Loki : Les Racines du Mal
La couverture
Titre original :
Loki : Where Mischief Lies
Éditeur :
Hachette Heroes
Date de publication France :
Le 28 avril 2021
Collection :
Auteur(s) :
Mackenzi Lee
Autre(s) Date(s) de Publication :
Marvel Press (US) : Le 3 septembre 2019
Nombre de pages :
386

Le synopsis

Le jeune Loki a bien du mal à trouver sa place à la cour d'Asgard. Entre un père trop sévère qui lui interdit l'enseignement de la magie et un frère que tout le monde adule, il ne peut en fait compter que sur la présence de l'espiègle Amora, une apprentie magicienne très talentueuse qui illumine son quotidien. Bientôt pourtant, Loki perd la seule alliée qu'il ait jamais eu lorsqu'Amora est bannie sur Midgard. Dans le même temps, une prophétie annonce à Odin que l'un de ses fils le trahira bientôt. Ce pourrait-il que Loki se rebelle contre Asgard ? Envoyé en mission sur Terre par son père, le jeune prince tente alors d'échapper à ces prédictions, mais peut-être a-t-il toujours été destiné à devenir le méchant de l'histoire...

La critique

rédigée par
Publiée le 11 juin 2021

Loki : Les Racines du Mal est le premier tome d'une trilogie de romans pour jeunes adultes consacrés aux grands personnages de l'univers Marvel. Avec l'histoire du dieu de la malice, l'autrice Mackenzi Lee s'attaque à un monstre sacré de la Maison des Idées ; adoré des lectrices et lecteurs de comics comme des fans du MCU, grâce à l'interprétation stellaire de Tom Hiddleston depuis son apparition dans le film Thor en 2011, Loki est l'un des personnages Marvel les plus complexes. Dans son roman, Mackenzi Lee choisit donc de jouer la carte de l'ambivalence, en écrivant un Loki à la personnalité fragmentée, un héros désireux de prouver sa valeur mais qui est déjà, semble-t-il, prisonnier de son destin. Malheureusement, et malgré une histoire qui se laisse suivre sans déplaisir, Loki : Les Racines du Mal accumule de nombreux défauts qui l'empêchent de révéler son véritable potentiel.

Autrice reconnue tant pour ses œuvres de fiction que pour son travail biographique sur l'histoire de femmes célèbres, Mackenzi Lee débute sa carrière en 2015 avec une réécriture de l'histoire de Frankenstein ou le Prométhée Moderne, nommée This Monstrous Thing. C'est toutefois deux ans plus tard que l'autrice rencontre un succès fulgurant grâce à son second roman, Les Aventures d'un Apprenti Gentleman, qui présente les aventures de Henry « Monty » Montague, un jeune aristocrate britannique bisexuel parti en vadrouille dans toute l'Europe avec son meilleur ami Percy, en plein XVIIIe siècle ; entre 2017 et 2021, trois autres romans mettant en scène l'intrigante famille Montague viennent compléter la série Montague Siblings. En 2018, Marvel se rapproche de l'autrice et lui propose d'écrire une trilogie littéraire centrée sur les anti-héros de la Maison des Idées. Après Loki : Les Racines du Mal (2019), ce sont deux personnages emblématiques des comics apparus en 2014 dans Les Gardiens de la Galaxie qui sont mis en vedette dans le second tome, intitulé Gamora and Nebula: Sisters in Arms et sorti dans les librairies étasuniennes le 1er juin 2021.

