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Les 50 ans de Marvel en France

L'article

rédigé par Alexandre Chierchia
Publié le 02 décembre 2019

L'année 2019 marque un double anniversaire pour Marvel. D'abord, les 80 ans de la branche comics aux États-Unis, avec le magazine Marvel Comics lancé en octobre 1939. Ensuite, et 30 ans plus tard, la France découvre à son tour les super-héros de la Maison des Idées avec le magazine Fantask. Retour sur 50 ans d’histoire des publications des comics Marvel dans l’Hexagone.

Février 1969. Quasiment huit ans après leur première publication sur le sol américain, le public français a enfin accès pour la première fois aux aventures des super-héros Marvel dans la revue Fantask #1, publiée par les Éditions Lug. Parues dans le style Petit Format (une revue de taille 13 x 18 cm et la plupart du temps en noir et blanc), elles bénéficient toutefois d’une édition en couleur, avant d’être rapidement rattrapées par la censure. Le magazine devient, en effet, en quelques semaines la victime des bien-penseurs qui, après avoir estimé que les récits étaient tout à fait inconvenables, décident tout bonnement de le supprimer après seulement sept numéros, juste le temps pour lui de présenter les aventures des Quatre Fantastiques, du Surfeur d’Argent et de Spider-Man (en commençant par la série The Amazing Spider-Man et non par la première apparition du Tisseur dans Amazing Fantasy #15). Tentant de justifier l’interdiction pure et simple de la revue, la Commission de surveillance et de contrôle des publications destinées à l'enfance et à l'adolescence explique alors que « cette publication est extrêmement nocive en raison de sa science-fiction terrifiante, de ses combats de monstres traumatisants, de ses récits au climat angoissant et assortis de dessins aux couleurs violentes » avant de conclure que « l'ensemble de ces visions cauchemardesques est néfaste à la sensibilité juvénile ». La messe est dite ! Les héros Marvel disparaissent alors des kiosques en moins de temps qu’il n'en faut pour le dire, et ce malgré le fait que l’éditeur Lug se soit lui-même livré à sa propre autocensure en retravaillant certaines planches ou en sautant la publication des numéros les plus violents !

Sacrifié sur l’autel de la bienséance, l’éditeur lyonnais encaisse le choc. Il n’a toutefois pas dit son dernier mot : aussi décide-t-il légitimement de contre-attaquer en lançant deux nouveaux titres, et ce dès l’année suivante. Toujours en Petit Format (jusqu’au numéro 7), mais cette fois-ci en noir-et-blanc, le premier s’appelle sobrement Marvel et propose un sommaire faisant suite à Fantask, et dans lequel sont reprises les aventures des Quatre Fantastiques là où précisément elles s'étaient arrêtées, en oubliant cependant le Surfeur d’Argent. Le magazine retourne par ailleurs au début de The Amazing Spider-Man et propose dès lors aux lecteurs de découvrir Captain Marvel. Mais une fois encore, les responsables de la censure, constants dans leur jugement, font annuler la revue dès le numéro 13

Le second titre, nommé Strange, est lui aussi publié d'abord en Petit Format avec des planches en noir-et-blanc, alternant avec une technique de coloration en bichromie verte ou rouge proposée une page sur deux, avant de passer à un format classique (18 x 24 cm) entièrement en couleur ! Cerise sur le gâteau, et bien que les récits proposés ici se rapprochent de ceux du magazine Marvel, il n’est étonnamment pas victime de la censure, contrairement aux autres revues. Mieux : non seulement il reste autorisé de publication, mais il les enchaîne en plus année après année jusqu’en 1998 ! Le sommaire comprend ainsi quatre séries différentes, Uncanny X-Men, Daredevil, Iron Man et le Surfeur d’Argent, ce dernier étant bientôt remplacé par The Amazing Spider-Man. Ce choix de proposer une revue regroupant plusieurs héros différents est alors vraiment atypique et marque durablement l’histoire de la publication française des comics en devenant une quasi-norme pour beaucoup d’éditeurs aujourd'hui encore. 

