Bob Thomas
Date de naissance :
Le 26 janvier 1922
Lieu de Naissance :
San Diego, en Californie, aux États-Unis
Date de Décès :
Le 14 mars 2014
Lieu de Décès :
Encino, en Californie, aux États-Unis
Nationalité :
Américaine
Profession :
Écrivain

Le portrait

rédigé par
Publié le 15 mars 2014

Quel point commun existe-t-il entre Walt Disney, David O. Selznick, Jack Warner, Howard Hughes, Fred Astaire, Bing Crosby, Marlon Brando, William Holden, Joan Crawford, Bob Hope ou encore Abbott et Costello ? Tous, évidemment, ont marqué les plus belles heures d'Hollywood de leur aura et tous sont entrés dans la légende depuis des décennies en leur qualité de cinéastes, de producteurs ou d'acteurs. Et tous ont été l'objet d'une biographie illustre rédigée par le même auteur, Bob Thomas, véritable mémoire d'Hollywood, disparue vendredi 14 mars 2014, à Encino en Californie, à l'âge de 92 ans.

Robert Joseph Thomas est né à San Diego le 26 janvier 1922. Elevé par sa mère Marguerite au milieu d'une fratrie de 6 enfants, il grandit à Los Angeles où son père, George H., travaille à l'époque comme publiciste pour plusieurs des studios d'Hollywood naissants, dont la Warner Bros., la MGM, la Paramount et la Columbia. Le jeune Bob a donc très jeune un pied dans le monde du cinéma, alors en plein balbutiements. Dès l'enfance, il commence à écrire des articles pour la rubrique divertissements du journal de l'école. Il trouve notamment ses infos dans le Daily Variety, dont la partie sur l'industrie du cinéma le passionne.


Bob Thomas (au centre) et ses collègues journalistes devant la maison de Marilyn Monroe, le 6 octobre 1954.

Après des études à l'Université de Californie à Los Angeles, la carrière de Bob Thomas débute en 1944. A l'époque, il est correspondant à Hollywood pour l'agence Associated Press, qu'il a intégrée en 1943, et il espère couvrir le Second conflit mondial. Mais l'agence l'envoie à Fresno puis à Los Angeles. Elle le charge notamment de traiter la cérémonie des Oscars. Il fait également nombre de reportages dans les coulisses des studios, qui ouvrent grand leurs portes aux reporters. Thomas livre ainsi parfois jusqu'à six colonnes aux agences de presse, parlant de l'industrie du cinéma et de ses projets. Il raconte au Times en 1999 à quel point il est facile à l'époque de venir voir Gene Kelly sur un plateau de tournage et de discuter dans les coulisses avec Clark Gable et Spencer Tracy. Il ajoute que Joan Crawford et Humphrey Bogart font partie de ses « sujets » préférés, tant les deux acteurs aiment la controverse. Bob Thomas travaille également sur les grandes affaires qui touchent Hollywood. L'un de ses premiers travaux est alors de rapporter les grands moments du procès qui oppose Joan Barry à Charles Chaplin, accusé dès 1943 d'être le père de l'enfant à naître de l'actrice. Par la suite, il couvre d'autres dossiers importants. Il est ainsi le témoin de la fin du Studio System, qui lie les membres de l'industrie du cinéma (acteurs, réalisateurs, producteurs, techniciens) aux grandes majors par des contrats de plusieurs années sans possibilité de s'engager pour la concurrence. La suppression de ce système, qui permet également aux grands studios de posséder leur propre réseau de distribution et de salles, entraine le fin du premier Age d'or d'Hollywood et le déclin notable de la RKO... Il couvre enfin également l'offensive menée par le sénateur Joseph McCarthy contre les artistes et techniciens communistes, qui se retrouvent blacklistés de tous les projets de l'époque.


Bob Thomas et l'actrice Hedy Lamarr

Bob Thomas devient bientôt l'ami des stars et écrit sur les faits majeurs qui ponctuent la vie privée de ces grandes vedettes du moment, des naissances aux décès, en passant par les mariages, les divorces et autres scandales qui secouent le tout Hollywood. Le travail est plaisant et l'auteur partage en effet très souvent la table des grandes vedettes, invité qu'il est aux grands évènements de leur vie. Il est par exemple présent au mariage de Shirley Temple, qui le remerciera d'ailleurs pour l'article qu'il lui consacrera. En 1945, il se permet avec amusement de mesurer le tour de taille de Betty Grable après l'accouchement de l'actrice. Il se rappelle que la porte de la maison de Jack Nicholson lui a toujours été ouverte. Au Los Angeles Daily News, il pointe aussi l'humour de Marilyn Monroe. En 1964, il se rappelle de ce concours de boisson perdu face à Richard Burton sur le tournage du film La Nuit de l'Iguane ! Néanmoins, Bob Thomas se fait parfois des ennemis. Il perd ainsi un temps l'amitié de Spencer Tracy qui n'a pas apprécié l'un de ses écrits. Et Marlon Brando refuse de lui adresser la parole après la publication de la biographie Marlon : Portrait of the Rebel as an Artist.

