1602
La couverture
Éditeur :
Hachette
Date de publication France :
Le 03 novembre 2015
Genre :
Marvel Comics, La Collection de Référence
Auteur(s) :
Neil Gaiman (scénariste)
Andy Kubert (dessinateur)
Nombre de pages :
216

Le sommaire

• 1602 #1 (2003)
• 1602 #2 (2003)
• 1602 #3 (2003)
• 1602 #4 (2004)
• 1602 #5 (2004)
• 1602 #6 (2004)
• 1602 #7 (2004)
• 1602 #8 (2004)
• Origines : Neil Gaiman sur 1602 (entretien)
• Les autres contes liés à 1602
• Illustration : L'art de Scott McKowen
• Prochaines Lectures

La critique

★★★★
Publiée le 15 septembre 2017

1602 est une mini-série type elseworld (c'est à dire située dans un univers parallèle) publiée initialement en deux tomes en France par Panini Comics dans la collection 100% Marvel. En novembre 2015, elle intègre finalement l'anthologie Marvel Comics, La collection de Référence au volume 34 chez Hachette. Cette édition reprend ainsi les huit numéros de la mini série 1602 parus de novembre 2003 à juin 2004 chez Marvel Comics, écrits par Neil Gaiman et dessinés par Andy Kubert.

Joe Quesada, rédacteur en chef chez Marvel depuis l'année 2000, décide de faire souffler un vent nouveau chez la Maison des Idées. Pour ce faire, il engage régulièrement des auteurs reconnus dans l'idée de créer des mini-séries de qualité pour relancer l'engouement du public pour les comics à l'ère du tout numérique. 
Neil Gaiman est, dans ce cadre, un auteur fantastique reconnu, multi-récompensé (de plusieurs prix Hugo, Locus, et Bram Stocker). Né en Angleterre en 1960, il a toujours été passionné de comics, mais plusieurs de ses scénarios ayant été refusés par de grandes maisons d'édition, il décide de poursuivre des études de journalisme littéraire avec l'idée de se créer un réseau qui l'aidera à se faire finalement éditer.
Il devient ami avec Alan Moore (La Ligue des Gentlemen Extraordinaires, Constantine, V pour Vendetta, Watchmen) qui lui enseigne l'art du scénario de bande-dessinées. Il obtient enfin la reconnaissance grâce à Sandman, qui raconte les aventures du marchand de sable, un anti-héros. Ce roman graphique réconcilie les amateurs de comics et de littérature classique et reste, à ce jour, le seul comics à avoir figuré dans la liste des best-sellers du New York Times.
Dès lors, tout en collaborant régulièrement avec DC comics (Batman, NewerWhere, L'Orchidée Noire), il propose ses scénarios à Marvel (The Eternals), ou en écrit pour les enfants (L'Étrange Vie de Nobody Owens, Odd et les Géants de Glace). Il co-signe également des récits avec de grands noms de la littérature tel que le regretté Terry Pratchett, tout en travaillant aussi pour le cinéma et la télévision en qualité de scénariste sur des script originaux (Babylon 5, Les Simpsons, Docteur Who), ou en adaptant avec succès ses propres romans (Coraline - d'Henry Selick - le réalisateur de L'Étrange Noël de Monsieur Jack, Mirrormask - en collaboration avec les Jim Henson Studios, La Légende de Beowulf de Robert Zemeckis, Stardust - Le Mystère de l'Étoile de Matthew Vaugh, et l'excellente série American Gods chez Amazon Video).
En août 2001, il annonce travailler pour Marvel sur une mini-série sans savoir alors de quoi il retourne. A la suite de des événements du 11 septembre, Gaiman décide ainsi qu'il ne sera pas question d'armes, d'avions ou de gratte-ciels dans son scénario. S'en suit un voyage à Venise dont il revient émerveillé par "ce passé que l'on peut toucher du doigt" ; son comics se situera donc dans une période de l'Histoire, à la jonction du Nouveau et de l'Ancien Monde "une période idéale pour y ancrer mon histoire. En y mêlant l'Amérique et beaucoup de choses qui ont changé le monde. Mais aussi une période où l'extraordinaire et la magie avait un sens".

