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La Perdition de Panini Comics

L'article

rédigé par Alexandre Chierchia
Publié le 16 septembre 2019

Les années se suivent et se ressemblent chez Panini Comics... Malheureusement ! 
Pour bien saisir la portée des tenants et des aboutissants de la décision prise par l'éditeur français au début du mois de septembre 2019, un choix qui défraie une fois de plus la chronique, un retour rapide sur l'historique de la publication des comics en France s'avère nécessaire.

Les comics Marvel ont, en effet, débarqué dans l'Hexagone il y a 50 ans de cela, grâce à une maison d'édition lyonnaise : Lug. Après l'annulation très rapide des premiers magazines, due à la censure et au conservatisme appuyés de l'époque, les comics trouvent enfin leur place sur les étalages des maisons de la presse avec une formule simple : des magazines thématiques réunissant plusieurs séries de super-héros, a contrario des parutions originales qui, elles, se font sous la forme de singles issues, c'est-à-dire de simples numéros contenant de 20 à 24 pages. À ce titre, le modèle français est quasiment unique en son genre et présente plusieurs qualités : il est bon marché, trouvable facilement et permet aux lecteurs de découvrir plusieurs héros au sein d'un même magazine. Les éditeurs des comics Marvel vont d'ailleurs se succéder tout en conservant cette spécificité : une véritable preuve de son succès ! Le dernier en date est ainsi Panini Comics qui débarque sur le marché français en janvier 1997.

L'éditeur, d'origine italienne, va alors avoir la lourde tâche de redresser un marché compliqué ; Marvel est en effet passé à deux doigts de la faillite en 1996 et la qualité des histoires en cours de publication est très moyenne. Le défi est pourtant relevé haut la main, Panini s'appuyant sur une forte présence en kiosque, toujours avec des magazines thématiques, mais aussi sur des parutions plus luxueuses en librairie. Il fait d'ailleurs, un temps, coup double ; les droits de publication des comics DC Comics lui appartenant alors conjointement ! 
Malheureusement depuis quelques années, l'éditeur enchaîne les décisions assassines au point de traîner une bien mauvaise réputation aux yeux des fans, cumulant notamment deux erreurs majeures. La première est indéniablement de son seul fait puisque Panini ne daigne que peu rééditer les récits cultes de la Maison des Idées, rendant leur lecture impossible pour les fans qui se trouvent contraints d'y avoir accès sur les marchés secondaires où les prix flambent. La seconde erreur est, en revanche, liée aux conséquences de la politique éditoriale menée par Marvel, c'est-à-dire un fonctionnement sur du court et moyen terme, avec des relaunchs (trop) fréquemment menés ; un relaunch étant une relance du titre au numéro 1 mais sans effacer toutefois la continuité de l'histoire, au contraire d'un reboot.

Depuis cinq ans maintenant, les fans connaissent ainsi une période de relaunchs annuels ! User de ce subterfuge n'a, en réalité, qu'un seul intérêt pour les éditeurs : la possibilité d'attirer facilement des lecteurs potentiels qui, sortant des salles de cinéma, pourraient être rebutés par des numérotations comme The Amazing Spider-Man #700 donnant l'impression d'avoir raté un nombre impressionnant de numéros. En usant et abusant des relaunchs, il s'agit donc de s'assurer des ventes élevées dans un marché plutôt morose.
Et cette pratique se fait évidemment au détriment du lecteur historique et notamment le lecteur français qui voit ses comics sans cesse renumérotés, les séries qu'il suit assidûment passant d'un magazine à l'autre au gré des changements de formule. Pire encore, Panini profite grassement de l'occasion pour augmenter de quelques dizaines de centimes ses comics sans autre raison que de faire progresser artificiellement ses recettes.
Pour prendre la mesure de la situation, voici, par exemple, ce que devient une rétrospective du magazine phare lié aux séries Avengers selon les relaunchs : 

  • Juin 2016 : relance pour la période All New, All Different, avec All-New Avengers #1, 96 pages pour 4,90 €.
  • Juillet 2017 : relance avec Avengers #1, 96 pages pour 4,90 €.
  • Juillet 2018 : relance pour l'ère Marvel Legacy avec Avengers #1, 112 pages pour 6,50 €.
  • Février 2019 : relance pour Fresh Start avec Avengers #1, 112 pages pour 7,50 €.

Pour être tout à fait objectif, il convient de préciser que la sévère augmentation de prix en juillet 2018 s'explique par la fin des parutions kiosques à proprement parler. Le monde de la presse est en effet entravé en France par une gestion calamiteuse du principal diffuseur du marché, Presstalis, qui détient un quasi-monopole dans l'Hexagone selon des règles établies après-guerre et plus du tout adaptées à l'époque contemporaine. Paralysée par des syndicats arc-boutés sur des acquis d'un autre temps, l'entreprise ne parvient pas à revoir sa gestion et son management si bien qu'elle n'a d'autres choix que de faire supporter ses coûts de fonctionnement exorbitants aux maisons d'édition, contraintes elles de rester dans ses filets...
Panini décide donc, pour accompagner la relance de l'ère Marvel Legacy, de revoir entièrement sa copie. La tradition des magazines thématiques perdure, édités toutefois avec un papier de meilleur qualité et une couverture plus luxueuse, tout en arborant un nouveau nom : les softcovers. Cette nouvelle ère est également celle de la disparition pure et simple des magazines Marvel des kiosques à journaux français, puisqu'ils sont désormais disponibles en librairie uniquement et dans les établissements disposant d'un rayon alloué à l'édition. Cette révolution dans le mode de publication des comics en France s'accompagne par une flambée des prix : le tarif d'un magazine se voyant majoré d'1,60 € ! Fait notable à savoir également, le magazine Star Wars continue, lui et curieusement, d'être publié dans sa version kiosque...
Enfin, autre élément d'instabilité - les lecteurs qui suivent l'actualité des parutions en version originale le savent - Marvel vient de changer d'éditeur en chef, en la personne de C.B. Cebulski. Or il souhaite mettre fin aux relaunchs incessants, mais pour cela... en met en place un nouveau (annoncé toutefois comme le dernier !).