L'idée de regrouper des récits issus de séries différentes est, indéniablement, assez inhabituelle. Dans sa version originale, le comics n’est, il est vrai, pas du tout publié sous cette forme-là : le format historique aux États-Unis est et demeure le single. Composé de seulement vingt à trente pages en moyenne, lesquelles sont ponctuées de très nombreuses publicités à l'intérieur de la revue, la parution est par ailleurs mensuelle et se focalise systématiquement sur une série, des canons utilisés encore actuellement par Marvel, qui édite jusqu’à cent singles par mois aux États-Unis, un grand nombre d’entre eux connaissant par la suite une réimpression dans d’autres formats, notamment en TPB, pour Trade Paper Back. Regroupant des numéros (entre 4 et 6) d’une même série, il présente une couverture souple et constitue l'un des moyens les plus économiques pour suivre une série actuellement. Il existe en parallèle pléthore d’autres formats plus luxueux, le plus souvent en Hardcover, c’est-à-dire dans une édition présentée avec une couverture rigide. Les prix varient en fonction du format et de sa qualité, tout comme les paginations, Marvel possédant de fait une grande sélection de collections différentes. 


Différentes éditions de Civil War. De gauche à droite : Single Issu américain, kiosque français, Marvel Event (relié français)

C‘est d’ailleurs sur le modèle du TPB qu’un autre éditeur français fonctionne dans les années 80 : Arédit publie en effet le magazine Artima Color Marvel Superstar, une revue composée de plusieurs numéros des séries en cours et dans lesquelles sont proposées les histoires de héros n’ayant pas eu l’honneur d’être publiées par Lug, à l’instar de Captain America, Hulk, Thor, Conan, Ghost Rider etc. Avec l’arrivée d’Arédit en plus des titres de Lug, l’éventail de comics proposé aux lecteurs français devient dès lors tout à fait impressionnant.
Et cela ne s'arrête pas là ! Lug continue toujours de son côté de proposer encore davantage de séries, et donc de magazines différents : Nova, Titans ou encore Spidey rejoignent ainsi Strange sur les étalages des marchands de journaux. L'éditeur lyonnais parvient même à rattraper les sept années de retard de la France par rapport au planning de publication américain, passant à deux ans seulement à la fin des années 80. Il étoffe dans le même temps la diversité de ses magazines en s'éloignant des purs super-héros Marvel : cela passe notamment par la parution des comics Star Wars au sein de la revue Titans, ou bien encore des séries françaises dans Mustang, un magazine créé spécifiquement pour celles-ci.

Pourtant, les années passent… Comme aux États-Unis, le déclin des héros costumés frappe la France dans les années 90. Le marché est en crise et les ventes chutent drastiquement. Le vent semble avoir tourné pour les héros de la Maison des Idées. Par ailleurs, Marcel Navarro, le seul des deux fondateurs de la maison Lug encore en poste, décide bientôt de prendre sa retraite et revend sa société à Semic, un éditeur suédois. Devenant sur le marché hexagonal Semic France, la structure prend pour mission de continuer le travail éditorial entamé par Lug, et cela pendant une bonne partie de la décennie. Mais en 1996, la société est victime d’un sérieux coup dur avec la perte des droits des comics Marvel. Les affaires vont mal. Elle survit néanmoins grâce à la publication des titres emblématiques de DC Comics et de la jeune maison d’édition Image.

