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Les Errances de Panini Comics

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Publié le 01 juillet 2012

En France, les aventures des personnages Marvel sont éditées par Panini Comics, et ce, depuis 1996, année de déchéance de la maison d'édition Semic dans les droits de publication du catalogue tout entier. Commence alors une longue période de travail éditorial, avec de bonnes idées à saluer mais aussi de nombreux défauts qui, au fil du temps, ont tendance à se propager tous azimuts. 

Panini Comics propose donc le catalogue Marvel à travers un large panel de formats d'éditions.
Se trouvent d'abord des albums complets, sur des personnages ou des équipes de personnages, mettant en avant parfois un auteur, un dessinateur ou bien simplement une aventure complète (appelée dans le jargon un "run") ; le tout proposé à des prix différents et dans des qualités variables. Le choix est pléthorique. Dans ce segment, Panini Comics ne démérite pas même si les albums de la collection "Deluxe" affichent un prix exorbitant malgré leur contenu en bonus, inédits ou non, au final assez pauvre, et en dépit de la promesse affichée au lancement de la collection de vrais ajouts éditoriaux…

   
Quelques exemples d'albums "Deluxe" : Ultimates, Spider-Man et Ultimate X-Men.

Existe également le riche format des mensuels.
Il faut dire, à ce stade, qu'aux États-Unis, chaque mois, plus d'une vingtaine de magazines sur des personnages, des équipes ou des confrontations sortent en kiosque. Chaque numéro contient ainsi un épisode d'une aventure, faisant de 22 à 26 pages (quelque fois plus, quelque fois moins), des encarts publicitaires et du rédactionnel (pouvant aller jusqu'à huit pages). L'ensemble d'un titre coute 2 ou 3 dollars mais peut atteindre un prix de vente bien supérieur (Les prix variant en fonction du magazine). Dans ces conditions, il est extrêmement onéreux de chercher à suivre l'intégralité des publications Marvel.

En France, Panini Comics a fait le choix de regrouper chaque mois les mensuels américains dans des albums plus épais (allant de 96 à 116 pages). L'offre est donc moindre pour le consommateur français mais plus économique. L'idée de départ est d'ailleurs excellente et a fait les beaux jours de la maison d'édition. Marvel Icons, ou Marvel Heroes en sont les meilleurs exemples. Sont regroupés ainsi, dans un seul mensuel, plusieurs séries américaines ayant le même "thème". Si le titre "Heroes" fait, de la sorte, souvent référence aux Vengeurs, la composition de ces magazines n'est toutefois jamais figée, changeant sur le Fait du Prince de l'éditeur ou en fonction d'une actualité brulante lors de la période de sortie. D'autres revues existent sur le même principe comme Spider-Man, X-Men, Astonishing X-Men. La tendance est d'ailleurs à l'augmentation des mensuels sortis, avec pléthore de création de nouvelles collections, dénommées Extra, Hors série ou encore Hors Série Extra..

Sur le papier, le deal proposé par Panini Comics aux fans français de comics Marvel est logiquement bon. Dans la réalité, une fâcheuse dérive en plombe, au fil du temps, et toujours plus, l'aura comme l'intérêt…

   
Quelques mensuels : X-Men #6, Marvel Icons #56 et Spider-Man #126

Car Panini Comics se fourvoie dans des pratiques scandaleusement irrespectueuses des œuvres et des lecteurs. Ainsi, voulant surfer sur le succès d'Marvel's Avengers, l'éditeur sort, en mai 2012, son mensuel Avengers #4, qui comprend les épisodes US Thor (2011) #6, Captain America (2011) #4 et Avengers : The Children'sCrusade #5 / #6. Il relate donc des aventures n'ayant aucun lien avec le film de Joss Whedon, si ce n'est la présence de personnages identiques mais cela va sans dire. Que nenni !  La couverture de l'opus arbore une recherche graphique du film pour officialiser un lien fantôme avec le blockbuster. Il s'agit là d'un exemple désespérant de la fourberie d'un éditeur qui n'hésite pas à affubler un produit d'une image mensongère dans le seul but d'attirer une clientèle nouvelle, qui pourrait facilement croire que le film a un lien direct avec la BD publiée. Et que dire du mépris des lecteurs habituels qui voient sacrifier dans la manœuvre une des couvertures des épisodes présents dans le mensuel.


