Le Titanic Redévoilé
L'affiche
Titre original :
Drain the Titanic
Production :
National Geographic
Mallinson Sadler Productions Ltd
Northern Sky Entertainment Ltd
Discovery Canada
Date de diffusion USA :
Le 24 mai 2015
Genre :
Documentaire
Réalisation :
Jobim Sampson
Musique :
George Cattapan
Durée :
44 minutes
Disponibilité(s) en France :

Le synopsis

Gisant à près de quatre kilomètres dans le fond de l’Atlantique nord, le Titanic reste certainement l’épave la plus célèbre au monde. Plus d’un siècle après son naufrage, le paquebot continue en effet de susciter les passions et d’intriguer les spécialistes. Grâce aux dernières technologies, ces derniers sont parvenus à scanner le site et à le sortir numériquement de l’océan afin de lever une part du voile entourant la catastrophe…

La critique

rédigée par
Publiée le 16 février 2021

Le mercredi 10 avril 1912, des milliers de badauds sont rassemblés sur les quais du port de Southampton, dans le sud de l’Angleterre, afin d’assister au départ du RMS Titanic. En partance pour New York, le bâtiment confié au capitaine E. J. Smith est alors le plus grand paquebot du monde. Impressionnant, tout le monde le pense insubmersible. À bord, mille-trois-cent-vingt-quatre passagers et huit-cent-quatre-vingt-dix-neuf membres d’équipage embarquent. Parmi eux, des migrants originaires du monde entier mais aussi de nombreux représentants de la bonne société anglaise et américaine. L’allégresse est totale et chacun est conscient de vivre un moment historique.

Dans la nuit du 14 au 15 avril 1912, la traversée inaugurale du Titanic vire cependant au drame. Le bateau a déjà parcouru près de trois-mille kilomètres. Les messages avertissant l’équipage de la présence de glace n’ont pas été suivis des précautions d’usage. À 23h40, les veilleurs Frederick Fleet et Reginald Lee aperçoivent un iceberg. Il est trop tard pour l’éviter. La taille du navire empêche tout contournement. Sa vitesse, excessive, interdit toute marche arrière. Le choc est inévitable. Dans les ponts inférieurs, les compartiments commencent à se remplir de l’eau glaciale de l’océan. Les canots de sauvetage, en nombre insuffisants, sont mis à l’eau. Leur capacité est largement sous-utilisée. Des fusées de détresse sont tirées, en vain. Les SOS ne trouvent aucun écho. L’orchestre, héroïque, cesse de jouer. Quelques minutes plus tard, les lumières s’éteignent. Le paquebot se brise en deux. À 2h20, le Titanic disparaît de la surface de l’océan. Les secours n’arriveront qu’une bonne heure plus tard. Environ mille-cinq-cents morts sont à déplorer. Le monde entier est sous le choc…

Introuvable jusqu’à sa découverte en 1986, l’épave du Titanic n’a, depuis le naufrage, jamais cessé de susciter l’engouement du public. Celui-ci n’a d’ailleurs jamais été aussi exacerbé que depuis la sortie du chef-d’œuvre de James Cameron en 1997. L’attitude des officiers, les manquements aux règles de sécurité, l’absence de cloisons étanches aux niveaux supérieurs, l’enfermement des passagers de troisième classe dans les entrailles du navire, l’attitude très digne de l’orchestre… Depuis plus d’un siècle, la légende vit mais les questions sont nombreuses et le mystère demeure entier.

Pour éclaircir quelque peu les ombres qui planent aujourd’hui encore sur le Titanic et sur son naufrage, les nouvelles technologies sont mises à contribution. L’idée est alors de « vidanger » numériquement l’océan et de faire émerger, grâce aux images en 3D, l’épave. C’est la mission que se sont donnés les responsables du Titanic Mapping Project, un programme ambitieux mis en place au début des années 2000 par la RMS Titanic, Inc., la société d’exploration du Titanic, The Waitt Institute for Discovery, qui a mis à disposition ses robots dernier cri, et le Woods Hole Oceanographic Institution, l’un des plus prestigieux centres de recherche et d’ingénierie marine. Ont également été associés la National Oceanographic and Atmospheric Administration (NOAA), l’Agence américaine d’observation océanique et atmosphérique, les services des Parcs Nationaux en charge des ressources sous-marines et l’Institut d’archéologie nautique du Texas.

