A United Kingdom
L'affiche du film
Production :
BBC Films
British Film Institute
Ingenious Media
Pathé
Date de sortie USA :
Le 10 février 2017 (USA)
Distribution :
Fox Searchlight Pictures
Genre :
Drame
Date de sortie cinéma Royaume-Uni :
Le 25 novembre 2016
Réalisation :
Amma Asante
Musique :
Patrick Doyle
Durée :
111 minutes

Le synopsis

L’histoire vraie de Seretse Khama, Prince du Bechuanaland, un protectorat britannique, tombé amoureux d’une jeune londonienne, Ruth Williams : dans le contexte de l’après-Seconde Guerre mondiale, leur couple mixte doit affronter l’hostilité raciste et les obstacles posés par la géopolitique d’un Empire britannique en déclin.

La critique

rédigée par
★★★
Publiée le 26 novembre 2018

Récit historique doublé d’une romance, A United Kingdom parvient à restituer efficacement l’histoire vraie du mariage entre une jeune londonienne et le prince héritier du Bechuanaland et de son impact sur le destin du pays. Derrière cette réalité, le film dépeint ainsi l’atmosphère politique au sein de l’Empire britannique qui doit alors faire face aux velléités d’indépendance des différents peuples à la fin des années 1940.

A United Kingdom est le troisième film réalisé par Amma Asante.
Née à Londres le 13 septembre 1969, elle suit durant l’enfance des cours de comédie et de danse à la Barbara Speake Stage School. C’est ainsi qu’elle devient une jeune actrice en jouant un personnage récurrent dans Grange Hill, une série pour enfants produite par la BBC. Sa popularité la conduit presque naturellement à faire partie dans les années 1980 de la campagne “Just Say No” lancée par la Première Dame des États-Unis Nancy Reagan pour lutter contre l’usage de drogues par les adolescents. Elle se rend dans ce cadre à la Maison Blanche aux côtés de huit autres acteurs de Grange Hill. Elle apparaît alors dans d’autres séries télévisées britanniques telles que Desmond’s et Birds of a Feather.
Âge aidant, elle décide de mettre de côté sa carrière d’actrice pour se lancer dans l’écriture. Après avoir signé des accords de développement avec plusieurs médias britanniques (BBC, Channel 4, Chrysalis), elle fonde d'ailleurs sa société de production, Tantrum Films. Elle écrit et produit alors pour la BBC deux saisons de la série Brothers and Sisters, racontant le quotidien d’un chœur d’une église baptiste située à Liverpool.

Amma Asante débute en 2004 une carrière de réalisatrice avec A Way of Life, un drame narrant l’histoire d’une adolescente mère d’une petite fille dans un univers familial tourmenté. Elle reçoit pour ce film dont elle a également écrit le scénario un total de dix-sept récompenses internationales. The Times la nomme notamment artiste révélation de l’année tandis que la British Academy of Film and Television Arts (ou BAFTA) lui attribue la récompense de la performance spéciale pour un réalisateur, auteur ou producteur britannique dans un premier long-métrage.
Belle, son deuxième film, sort près de dix ans plus tard en 2013, après quatre années de recherches et d’écriture. Distribué au Royaume-Uni et aux États-Unis par Fox Searchlight Pictures, il s’inspire d’une peinture datée de 1779 sur laquelle apparaît Dido Belle, une jeune femme métis. Par l’intermédiaire de l’histoire de cette fille illégitime d’un comte anglais occupant des fonctions de juge, Asante évoque le procès suivant le massacre du Zong, au cours duquel de nombreux esclaves perdent la vie. Ce drame conduit plus tard à l’abolition de la traite des esclaves par le Royaume-Uni en 1807. Le film rencontre un succès critique important et remporte 16,5 millions de dollars au box office pour un budget de 10,9 millions de dollars. Il se paye même le luxe d’obtenir un meilleur ratio de recette par écran que Spider-Man 2, bénéficiant notamment de la promotion réalisée par Oprah Winfrey, qui plébiscite le travail d’Amma Asante ! Cette dernière est ensuite nommée Leading Woman 2014 par la chaîne d’information CNN.

Britannique d’origine ghanéenne, elle tient à mettre en perspective le rôle du Royaume-Uni dans la traite des esclaves africains au travers d’une histoire intimiste. Elle reprend un procédé similaire en 2016 dans A United Kingdom, dont le récit se situe au début de la décolonisation. Elle souligne l’importance de “raconter des histoires africaines du point de vue des personnages africains”, bien que son long-métrage traite d’une “histoire anglaise autant qu’africaine”.
Amma Asante continue d’aborder la thématique du racisme en évoquant l’une des plus grandes tragédies de l’histoire de l’humanité dans Where Hands Touch. Projeté le 9 septembre 2018 au Festival international du film de Toronto, le film a en effet pour personnage principal une adolescente métis qui tente de survivre dans l’Allemagne nazie.