Avengers #4

Rebelote dans l'incompréhensible, en juillet 2012, sur un autre registre, cette fois-ci. Panini Comics décide, en effet, de relancer un bon nombre de ses revues à partir du numéro #1. Décision simplement scandaleuse dès lors qu'il est su que nombreux sont les titres à avoir déjà été relancés, il y a à peine quelques mois ! Avengers s'arrête ainsi au numéro #6, son dernier relaunch remontant seulement à janvier 2012. Placé devant le fait accompli, il est vain, pour un passioné d'espérer obtenir un jour une collection un tant soit peu homogène ! Se moquant éperdument de son lectorat habituel, Panini Comics espère, en fait, attirer à lui de nouveaux lecteurs qu'il envisage de "piquer" à son récent et prolifique rival, Urban Comics détenteur des aventures de DC Comics, qu'il entend marquer à la culotte.

Car il faut savoir que le catalogue DC Comics appartenait encore à Panini Comics en 2011, année où il a été racheté par Dargaud qui en a profité pour créer sur mesure le nouveau label d'Urban Comics. Les trois mensuels de ce dernier, proposés à côté d'albums plus importants, partent ainsi logiquement du numéro #1. Deux bonnes raisons à cela. Tout d'abord : à nouvelle maison d'édition, nouvel ordonnancement de publications. Ensuite, la France suit, là, l'éditeur américain qui a relancé ses titres outre-Atlantique. DC Comics organise, il est vrai, actuellement un grand renouveau sur 52 de ses séries ; toutes repartant du numéro #1. Il est donc tout à fait normal de trouver sur le marché hexagonal, Superman #1 dans le magazine DC Saga #1,  preuve supplémentaire de l'excellent travail d'Urban Comics fourni en France…

Mais ce qui prévaut chez l'un, ne prévaut absolument pas chez l'autre ! D'une part, les collections de Panini Comics vivaient correctement leur vie et avaient pour certaines déjà fait l'objet d'une relance ; et d'autre part, l'éditeur américain n'a pas organisé un relaunch des comics Marvel de la même ampleur que DC Comics ! S'il est vrai que certains repartent du numéro #1  et que de nouveaux magazines ont été créés, cela ne justifie en aucune manière une remise à zéro, par l'éditeur français, de la collection toute entière. C'est d'autant plus vrai que les lecteurs trouveront, par exemple, dans Thor #1, Journey Into Mystery #633 !

 
DC Saga #1 chez Urban Comics et Thor #1 chez Panini Comics

Et la fuite en avant "paniniène" ne s'arrête pas là !  Toujours à la suite du succès sans précédent du film Marvel's Avengers, Panini Comics choisit, en effet, de créer de nouvelles revues, dont Thor, Iron Man ou encore Hulk et ce, tout en continuant d'éditer des titres plus anciens comme Avengers, Spider-Man ou X-Men.

Mais quel est le sens de cette démarche, autre que celui de vendre du papier à bons compte et surtout à court terme ? Car un vrai problème éditorial se pose sur la composition de ces mensuels dont le maître-mot semble être devenu "foutoir" ou "fourre-tout" selon le niveau d'indulgence…

Ainsi, pour prendre la mesure du désastre éditorial :
- Avengers # 1 comprend US Avengers (V4) #20 / #21, Captain America (2011) #6 et Iron Man : Rapture #1 / #2 ;
- Thor #1 propose US Thor (2011) #8, Defenders (V3) #1, Journey Into Mystery #633 et Avengers Academy #22 / #23 ;
- Hulk #1 publie Incredible Hulk (V3) #4, Secret Avengers #21.1, Hulk #42 / #43 et Thunderbolts #163.1 ;
- et enfin, Iron Man #1 contient US Invincible Iron Man #510 / #511, New Avengers (V2) #21 et Fantastic Four 600 (II).

