cinéma noir avant de le malmener et de lui donner la sensation de se perdre en le maintenant paradoxalement dans des univers connus. La force du réalisateur est de donner l’impression d’un film brut, épuré, où la caméra s’invite presque dans des séquences de la vraie vie, loin d’une mise en scène plus lisse qui se retrouve dans la majorité des films. Pourtant, chaque plan a fait l’objet d’une réflexion mûrie. Certains d’entre eux donnent l’impression de regarder une photographie animée. D’autres immergent le spectateur directement en le faisant suivre un personnage dans de longs plans-séquences complexes, similaires à certains jeux vidéo qui n’existent pourtant pas encore à l’époque de sa sortie. Le film vit parce qu’il en est un et n’est pas ancré dans un contexte politique ou moral qui le contextualiserait et pourrait le rendre dépassé. Il est en cela intemporel.

Pulp Fiction est enfin un film américain sur l’Amérique. Tarantino fait de son long-métrage un objet de pop-culture rendant lui-même hommage à la pop-culture. Omniprésente par le biais de la musique, elle l’est également dans les dialogues et dans les scènes du quotidien. La junk-food, qu’apprécie particulièrement Tarantino, est présente visuellement ou dans les dialogues avec les burgers, les milk-shakes ou encore les céréales. Le cinéaste se paie même le luxe d’inventer des marques fictives avec la franchise de fast-food hawaïenne Big Kahuna Burger ou les cigarettes Red Apple. Le Jack Rabbit Slim’s, où dînent Mia et Vincent, est un temple de la pop-culture américaine des années 50 et 60. Particulièrement soignée, la scène qui s’y déroule rend hommage à des films et émissions télévisées américaines ainsi qu’à l’ambiance de ces années qui suscitent la nostalgie des Américains. Les serveurs sont notamment déguisés en Marilyn Monroe, Ed Sullivan ou James Dean tandis que les clients dînent dans des voitures décapotables de cette époque. Sont également mentionnés dans le film le quart d’heure de célébrité warholien et Fonzie de la mythique série télévisée Happy Days.

Mais les États-Unis ne sont pas uniquement évoqués dans leur dimension heureuse, les traumatismes des deux guerres mondiales et de la guerre du Vietnam étant cités de manière tragi-comique dans la scène où le Capitaine Koons (Christopher Walken) donne la montre dorée au jeune Butch. Derrière le ridicule de l’histoire racontée se révèle la réalité alternative d’un petit garçon dont les aînés de trois générations seraient morts dans l’horreur de la guerre. La violence de l’assassinat de John Fitzgerald Kennedy, le 22 novembre 1963 à Dallas, trouve également un écho dans la mort accidentelle d’un jeune indic sur la banquette d’une voiture. Le véhicule est alors maculé de sang, de morceaux d’os et de cervelle similaires à ceux présents à l’arrière de la décapotable du Président et sur le tailleur rose de sa veuve, Jackie Kennedy.

Derrière ces traumatismes nationaux, Pulp Fiction raconte la violence quotidienne d’un pays où les armes circulent librement et où le nombre de décès par fusillade est parmi les plus élevés au monde. Dans deux scènes, des personnages sortent leur arme avant de devoir la ranger face à la menace de celle d’un autre personnage. Une arme peut en cacher une autre et la loi du plus fort – celui disposant de l’arme la plus létale – semble régner. Les faits divers sont réinventés et apparaissent presque plausibles malgré leur absurdité. Les films de Quentin Tarantino sont d’ailleurs régulièrement accusés de susciter l’inspiration des auteurs de tueries de masse. Le cinéaste réfute la responsabilité du cinéma et pointe plutôt celle de la libre circulation des armes associée à la maladie mentale. Indirectement, il démontre avec ses films que la facilité à se procurer des armes entraîne une violence qui devrait être réservée à la fiction.
Tarantino rend ainsi hommage à la culture américaine et dépeint avec une ironie teintée d’un réalisme glaçant un pays - son pays - pour lequel il a une passion dévorante.

La force de Quentin Tarantino est également d’avoir su réunir un casting particulièrement convainquant mêlant des acteurs peu connus à des stars d’Hollywood alors en vogue, sur le retour, ou au futur étincelant.