Paradoxalement, et alors que Mackenzi Lee dépeint des évènements se déroulant bien avant l'avènement des Avengers, l'autrice s'inspire, pour l'écriture de son roman, des plus récentes aventures du dieu de la malice, qui ont vu le personnage rajeunir et embrasser bien plus franchement ses identités sexuelles et de genre. En effet, durant l'évènement Siege, paru en 2010 sous la plume de Brian Michael Bendis assisté des pinceaux d'Olivier Coipel, Loki trouve la mort. Bien entendu, le dieu fourbe a plus d'un tour dans son sac, aussi Thor retrouve-t-il bientôt la trace d'un jeune garçon à Paris qui n'est autre qu'une réincarnation partiellement amnésique de son frère. Après de nombreuses péripéties asgardiennes, le jeune Loki, qui a désormais récupéré ses douloureux souvenirs et dont l'esprit demeure tourmenté, se joint en 2013 à l'équipe des Young Avengers. Là, Loki convainc Wiccan de le faire vieillir magiquement, augmentant de fait ses pouvoirs. Désormais adolescent, Loki parvient, avec ses alliés, à se défaire de l'emprise d'un parasite qui en a après le pouvoir de Wiccan. Dans le dernier numéro de la série, le jeune homme se permet même de faire quelques appels du pied au mutant Prodigy, avant de lui avouer que, sur Asgard, ses semblables ne raisonnent pas en termes d'identité sexuelle, mais bien plutôt en termes d'actes sexuels. Dans Young Avengers Vol. 2, et même si ces révélations restent encore quelque peu timides, l'auteur Kieron Gillen officialise donc le fait que Loki est un personnage pansexuel. En 2014 et 2015, les séries et tie-in suivants, notamment Loki : Agent d'Asgard et Original Sin - Thor & Loki : Le Dixième Royaume, poursuivent l'exploration des multiples facettes de Loki et de ses identités sexuelles et de genre, en insistant plus que jamais sur la genderfluidité du dieu, en réponse d'ailleurs à la mythologie nordique, qui le présentait déjà comme un personnage des plus ambivalents. À de multiples reprises, le personnage embrasse parfois l'identité de celle qui est surnommée Lady Loki par les fans ; par deux fois, son père Odin s'adresse d'ailleurs au personnage en ces termes : « Mon enfant, qui est à la fois mon fils et ma fille ».

C'est donc avec la volonté de présenter un Loki adolescent, à l'identité affirmée mais néanmoins frustré de devoir se plier aux canons des mythes et légendes le présentant comme un être abominable, que Mackenzi Lee se met à l'écriture de ce qui deviendra Loki : Les Racines du Mal. Pour ce faire, l'autrice annonce s'être clairement inspirée de la série Loki : Agent d'Asgard, et notamment de la personnalité adolescente du dieu de la malice ; Lee a également pu compter sur le soutien et l'aide des équipes de Marvel, notamment des experts en continuité, pour livrer un roman qui demeure toutefois en marge de l'univers des comics comme de celui du MCU, et qui ne saurait donc être considéré comme « canon », d'autant que son ouvrage esquisse quelques pistes sur l'univers Marvel qui pourraient faire hausser plus d'un sourcil chez son lectorat. Dans Loki : Les Racines du Mal, le personnage est donc un jeune homme constamment remisé dans l'ombre de son frère, Thor. Alors qu'il développe un talent certain pour la magie, comme sa mère adoptive Frigga d'ailleurs, Loki se lie d'amitié avec l'envoûtante Amora. Un jour, lors de la fête sacrée de Gullveig, Odin regarde dans le Mirœil des Dieux, un artefact magique qui lui permet d'obtenir une vision du futur. Ce que le Père de Tout entrevoit le terrifie : l'un de ses fils trahira son royaume et mènera une armée de morts sur Asgard. Loki, qui se doute qu'il est destiné à être ce fameux traître, un sentiment que tous semblent d'ailleurs partager autour de lui, décide de regarder à son tour dans le Mirœil des Dieux, avec la complicité d'Amora. Malheureusement, l'objet magique est brisé par les deux amis, et c'est Amora qui subit l'ire d'Odin ; la jeune magicienne prometteuse est bannie sur Terre, où sa magie est condamnée à se tarir.