Dès lors, les droits de publication des super-héros de la Maison des Idées en France reviennent à la société nouvellement créée, Marvel France, une filiale de Panini, une entreprise italienne spécialisée dans les vignettes à collectionner qui fut rachetée par Marvel Entertainment en 1994. Dès janvier 1997, soit à peine deux mois après le rachat de la licence, les premiers comics Marvel France débarquent lors du Festival International de la Bande-Dessinée d’Angoulême. Les lecteurs se doivent donc de dire au revoir à Strange, Nova et Spidey. Le nouveau catalogue comprend désormais cinq magazines : Marvel, Spider-Man, X-Men, Avengers et Silver Surfer. D’un point de vue éditorial, des choix cohérents sont arrêtés tout en s’ancrant parfaitement dans la continuité des traditions des premières parutions françaises de comics, à savoir des magazines avec plusieurs séries sur une même thématique. Les revues Spider-Man et X-Men regroupent ainsi respectivement les différentes séries sur le Tisseur et les Mutants, tandis que Avengers, Silver Surfer et Marvel réunissent, quant à eux, des séries thématiques en lien avec leurs titres. Pour ce qui est de la qualité des histoires, Marvel France se lance toutefois dans l’une des pires périodes de l’histoire de Marvel Comics. Chez Spider-Man, l’histoire Saga du Clone met en effet une parfaite pagaille dans la vie de Peter Parker et dans celle des lecteurs, qui se retrouvent complètement perdus. Le récit commençait pourtant bien avec de bonnes ventes, mais les chiffres poussent les éditeurs à tirer en longueur cette histoire tandis que les auteurs s'égarent en rebondissements et révélations diverses. Quasiment en même temps, la presque totalité des héros Marvel affronte un ennemi qui va tous les éradiquer, dans la saga Onslaught. La Maison des Idées pense pouvoir, avec ce récit, amener du sang neuf et une nouvelle image auprès du grand public, mais les lecteurs historiques conspuent cette décision et un stratagème est rapidement trouvé pour ressusciter les héros. En somme, une période bien délicate et des histoires peu faciles d’accès pour un lancement sur le marché français...

Mais Panini tient bon et connaît finalement, d’année en année, une belle expansion. Des initiatives locales vont même contribuer à la découverte de talents européens comme Gabriele Dell’Otto, artiste italien qui obtient, grâce à l'éditeur, une visibilité auprès de Marvel et le début d’une carrière exceptionnelle. Les temps de traduction et de publication se réduisent petit à petit, passant de plusieurs années à seulement 4 à 6 mois en moyenne, une aubaine à l’heure de l’internet moderne et des divulgâchis. Mais cela est aussi un véritable casse-tête pour l’éditeur. Marvel publie, en effet, ses comics avec des relaunchs annuels, histoire d’attirer de nouveaux lecteurs et de surfer sur les hautes performances de ventes des titres avec des #1. De nombreuses séries sont en outre lancées outre-atlantique avant de s'arrêter prématurément, obligeant l’éditeur français à jongler pour la parution de certains titres. Une pratique dont le nouveau rédacteur en chef, C.B. Cebulski, ne veut plus : il préfère adopter un plan de bataille sur du moyen et long terme. 

En France, Panini maintient dans les kiosques la tradition des magazines thématiques rassemblant plusieurs séries. Il s'agit là d'un rapport qualité/prix imbattable, un magazine contenant entre 4 et 6 numéros de séries différentes ET coûtant 5 euros en moyenne quand un single aux États-Unis se vend, lui, 3 à 4 dollars. L'offre disponible chez les marchands de journaux va même connaître une expansion au début du nouveau millénaire. Avec la création de l'univers Ultimate (un univers où les héros apparaissent à l’ère moderne, permettant de rajeunir l’image des comics) et des sagas Marvel Knights, de plus en plus de magazines envahissent, il est vrai, les étalages. L'éditeur gère particulièrement bien la pléthore de titres disponibles en jonglant, selon le matériel à sa disposition, avec des revues de différentes paginations.