Joe Quesada, confie le travail d'illustration à deux artistes ayant déjà travaillé sur plusieurs titres maison notamment Wolverine : Origins : Andy Kubert & Richard Isanove.
Andy Kubert, est né en 1962 aux États-Unis, il est le fils de Joe Kubert (l'un des plus grands dessinateurs de DC Comics), et son frère Adam Kubert est aussi un dessinateur reconnu dans le monde des comics. Andy travaille sur les séries Ultimates (X-men, Iron Man) comme dessinateur et scénariste, et après de nombreuses années chez Marvel et ponctuellement chez DC Comics ou Dark Horse, devient enseignant sur les techniques narratives en bande dessinées dans l'école fondée par son père.
Richard Isanove, le coloriste, est né en 1968 en France. Après avoir étudié les Arts Décoratifs à Paris, il part au California Institut of Arts (CalArts, l'école fondée par Walt Disney). A la fin de ses études, il devient coloriste dans plusieurs maisons d'édition, puis se fixe en 2001 chez Marvel.
Pour 1602, il utilise une technique particulière dite des couleurs renforcées, c'est-à-dire que le dessin (au crayon) échoue directement au coloriste avant de passer traditionnellement chez l'encreur (qui met les traits au propre et encre les dialogues), ce qui donne une image plus fluide, une idée de mouvements moins dure qu'avec des couleurs enfermées dans des traits noirs comme dans l'illustration comics traditionnelle. Pour ce travail, il sera d'ailleurs récompensé par de nombreux prix artistiques.

Le comics 1602 base son histoire sur une idée simple : et si les super-héros modernes avaient existé dans le passé ?
En l'an 1602, dans un univers alternatif, les catastrophes naturelles se multiplient sur le vieux continent sans explication. La guerre entre les nations européennes est imminente alors que des êtres dotés de pouvoirs extraordinaires apparaissent dans tous les pays. L'histoire de l'humanité va devoir faire face à son plus grand tournant...
En Angleterre, la reine Elisabeth sent la fin de son règne approcher. Elle cherche auprès de ses conseillers, son médecin et occultiste le docteur Stephen Strange, ainsi que son chef informateur Sir Nicolas Fury, une explication à ces catastrophes soudaines qui se multiplient ; la rumeur populaire y voyant des signes annoncés de l'Apocalypse.
En Espagne, l'Inquisition bat son plein. Le grand Inquisiteur Enrique, assisté de Soeur Wanda et de Petros son messager, traque les manifestions diaboliques de ce monde. Depuis quelques temps, en effet, naissent sur Terre des enfants différents, pourvus d'aptitudes hors du commun que l'Église réprouve, et qu'il convient de mener au bûcher. Ces personnes aux capacités exceptionnelles trouvent fort heureusement refuge auprès de Carlos Javier, qui a fondé une institution en Angleterre sous la protection de la reine et de Sir Nicholas.
L'Espagne, mais aussi la France et l'Ecosse menacent le royaume d'Elisabeth. Sir Nicholas Fury mandate alors un de ses agents, le ménestrel aveugle Matthew Murdoch, pour aller à la rencontre d'un convoi de chevaliers venant de Jérusalem. Ils doivent apporter en Angleterre une arme secrète héritée des croisades, qui doit garantir une paix durable entre les nations de l'Europe. Hélas, c'est sans compter sur le seigneur de Latverie, Otto Von Fatalis, qui veut s'en emparer avec l'aide de son meilleur agent double surnommée la Veuve Noire.
A Londres, lors d'une de ses transes métaphysiques, le Docteur Strange découvre que la clé de toutes ces énigmes est la jeune Virginia Dare, premier enfant née à Roanoke dans les colonies outre-atlantiques, qui a été envoyée pour rencontrer la souveraine. Sur l'échiquier du pouvoir, toutes les pièces sont donc désormais en place et de l'issue de la bataille, dépendra l'avenir de l'humanité...