Dans cette exposition longue de 80 pages, Mackenzi Lee entreprend de peindre ses personnages et les relations de pouvoir qui les lient, et pour certains, les entravent. Épuisé par les convenances sociales et les obligations de la cour qu'il ne goûte guère, Loki est présenté comme un jeune homme certes ambitieux mais quelque peu effacé, affichant même une fragilité certaine que lectrices et lecteurs lui ont rarement connue. Au fil du roman, le personnage connaît ainsi une belle évolution, se rapprochant du Loki que toutes et tous connaissent à mesure qu'il emprunte le chemin tout tracé le menant à sa terrible destinée. Mackenzi Lee accompagne de jolie manière son lectorat à la découverte d'un personnage en proie au doute et désireux de faire ses preuves, bien que son côté farceur et fourbe se manifeste dès les premières pages du roman, pour le plus grand plaisir des lectrices et lecteurs fans du personnage. À l'inverse, son frère Thor est un personnage débordant de courage, vantard et très sûr de lui. Déjà fin stratège militaire, adulé pour sa beauté et son charisme, le dieu du tonnerre est décrit comme un jeune homme bagarreur et, il faut bien le dire, parfois stupide. Les comics ont toujours insisté sur le fait que les deux frères possèdent des atouts très différents, mais pourtant complémentaires : Loki n'a certes pas la force physique de son frère, mais il compense largement sa faiblesse grâce à une intelligence supérieure qui lui permet de se tirer des pires situations. Malheureusement, l'autrice n'arrive pas à convenablement présenter les atouts de ses héros et n'a donc trouvé qu'un moyen pour insister sur les différences des deux frères ; sous la plume de Mackenzi Lee, Thor devient donc un personnage passif et parfois benêt que le lectorat ne prend que peu de plaisir à (re)découvrir. Amora l'Enchanteresse, enfin, est certainement un personnage mystérieux pour les lecteurs plus néophytes des comics Marvel. Jeune femme à la beauté dévastatrice qui n'hésite pas à manipuler les hommes qui succombent à ses charmes, Amora est, dans Loki : Les Racines du Mal, l'apprentie de la magicienne de la cour, Karnilla. Seule véritable amie de Loki, avec qui elle partage le don de la magie, la nonchalance comme les petits stratagèmes d'Amora plairont assurément aux lectrices et lecteurs qui découvriraient pour la première fois le personnage.

La seconde partie du roman, qui se déroule quelques années après la bannissement d'Amora sur Midgard, se divise en deux aventures distinctes. Dans la première, Thor et Loki sont envoyés en mission diplomatique à Alfheim, chez les Elfes des Glaces. Bien que cette visite soit de courte durée, elle n'en demeure pas moins l'une des plus belles réussites du livre. Durant ces quelques pages, l'autrice imagine en effet une intrigue politique et explore plus en détail les manigances qui se jouent en coulisses, au cœur des Neuf Royaumes. Entre le protocole très guindé de la cour d'Alfheim et les descriptions du palais gelé, le récit offre une exploration particulièrement bienvenue du monde dans lequel évolue Loki, avant d'effectuer une transition vers la dernière partie du roman – la plus longue –, dans laquelle le dieu de la malice est envoyé en mission sur Terre. Le ton du roman change alors radicalement, puisque les récits d'aventures cèdent la place à une sorte d'enquête policière menée bien malgré lui par Loki. Pour l'occasion, le jeune dieu fait la connaissance de plusieurs personnages originaux, Mrs. Sharp, Gem et Theo Bell, tous trois membres de la société SHARP, un groupe chargé de surveiller pour le compte d'Odin les allées et venues sur Terre des entités issues d'ailleurs.