Amma Asante met en scène dans A United Kingdom un script rédigé par le scénariste britannique Guy Hibbert (Five Minutes of Heaven, Eye in the Sky) qui adapte, en fait, Colour Bar, la biographie de Seretse Khama écrite par Susan Williams, directrice de l'Institut de Recherche sur le Commonwealth de l’Université de Londres. Le scénario revient ainsi sur un épisode douloureux mais oublié de l’histoire coloniale britannique. Un nombre important de Botswanais le méconnaissent en effet alors que le Président du pays est, entre 2008 et 2018, pas moins que le fils de Seretse Khama. L’histoire ayant suivi la rencontre entre une jeune dactylo britannique à Londres et le prince héritier du pays africain présente pourtant un grand intérêt historique.

Le Bechuanaland est un protectorat britannique établi le 31 mars 1885 et situé entre l’Afrique du Sud et la Rhodésie. Son indépendance est très limitée, le gouvernement britannique ayant fait le choix en 1891 de le placer sous la tutelle du Haut Commissariat britannique en Afrique du Sud. Sa capitale administrative est dès lors située en dehors de son territoire, sur celui de son voisin sud-africain à Mafeking (aujourd’hui connue en tant que Mahikeng). Le protectorat conserve une organisation liée à ses coutumes, le peuple des Bamangwato étant dirigé par un roi.
Sekgoma II décède le 17 novembre 1925 alors qu’il ne règne que depuis deux ans. Son fils aîné, Seretse Khama, à cet instant âgé de quatre ans, est trop jeune pour accéder au trône. Afin de respecter la tradition, il est ainsi décidé que Tshekedi Khama, l’oncle de Seretse, dirige le royaume en tant que régent en attendant que Seretse soit suffisamment âgé. Il est dans la foulée prévu que la couronne soit transmise dès son retour de Londres, où il étudie le droit.

Mais alors que son séjour londonien touche à sa fin à la fin des années 1940, ce dernier rencontre, lors d’un événement organisé par une société missionnaire, Ruth Williams, une jeune dactylo au sein de Lloyd’s. La jeune femme britannique et le futur souverain tombent aussitôt amoureux. Ils décident de se marier après une année d’idylle. Ce mariage mixte entraîne alors des bouleversements politiques tandis que l’Afrique du Sud, dont l’Empire britannique est dépendant économiquement, décide de mettre en place l’Apartheid. Ces événements ainsi que ceux qui s’en suivent, narrés dans A United Kingdom, conduisent en 1966 à la création d’une nation indépendante et démocratique, le Botswana.

Le casting réuni, éclectique, incarne avec brio ces figures historiques.
David Oyelowo est notamment connu au cinéma pour ses rôles dans La Planète des Singes : Les Origines en 2011, Lincoln en 2012 ou La Dame de Katwe en 2016. Il apparaît également au casting de séries animées de The Walt Disney Company en interprétant l'agent Kallus dans Star Wars : Rebels et Scar dans La Garde du Roi Lion. Il endosse dans A United Kingdom le rôle de Seretse Khama, un nouveau personnage historique après avoir joué en 2014 l'icône Martin Luther King Jr. dans Selma. D’origine nigériane, il se dit "fier d'être Africain et passionné par l'idée de dénicher des histoires africaines à porter à l'écran". Son intérêt s’est porté sur une histoire inconnue pour lui mais qu’il “[aurait] dû connaître”. L’acteur britannique convainc dans le rôle du monarque investi par le destin de son pays. Son charisme est saisissant lors des scènes de kgotlas, ces réunions publiques tribales au cours desquelles son personnage d’héritier légitime du trône s’adresse à son peuple.

Rosamund Pike livre également une bonne performance en tant que Ruth Williams. Ayant débuté sa carrière sur les planches en jouant des pièces classiques telles que Roméo et Juliette, elle est révélée au cinéma en 2002 dans Meurs un Autre Jour et est notamment acclamée en 2012 pour son rôle dans Gone Girl. Dans A United Kingdom, elle incarne avec grâce la nouvelle reine du Bechuanaland qui doit tenter de convaincre son nouveau peuple de sa légitimité malgré sa nationalité britannique et sa couleur blanche. En découle le portrait d’une femme forte qui fait face aux tempêtes sans tanguer. L’actrice, véritablement admirable, parvient à émouvoir le spectateur avec la solitude que son personnage connaît dans certaines scènes.

