Titre original :
Death on the Nile
Production :
20th Century Studios
Kinberg Genre
Mark Gordon Pictures
Scott Free Productions
TSG Entertainment
Date de sortie USA :
Le 11 février 2022
Genre :
Policier
Réalisation :
Kenneth Branagh
Musique :
Patrick Doyle
Durée :
127 minutes
Disponibilité(s) en France :

Le synopsis

Hercule Poirot est las. Après avoir résolu une enquête, il s'offre donc des vacances en Égypte et sur place, croise son ami Bouc qui est présent dans le pays pour participer au voyage de noce de la richissime Linnet Ridgeway. Finalement lui aussi invité par les jeunes mariés, Hercule Poirot accepte de les accompagner pour une croisière sur le Nil.

La critique

rédigée par
Publiée le 08 février 2022

Plus de quatre ans après sa première incursion dans le monde d’Hercule Poirot, Kenneth Branagh revient - devant et derrière la caméra - pour adapter l’un des ouvrages d’Agatha Christie les plus célèbres : Mort sur le Nil. Une enquête aux décors exotiques qui ne réinvente pas le genre et souffre parfois d’écueils évitables, mais qui peut compter sur la volonté manifeste de bien faire du réalisateur. Kenneth Branagh prend au sérieux Hercule Poirot, et cela se voit !

Death on the Nile sort le 1er novembre 1937 au Royaume-Uni, un an avant sa publication aux États-Unis et huit ans avant la France. Quinzième aventure d’Hercule Poirot, Mort sur le Nil est rapidement devenu culte et s’est fait depuis une véritable place dans l’inconscient collectif. Ce sont alors des souvenirs d’enfance avec sa mère et des voyages professionnels avec son mari qui donnent à Agatha Christie l’envie d’écrire une enquête se déroulant en Égypte et plus précisément sur un bateau de croisière qui vogue sur le fleuve mythique. Disposant de la construction typique des romans de l’autrice, d’une galerie riche de personnages et d’un contexte en huis-clos propice au meurtre insoluble, Mort sur le Nil est de ses romans saisissants intemporels. Si tant est qu’il va rapidement être adapté sous différentes formes : au théâtre, en 1944, par Agatha Christie elle-même qui enlève Hercule Poirot de l’intrigue pour éviter qu’il prenne une trop grande place sur scène. À la radio en 1997, en jeu vidéo et en roman graphique en 2007. Mais les deux versions les plus connues sont naturellement l’épisode de la série à succès Hercule Poirot en 2004, avec David Suchet dans le rôle titre et le film sorti au cinéma en 1978, réalisé par John Guillermin avec Peter Ustinov se glissant dans la peau du détective belge...

Quand Kenneth Branagh réalise en 2017 Le Crime de l’Orient-Express, il ne cache pas son intérêt pour réaliser une - ou des - suite en cas de succès. Avec un budget de 55 millions de dollars, un box-office mondial s’élevant à 352 millions de dollars et un accueil critique positif, le réalisateur replonge dans l’univers d’Agatha Christie et Mort sur le Nil est rapidement officialisé, puis tourné - sans poser une caméra en Égypte - pour une sortie prévue fin 2019. La pandémie de COVID-19 change évidemment la donne et le film se voit repoussé pas moins de cinq fois à cause de la situation sanitaire mais également du scandale entourant l’acteur Armie Hammer, accusé début 2021 de multiples actes de violences de diverses sortes envers plusieurs femmes. Une situation qui pousse 20th Century Studios à envisager des reshoots et ainsi enlever l’acteur de l'opus. Mais la taille du projet, l’épidémie et le rôle conséquent du comédien rendent impossible l’idée de réunir à nouveau toute l’équipe pour retourner une grande majorité du film, qui plus est, de nombreux mois après la fin du tournage initial ! La piste d’un recast entièrement numérique est également écartée, le rendu aurait été calamiteux : Disney décide donc de conserver Mort sur le Nil tel que filmé par Kenneth Branagh ! Si courant 2021 le projet ne donne plus vraiment de signe de vie, il sort enfin au cinéma en France le 9 février 2022 et aux États-Unis le 11 février 2022.

Mort sur le Nil est vraiment une suite du (Le) Crime de l’Orient-Express. Après avoir donné vie à son Hercule Poirot, Kenneth Branagh veut le développer et l’enrichir. Il n’est pas qu’un simple témoin impassible, il a un réel arc narratif avec un cheminement et une évolution entre le début et la fin du film. Des éléments esquissés dans le premier volet sont ainsi plus mis en avant, et Hercule Poirot retrouve également son ami M. Bouc, interprété par Tom Bateman, véritable boussole morale et sociale pour le détective. Ce qui frappe le plus avec l’interprétation de Kenneth Branagh est le premier degré total de son jeu. Il ne cherche pas à déconstruire le personnage, à le rendre excentrique pour être excentrique, à s’en moquer ou en rire. De la prestation très théâtrale de l’acteur ressort l’envie de rendre hommage à Hercule Poirot, tout en se l’appropriant pour se différencier de ses prédécesseurs. Toujours maniaque, toujours imbu de lui-même, toujours méthodique mais avec une extrême bienveillance dans le regard, dans les gestes et dans la façon dont Kenneth Branagh se filme lui-même. Cinéma contemporain d’Hollywood oblige, ce Poirot est plus enclin à l’action ou à l’offensive et arbore ainsi un véritable charisme. Mais il se détache aussi de lui une belle émotion lors de moments touchants, entre une parole emphatique ou une larme imprévue qui coule et que sait capter le réalisateur. Ainsi, Kenneth Branagh y croit totalement et invite le spectateur à le suivre et qu’importe l’accent au couteau parfois beaucoup trop prononcé !