Hérésie ! Il est totalement illogique de trouver des titres concernant les Vengeurs dans un autre magazine qu'Avengers. Cela oblige un lecteur, désireux de suivre seulement cette équipe, à se procurer tous les mensuels pour espérer disposer enfin de tous les épisodes liées à elle ! Ce choix indéfendable est surtout le reflet du peu d'intérêt de Panini Comics pour son lectorat d'habitués qu'il condamne à devoir se saigner pour suivre l'objet de sa passion ou à se livrer à une sélection dans ses achats, forcément source de grande frustration ! La déception est d'autant plus grande qu'il y a, là, un total dévoiement de l'une des premières bonnes actions de Panini Comics, alors tout juste repreneur du catalogue Marvel, et qui consistait à regrouper dans un même mensuel, les différents titres correspondants. Désormais, cet avantage est devenu pour le lecteur un terrible fardeau !

  
 
Les mensuels (en plus de Thor) qui repartent du numéro #1 au mois de juillet 2012.
A noter, le mensuel Marvel Universe Hors-Série n'a pas encore de couverture mais repart,
lui-aussi, du numéro #1. De même, d'autres numéros #1 seront publiés en août.

Repus de mauvais coups, le lecteur passionné pense avoir eu son compte. Et bien non ! Panini Comics continue encore un peu plus sa politique de sape en faisant du "grand n'importe quoi" dans sa numérotation. Certains titres gardent ainsi leur ordonnancement inchangé alors même qu'ils proposent des débuts de "run", et donc des aventures qui partent effectivement du numéro un ; les mensuels Avengers Extra et Marvel Heroes Extra qui proposent respectivement US New AvengersAnnual (2011) #1, Avengers Annual (2012) #1 pour le premier et US Thor : Heaven & Earth #1 - #4 pour le second, en étant un exemple flagrant...

 
Avengers Extra #3 et Marvel Heroes Extra #11

Enfin, si malgré tout cela, il en reste encore pour choisir de faire confiance à Panini Comics, il leur suffira, comics entre les mains, d'en apprécier l'étendue de l'incompétence : fautes d'orthographes courantes, papier de mauvaise qualité, impression bâclée ; les coquilles et autres objets d'insatisfaction dans les éditions de Comics Marvel étant légions ! Mais, là, force est de constater que la chose n'est pas nouvelle.

Déjà, par exemple, en 2007, dans le Civil War #5, le personnage Tornade est mentionné alors même qu'elle n'est pas présente dans l'histoire ! La confusion vient du surnom (Storm) du personnage en anglais et du nom de famille d'un autre personnage, la Torche (Storm), le membre des 4 Fantastiques, qui, lui, est bien présent dans le volume... Erreur difficilement pardonnable pour une maison d'édition qui se dit spécialiste de comics ! Et que dire encore de sa fâcheuse habitude de traduire le vocabulaire grossier par des points d'exclamations et autres signes dépourvus de sens réels ? A quoi cela sert-il dans ces conditions d'arborer sur la revue une mention "Pour Lecteurs Avertis" si tout est passé à la moulinette de la censure du politiquement correct ? Où est le respect du lecteur, en droit d'avoir des éditions non édulcorées ?

 
Exemple de mauvaise traduction et de faute d'orthographe !

Panini Comics ne mérite plus, en l'état, la confiance des fans de comics Marvel. L'à-peu-près et le tout commercial sont devenus la norme tandis que la qualité et le respect des œuvres, l'exception ! Cette situation n'est pas sans rappeler celle d'Hachette avec le catalogue des BD Disney : sous exploité quand il n'était pas en plus maltraité. La seule décision valable a été de changer d'éditeur au profit de Glénat. Ne serait-il pas temps que le catalogue Marvel passe à d'autres mains qui sauront, elles, en prendre soin ?!