John Travolta (La Fièvre du Samedi Soir, Préjudice) n’est pas au sommet de sa carrière quand le rôle de Vincent Vega lui est proposé en raison de l’indisponibilité de Michael Madsen. Tarantino est fan de Travolta et estime que sa performance dans Blow Out, de Brian De Palma, est l’une des meilleures de tous les temps. Le comédien accepte un cachet relativement faible au vu de son statut, estimé entre 100 000 et 140 000 $, pour jouer dans le film. Et bien lui en a pris tant il relance sa carrière ! Il reçoit notamment une nomination à l’Oscar du meilleur acteur pour ce rôle. Les louanges sont méritées tant Travolta compose à merveille son rôle de tueur sans pitié, spontané et drogué à l’héroïne. Le spectateur oublie alors totalement le lycéen de Grease ou le baby-sitter de la comédie Allô Maman, Ici Bébé. Le ton bas de Vega et la désinvolture avec laquelle il est capable de tuer sont troublants et parfaitement crédibles. Il ressent son angoisse la plus intense lorsqu’il est chargé d’accompagner Mia Wallace, stressé qu'il est par son comportement dans un premier temps puis par la nécessité de retenir son désir pour elle ensuite, et enfin par sa peur de ne pas la quitter vivante. Il est impassible dans les autres scènes et ne semble pas enclin aux émotions, y compris aux instants les plus critiques pour sa vie. Sa susceptibilité est palpable et il n’hésite pas à provoquer M. Wolfe (Harvey Keitel), qu’il admire pourtant par ailleurs.

L’acolyte de Vincent Vega est joué par Samuel L. Jackson (True Romance, Star Wars : La Revanche des Sith, Marvel's Avengers). Tarantino a écrit le personnage de Jules Winnfield en pensant à lui. Toutefois, surpassé par un autre acteur lors de la première audition, il doit en passer une seconde. Il éblouit alors le cinéaste en jouant la dernière scène du film et obtient le rôle qui lui vaut une nomination à l’Oscar du meilleur acteur dans un second rôle. Pulp Fiction contribue à faire de Jackson l’acteur fétiche de Tarantino. Il a en effet joué à ce jour dans six des films du cinéaste. D’abord un tueur sans scrupule capable d’intimider ses victimes en mangeant leur cheeseburger avant de les tuer, Jules Winnfield évolue durant l'opus. Sa sensibilité à la religion ou à ce qui ressemble dans un style tarantinien à un aggloméré de philosophie et de superstition est très élevée. Il prononce avant chaque meurtre une citation biblique revue par Tarantino et rendant hommage à la série télévisée japonaise ninja Shadow Warriors. Le sens menaçant de cette habitude le trouble une fois qu’il a vécu ce qu’il pense être un miracle, en échappant de manière ironiquement invraisemblable à la mort. Il décide de changer de carrière et d’entamer ainsi sa rédemption. La dernière scène du film est d’ailleurs le théâtre de cette transformation et de la plus grande performance de Jackson.

Uma Thurman (Henry et June, Les Liaisons Dangereuses, Bienvenue à Gattaca) remporte le rôle de Mia Wallace, la femme du chef des gangsters, alors que Miramax pensait plutôt à Meg Ryan ou Holly Hunter. C’est le choix du réalisateur, totalement convaincu par l’actrice qui devient plus tard sa muse. Il écrit en effet pour elle le personnage de la Mariée de Kill Bill : Volume 1 et Kill Bill : Volume 2 et n’hésite pas à repousser de près d’un an le tournage pour attendre la fin de la grossesse de Thurman. Pour Pulp Fiction, l’actrice est également nommée pour l’Oscar de la meilleure actrice dans un second rôle. Mia est réellement iconique malgré un temps de présence relativement court à l’écran. Elle figure d’ailleurs sur la célèbre affiche du film, allongée sur un lit avec une cigarette aux lèvres. Le personnage de cette femme de gangster qui se drogue pour s’échapper de la prison dorée dans laquelle elle se trouve est marquant. Contrairement à l’image stéréotypée d’une femme qui serait passive, Mia contrôle chaque situation dans laquelle elle se trouve : elle surveille son “garde du corps” et le dirige via un interphone, décide du déroulement de la soirée et mène leurs conversations, tant dans les échanges que dans les silences. Elle parvient à séduire Vega au travers de propos banals et d’un détachement calculé. Sa domination trouve son apogée dans la scène du concours de twist auquel elle décide de participer et force Vincent Vega à l’y rejoindre. Éblouissante de charisme, elle se meut de manière sensationnelle et parvient à emporter le personnage de Travolta. Sa façon de danser, presque irréelle, semble pourtant naturelle. Tarantino lui demande en effet de danser comme Duchesse, la chatte des Aristochats (Les), les mains vers le bas. La drogue finit cependant par prendre le pouvoir et par révéler une faiblesse qui domine en réalité son quotidien mais qui s’est éclipsée juste le temps d’une soirée.