Parmi les seconds rôles, Jack Davenport se dégage en jouant à la perfection le détestable Alistair Canning. Principalement connu pour le rôle de James Norrington dans la saga Pirates des Caraïbes, il campe ici le personnage d’un représentant du gouvernement britannique dans le sud de l’Afrique. Non dénué d’un certain sadisme, il met des bâtons dans les roues du jeune couple royal et fait preuve d’un zèle extrême et certainement supérieur au nécessaire pour remplir la mission confiée par sa hiérarchie.

Contribuant sans doute au sentiment d’authenticité se dégageant du film, des acteurs sud-africains jouent les membres de la famille de Khama.
Terry Pheto interprète la petite sœur de Seretse. Connue pour le rôle principal du long-métrage qui a reçu l’Oscar 2006 du meilleur film en langue étrangère, Mon Nom Est Tsotsi, elle contribue ici à l’émotion de certaines scènes.
Vusi Kunene est l’intransigeant oncle de Seretse et régent du Bechuanaland, Tshekedi Khama. Sa filmographie est principalement composée d’œuvres sud-africaines telles que Final Solution de 2001 ou State of Violence en 2010. Le souci du personnage pour l’intérêt et l’avenir de son peuple est véritablement palpable grâce à la performance de Kunene.
Abena Ayivor joue, quant à elle, la femme de Tshekedi et la tante de Seretse. Elle apparaît notamment dans Machine Gun en 2011 et dans The Dinosaur Project en 2012. Son personnage possède un caractère fort et son jeu évolue avec la relation qu’elle entretient avec Ruth Williams.

Enfin, l’Anglais Anton Lesser assume Clement Attlee, Premier ministre entre 1945 et 1951 et dont Winston Churchill est à la fois le prédécesseur et le successeur. Notamment connu à la télévision pour les rôles de Qyburn dans Game of Thrones et de Harold Macmillan dans The Crown, il parvient à retranscrire l’édifiant état d’esprit du dirigeant d’un Empire colonial face aux décisions qui lui incombent.

La reconstitution historique que constitue A United Kingdom est incontestablement une réussite, tant dans le Londres de l’après-guerre que dans le Bechuanaland. La photographie, tranchant entre une capitale anglaise grisâtre et les zones désertiques mais très lumineuses du royaume africain, accentue le caractère propre des deux lieux et met en perspective les situations que rencontrent les personnages dans chacun d’eux. Le choix de tourner au Botswana, à proximité des villes de Serowe et de Palapye où les événements se sont déroulés, en rajoute d'ailleurs à la crédibilité déjà solide de l'adaptation.
Amma Asante et Guy Hibbert profitent ainsi de ce décor parfait pour livrer une critique sans concession du système colonial britannique qui trouve un écho dans le film de 2017 également distribué par 20th Century Fox au Royaume-Uni, Le Dernier Vice-Roi des Indes. Il ne s’agit pourtant pas là d’une vision binaire où les britanniques sont des méchants manichéens et où le peuple de Seretse Khama reçoit la médaille des gentils. De son aveu, Amma Asante souhaite "montrer la véritable complexité de la situation politique dans laquelle se trouvait le gouvernement britannique". Selon elle, "des politiciens britanniques dont les actes ont pu paraître foncièrement racistes" ont uniquement souhaité "servir l'intérêt national".

Toutefois, le film n’exonère heureusement personne de sa responsabilité individuelle et insiste sur la lâcheté de certains personnages. Winston Churchill, d’ordinaire glorifié au cinéma pour son rôle durant la Seconde Guerre mondiale, n’est par exemple pas épargné. Sans qu’il ait besoin d’apparaître à l’écran, son rôle dans les événements narrés est mis en exergue, laissant au spectateur la liberté de s’indigner.
L’opus dépeint finalement les manigances auxquelles est prête à se livrer une puissance coloniale aux abois. Sur un autre continent, un peuple rêve d’une indépendance à laquelle il ne croit au départ pas vraiment mais qu’il parvient à atteindre grâce à la solidarité de ses membres et au respect des règles qu’il s’est fixées. Le titre du film est ainsi très pertinemment choisi. Alors qu’il semble désigner un État existant, le Royaume-Uni, il désigne en fait bien un royaume uni qui n’en porte pas le nom.
A United Kingdom offre donc un témoignage essentiel d’une époque et d’un contexte politique qui légitiment le racisme institutionnalisé. À la xénophobie quotidienne matérialisée par des agressions et des insultes dans la rue s’ajoute le racisme cynique d’un État qui soutient insidieusement un régime de ségrégation et annihile ce qui pourrait en constituer la plus belle opposition. L’opus constitue ainsi un effort de mémoire sur des faits qui expliquent, par leur héritage, la persistance contemporaine de certaines formes de haine.