Tout cela fait donc tanguer un bateau déjà bien secoué. Et ce n'est pas tout !  Les commandes des libraires, et donc la présentation des nouveautés, s'effectuent, en effet, tous les trimestres, et même si Panini ne communique officiellement ses check-lists que deux mois à l'avance, les grandes lignes se dessinent vite grâce aux fuites régulières. Fin septembre 2018, il est toutefois difficile d'imaginer que les visuels qui se retrouvent sur la Toile soient réels. Fresh Start, l'ultime relaunch promis par Cebulski, arrive ainsi en France et se retrouve flanqué d'une nouvelle numérotation, chose assez logique, mais surtout d'une nouvelle augmentation délirante du prix : 1€ de plus ! 
Malgré les nombreuses voix qui s'élèvent dans les communautés de fans, Panini ne communique pas immédiatement, à peine les lecteurs entendront-ils que rien n'est décidé pour l'instant et qu'il s'agit là d'un simple document de travail interne non encore validé. Effectivement, des indices vont dans ce sens, à commencer par le prix exorbitant présenté des softcovers ou encore des choix de création de magazines douteux ; Venom accède en effet à sa propre revue alors que l'actualité du film est déjà passée et qu'il se retrouve en plus mêlé à des séries fourre-tout.
Arrive bien vite le 5 novembre 2018, date à laquelle Panini annonce officiellement, via sa page Facebook, son plan pour la publication de Fresh Start. Aucune information n'est, en revanche, donnée quant au prix des softcovers venus prendre la suite de Marvel Legacy. Il faut attendre le 8 décembre 2018, et la publication de la check-list de février 2019, pour comprendre que les mots rassurants de Panini étaient de l'enfumage en règle ; l'éditeur appliquant en fait la politique tarifaire qui avait fuité quelques mois auparavant. La promesse d'une vraie stabilité suffit-elle à gagner la confiance des fans et les faire avaler l'augmentation tarifaire ? Difficile à dire, l'éditeur ne communiquant pas ses chiffres de ventes. 

Mais voilà, la "stabilité" sera de courte durée. Et l'histoire se répète pour Panini, objet, en septembre 2019, de fuites d'informations. De nouvelles plaquettes à destination des libraires avec les sorties softcovers de janvier et février 2020 se retrouvent en effet au centre de toutes les conversations. Et les raisons de la nouvelle désillusion sont nombreuses !

  • Une nouvelle numérotation, alors que le marché étasunien est stable et que rien ne va donc dans ce sens.
  • Une augmentation du nombre de titres, ce qui pourrait être une bonne nouvelle si certains choix opérés n'étaient pas aussi douteux que ne l'étaient ceux des débuts de l'ère de Fresh Start, avec des revues qui tiendront difficilement dans le temps : Thanos ou Avengers : No Road Home - qui est la suite d'un récit qui était parvenu à trouver sa place au sein de revues déjà existantes - en étant de parfaits exemples. Revirement au passage pour la revue Star Wars qui quitte, elle aussi, le marché des kiosques, pour se trouver éditée à son tour en softcover.
  • Une énième et nouvelle augmentation des prix attise la colère des lecteurs, avec un passage ahurissant de 7,50 € à 8,90 € ! 1,40€ pour les Marvel et 4 € d'augmentation d'un coup d'un seul pour Star Wars, qui voit sa pagination passer de 96 à 112 pages contrairement aux autres titres qui n'en changent pas.

Si nombreux sont les lecteurs qui avaient su trouver des excuses à Panini Comics au fil des années malgré ses erreurs flagrantes, il devient désormais impossible de soutenir aujourd'hui l'éditeur dans cette voie, d'autant plus qu'il semblait, depuis le début de l'année 2019, soucieux de ne pas retomber dans ses travers : Panini a en effet notamment proposé un temps de nombreuses rééditions d'ouvrages épuisés alors que l'un de ses principaux défauts était de ne pas se préoccuper du patrimoine de Marvel, préférant se concentrer sur les nouveautés. Sa dérive tarifaire impacte maintenant tout son catalogue : les augmentations de prix régulières ne se cantonnant plus aux softcovers, puisque les parutions plus luxueuses dites en hardcover sont également touchées de plein fouet. Si Panini voulait définitivement enterrer le principe du magazine thématique, il ne s'y prendrait guère autrement, à coups d'augmentations tarifaires démesurées alors que dans le même temps, le nombre ahurissant de revues indique sa volonté de capitaliser sur l'offre de softcovers !

Quand la main droite ne sait pas ce que fait la main gauche... La politique éditoriale de Panini Comics n'a en réalité aucune logique et le mépris de son lectorat est érigé en principe de gouvernance.
Il est décidément grand temps que Marvel, qui sait si bien défendre ses choix éditoriaux au cinéma notamment, aille mettre son nez dans la gestion de sa licence d'édition par Panini : d'autres éditeurs méritent assurément de prendre la relève !

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