Pourtant, la librairie n'est pas laissée de côté, bien au contraire. Semic et l’éditeur Glénat, dans les années précédentes, avaient déjà commencé à anoblir le comics en proposant des éditions à couverture rigide, bien loin des éditions bon marché à destination des kiosques ; le format choisi constituant alors un mélange du style américain et de celui, plus classique, des parutions franco-belges. Les lecteurs avaient donc accès des albums en Hardcover à faible pagination, mais aux dimensions d'un comics. Panini va d'ailleurs décomplexer totalement la production, en se basant pour cela sur ce qui est proposé par Marvel sur le marché étasunien, avec une multitude de formats librairie, en plus d’une offre déjà conséquente en kiosques. En ajoutant à cela la traduction et la publication d’oeuvres issues de DC Comics, dont Panini possède également les droits, ainsi que les parutions de la scène indépendante, il est véritablement impossible pour le lecteur de ne pas trouver son bonheur ! Les années passent et la routine s’installe pour l’éditeur, sans presque aucun concurrent direct (seul Delcourt résiste encore avec les publications de Star Wars et bientôt de The Walking Dead) ; difficile dans ces conditions de trouver un challenge et de se renouveler, et cela même si le catalogue de la Distinguée Concurrence peine à trouver son public. Cependant, des critiques commencent à apparaître, la démocratisation d’internet aidant les fans à se regrouper et à voir ce qu'il se passe ailleurs. L'une des critiques revenant le plus régulièrement est alors celle de la gestion de la disponibilité des ouvrages. Un point noir qui subsiste d'ailleurs aujourd'hui encore, certaines oeuvres très attendues étant introuvables un mois après leur sortie, sauf sur les marchés secondaires à des prix scandaleux ! Toutefois, une promesse a été faite lors du Festival d’Angoulême 2019 : Panini s'engage alors à développer une meilleure communication et à proposer des rééditions plus régulières. Et l’éditeur semble honnête, avec la mise en place d’une communication mensuelle sur les réseaux sociaux. De quoi casser le marché des spéculateurs...

Petite révolution en 2011, l’éditeur italien perd la licence DC Comics au profit de Dargaud, qui lance une nouvelle filiale pour l’occasion : Urban Comics. De quoi donner un coup de pied dans la fourmilière et relancer les idées chez Panini. D’ailleurs, Urban ne pouvait pas rêver d'une meilleure période pour arriver sur le marché : DC vient alors de lancer aux États-Unis les New 52, une relance totale de son univers de super-héros, ce qui forme un point d’entrée parfait pour les nouveaux lecteurs. Urban ne va toutefois pas révolutionner l’édition de comics en France ; des magazines kiosques regroupant plusieurs séries (mais par thématiques) sont proposées sous sa bannière, tandis qu'en librairie, l’éditeur travaille sur plusieurs vecteurs : la republication de séries en cours dans un format Hardcover, des récits iconiques de nouveaux disponibles, et de l’inédit dans l'Hexagone. Les revues kiosques adoptent quant à elles une pagination plus importante, et ce pour le même prix que la concurrence. Il est également à noter que le temps entre la publication VO et VF est d’un an, un moyen de contrôler plus facilement le contenu des magazines en cas d’annulation de séries.
C’est d’ailleurs le deuxième point négatif reproché à Panini, mais qui lui est pourtant difficilement imputable : le manque de stabilité et les relaunchs annuels. Avec à peine quatre mois de délai entre les publications américaines et françaises, il est impossible pour l'éditeur de ne pas être pris au dépourvu en cas d’annulation de la série. C'est d'ailleurs l’état actuel du marché des comics ainsi que la politique éditoriale de Marvel qui favorise cette conjoncture.
La Maison des Idées effectue en effet un relaunch, c’est-à-dire une renumérotation de ses titres, tous les ans ou presque, et cela afin de conserver une dynamique de vente portée par le seul succès des numéros estampillés “#1” : Marvel NOW!, All-New All-Different Marvel, Marvel NOW! 2.0, Marvel Legacy et dès février 2019 en France, Fresh Start, en étant de parfait exemples. Dans un relaunch, au contraire d’un reboot, les super-héros gardent alors leurs continuités, mais un nouveau départ leur est offert, accompagné le plus souvent d’un changement d’équipe artistique. Impossible dans ce cas d'offrir aux lecteurs des histoires sur le long terme ou des cross-overs correctement préparés. Une exception notable se dessine toutefois, Dan Slott s'étant consacré durant presque dix ans à l'écriture du personnage de Spider-Man, un record de longévité pour le Tisseur ! 

L’arrivée de C. B. Cebulski au poste de rédacteur en chef de Marvel en décembre 2017 semble toutefois changer la donne, puisqu'après le lancement d’un dernier relaunch – le dernier avant des année a-t-il promis –, l’univers Marvel peut enfin respirer et recommencer à miser sur du long terme dans l’élaboration de ses histoires. Alors que l’avenir des publications kiosques de Panini se présente sous les meilleurs auspices, un accident majeur va toutefois pousser les éditeurs français des "Big Two" à prendre des décisions historiques pour les héros.

