Nomadland
L'affiche du film
Titre original :
Nomadland
Production :
Searchlight Pictures
Date de sortie USA :
Le 29 janvier 2021 (IMAX)
Le 19 février 2021 (Cinéma | Hulu)
Genre :
Drame
IMAX
Réalisation :
Chloé Zhao
Musique :
Ludovico Einaudi
Durée :
107 minutes
Disponibilité(s) en France :

Le synopsis

Après avoir perdu son travail, sa maison et son mari, Fern décide de prendre la route et de vivre désormais dans son véhicule.

La critique

rédigée par
Publiée le 06 juin 2021

Road-trip éternel brut et touchant, Nomadland est un film bouleversant à la frontière entre la fiction et le documentaire. Grâce à son approche terre-à-terre qui ne tombe jamais dans le misérabilisme, il est de ces films emplis d’espoir malgré la tristesse des événements vécus, qui suit la vie de ses personnages sans jamais les juger grâce à la mise en scène tout en sobriété de Chloé Zhao.

Nomadland s’inspire à la base du livre de Jessica Bruder. Journaliste et écrivaine, elle signe plusieurs articles sur l’évolution de la société américaine à la suite des différentes crises économiques que le pays a subies, dont celle de 2008, retentissante et aux conséquences énormes pour des milliers d’Américains. Elle se penche alors sur un aspect social bien particulier : le développement de ces nouveaux nomades des États-Unis, qui font le choix de se séparer de la plus grosse dépense de la vie courante : l’immobilier. Souvent proche de la retraite - voire déja retraités et âgés -, précaires financièrement, ils investissent ainsi dans des vans et des camping cars aménagés pour parcourir le pays d’un bout à l’autre, enchaînant petits boulots et travaux saisonniers. Pendant trois ans, Jessica Bruder va aller à la rencontre de ces voyageurs et partager leurs expériences. Elle rencontre alors des gens aux parcours de vie très différents et suit en particulier quelques-uns d’entre eux, témoin privilégié de leur espoirs ou déceptions et des aléas rencontrés sur le chemin de cette vie itinérante. L’autre aspect particulièrement fort du livre - qui est donc une vraie enquête journalistique - est de voir comment les grosses entreprises américaines, à commencer par Amazon, trouvent en ces vagabonds de la main d’oeuvre bon marché exploitable à souhait. Nomadland propose in fine ce contraste entre deux Amériques opposées mais insiste sur une chose : ceux qui prennent la décision de vivre dans leur moyen de transport n’aspirent pas à retrouver un bien immobilier. Ils aiment la liberté qu’offre ce mode de vie. Un principe qui est le fondement même du film de Chloé Zhao.

Réalisatrice née à Pékin en 1982, elle s’installe aux États-Unis à la fin de ses études de cinéma à Londres et à New York. Après avoir réalisé son premier film en 2015, Les Chansons que mes Frères m’ont Apprises, elle se fait remarquer par la critique au festival de Cannes via la Quinzaine des réalisateurs grâce à son second long-métrage, The Rider. Les projets s’enchaînent par la suite pour l’artiste, puisqu’elle rejoint Marvel Studios pour réaliser Les Éternels tout en travaillant sur un autre projet indépendant, Nomadland : elle tombe en effet sous le charme du livre de Jessica Bruder et décide de l’adapter en long-métrage avec l'aide la productrice et actrice principale Frances McDormand. L’approche du cinéma de Chloé Zhao, qui tourne régulièrement avec des acteurs non-professionnels, correspond particulièrement bien au style de Nomadland et son enquête journalistique de terrain poussée. Mais en comprenant qu’une adaptation ne doit pas être un condensé de toute l’œuvre originale, la réalisatrice expurge son film d'un discours trop présent ou d'attaque directe et facile contre le capitalisme et reste minimaliste du début à la fin. Elle ne se focalise ainsi que sur les personnages qu’elle filme avec beaucoup de douceur et tendresse tout en proposant une ode à la liberté et à la simplicité. C’est le spectateur, en fonction de ses convictions et de ses idées, qui y trouvera certaines choses en regardant le film tout en y décelant les thématiques que la réalisatrice laisse volontairement planer au-dessus.