Afin de scanner le navire et l’ensemble de ses débris éparpillés au fond de l’océan sous tous les angles, le site où repose l’épave a tout d’abord été cartographié par sonar. Un drone sous-marin a ainsi parcouru le site, en faisant des allers-retours le long de bandes de cinquante mètres de large permettant ensuite de réaliser une modélisation en 3D. Il est apparu que les débris était répartis sur près d’un kilomètre et demi. La proue et la poupe sont quant à elles distantes de huit-cents mètres. Le navire est par ailleurs enfoncé dans la terre sur une hauteur avoisinant les vingt mètres. Douze mètres sont dès lors encore visibles.

Un véhicule sous-marin téléguidé, ou ROV, a ensuite été utilisé pour réaliser des milliers de photographies en haute définition de toutes les facettes du Titanic et de l’ensemble de ses débris. Les images obtenues sont alors plaquées sur la modélisation en 3D, offrant une vision de l’épave des plus réalistes. Cent-soixante heures de vidéo ont au final été réalisées. Trente-sept téra octets de données ont été rassemblés. Au bout de quatre ans de travail, l’épave a pu être « sortie » numériquement des abysses et ramenée sous les rayons du soleil.

Pour commenter les images obtenues et les observations qui en découlent, Le Titanic Redévoilé convoque toute une batterie d’experts. Paul-Henry Nargeolet, qui avait participé à la découverte de l’épave en 1985, et Kenneth Vrana représentent le Titanic Mapping Project dont ils sont les co-directeurs. James Delgado intervient au nom de la NOAA ; David Gallo et William Lange pour celui de la Woods Hole Oceanographic Institution. La parole de la société RMS Titanic, Inc. est, quant à elle, portée par Bill Sauder et Alexandra Klingelhofer tandis que Robert Goodwin de l’université du Michigan, ainsi que les microbiologistes Lori Johnston et Roy Cullimore complètent le casting.

Tour à tour, les experts se proposent de répondre à quelques grandes questions au sujet du naufrage du Titanic. La première porte sur la collision avec l’iceberg. Le rapport de 1912 indique une déchirure de la coque sur près de cent mètres. Plusieurs témoignages vont dans ce sens. Tout ceci semble toutefois incohérent avec le fait que le Titanic a mis deux heures et trente minutes à sombrer. Une déchirure de cent mètres aurait en effet fait disparaître le navire en quelques minutes seulement… Les images obtenues grâce aux scans réalisés sous l’eau permettent d’éclairer ce premier mystère.

Où et quand la cassure de la coque s’est-elle réalisée ? La poupe du navire étant en charpie, la réponse est compliquée à obtenir. Seule la forêt de débris peut aider les spécialistes à éclaircir la situation. Les débris s'étendent ainsi sur un rayon de trois kilomètres. La possibilité que le paquebot se soit cassé à la surface semble dès lors improbable alors même qu’il s’agit de la version officielle relayée depuis des décennies maintenant. L’idée d’une brisure faite sous la surface, à une profondeur certaine, fait son chemin... Elle diffère totalement des théories développées par d'autres scientifiques réunis entre autres autour de James Cameron, dont le nom n'est jamais cité dans le documentaire.

La question de la préservation de l’épave se pose ensuite. Le navire, échoué à quatre kilomètres sous la surface des eaux depuis plus d’un siècle, ne résistera pas au temps, c'est évident. Sa coque est rongée de toutes parts. Plusieurs morceaux ont déjà disparu. Une perspective de cinq-cents ans laisse entendre que la perte est irrémédiable. Reste la question de la préservation de tout ce qui peut être récupéré au fond de l’eau et ramené à la surface.

Le meilleur passage du documentaire reste indéniablement celui durant lequel sont montrés les différents objets remontés de l’épave. Pièces de vaisselle, ornements, cloche en bronze, bijoux, instruments de navigation, flacons de parfum, brosses, vêtements, chaussures… Grâce à Alexandra Klingelhofer, la vice-président des collections de la RMS Titanic, Inc., le spectateur découvre avec stupéfaction et émotion la montre de Thomas William Salomon Brown, un hôtelier sud-africain parti pour s’installer en Californie et dont le destin a été brisé. La tristesse est également très grande en voyant le carnet d’écriture d’Edgardo Samuel Andrews, un passager de troisième classe âgé de dix-sept ans, lui aussi disparu pendant le naufrage… Là où de nombreux documentaires se contentent de montrer l’épave comme un simple tas de ferraille en décomposition dans les tréfonds, la simple vue de ces objets et la simple idée de connaître leur propriétaire accentuent alors encore la tragédie, ici clairement humanisée. La controverse reste toutefois encore vive entre les archéologues sous-marins qui estiment que ces objets méritent d’être sauvés afin de garder une trace de la catastrophe et ceux qui pensent que tout ceci devrait reposer à jamais au milieu de ce qui est comparé à un cimetière sous-marin.