Bruce Willis (Piège de Cristal, Armageddon, Sixième Sens) est une superstar lors de la production de Pulp Fiction. Toutefois, il reste alors sur des échecs tant critiques que commerciaux comme Le Bûcher des Vanités en 1990 ou Hudson Hawk, Gentleman et Cambrioleur et Le Dernier Samaritain en 1991. Le rôle de Butch Coolidge relance ainsi sa carrière et confirme son statut d’excellent acteur pouvant être crédible en jouant des personnages nouveaux. Butch est une brute qui ne ressent pas de scrupules après avoir tué sur le ring son adversaire lors d’un combat de boxe. Il se métamorphose toutefois au contact de Fabienne, la petite-amie avec laquelle il prévoit de fuir loin de Los Angeles et devient un amant tendre et prêt à toutes les attentions. Même lorsque sa colère ressort après qu'elle ait oublié la montre de son père, il se force à dissimuler ses émotions réelles après l’avoir vue effrayée par son comportement. Willis joue ensuite à merveille la surprise de celui qui tombe nez à nez sur la personne qu’il désirait le moins voir. Il transmet parfaitement la détermination du personnage à se sortir de situations difficiles pour partir vers une vie meilleure. Touché, le spectateur se surprend à avoir peur pour Butch et à espérer qu’il sorte indemne des pièges dans lesquels il tombe.

Les personnages secondaires de Pulp Fiction sont tout autant réussis et mis en valeur par un casting éclectique et remarquablement qualitatif.
Harvey Keitel (Taxi Driver, Thelma & Louise) repasse devant la caméra de Quentin Tarantino après Reservoir Dogs et joue le flegmatique Winston Wolfe. Ce rôle de nettoyeur, écrit pour lui par le cinéaste qui le considère comme son acteur préféré, participe avec son ton sérieux et ironique à une séquence proche de la comédie particulièrement réussie.
Ving Rhames (L’Échelle de Jacob, Mission impossible) est crédible en tant que Marcellus Wallace, chef de gang impitoyable et parvient à susciter la pitié dans une scène où le personnage est mis à l’épreuve.
Tim Roth (Le Cuisinier, le Voleur, sa Femme et son Amant) et Amanda Plummer (Joe Contre le Volcan) sont excellents dans leurs rôles de braqueurs du dimanche, menaçants par leur maladresse. Leur amour est sincère et tourné au ridicule par leurs surnoms, Pumpkin et Honey-Bunny. Leur vulnérabilité face à Jules les fait passer pour des enfants qui viennent de se faire surprendre après avoir commis une bêtise.
Maria de Medeiros (Henry et June), actrice portugaise rencontrée par Tarantino lors de sa tournée européenne, est émouvante dans le rôle de Fabienne, la petite-amie de Butch tandis que Christopher Walken (Voyage au Bout de l’Enfer), est, le temps d’une scène, capable d’un monologue absurde où l’horreur de la guerre côtoie l’invraisemblable. Son air grave, totalement en décalage avec ses propos, est hilarant !
Enfin, Quentin Tarantino prend manifestement du plaisir à jouer le rôle de Jimmie, paniqué à l’idée que sa femme assiste à la scène apportée chez lui par Jules et Vincent. Il gagne ensuite en confiance et en sarcasme, notamment en présence de Winston Wolfe.

Tout chef d’oeuvre du cinéma se doit d’être magnifié par une bande originale, généralement composée pour l’occasion. Pulp Fiction se démarque de cet usage en ne disposant pas de musique propre. La bande sonore du film est en effet assurée par une sélection de morceaux de rock’n’roll (Chuck Berry), de soul (Al Green), de funk (Kool and the Gang), de country (The Statler Brothers) ou de surf music (Dick Dale, The Lively Ones). Cette anthologie de styles variés des années 50 à 70 sert le côté culte et iconique de l'opus.
Le morceau le plus souvent identifié à Pulp Fiction est celui de son introduction. Il s’agit d’une reprise de Misirlou, un air traditionnel grec, adapté par Dick Dale en fresque de surf music. Quentin Tarantino compare ce titre aux musiques des westerns spaghettis composées par son idole Ennio Morricone. Le spectateur comprend ainsi mieux les choix musicaux de l’artiste pour son film.
Le résultat est décoiffant et participe grandement au mythe de l'opus. Grand collectionneur de disques, Tarantino démarre la production de ses oeuvres en déterminant parmi ses morceau favoris ceux qui illustrent au mieux les scènes qu’il a à l’esprit. Il estime que ”[ses] bandes son [sont] très bonnes parce-qu’elles sont l’équivalent professionnel des playlists [qu’il se fait chez lui]”.
La musique de Pulp Fiction donne ainsi à certaines séquences un aspect épique contrastant avec la banalité que souhaite instaurer la mise en scène, perturbant davantage le spectateur quant à sa perception du spectacle auquel il assiste. Certaines séquences la voient d'ailleurs être mise sur un plan d’égalité avec l’image. La musique donne ainsi le rythme d’une scène entièrement centrée autour d’elle. C’est le cas du twist d’Uma Thurman et John Travolta sur You Never Can Tell de Chuck Berry qui offre une des séquences les plus mémorables du film et probablement de l’histoire du cinéma.