Nomadland suit donc le personnage fictif de Fern, sexagénaire veuve qui parcourt le pays à bord de son van et enchaîne les petits boulots, croise et re-croise d’autres itinérants tout au long de son voyage, et cherche à faire le deuil de son mari. Elle est incarnée avec subtilité et passion par Frances McDormand, qui rafle pour l’occasion un nouvel Oscar de la meilleure actrice. Marquée par les épreuves mais toujours optimiste et drôle, elle dégage poésie et innocence. Frances McDormand est quasiment la seule actrice professionnelle du film. Catalyseur de l’esprit même qui habite Nomadland, elle est à la fois bien unique et représentative de toutes les personnes qui ont fait le choix de vivre sur la route. Chloé Zhao décide de lui opposer comme partenaires de jeu de vrais nomades, ceux-là mêmes qui sont dans le livre, comme Linda May (personnage principal du roman) ou Bob Wells, ambassadeur de ce mode de vie, qui a vu la transition s’opérer aux États-Unis pendant des années en plus d’en être l’un des précurseurs, aidant les autres à s’adapter et s’habituer. L’authenticité de cette décision ajoute une touche bien particulière à Nomadland dont il est parfois difficile de savoir s'il est toujours une fiction ou un documentaire. Mais la réalisatrice le certifie : son film est une fiction, les échanges sont écrits, ils s’inspirent de la vie des gens qui sont à l’écran, et elle veille simplement à ce que ses textes leur correspondent, acceptant de les modifier le cas échéant.

Bien que sobre et simple, Nomadland dispose de plusieurs axes de réflexion et s’évertue à montrer plutôt qu’à dire, provoquant dès lors des sentiments parfois opposés chez les spectateurs. Son aspect rugueux peut séduire comme repousser, les mêmes événements vécus être perçus comme plein d’espoir ou d’une tristesse infinie. Avec sa mise en scène caméra au poing qui s’efface pour laisser toute la place aux personnages qu'elle filme très proche, Chloé Zhao pose une touche entièrement personnelle sur son film, aidée par la photographie naturelle splendide, aux tons délicats et contrastés des couchers et levers de soleil. Poétique et souvent laconique, Nomadland peut s’apprécier pour la beauté de ses images et son aspect quasiment carte-postale de l’Amérique, des côtes océaniques aux parcs nationaux forestiers, ou bien choquer face à la précarité omniprésente montrée. Mais l'opus ne tombe jamais dans l'écueil par trop facile d'être pathos pour émouvoir artificiellement. Il conserve toujours une même retenue, parle de la tristesse et du malheur avec un fond de joie. Ses personnages sont ainsi heureux de vivre. La réalisatrice montre que cette migration des habitants dans leur propre pays est exponentielle pour de nombreuses raisons économiques mais insiste, à travers le personnage de Fern, sur la joie qu’ils éprouvent à être ces nouveaux nomades modernes, et à quel point ils sont éteints entre quatre murs fixes. Nomadland est un préambule touchant à une situation assez méconnue en dehors des États-Unis mais qui concerne pourtant des milliers de personnes. Et si le film est avant tout un très bel objet cinématographique, il pousse à la curiosité et donne l’envie de creuser plus en détails ce sujet.

