L'homme bicentenaire est basé sur une nouvelle d'Isaac Asimov.
Auteur de romans de science fiction et d'anticipations à succès, cet écrivain
russe, naturalisé américain dans son enfance, est un maître du genre. A
l'origine des cycles de Fondation ou des Robots, il est connu et
reconnu pour être le créateur des Trois Lois de la Robotique, universellement
admises depuis. Ainsi, d'après ses écrits repris par bien des auteurs du monde
entier :
"Un robot n'a pas le droit de nuire à un humain, ni de laisser sans
assistance un humain en danger."
"Un robot doit obéir aux ordres des humains, sauf lorsque ces ordres sont
incompatibles avec la première Loi."
"Un robot doit protéger sa propre existence tant que cette protection n'est
pas incompatible avec une des deux premières Lois."
La nouvelle L'homme bicentenaire fait ainsi partie du cycle des Robots,
composé de quatre romans et d'un foisonnement de mini récits. C'est assurément
l'un des écrits les plus humanistes de l'auteur. Robert Silverberg, jeune
romancier de science-fiction, abasourdi par la force de l'histoire, parvint
d'ailleurs à convaincre Isaac Asimov d'en exploiter plus encore la trame et d'en
tirer un roman étayé. Tout sauf un homme est ainsi né : il sort
malheureusement peu avant le décès de son auteur.
L'homme bicentenaire - le film est une coproduction de
Touchstone et Columbia. Buena Vista en assure la distribution
américaine et Sony la sortie sur le marché international. Le long-métrage
est parfaitement fidèle à la nouvelle. Fable magnifique, aux multiples
interrogations sur la vie, la mort, l'humanité, l'amour, la famille, la
vieillesse, la solitude, le sens de l'existence, il est, en effet, à l'image du
livre, à la fois dense, intelligent et accessible sans jamais être lourd,
compliqué et fermé. Le ton est simple mais terriblement efficace. L'action est
douce mais toujours prenante. Le discours est touchant mais jamais larmoyant. Le
spectateur se laisse ainsi porter par une histoire qui l'emmène au plus profond
de ses sentiments et l'invite à s'attarder sur la réelle signification de sa
condition humaine.

Robin Williams, qui signe ici sa quatrième participation à une production
Disney, après Good Morning Vietnam et
Le cercle des poètes disparus
du label Touchstone et
Flubber du label Disney,
excelle, une fois de plus, dans un rôle aussi ambitieux que difficile
d'approche. Il campe ainsi avec merveille un Andrew Martin dont il restitue à la
perfection ses phases de construction identitaire. Du robot pantin, naïf à
souhait, à l'homme révélé, plus vrai que nature, en passant par l'apprenti de la
condition humaine, l'acteur enchaîne, avec une méticulosité déconcertante,
toutes les facettes du personnage. Robin Williams bénéficie, il est vrai, d'un
soutien évident des autres comédiens, à commencer par Sam Neil, Wendy Crewson et
Oliver Platt (Les
trois mousquetaires) dont le jeu ne souffre d'aucune
critique. Le réalisateur Chris Colombus (plus connu pour les deux premiers
Harry Potter et papa de Nuit de folie
chez Touchstone) a livré, quant à lui, un travail d'une grande sobriété,
dont le style, très respectueux de l'œuvre originale, témoigne, à lui seul,de
son admiration pour Isaac Asimov. Le film visite ainsi plus de deux cents ans
sans que le spectateur ne subissent de chocs technologiques ou visuels : bien au
contraire, la vision du futur proposée s'impose avec une facilité bluffante.
L'homme bicentenaire, chef d'œuvre qui ne dit pas son nom,
bouleverse ses spectateurs tant il les interroge sans jamais les lasser. A voir
d'urgence.