Pulp Fiction est couvert de louanges après sa projection en mai 1994 au Festival de Cannes. Le long-métrage tranche avec tout ce que les festivaliers avaient pu voir jusqu’alors. L’ambiance est électrique dans la salle où le film et son réalisateur sont chaleureusement applaudis pendant de longues minutes. Il reçoit quelques jours plus tard la Palme d’Or, l’une des récompenses les plus prestigieuses. Tarantino conserve toutefois sa modestie face à cette reconnaissance en estimant qu’il existe “seulement une liste plus prestigieuse que celle des réalisateurs qui ont remporté la Palme d’Or, celle de ceux qui ne l’ont pas remportée”.
La critique porte le film au triomphe et sa diffusion dans des festivals secondaires au cours de l’été crée une attente qui le mène au succès lors de sa sortie aux États-Unis en octobre 1994. Grâce à ce buzz qui ne dit pas son nom, l'opus est projeté dans un nombre important de salles, chose rare pour un film indépendant. Pulp Fiction atteint ainsi des résultats extraordinaires au box-office et devient le premier film “Indie” à dépasser la barre des 100 millions de dollars aux Etats-Unis (108 millions, 213 millions au total à l’international).
Comme si cela n’était pas suffisant, Quentin Tarantino et Roger Avary remportent l’Oscar du meilleur scénario original, en plus des nominations des différents acteurs et de nominations pour l’Oscar du meilleur montage et l’Oscar du meilleur film.

Ce succès aussi énorme qu’inattendu encourage le journaliste de cinéma américain Peter Biskind à considérer Pulp Fiction comme le Star Wars du film indépendant”, altérant malgré lui l’économie du système. De fait, ce triomphe est en premier lieu celui de Miramax, alors salué pour avoir su identifier le talent de Tarantino. Dès lors, le studio produit et distribue un nombre important de films à petits budgets et contribue de manière importante aux résultats de The Walt Disney Company, provoquant la jalousie paradoxale de Michael Eisner, CEO de l’entreprise. Les autres studios majeurs prennent également conscience des possibilités offertes par le cinéma indépendant et par les profits potentiels qu’il peut engendrer.
La carrière de Quentin Tarantino est définitivement lancée. Ce succès lui permet de conserver une certaine indépendance et une liberté totale dans ses choix de carrière et dans l’écriture des films qu’il dirige.

Des décennies après, le chef d’oeuvre qu’est Pulp Fiction est entré dans la culture populaire et a marqué le cinéma. Il démocratise la narration non-linéaire, rare à l’époque et aujourd’hui pourtant couramment utilisée dans les histoires présentées sur les petit et grand écrans. Le film est très souvent cité dans différents classements des meilleurs longs-métrages de l’histoire du cinéma. Nombreuses sont les oeuvres à faire référence à Pulp Fiction, de manière ouverte ou plus discrète. Un clin d’œil est par exemple dissimulé dans Captain America : Le Soldat de l’Hiver, où la citation biblique favorite de Jules, “Ezekiel 25:17”, est inscrite sur la pierre tombale du personnage joué par Samuel L. Jackson.

Pulp Fiction est un véritable chef d’oeuvre de l’histoire du cinéma. Passé à la postérité pour son caractère postmoderne et son statut d’objet de pop-culture, il est la preuve de la maestria de son auteur et réalisateur, Quentin Tarantino. Porté par de grands acteurs et une réalisation de haute volée, le film a tout pour marquer profondément l’ensemble des spectateurs amenés à le visionner.

L'édition vidéo

Jaquette Pulp Fiction
Jaquette Pulp Fiction
Editions DVD Video
Zone 1 Simple 1998
Zone 1 Collector 2002
Zone 2 Simple 2009
Zone 2 Collector 2010
Editions Blu-ray Disc
Zone A Simple 2011
Zone B Simple 2009

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