Dès son introduction, Nomadland montre donc à quel point la vie de Fern se fait quasiment au jour le jour : où se garer pour dormir, où travailler pour quelques temps, où partir par la suite. Une mission saisonnière dans un (véritable) entrepôt immense d’Amazon qui dénote avec l’étroitesse de son habitation, ou une nuit sur le parking d’un supermarché avec des températures glaciales avant de quitter la région. Profondément solitaire, mais heureuse de retrouver des amis perdus de vue sur les routes, d’échanger un repas et des histoires au coin du feu avant de repartir phares allumés sans regarder en arrière et, peut-être, voir à nouveaux ces personnes ailleurs des mois plus tard. L’aspect relationnel de Nomadland est des plus saisissants et ne cesse de jouer avec les contrastes entre l’immense générosité et sociabilité des itinérants et la volonté absolue de rester dans son coin, dans son nid douillet et de ne rien devoir à personne. Le rapport familial a aussi une place intéressante dans le long-métrage, entre deux choix de vie totalement opposés qui s’entrechoquent. Le film ne cherche d'ailleurs pas à étaler une intrigue évidente. Il est de ces récits « tranche de vie » qui veulent présenter des personnages ayant une ou plusieurs problématiques à régler, qui apprennent au long du voyage au gré des rencontres et des expériences. Et puisque le postulat même de Nomadland est d’être un voyage, il en devient un road-trip méta qui joue avec les sentiments de ses personnages à travers des séquences attendrissantes où toute la beauté de la route et la liberté absolue des protagonistes se révèlent, accompagnées d’une douce musique, discrète la plupart du temps.

Plusieurs scènes sont ainsi très contemplatives et profitent de la beauté des États-Unis pour en mettre plein les yeux aux spectateurs. Ce voyage au sein de l’Amérique profonde rythme d'ailleurs le récit. Fern n’a pas de but final où aller, et se déplace en fonction des saisons, des rencontres et de son envie personnelle. Chaque nouvelle scène devient donc l’occasion de découvrir un élément de sa vie nomade, d’en apprécier les qualités et d’en voir également les difficultés. Si Nomadland est assez lent, il n’en reste pas moins très bien rythmé grâce à la diversité des échanges et le montage minutieux de Chloé Zhao, qui n’en finit pas d’endosser des casquettes différentes avec beaucoup de talent !

Toujours attentif à garder un équilibre entre les émotions montrés, Nomadland est un film réussi qui laisse paradoxalement une magnifique sensation de goût-amer après son générique. La frontière entre la joie et la tristesse est fine et le long-métrage, en plus de son postulat initial, mêle différents thèmes autour de la mort, du deuil, de la transmission et de l’héritage. Plusieurs échanges marquent et restent bien après le visionnage dans les mémoires, dont une longue séquence mettant en scène Bob Wells, bouleversant de justesse. Tout au long du récit, le spectateur découvre une communauté informelle qui a ses propres règles implicites, ses traditions et ses coutumes, à base d’entraide, d’échange et d’autonomie. Jamais l’éloignement physique n’a semblé être si peu important pour des personnes qui traversent tout le pays jour après jour, leur conférant à la fois beaucoup de recul et d’authenticité, qui reste le maître-mot quand il faut qualifier Nomadland

Prévu pour sortir initialement en décembre 2020, la pandémie de COVID-19 oblige Disney et Searchlight Pictures à le repousser plusieurs fois et même à le proposer directement sur Disney+ au Canada. Il conserve tout de même une date de sortie pour les salles françaises et s'y voit finalement proposé en juin 2021, en sortie immédiate de confinement. Des premières projections aux sorties internationales les plus tardives, Nomadland ne cesse de recevoir des critiques élogieuses et de remporter prix après prix, du Lion d’Or 2020 au Golden Globe du meilleur film dramatique parmi d’autres. La consécration suprême arrive lors des Oscars 2021 et les statuettes de meilleure actrice pour Frances McDormand, meilleure réalisatrice pour Chloé Zhao et meilleur film. Cette dernière marque dès lors l'histoire en devenant la première femme de couleur à remporter ce prix, et s'impose comme une artiste à suivre.

Nomadland montre à travers les yeux d’un personnage toute une facette des États-Unis. Le film offre un regard puissant sur une façon de vivre vieille comme le monde qui revient en force en Amérique, conséquence d’une situation sociale inédite. Mais en adoptant un point de vue optimiste, Chloé Zhao livre une œuvre bienveillante et touchante, portée par tout un casting hétéroclite qui aspire à un seul but : être libre et heureux.

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