Si son propos est utile et parfaitement contextualisé, la mise en scène de A United Kingdom est somme toute assez académique. Les plans audacieux que les paysages botswanais auraient pu permettre sont rares. Amma Asante reste ici neutre et s’abstient de mettre sa patte sur la réalisation. Elle se pose davantage comme spectatrice de l’histoire racontée que comme actrice de l’opus.
Cette pauvreté dans l’emballage se retrouve également dans les scènes de dialogues entre les deux personnages principaux, Seretse Khama et Ruth Williams. L’alchimie qui devrait transpercer l’écran lorsqu’ils sont ensemble n'atteint malheureusement pas son potentiel. Pourtant, aucun reproche ne peut être fait aux acteurs qui sont convaincants dans la totalité des scènes où ils agissent seuls. La romance rappelle alors celle de Padmé Amidala et Anakin Skywalker dans Star Wars : L’Attaque des Clones, où la pauvreté des dialogues en dessert tragiquement la portée.
La relation amoureuse aurait en effet mérité un traitement davantage dramatique et nuancé compte-tenu de son contexte. Malgré les difficultés gigantesques qui s’opposent à lui, le couple ne cède jamais à une colère ou à un agacement qui auraient paru légitimes dans une telle situation. Dans les moments joyeux, il semble également manquer de passion. En réservant uniquement la gravité de son propos aux aspects historiques et politiques de l’histoire, le scénario édulcore donc la relation humaine qui en est le cœur.
Ces défauts n’empêchent heureusement pas A United Kingdom d’être très intéressant et haletant pour le spectateur qui ressent de la crainte et souhaite que cette histoire vraie trouve une issue positive.

La musique de A United Kingdom est signée par Patrick Doyle.
Né le 6 avril 1953, ce compositeur écossais est notamment connu pour les musiques du Journal de Bridget Jones (Le), de Harry Potter et la Coupe de Feu, de Thor ou de La Planète des singes : Les Origines. Il est également l’auteur de la bande originale du film d’animation des studios Pixar Rebelle, dans lequel il rend hommage à la musique traditionnelle de son pays.
Bien que les thèmes composés accompagnent efficacement l’histoire de Seretse Khama et Ruth Williams, Patrick Doyle ne livre pas ici sa meilleure performance. Les mélodies ne sont en effet pas particulièrement mémorables et sombrent parfois dans le mièvre lors de certaines scènes de romance dont elles accentuent la faiblesse. La musique remplit néanmoins son rôle en ponctuant son déroulement et en accentuant son propos.

Après des projections d’extraits ayant rencontré des avis mitigés, Pathé décide de revoir le montage de l’opus en retirant une vingtaine de minutes. A United Kingdom est alors projeté dans cette version en avant-première mondiale le 9 septembre 2016 au Festival international du film de Toronto. Il reçoit finalement des critiques positives qui motivent Fox Searchlight Pictures à en acquérir les droits de distribution pour les États-Unis.
L’opus figure ensuite parmi la programmation du Festival du film de Londres organisé par le British Film Institute le 6 octobre 2016, avant de sortir dans les salles britanniques le 25 novembre de la même année puis le 10 février 2017 aux États-Unis.
Le résultat est décevant pour Amma Asante après le succès de Belle. Elle ne parvient pas cette fois à rentabiliser le budget de son film qui obtient un total de 13,8 millions de dollars à l’international (dont 3,9 millions aux États-Unis et au Canada) pour un budget de 14 millions de dollars. Le film ne rencontre malheureusement pas son public malgré une thématique qui aurait dû être porteuse.

A United Kingdom est utile et mémorable grâce à la force de son histoire et au message qu’elle porte. S’il pèche par une réalisation trop académique et un manque de nuances dans la mise en scène de la romance, le film emporte le spectateur grâce à la qualité de sa reconstitution et à l’interprétation d’acteurs convaincants. Sorti dans les salles britanniques pour le 50ème anniversaire de l’indépendance du Botswana, il constitue un rappel indispensable des actions des empires coloniaux. Un travail de mémoire en quelque sorte...

L'édition vidéo

Jaquette A United Kingdom
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