Autour de Kenneth Branagh se rassemble un casting assez prestigieux, comme c’était le cas pour le premier film. Mais au-delà d’Armie Hammer - qui tient bien son rôle au demeurant - plusieurs acteurs et actrices ont également fait l’objet de polémiques plus ou moins médiatisées, rendant la promotion du film encore plus complexe. Gal Gadot (sous le feu des projecteurs pour ses propos autour du conflit israélo-palestinien) incarne Linnet Ridgeway. Jamais bien à l’aise dans ce rôle, l’actrice n’en impose pas vraiment dans ce registre plus dramatique et délivre encore des répliques d’une façon qui ne manqueront pas d’alimenter les réserves de memes. Emma Mackey (Sex Education) prête pour sa part ses traits à Jacqueline de Bellefort avec beaucoup de détermination et de tact. Autour de ce trio qui joue de la séduction (que Kenneth Branagh filme réellement) gravitent d’autres rôles à des degrés divers d’importance : Letitia Wright (qui embarrasse Hollywood pour sa posture complotiste anti-vaccin très marquée) tient bien le rôle de Rosalie Otterbourne tout comme Sophie Okoedo dans celui de Salome Otterbourne. Un peu en retrait mais notable tout de même, Rose Leslie (Game of Thrones) en tant que Louise Bourget, la domestique de Linnet. Enfin, le casting hétéroclite est complété par Russell Brand (le Dr. Linus Windlesham), Jennifer Saunders (Marie Van Schuyler), Annette Bening (Euphemia, un personnage inédit pour le film), Ali Fazal (Andrew Katchadouriaan) ou encore Dawn French (Bowers). Avec beaucoup de personnages et pas forcément un temps d’égal à l’écran, Mort sur le Nil n’est pas un film à grandes prestations. Certains moments fonctionnent, d’autres sont plus bancals et finalement, Kenneth Branagh est bien celui qui tire le plus son épingle du jeu.

Prolifique devant et derrière la caméra, Kenneth Branagh fait partie de ces quelques réalisateurs touche-à-tout difficiles à appréhender avant chaque film. Capable de l’excellence (Hamlet, Frankenstein) ou du film de commande totalement ignoble (Artemis Fowl), il nage entre les eaux du cinéma d’auteur et celles plus tumultueuses des films à gros sous dans lesquels sa patte est plus difficilement trouvable. Son travail sur Hercule Poirot semble se situer entre les deux. D’un coté, une énième version vue et revue dans un style connu. De l’autre, une sincérité que tous n’auraient pu mettre et des trouvailles visuelles ou narratives qui montrent que le réalisateur a travaillé sa caméra. Mort sur le Nil est régulièrement tiraillé entre ces deux aspects. Quelques scènes marchent franchement, comme l’introduction, surprenante, ou certains interrogatoires dynamiques. D’autres sont noyées dans une CGI grossière qui n’apporte rien au long-métrage si ce n’est donner un semblant factice à certains décors ou certaines situations. Paradoxalement, le réalisateur utilise les particularités du bateau de croisière pour mettre en scène ses personnages, s’attarde sur les déplacements des uns et des autres, ou sur la disposition des différentes pièces, tel un « Cluedo » géant qui ne demande qu’à être résolu.

Mais avant de passer au meurtre et à l’enquête qui en découle, Mort sur le Nil prend le temps de présenter ses personnages et leurs interactions. Toute la première moitié du film est évidemment là pour semer le doute, rendre chaque suspect coupable et chaque coupable suspect. Le film, écrit par Michael Green - déjà scénariste du premier - est assez long. Et le sentiment d’assister à un spectacle connu, avec ses mécanismes classiques et ses twists attendus, donne la sensation que l'ensemble s’éternise par moments et ne va pas directement à l’essentiel. Une baisse de rythme ressentie vers le milieu avant que l’enquête ne rattrape véritablement Hercule Poirot et mène Mort sur le Nil à sa conclusion. Une conclusion dans la pure tradition des récits du détective, où il rassemble les voyageurs en un même lieu pour ensuite détailler ses raisonnements et mettre fin au suspense.

Adaptation d’un classique oblige, Mort sur le Nil est finalement assez limité dans son propos et sa capacité à surprendre. Les lecteurs ou spectateurs des précédentes versions seront en terrain connu, les néophytes se laisseront porter par une enquête qui enchaîne les rebondissements sans véritablement étonner pour autant. Sa qualité première, le récit d’Agathe Christie, combinée à la mouture contemporaine du film hollywoodien donne un résultat hybride. Le film alterne donc moments gênants et mal écrits où personne n’y croit et d’autres plus fins, prenants, avec une bonne musique composée par Patrick Doyle dans le fond. Presque paradoxalement, voir Kenneth Branagh retourner à ce personnage donne envie d’une ou plusieurs suites, dans laquelle il ne s’embarrasserait pas de fioritures pour rester à la seule essence du détective. Ces quelques moments fugaces qu’il touche du doigt dans Mort sur le Nil, bases d’un grand film encore inaccessible mais à portée du cinéaste.

Mort sur le Nil ne marquera sans doute pas l’histoire du cinéma. Mais au-delà de sa trame classique et d’aspects très perfectibles, il en ressort une réelle volonté de bien faire de Kenneth Branagh, manifestement attaché au sujet. Est-ce que cela suffit pour livrer un grand film ? Non. Mais il assure un spectacle général honnête, plusieurs séquences inspirées et surtout - n'est-ce pas là l'essentiel ? - un très bon Hercule Poirot.

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