Dans l’Hexagone, la distribution des magazines dans les presses et les kiosques à journaux est en effet un marché dont le quasi-monopole revient à la société Presstalis (environ 75%). Or, le prestataire est depuis de nombreuses années en difficulté financière. Fin 2017, le gouffre est énorme : aussi après avoir gelé les avoirs d’un certain nombre de ses clients, l’idée d’augmenter encore le prix de ses services fait son chemin. Panini Comics et Urban Comics vont alors devoir mettre en place une stratégie pour s’adapter à la réalité du marché des comics kiosques, surtout que le produit est davantage une tradition et un produit d’appel qu’un véritable investissement rentable. L’éditeur de DC Comics va baisser drastiquement son offre, passant de trois magazines à seulement deux (et un seul, mais plus épais toutefois, courant 2019) ! Il sera toujours thématique, avec les séries les plus vendeuses en locomotive, comme Batman, Superman ou la Ligue de Justice. Le reste trouvera ensuite sa place au format librairie. Pour Panini, hors de question de perdre son savoir-faire dans l’édition des revues kiosques ; une solution, jusque là inimaginable, va finalement être mise en place : la fin de la disponibilité des revues Marvel chez les marchands de journaux !

L’éditeur profite ainsi du lancement en juillet 2018 de Marvel Legacy pour imposer son nouveau format : les Softcovers. Semblables aux premiers 100% Marvel disponibles en librairie, les revues s'inscrivent dans la même veine que les publications kiosques (un assortiment de séries en cours réunies de manière thématique), avec un papier de meilleure qualité, des rabats intérieurs sur la couverture, davantage de travail rédactionnel et, surtout, une disponibilité seulement en librairie, accompagnée d'une belle augmentation de prix, en passant de 5.90 € à 6.50 €. Une décision logique toutefois dans le marché actuel, et qui permet de garder une grand nombre de séries publiées, ce nouveau compromis offrant même une stabilité certaine. Panini fournit également pour l'occasion, dans les premiers numéros, des stickers pour compléter un album à collectionner (offert avec Marvel Legacy Spider-Man #1) mettant en image l’histoire et les grandes sagas Marvel.

Deux mois plus tard, un document de travail fuite toutefois sur Internet. Il présente le relaunch qui aura lieu dès janvier 2019 : Fresh Start. L’offre va être complétée par l’arrivée de deux nouveaux magazines, l’un centré sur Wolverine et l’autre, sur Venom (pour surfer, un peu tard, sur le succès du film de Columbia Pictures). Certains magazines vont également être annulés pour céder leur place à d'autres, afin de coller à l’actualité des publications, une décision navrante, certes, mais logique. Surtout, une nouvelle augmentation tarifaire s'annonce et cela sans aucune modification de la pagination : les softcovers seront désormais proposés au prix de 7.50 €, soit une augmentation d'un euro d’un coup d'un seul ! La nouvelle provoque évidemment le soulèvement des fans sur les réseaux sociaux, sans que Panini ne communique officiellement sur le sujet. Des personnes proches de l'éditeur préviennent toutefois que ce document n’était pas destiné à se retrouver sur la toile et qu’il est encore loin d’être finalisé ; ces échos ne sont finalement que de la poudre aux yeux destinés à calmer les lecteurs car, deux mois plus tard, Panini s'exprime enfin sur le sujet, et à part certaines couvertures, tout se confirme. Un coup dur pour les fans avec peu de moyens, qui devront dès lors effectuer des choix drastiques dans leurs lectures, surtout que les tarifs de tous les formats sont revus à la hausse, même ceux des parutions en hardcover !
Et l'histoire semble se répéter à l'automne 2019. De nouvelles fuites révèlent en effet qu'un nouveau relaunch aura lieu en janvier 2020... avec une nouvelle augmentation des prix ! Aussi injustifié qu'impensable ! Difficile de savoir à quoi joue Panini qui semble définitivement perdu...

