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La Xerox
Se Faciliter les Taches !

L'article

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Publié le 20 janvier 2010

De toutes les avancées technologiques des Studios Disney, il y en a une qui aura marqué son époque, tant artistiquement qu'économiquement : la Xérox. Elle aura donné aux films d'animation des années 60 et 70 tout leur cachet, leur conférant une esthétique bien particulière, avant que l'ordinateur ne prenne la relève dans les années 80.

Mais concrètement, qu'est-ce que la Xerox ? En 1959, la société du même nom présenta le premier photocopieur papier, utilisant le principe rapide de la xérographie. Les Studios Disney s'empressèrent d'en faire l'acquisition, la testant d'abord sur un court-métrage, Goliath II (où les lignes ressortaient de façon trop brouillonnes), puis décidèrent de l'utiliser pour leur dernière production, Les 101 Dalmatiens. Avec tant de petits chiots, cette nouvelle invention n'allait pas être de trop ! Elle fut utilisée de manière ingénieuse de plusieurs façons, et globalement, les animateurs en étaient satisfaits. Mais cette avancée avait son revers de médaille : son arrivée fut désastreuse pour le département Encrage.

Goliath II

Les 101 Dalmatiens faisait suite à La Belle au Bois Dormant. Si le film est une véritable prouesse artistique, au style baroque affirmé, il remportait également la palme du film le plus cher du studio (6 millions de dollars, une fortune à l'époque !). Le film, accueilli frileusement par le public, décida Walt à prendre une nouvelle direction. Exit les contes de fées, les recherches trop poussées sur le plan artistique ; place à la modernité, aux scénarios solides et surtout, à un budget raisonnable. La Xerox allait servir ces critères...

Auparavant, les crayonnés des animateurs étaient nettoyés par les "clean-up man", qui veillaient à isoler les lignes importantes du dessin sur un calque, puis donnés au département encrage où ils étaient soigneusement retracés sur des cellos, un par un. Si la méthode était méticuleuse et portait ses fruits, elle était également longue et fastidieuse. Qui plus est, les animateurs voyaient se perdre la spontanéité de leurs dessins.

Ub Iwerks avait bien conscience de ce souci. Cet homme, à qui l'on doit le design de Mickey ou l'amélioration de la Multiplane, fit encore des prouesses et réussit à mettre la Xerox au service de ses animateurs. Les clean-up men changèrent alors leur technique pour celle du touch-up, où ils effaçaient seulement les traits superflus pour ne conserver que le premier jet de l'animateur, bien que cette méthode ne s'appliqua généralement qu'avec les animateurs les plus confirmés.
Il suffisait ensuite de photocopier ces dessins sur un cello grâce à la Xerox, et le tour était joué ! Il était du coup facile également de multiplier les mêmes animations plusieurs fois sur un même plan, ce qui s'avérait plutôt pratique avec 99 petits dalmatiens.

Malheureusement, la Xerox devait être à l'origine d'un drame : en effet, là où les demoiselles du département encrage réalisaient quatre cellos par heure, la Xerox en faisait... 60 ! Le calcul fut vite fait, et le département fermé. Si quelques-unes des femmes furent intégrées au Département Peinture, la plupart se retrouvèrent sans emploi.

La Xerox facilitait aussi l'animation de dessins complexes, tels les véhicules. Ainsi, les animateurs construisirent de petites maquettes de la voiture de Cruella et du camion de la scène de poursuite. Des maquettes blanches sur lesquelles on avait tracé les lignes : on prenait cette maquette en photo, puis on la réimprimait sur cello grâce à la Xerox. Ainsi, aucune différence avec les autres cellos et un grand gain de temps pour les animateurs !

Malgré tout, si la Xerox satisfaisait les animateurs, elle n'était pas du goût de Walt. Il n'avait pas aimé fermer le département encrage, et d'après Ken Anderson, n'aimait pas le rendu de la technique. "En fait, il détestait que l'on ait conscience des dessins, voulait que les gens oublient qu'il s'agissait de dessins !"
D'autres encore déploraient la perte de l'encrage à la main et sa beauté ; les visage des personnages perdaient aussi en délicatesse. Le public le ressentait également, et certains réclamèrent le retour des lignes douces et colorées de l'encre. La technique fut utilisée jusqu'à être peaufinée dans Les Aventures de Bernard et Bianca, où elle apparait grisée et ainsi adoucie.

La Xerox fut donc utilisée sur tous les longs-métrages dès lors, leur conférant un dynamisme sans précédent et un esthétisme si particulier. Certains plans étaient plus fréquemment utilisés, comme les personnages marchant au loin ou apparaissant tout petits dans une vue très large. Si avant l'animateur devait se plier à la taille du décor, rendant toute animation très approximative, avec la Xerox, l'animation pouvait se faire à n'importe quelle échelle : la diminution se faisant plus tard grâce à la photocopieuse.
Si l'aspect brouillon peut parfois dérouter (il n'est pas rare, dans Les Aristochats par exemple, de voir les traits de constructions apparaître sur la tête de Duchesse !) la spontanéité qui se dégage des dessins est remarquable, et on comprend que ça soit une libération et une joie pour les animateurs de voir alors leurs propres dessins directement sur l'écran.

Frank Thomas et Ollie Jonhson : "Les encreuses étaient douées, très douées, mais leur travail n'étaient toujours que du décalquage, et un décalquage n'a jamais la force d'un original. [...] Bien sûr, la Xerox manquait de délicatesse, et on pouvait perdre une ligne trop claire, mais le dessin de l'animateur était là, fort et irrévocable dans ces lignes sombres. En fait, cette épaisse ligne noire nous ramenait directement aux années 20, avant que la technique de l'encrage ne soit affinée."