Originale, c'est le mot qui vient en premier à la lecture de cette série tant elle est unique dans l'histoire de Maison des Idées. Mêlant subtilement personnages et faits historiques réels, avec des figures emblématiques Marvel, elle amène, il est vrai, son lecteur dans un univers de complots politiques qui ne déplairait pas aux fans de Games of Throne - Le Trône de Fer.
Le scénariste fait ainsi le choix intelligent d'instiller le fantastique de manière discrète sans que cela nuise à une certaine réalité historique. Il est dès lors amusant de reconnaître qui est qui ; mais aussi de pointer tous les clins d'oeil que l'auteur, fan inconditionnel de Marvel, s'amuse à glisser ici et là.
Le scénario est à ce titre dense mais très séquencé. Toutes les deux trois pages, le récit change ainsi de personnages, ce qui peut paraître, de prime abord, déroutant. A contrario, cela permet de suivre les différentes intrigues en parallèle sans perdre le fil conducteur de l'histoire.
Les illustrations, de leurs cotés, sont magnifiques et reflètent bien, tant par les décors que par les costumes, l'esprit du début du XVIIème siècle. Un grand travail de recherche graphique a visiblement été mené par Andy Kubert pour donner plus de poids à ses dessins.
Chaque personnage est bien défini dans son rôle et dans son apport à l'intrigue. Le choix d'en incorporer certains, et d'en délaisser d'autres est judicieux tant tout est fait pour soutenir le scénario. Ainsi, Neil Gaiman ne tombe pas dans le travers de la collection, où, comme souvent dans ce genre de grande fresque mettant en scène les héros Marvel, l'auteur en utilise le plus possible pour faire plaisir aux fans, souvent au détriment de l'histoire.
Il faut dire que Gaiman, habitué à écrire des romans non graphique, a voulu rendre abordable à tous l'univers Marvel par le prisme de l'Histoire. Une vraie réussite qui donnera sûrement envie aux non-adeptes des super-héros d'aller plus loin dans ce vaste univers.


The Gunpowder Plot (La Conspiration des poudres)

Enfin, à noter, l'effort particulier réalisé sur les couvertures originales, dessinées par Scott McKowen qui a décidé de leur donner un effet de gravure (technique baptisée "la carte à gratter) pour coller au coté historique de la série.
Pour chaque couverture, il a également mis au point une bannière sous le titre à l'image des peintures de la Renaissance où ces bandeaux étaient utilisés pour commenter les scènes décrites sur le tableau. Il s'est également inspiré de gravures célèbres comme The Gunpowder Plot (La Conspiration des Poudres), qui montre des protagonistes fomentant un attentat visant à faire sauter le Parlement sous le règne du Roi James. Et comme tous les personnages de 1602 sont des traîtres au yeux du souverain, McKowen a choisi de plagier la célèbre gravure pour lui rendre hommage, en remplaçant les personnages originaux par ceux de Kubert.
Suite au succès de la série, Marvel choisit évidement d'en produire plusieurs suites permettant d'explorer plus en profondeur l'univers mis ici en place.
1602, le Nouveau Monde, relate d'abord les aventures de Peter Parquagh (le serviteur de Nick Fury, arachnophile) et de Virginia Dare, et introduit les personnages correspondant à Iron Man, War Machine, Hulk et Norman Osborn : il est paru en France chez Panini Comics dans la collection 100% Marvel.
Existe ensuite 1602, les Fantasticks, qui raconte le retour de l'équipage du Fantastik à Londres et leur retrouvailles avec Fatalis et enfin Spider-Man : 1602 qui continue les aventures de Peter Parquagh où il va rencontrer la version XVIIème siècle du Docteur Octopus, du Lézard, d'Henry et Janet Pim ainsi que de Mary Jane. 
Bien qu'étant correctement écrites et réalisées, ces suites sont à envisager comme un complément l'univers imaginé par Gaiman, mais n'ont pas l'inventivité de la saga originale. À lire pour les fans du premier opus, donc.

Avec 1602, Gaiman offre un récit épique mêlant à la fois complot historique et réécriture des mythes marveliens. Sublimé par le travail de Kubert, 1602 est assurément un incontournable pour les fans de Marvel, mais également une porte d'entrée idéale pour les néophytes.

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