La Vie de Captain Marvel
La couverture
Éditeur :
Panini Comics
Date de publication France :
Le 06 février 2019
Genre :
Comics
Auteur(s) :
Margaret Stohl (Scénario)
Carlos Pacheco (Dessin)
Marguerite Sauvage (Dessin)
Nombre de pages :
128

Le sommaire

• Les Nombreux Visages d’une Héroïne
• The Life of Captain Marvel #1 (2018)
• The Life of Captain Marvel #2 (2018)
• The Life of Captain Marvel #3 (2018)
• The Life of Captain Marvel #4 (2018)
• The Life of Captain Marvel #5 (2019)
• Lettre du Scénariste
• Document de travail du dessinateur Carlos Pacheco
• Galerie de couvertures

La critique

rédigée par
Publiée le 08 mars 2019

Sortie dans la collection 100% Marvel en France par Panini Comics, Captain Marvel : La Vie de Captain Marvel reprend la mini série The Life of Captain Marvel #1 à #5 publiée par Marvel en 2018. Un récit frais qui forme une porte d'entrée efficace pour découvrir le personnage de Carol Danvers

Proposé de juillet à décembre 2018, le récit prend place après les événements de Secret Empire, l’event écrit par Nick Spencer et sorti par Marvel en 2017. Le lecteur y retrouve donc Johann Schmidt, alias Crâne Rouge qui, à l’aide d’un cube cosmique, a entièrement réécrit la vie de Steve Rogers, alias Captain America, pour faire de lui l’agent dormant parfait d’Hydra, l’organisation descendante directement des Nazis, ennemie de la liberté et du S.H.I.E.L.D. principalement. Des décennies plus tard, le plan de Schmidt se déroule à merveille et le prétendu héros désormais passé du côté obscur fait main basse sur les États-Unis et ce, avec l’aide involontaire de Carol Danvers, la légendaire Captain Marvel qui, malgré elle, lui permet de prendre le pouvoir. En poste sur la station Orbital d’Alpha Flight, une agence chargée de protéger la Terre d’attaques extraterrestres au moment où la flotte chitauri est en route, elle mène en effet une campagne pour la création d’un bouclier planétaire empêchant toute attaque, bouclier qui, au moment du coup d’état de Rogers, est levé, laissant de très nombreux héros aux prises avec les vagues de guerriers chitauris pendant que la Terre sombre dans la guerre... À la fin de la saga, les plus grands héros de la Terre réussissent toutefois à inverser la tendance et gagner le combat...

Tout semble dès lors devoir rentrer dans l’ordre. Mais contre toute attente, après avoir retrouvé le plancher des vaches, et alors qu’elle mène le combat auprès de ses alliés Avengers, Carol Danvers fait étrangement preuve d’une violence extrême et surtout totalement disproportionnée et ce, au moment même où elle est assaillie par les souvenirs de son enfance. Car pendant longtemps, Captain Marvel n’avait plus accès à aucun élément de son passé. Et l’héroïne aurait préféré que cela reste ainsi, tant son enfance entre un frère mort au combat et un père alcoolique, fut difficile. Mais à présent qu'elle doit faire face à ses souvenirs, une démarche l'amène à faire une découverte qui bouleverse toutes ses croyances. Ainsi, débute l’intrigue de cette mini-série...

The Life of Captain Marvel est donc un récit en cinq parties écrit par Margaret Stohl, une artiste américaine aux multiples talents et facettes née à Pasadena, en Californie, en 1967. Principalement connue pour sa carrière d’auteur qui commence en 2009 avec Beautiful Creature publié en France sous le nom 16 Lunes, ses ouvrages sont classés dans la catégorie Young Adult, la plupart du temps des livres de fictions dont le cœur de cible reste les adolescents. Écrivant aussi quelques scripts pour des jeux vidéo, notamment pour la franchise Destiny, son arrivée dans le monde des comics se fait naturellement en 2015. Elle travaille alors sur les séries Ms Marvel et Black Widow mais aussi sur deux romans Young Adult centrés sur le personnage de Black Widow.
Pour l’occasion, Margaret Stohl est associée pour la partie graphique avec deux dessinateurs renommés, Carlos Pacheco et Marguerite Sauvage. Né le 14 novembre 1962 à San Roque, le premier est un scénariste et dessinateur espagnol ayant principalement travaillé pour Marvel sur la maxi série Avengers Forever à la fin des années 90.
La deuxième, Marguerite Sauvage, est quant à elle une artiste française née à Paris en 1978. Venue du monde de la publicité, elle travaille notamment dans l’audiovisuel avec la série animée Les Aventures Culturelle de Monsieur Loutre diffusée sur France 3, et publie dans le même temps des bandes dessinées tirées de son blog, en plus de quelques travaux pour l’éditeur Fluide Glacial avec l’illustration des deux tomes de Et toi Quand est-ce que tu t’y Mets ?. En 2014, elle fait son entrée dans l’industrie du comics en réalisant notamment des couvertures pour les plus grands éditeurs et en participant au lancement de Faith chez Valiant Comics.