Les quelques minutes durant lesquelles les objets du Titanic rappellent à chacun qu’il y avait des femmes et des hommes derrière la catastrophe sont incontestablement les meilleures du documentaire. Car à part cela, Le Titanic Redévoilé reste bien terne. Les défauts, en effet, sont nombreux. Le premier, et pas des moindres, est l’usage outrancier d’images 3D dont la qualité, surtout pour une production National Geographic, demeure franchement grossière et peu élégante. James Cameron avait réussi à faire tellement mieux... Vingt-cinq ans plus tôt ! Pire, ces images 3D sont montrées parfois cinq, six, huit, dix fois tout au long du film. Le siphon montrant la disparition de l’océan, les plans sur l’épave qui émerge, l’eau qui sort des hublots… Ces plans sont visibles tellement de fois qu’il semble évident que le stock d’images inédites en 3D était en réalité tout bonnement insuffisant pour remplir un documentaire qui, pourtant, ne dure même pas une heure. Une belle occasion manquée de faire rêver le spectateur, donc...

Dès lors, le découpage du documentaire est lui aussi une vraie gageure. Voir et revoir les mêmes séquences, parfois assorties du même commentaire récité de manière presque identique, rend l’ensemble sacrément indigeste. La faute, c’est évident, repose sur les nombreuses coupures publicitaires qui devaient jalonner le film lors de sa diffusion sur National Geographic. Mais pour l’utilisateur de Disney+ qui le découvre d’une seule traite, ces coupures et ces répétitions donnent au documentaire une impression de produit très mal ficelé et très mal réalisé. Le narrateur explique ainsi au moins cinq fois la prouesse que représente la simple vue de l’épave sortie numériquement de l’eau… Ces commentaires ressemblent dès lors à de la pure propagande en faveur des nouvelles technologies. La performance technique semble ainsi prendre le dessus sur le sujet principal, à savoir le Titanic…

Enfin, outre le découpage, le spectateur déplorera certainement un commentaire parfaitement insipide et surtout peu intéressant. Récitées par Russell Boulter en version originale et par Jean-Marie Fonbonne en français, les répétitions et les redites sont légion. Surtout, cette idée de créer un faux suspense en posant des questions successives est forcément lassant. Plutôt qu’un documentaire de haute tenue comme l’est Titanic : 20 Ans Après avec James Cameron, le public se retrouve ainsi devant ce qui s’apparente plus à un opus de Faites Entrer l’Accusé qu’à un vrai documentaire historique fouillé. Et que dire des questions dont les réponses ne sont qu’à peine survolées, faute de données scientifiques suffisantes ?...

En fait, si le spectateur appréciera forcément de retourner sur le Titanic, il regrettera dans le même temps de se voir privé de l’opportunité de contempler et de savourer les images de l’épave. Le Titanic Redévoilé propose pourtant de très belles vues en haute définition du navire échoué au fond de l’océan. Mais elles sont tellement éphémères et le montage est tellement chaotique qu’il est impossible d’en profiter sans mettre le programme en pause. Quel dommage, donc, d’avoir relégué au second plan de vraies images du bateau pour laisser plus de place à des vues 3D immondes montrées encore et encore, et encore…

Avec Le Titanic Redévoilé, le réalisateur Jobim Sampson rate indéniablement sa cible. Car si le documentaire s’annonce comme quelque chose de grandiose, il n’en reste au final que de la frustration… Celle de ne pas avoir forcément obtenu de réponses claires aux questions posées… Celle d’avoir assisté à une sorte de film promotionnel pour une technologie 3D supposément novatrice… Celle d’avoir été abreuvé d’images en 3D médiocres et largement surévaluées… Celle de ne pas avoir été autorisé à véritablement plonger sur le Titanic… Seules les rares séquences d’époque, les quelques vues du paquebot et la partie sur les objets ramenés à la surface compensent. Mais cela est malheureusement loin d’être suffisant pour sortir de ce visionnage conquis.

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