 
Bob Thomas mesure le tour de taille de Betty Grable en 1945.

En juin 1968, Bob Thomas participe à sa première grande campagne pour la présidentielle. Censé suivre le candidat démocrate, il patiente dans la salle de presse lorsqu'il apprend l'assassinat de Robert F. Kennedy, abattu à l'hôtel Ambassador de Los Angeles le soir de sa victoire aux primaires. Dans un entretien avec le Los Angeles Times enregistré en 1990, il raconte ainsi avoir entendu les coups de feu. Se précipitant dans la cuisine de l'établissement, il se souvient de Rosey Grier tenant le corps inanimé de la victime et des femmes et des hommes présents là, sous le choc et en pleurs. Témoin du drame, il décroche immédiatement un téléphone et livre en premier les faits à l'Agence Associated Press.


Durant sa carrière, longue de près de 70 ans, Bob Thomas écrit sur les grandes personnalités de l'époque et signe plus de 30 livres, notamment les biographies d'Harry « King » Cohn, Irving G. Thalberg, David O. Selznick, Marlon Brando, Bing Crosby, William Holden, Jack Warner, Bob Hope et Fred Astaire, celles d'Howard Hughes et d'Abbott et Costello ayant donné lieu à deux téléfilms. Ami de Walt Disney et de son frère Roy, il raconte également leurs vies dans trois ouvrages. Le premier d'entre eux, Walt Disney : Magician of the Movies, sort du vivant de Walt en 1966. Le second, Walt Disney – An American Original, est quant à lui publié en 1994 et, chose suffisamment rare pour la noter, traduit en Français sous le titre Walt Disney – Un Americain Original. Le troisième, Building a Company : Roy O. Disney and the Creation of an Entertainement Empire sort en 1998. En collaboration directe avec Walt Disney, Bob Thomas est également l'auteur du livre Walt Disney - The Art of Animation, publié pour la première fois en 1958, et dans lequel il montre aux lecteurs les coulisses des studios Disney et le making-of de La Belle au Bois Dormant. L'ouvrage, traduit en Français, est réédité à deux reprises, la première fois en 1992, avec un hommage appuyé à la production de La Belle et la Bête, puis en 1997, où cette fois, l'accent est mis sur la réalisation d'Hercule. Témoin privilégié de la vie des studios Disney, il participe au documentaire Walt, L'Homme Au Delà du Mythe en 2004, ainsi qu'à plusieurs documentaires présents dans les bonus de différentes éditions DVD et Blu-ray Disc.

 

Bob Thomas fut l'une des mémoires vives d'Hollywood pendant plus d'un demi siècle, couvrant notamment quelques 66 cérémonies des Oscars entre 1944 et 2010 (un record !) et ayant à son actif des milliers d'articles de presse, d'hommage et de critiques de films. Ami des stars, il fut le témoin de leur carrière et de leurs frasques. En 1988, l'auteur est honoré d'une étoile sur le Hollywood Walk of Fame, juste devant le Grauman's Chinese Theatre, aux côtés de ses stars qu'il a tant aimé et auxquelles il a consacré sa vie. En 2009, il est également récompensé par la Publicist Guild. Ami et collaborateur de Walt Disney, sur et pour lequel il a écrit, il ne manquera certainement pas de recevoir un jour un Disney Legends Award pour l'ensemble de sa contribution. Bien décidé à ne jamais prendre sa retraite, malgré son retrait en 2010, il raconte, dans l'une de ses dernières interviews, que « participant à l'écriture de l'une des histoires les plus glamour qui soit, il n'a aucune intention de partir, tant le cinéma est en perpétuel changement, et tant il aime s'entretenir avec les plus belles et les plus exaltantes personnes du monde. C'est ce qu'il avait toujours voulu faire et il ne pouvait plus s'en passer »...