Comme c’est le cas depuis des décennies, nombreux sont les scénaristes Marvel qui ont cherché à redonner un petit coup de jeune aux protagonistes de la Maison des idées dont certains, âgés de plus de soixante ans, se sont rapidement retrouvés au cœur de récits devenus avec le temps incohérents et parfois complètement caduques. L’exemple le plus flagrant reste celui de Tony Stark, le millionnaire charmeur qui construisit sa première armure dans Tales of Suspense #39 en 1963 pendant la Guerre du Vietnam ! Si à l’époque, Stark apparaît comme un héros en harmonie avec son époque, il devient toutefois rapidement difficile de justifier qu’il n’ait quasiment pas vieilli, sinon en modifiant le récit de ses débuts... Dans le même genre, d’autres héros ont droit à quelques réactualisations pendant que certains scénaristes amènent de leur côté de nouveaux éléments. C’est la démarche suivi par Nick Spencer sur le personnage de Steve Rogers en amont de Secret Empire, en écrivant l’histoire d’un Captain America endoctriné dès son plus jeune âge par Hydra.
Dans cette même optique de réactualiser l’image de Carol Danvers / Captain Marvel, Margaret Stohl, Carlos Pacheco et Marguerite Sauvage se lancent à leur tour dans la création de The Life of Captain Marvel. L’idée est alors clairement de réécrire les origines d'un personnage qui a connu une évolution considérable depuis sa création en mars 1968 par Roy Thomas et Gene Colan. Dès le départ, toutefois, l’exercice se révèle périlleux. Il ne s’agit en effet pas de se livrer à un simple changement d’époque, même si ce dernier est évidemment nécessaire, car il risquerait seul de provoquer le désintérêt des lecteurs habitués. Dans le même temps, un trop grand bouleversement provoquerait forcément un séisme auprès des fans purs et durs, à l’image de ce qu’à pu faire Spencer qui, dès la parution de Steve Rogers: Captain America, a reçu des menaces de mort pour son travail plus tard acclamé. Margaret Stohl part dès lors du principe qu’il faut trouver le juste compromis en se permettant de réinventer totalement les racines de l’héroïne, tout en gardant une cohérence avec les décennies précédentes et la nature profonde du personnage.

Alors qu’au sein de sa première apparition dans Marvel Super-Heroes #13 en 1968, elle n’est qu’une simple humaine, chef de sécurité d’une base de la NASA, Carol Danvers, en particulier grâce au travail de Brian Bendis qui s’est emparé du personnage dès son arrivée chez Marvel en 2000, a su rapidement trouver une place de choix au sein de l’univers Marvel. Après quelques passages furtifs dans Alias (2001), elle s’étoffe ainsi dans House of M (2005) avant de prendre la tête des Avengers dans Mighty Avengers (2007) même si le scénariste phare y évoque rarement son enfance difficile au sein d’une famille décimée par l’alcool et la guerre. C’est donc sur cet aspect que Margaret Stohl, qui travaille sur le personnage depuis deux ans, décide de se concentrer, mettant alors l’héroïne face à ses responsabilités et terminant sa prestation sur la série. Le récit s’apparente dès lors à une forme de thérapie de groupe pour la famille Danvers, avec pour Carol la nécessité d’enfin se reconstruire pour pouvoir assumer ce lourd héritage et ainsi aller “vers le haut”, son fameux adage.

Partant de ce principe, Stohl réussit à proposer une histoire à dimension humaine, un récit où le drame familial se retrouve au centre de l’intrigue, et ce, en n’omettant jamais le côté super-héros, pouvoirs et extraterrestres qui, depuis ses débuts, fait la réputation de la protagoniste. Bien que son père soit mort depuis des décennies après avoir fait de la vie de Carol un enfer (la jeune ayant été obligée de quitter la maison familiale dès sa majorité atteinte pour rejoindre l’armée de l’air), l’ombre paternelle plane de bout en bout sur le récit, tout comme elle influence encore et toujours la vie de l’héroïne. Et ce n’est pas tout ! En plus de son travail de (re)construction avec sa mère, Captain Marvel doit également affronter un nouvel ennemi. Mais là, le lecteur sera sûrement déçu. Car cet ennemi est au final peu travaillé, autant dans son design que dans sa personnalité. De plus, il arrive de manière assez soudaine et opportune, jouant dès lors trop sur la facilité. Dommage, donc, d’avoir inclus ce personnage au côté guerrier très facultatif, même si sa présence amène indirectement la révélation finale.