Il faut dire qu'une inversion des tendances et de priorité des éditions était déjà largement visible durant l’ère Marvel Legacy, dans le seul but de pousser les lecteurs vers le format librairie, plus luxueux et plus cher, plutôt que vers les softcovers. Cela n'est d'ailleurs pas sans entraîner des incohérences énormes dans le rythme de publication, dont voici deux exemples principaux :

  • Venom fait ainsi face dans l’event Venomverse à de nouveaux ennemis : les poisons, des petits organismes qui se nourrissent et prennent possession des êtres. La saga est alors publiée dans Marvel Legacy Spider-Man Extra #2 (octobre 2018). Dans Marvel Legacy X-Men 5 (novembre 2018) est ensuite publié Poison X, un crossover entre les séries Venom et X-Men Blue qui met en scène les héros face aux poisons. Ce sont là des récits logiques qui se suivent chronologiquement et qui ont été publiés dans l’ordre de lecture, et, chose notable, dans le même format. Mais si les lecteurs veulent connaître la conclusion de l’histoire des poisons, ils doivent attendre décembre 2018 et la publication en librairie de Venom : Venomized, au prix de 16 € ! Difficile pourtant de justifier ce changement brusque de format.

  • Jean Grey a connu les mêmes difficultés, avec un brutal changement de format pour la conclusion de son histoire. Alors qu’elle mène une quête pour découvrir le lien qui l’unit au mystérieux Phénix dans sa propre série, publiée en kiosque puis en softcover, la vérité ne sera dévoilée qu'en librairie, dans l’album X-Men : La Résurrection du Phénix, disponible pour la modique somme de... 18 €. Pour couronner le tout, le reste de la saga n’a pas le droit à une publication dans ce même format !

Le marché des comics est un marché de niche. Malgré les scores toujours plus hauts des grands blockbusters de chez Marvel Studios ou de ceux issus des licences DC Comics de chez Warner Bros. Pictures, les ventes de leurs supports originaux ne connaissent, en effet, pas un aussi beau succès. Alors qu’un travail éditorial de fond et un changement des mauvaises habitudes de publication sont en cours du côté des parutions en librairie, l’aspect populaire et accessible à tous est, lui, à la dérive. Nombreux sont alors les titres de plus en plus chers et difficilement trouvables. L’avenir s'annonce en outre compliqué, car c’est précisément grâce à ces magazines à bas prix, disponibles chez tous les marchands de journaux au coin de la rue, que les fans ont, la plupart du temps, découvert les comics. En plus de cela, les éditeurs se multiplient sur le marché, alors même que les très nombreux (et très bons) récits indépendants, tirés du catalogue Image Comics notamment, abondent et poussent les lecteurs à faire des choix drastiques dans leurs lectures et dans le budget qu'ils allouent chaque mois aux comics.

De nombreuses voix, notamment sur les réseaux sociaux, réclament désormais la destitution de Panini Comics et un changement d’éditeur, comme ce fut le cas pour DC Comics. Difficile d'imaginer pourtant Marvel mettre fin à un partenariat historique, avec une ancienne filiale et un collaborateur présent partout à travers le monde : la révolution n'est donc pas pour demain. Mais il est tout aussi difficile d’imaginer que l’éditeur continue dans la même direction, avec des augmentations de prix annuelles ! Il ne reste dès lors qu'à espérer que la stratégie mise en place par Marvel avec Fresh Start soit payante, et qu'elle apporte une stabilité et des récits de plus grande qualité des deux côtés de l’Atlantique.

Marvel a connu, depuis son renouveau en 1961, des changements majeurs entraînant des répercussions sur les éditeurs qui possèdent la licence à travers le monde. En France, malgré des débuts difficiles liés à la bien-pensance de l’époque et aux nombreuses censures, le succès est au rendez-vous. Avec une offre toujours plus importante, il est, en effet, impossible pour le lecteur de ne pas trouver son bonheur dans la pléthore de titres disponibles. Une seule ombre au tableau subsiste : l’incapacité des éditeurs à amener les millions de spectateurs des films de Marvel Studios à pousser les portes des librairies, pour ne plus faire des comics un marché de niche et retrouver enfin l’âge d’or (et les chiffres de ventes) des années 90, où il était courant pour un titre de dépasser le million d'exemplaires vendus aux États-Unis, quand aujourd'hui un succès se chiffre à 100 000 unités écoulées. Une gageure.

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