Désormais plongé en plein cœur du Londres du XIXe siècle et partiellement privé de sa magie, Loki doit compter sur l'aide de ses nouveaux compagnons d'infortune s'il veut revoir un jour la cour d'Asgard. Dans cette dernière partie, l'autrice a du mal à choisir une direction précise et, ce faisant, se perd quelque peu en chemin. Pourtant habituée des intrigues se déroulant dans le passé et auxquelles se mêlent des thématiques contemporaines, Mackenzi Lee peine ici à présenter correctement les décors dans lesquels sont supposés évoluer ses personnages. Si quelques indices temporels, comme des mentions à Lord Byron et à Jack l'Éventreur, laissent bien entendre que l'action se situe à Londres au XIXe siècle, les descriptions sont bien souvent fades et n'évoquent jamais vraiment les chamboulements de la Révolution Industrielle qui a secoué l'Europe en cette période ; Londres est sale et polluée, et... c'est tout. L'autrice ne réussit guère mieux à rendre justice au développement qu'a connu le dieu de la malice ces dernières années dans les comics, puisque le traitement des questionnements de genre et de sexualité chez Loki sont pour le moins secondaires. En vérité, cela aurait été moins décevant si l'autrice n'avait pas insisté, durant la rédaction et la promotion de son roman, sur l'exploration de ces questions dans son ouvrage. Avec les années, Loki est en effet devenu l'un des grands personnages LGBT+ de Marvel. La question de la fluidité de genre chez Loki n'est donc abordée qu'une seule et unique fois, au détour d'une conversation ; quant au sujet des identités sexuelles, il a le mérite d'être un peu mieux traité, notamment à travers le personnage de Theo. Grâce à lui, l'autrice peut aborder la difficile question d'une sexualité non-hétérosexuelle au XIXe siècle, au travers de quelques réflexions qui sonnent malheureusement juste aujourd'hui encore.

De manière un peu curieuse, sans doute d'ailleurs pour des besoins purement narratifs, l'autrice imagine un univers Marvel dans lequel la magie ne saurait fonctionner sur Terre, le monde des humains en étant totalement dépourvu ou presque. Loki se retrouve donc privé de ses plus grands atouts et forcé d'évoluer au milieu des humains qu'il considère comme inférieurs. Les multiples échauffourées entre Loki et Theo, qui passent une large partie du roman à s'affronter, sont bien souvent l'occasion pour l'autrice d'explorer plus en détail la personnalité du dieu de la malice, qui est désormais forcé d'économiser son énergie magique et de compter sur son seul sens de la répartie pour se défendre. Au milieu des quelques amusantes répliques cinglantes de Loki, Mackenzi Lee en profite pour multiplier les réflexions sur l'avenir du personnage et la prophétie qui l'a conduit sur Terre, et par ricochet, sur l'implacable machine du destin. Essayant vainement d'échapper à sa destinée alors qu'il a atterri dans un monde où toutes les légendes le présentent comme la sournoiserie incarnée, le jeune dieu doit faire un choix : embrasser pleinement l'image que tout le monde a déjà de lui, ou bien lutter de toutes ses forces pour devenir le héros que personne n'aurait pu soupçonner. Mackenzi Lee semble donc patauger un peu dans l'écriture de cette troisième partie, qui se révèle plutôt confuse à la lecture. En voulant aborder trop de sujets différents, en écorchant certains au passage, l'autrice livre un récit qui allie quelques passages plutôt médiocres à d'autres qui révèlent à l'inverse un grand talent d'écriture. Ainsi, l'autrice brille surtout lorsqu'elle fait se questionner Loki sur sa destinée, ou lorsqu'elle présente les aventures célestes des héros d'Asgard à travers les Neuf Royaumes. Un fois arrivé sur Terre, le récit prend toutefois une tournure policière et n'en demeure pas moins plaisant à suivre, mais aucune des révélations ne saurait faire mouche tant l'histoire est cousue de fil blanc.

Loki : Les Racines du Mal est au final un roman sympathique, mais dont les faiblesses d'écriture sont difficilement pardonnables. Emmené par un anti-héros charismatique et tourmenté, il est à réserver aux plus grands fans du personnage et qui voudraient en découvrir un peu plus sur la dualité du dieu de la malice ; du reste, il sera surtout conseillé la lecture des comics du début des années 2010, qui présentent les aventures autrement plus captivantes d'un Loki adolescent et un vrai renouveau dans l'histoire de ce personnage hors du commun.

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