Le récit de The Life of Captain Marvel alterne ainsi entre les événements présents et de très multiples flashbacks, les deux temporalités se partageant parfois la même page. Bien sûr, la crainte principale sur ce genre d'exercice est d’avoir des planches fouillies, mal organisées, qui perdent le lecteur. Pourtant, en s’associant à Carlos Pacheco et à Marguerite Sauvage, deux artistes avec des styles totalement différents, la scénariste permet justement de s’y retrouver totalement. Le travail fait sur la colorisation est d'ailleurs ici primordial avec des teintes pastelles pour les moments issus du passé et des plus vives pour les instants présents, un moyen de rendre la lecture et la compréhension de l’oeuvre bien plus aisées.
Et les artistes ont également su se surpasser en proposant un récit très humain grâce à une élaboration dynamique du découpage au sein des planches et un soin minutieux apporté aux décors. C’est bien simple : qu’importe le lieu où se déroule l’action, l’espace, le laboratoire de Tony Stark ou la petite ville d’Harpswell Sound, le lecteur se retrouve instantanément transporté par la richesse des environnements et le souci du détail. Un passage dans le vide sidéral ? Le cadre se fixe sur l’immensité noire remplie d’étoiles où se croisent même des astronautes. En arrivant dans le Maine, Carol se pose (l’héroïne est capable de voler, bien sûr) devant une boutique de donuts. La case ne prend pas un quart de la page mais pourtant, rien n’est oublié : le clocher du village, des grands arbres entre les maisons, la route avec sa circulation et marquage au sol parfaitement dessinés. Les seules cases complètement épurées sont généralement des gros plans sur les personnages qui collent parfaitement au moment voulu comme par exemple, au début du volume, quand Captain Marvel commence à perdre son sang-froid en combattant Opale. Difficile, à cet instant, de ne pas ressentir la fureur mais aussi le désarroi qui la traverse... 

The Life of Captain Marvel est proposé dans la collection 100% Marvel de chez Panini Comics, l’un des fers de lance de l’éditeur avec son format classique du comics (25.7 cm x 16.8 cm, un peu plus grand avec la couverture), rigide et surligner avec un vernis brillant pour apporter du relief sur le personnage central visible en couverture, Carol Danvers. Assez classique, le tome pêche toutefois par un gros bémol… La mini-série ne présente, en effet, ni numéro, ni année de publication directement sur la tranche. Difficile, dès lors, pour un néophyte de le positionner correctement au milieu des autres publications de l’héroïne. Le classement par ordre de sortie en librairie peut-être tentant mais serait une erreur car Panini Comics publie en mars 2019 (ce volume date de février 2019), une aventure antérieure de quelques mois à peine à celle présente dans ce tome ! Une logique toute relative, donc…

À contrario, un soin tout particulier est apporté au contenu de l’album avec pour preuve l’avalanche de bonus très appréciables et qui apportent indéniablement un plus à la lecture. En ouvrant sur un résumé de la vie de Carol Danvers, l’éditeur permet en outre à n’importe quel lecteur de prendre en route l’histoire d’une héroïne dont la première publication remonte à plus de cinquante ans ! Un très bon point. Au livre, s’ajoute également la lettre d’adieu et de remerciements aux lecteurs de Margaret Stohl qui a travaillé pendant plus de deux ans sur le personnage. Il s’agit alors d’une lecture émouvante où le lien entre héros et réalité est fait. Quatre pages sont ensuite dédiées au travail préparatoire réalisé par Carlos Pacheco pour la création de l’aspect graphique de l’histoire. Une galerie de couvertures clôt enfin le volume, accueillant des artistes prestigieux pour une série d’illustrations "variant". Dans la publication par chapitre des comics en version originale, il arrive, en effet, qu’un même numéro possède plusieurs couvertures, plus ou moins limitées en impression (et donc plus ou moins chères). Les couvertures régulières sont ici de Julian Totino Tedesco, un artiste au travail ultra réaliste dans la veine de Norman Rockwell ou encore de Grant Wood. Le lecteur pourra d’ailleurs regretter que la couverture choisie pour illustrer ce tome soit celle représentant Carol dans la figure la plus guerrière, tant l’histoire se focalise, elle, sur les liens familiaux plutôt que la force brute. Mais cela relève du détail.

Margaret Stohl, brillamment accompagnée par Carlos Pacheco et Marguerite Sauvage, réussit au final le tour de force de réinventer le personnage de Captain Marvel, tout en gardant intact son essence profonde. Seul bémol, un vilain qui, même à l'origine d'une révélation majeure, laquelle aurait certainement pu être amenée autrement, se montre dispensable tant il aurait été préférable de se consacrer pleinement sur le côté psychologique de l’histoire. Mais cela n’enlève rien au plaisir de lire un récit qui n’enferme pas Carol Danvers dans un cycle et laisse, dès lors, la porte ouverte à la prochaine équipe créative. Un véritable tour de force.

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