Le timing est décidément impressionnant du côté du producteur Jerry
Bruckheimer. Moins de quatre mois après Prince of Persia : Les Sables du Temps,
l’allié de choix de Disney livre, en effet, une nouvelle super production :
L'Apprentie Sorcier. Situé à mis chemin entre
Benjamin Gates et le Trésor des Templiers et
Gargoyles, ce film aux
ambitions de blockbuster se révèle être une agréable surprise, un sentiment
d’autant plus grand que sa bande-annonce aux relents de Dragon Ball de
pacotille laissait craindre le pire : qu’il soit clair que le combat par boules
de feu ne fait pas vraiment bon ménage avec la fantasmagorie « merlienne » !

Jon Turteltaub signe donc avec L’Apprenti Sorcier sa cinquième
réalisation pour Walt Disney Pictures et la troisième produite par Jerry
Bruckheimer, après Rasta Rockett en 1993,
Sale Môme en 2000,
Benjamin Gates et le Trésor des Templiers en 2004 et sa suite,
Benjamin Gates et le Livre des Secrets en 2007.
Sa patte est indéniablement présente. L’introduction prend, en effet, le rythme de
celle observée dans la première aventure de Gates tandis que sa manière de
révéler les éléments de l’histoire est presque sans surprise, tant elle suit une
logique académique.

Il faut dire que le scénario ne donne pas vraiment dans l’originalité : le
spectateur est assurément en terrain conquis. Le coup de l’élève sorcier lui a
déjà été fait : ce n’est donc pas de ce côté-là qu’il trouvera son plaisir. Non,
c’est d’abord et avant tout l’aspect « fun » du récit qui emporte l’adhésion.
Nombre d’adolescents et de jeunes adultes ont, en effet, plaisir à s’imaginer
dotés des pouvoirs (bons ou mauvais d’ailleurs) qu’ils découvrent à l’écran. Et
L'Apprenti Sorcier n’est pas avare en ce domaine. Les scènes d'action y
sont ainsi légion et particulièrement haletantes, à l’exception notable de celle
située à Chinatown, ridicule avec son dragon de plastique et son méchant par
trop timoré.
Ce gros raté ne porte pourtant pas préjudice au film : les combats sont, il est
vrai, trop nombreux et réussis pour s’ennuyer un instant. Là où Harry Potter se
complait à sortir vainqueur en deux coups de baguettes magiques, Dave doit, lui,
batailler ferme. Les boules de feu, par exemple, qui prêtent à sourire dans la
bande annonce, prennent tous leurs sens dans le déroulement du récit.
L’Apprenti Sorcier est en réalité une œuvre assurément décomplexée. Les
références extérieures et les répliques bien senties y fusent et font le bonheur
des spectateurs.

Rien d’étonnant à cela. La genèse du film provient, en effet, du plus
célèbre segment du dessin animé Fantasia,
créé par Walt Disney en 1940, et dans lequel Mickey livre le rôle emblématique
de toute sa carrière. Revêtant le chapeau magique de son Maître, il déclenche une série d’évènements
(qui sont autant de catastrophes) que
L’Apprenti Sorcier (le film « live ») reprend à son compte dans une séquence
jubilatoire pour tout fan Disney. Alors bien sûr, l’hommage en reste au rang des
clins d’œil : le titre, la scène et l’idée d’un apprenti. Une riche mythologie
est ensuite imaginée autour du thème des sorciers tout droit venus de l'époque
des Chevaliers de la Table Ronde et projetés à l’ère contemporaine. Rien de bien
neuf donc sous la plume des scénaristes ? Certes, mais la réalisation fait le reste !
L’action placée à New-York trouve, il est vrai, un cadre idéal pour s’épanouir.
Chaque lieu est magnifié par une superbe photographie qui donne un rendu
exceptionnel, à la fois mystique et magique. La Grosse Pomme dispose à
l’évidence d’une partition sans limites. Ville du Spectacle, de la Mode, de
l’Edition et de la Finance, elle est aussi - et peut-être avant tout - l’unique
endroit au monde où toutes les situations deviennent possibles. Elle permet
ainsi l’incroyable paradoxe qui revient à donner à des actions improbables autre
part une surprenante crédibilité. Cette impression se trouve d’ailleurs
renforcée par le parti-pris du réalisateur qui, plébiscitant les scènes de nuits
ou d'intérieur et délaissant l’ambiance de journée, obtient une atmosphère
mystérieuse et envoutante à souhait. Oubliant Fantasia,
L’Apprenti Sorcier prend alors des airs de
Gargoyles, savant mélange de
codes moyenâgeux et de modernité newyorkaise.

Les effets spéciaux jouent d’ailleurs à plein ! Clairement de bonne facture
(le dragon de Chinatown excepté), ils offrent au public de grands moments de
cinéma spectaculaire. La poursuite dans les rues de New-York est par exemple
époustouflante, à grands coups d’images de synthèse, toujours bien amenées. Les
effets recherchés avec les miroirs et vitrines sont, en ce sens, de purs moments
de bonheur pour qui apprécie l’exercice. L’esthétique générale est, il est vrai,
en permanence envoutante jusque dans les séquences plus intimistes à l’exemple
de celles se déroulant à l’intérieur du labo de Dave ou avec la gargouille de
l'Empire State Building.

Côté casting, Jerry Bruckheimer re-signe pour la sixième fois dans une
production pour les studios Disney, Nicolas Cage après
Rock (1996) chez Hollywood Pictures,
Les Ailes de L'Enfer (1997) et 60 Secondes Chrono (2000) chez
Touchstone Pictures, Benjamin Gates et le Trésor
des Templiers (2004) et Benjamin Gates et le
Livre des Secrets (2007) chez Walt Disney Pictures. L’acteur fait ici
son numéro habituel en livrant une prestation maitrisée. Finalement, seule sa
tignasse crée la surprise !
Monica Bellucci assume pour sa part une, somme toute, très courte apparition. Et
c’est heureux ! L’actrice ne convainc guère, en effet, dans un genre –le
blockbuster– pas véritablement taillé pour elle. Elle semble sans cesse se
demander ce qu’elle fait là et a visiblement du mal à donner à son personnage
toute l’envergure qu’il mérite pourtant.
Plus à l'aise, Alfred Molina, venu tout droit de
Prince of Persia : Les Sables du Temps, s'amuse,
lui, à l’évidence, beaucoup, à jouer Horvath, le méchant conspirateur
impeccablement vêtu, charmeur et mortifère. Son acolyte, Drake Stone, interprété
par Toby Kebbell, en provenance lui aussi (!) de
Prince of Persia : Les Sables du Temps est à ses
côtés tout simplement excellent en sorcier-magicien « à la Broadway ». Sa
nonchalance et son goût vestimentaire gothique et dandy font mouche et
déclenchent l’hilarité.
Enfin, Dave, le héros dont le rôle est tenu par Jay Baruchel, est l'archétype du
jeune scientifique doué pour les études mais totalement maladroit avec les
filles. Sa prestation d'apprenti sorcier, certes sympathique et plutôt
attachante, reste néanmoins sans véritable imagination.

Dépourvu d’originalité scénaristique et servi par des personnages
académiques, L'Apprenti Sorcier vaut surtout pour ses scènes d’action et
sa « cool attitude » jouissive : un divertissement qui a défaut d’être inspiré
est parfaitement efficace.