Des Arbres et des Fleurs

Des Arbres et des Fleurs
L'affiche
Titre original :
Flowers and Trees
Production :
Walt Disney Animation Studios
Date de sortie USA :
Le 30 juillet 1932
Genre :
Animation 2D
Réalisation :
Burt Gillett
Durée :
7 minutes

Le synopsis

L'amour de deux jeunes arbres n'est pas du gout d'un vieil arbre jaloux...

La critique

rédigée par
★★★★

Walt Disney a toujours eu l'ambition de faire progresser son art. Supportant mal d'y subir des limites, le plus souvent d'ordre matériel, il plaçait logiquement beaucoup d'espoir et d'énergie dans le progrès technologique. L'utilisation de la couleur dans ses cartoons constitue ainsi une avancée dont il sentit, avant tout le monde, la portée. Il missionna donc très tôt ses techniciens sur le sujet qui tentèrent, notamment, d'employer du nitrate pour coloriser les pellicules. L'échec est cinglant. Tous les essais menés font lamentablement choux-blancs. La couleur se résumait donc, depuis le début du cinéma, en l'utilisation du bleue pour la nuit ou du rouge pour le feu, sans qu'il soit possible de faire mieux. Le résultat obtenu demeurait inlassablement laborieux et peu convaincant ; le Maître ne pouvant ainsi s'en contenter...

Technicolor allait être sa planche de salut.
Marque déposée pour une série de procédés de films en couleur lancés par la Technicolor Motion Picture Corporation, une société créée par Herbert T. Kalmus, Daniel F. Comstock et W. B. Westcott en 1915, elle révolutionne, il est vrai, le septième art. Durant les années 20, elle propose ainsi un système de couleurs via deux teintes, dont l'une des premières utilisations notables fait la réputation du film de Douglas Fairbanks, The Black Pirate en 1926. Le procédé reste toutefois balbutiant. Il est onéreux et, pire, ne rend pas les vraies teintes. La crise de 1929 a raison de lui, tant les producteurs rognent sur tous les coûts. Technicolor tente donc de rebondir en innovant de plus belle. Herbert Kalmus met au point en 1932 une caméra qui offre l'incroyable perspective de filmer tout en couleurs : la caméra Technicolor trichrome. Elle reste aujourd'hui la référence et incarne le Technicolor classique, celui de l'âge d’or. Elle gère trois positifs noirs et blancs à la fois, entraînés en synchronisme parfait, l’un étant sensible au rouge, l’autre au vert et le dernier au bleu. Le procédé nécessite néanmoins beaucoup de soin lors du tirage final ; les trois images devant se superposer exactement sur la copie. L'incroyable invention a pourtant du mal à convaincre. Les studios, échaudés par les succès mitigés des films couleur et surtout la qualité imparfaite des précédents systèmes, sont extrêmement frileux. Walt Disney n'échappe pas au sentiment général. Pourtant, si la technique bichromique l'avait laissé de marbre, il a désormais l’intuition que la nouvelle version est la bonne. Un autre élément finit de le convaincre : le procédé est fin prêt pour l'animation, le cinéma "live" devant lui attendre 1935 pour y avoir droit avec Becky Sharp réalisé par Rouben Mamoulian.

Walt Disney se décide à tenter l'aventure. Son frère, Roy, est lui bien plus mitigé. Les studios Disney viennent, en effet, tout juste de rentrer en contrat de distribution avec United Artists dont il n'est pas certain qu'il accepte, pour la seule couleur, de mettre la main au porte-monnaie. Le débat fait rage entre les deux frangins. Walt argue de l'incroyable potentiel artistique et commercial amené par la couleur tandis que Roy conspue son coût supplémentaire et sa fragilité technique. L'idée selon laquelle les Silly Symphonies s'imposeraient enfin grâce à l'abandon du noir et blanc, alors même qu'ils avaient jusque là du mal à percer par rapport aux Mickey Mouse, finit par avoir raison du scepticisme de Roy. L'accord est donné, la négociation avec Technicolor peut commencer.

Walt Disney se révèle être un redoutable partenaire. Il décroche, en effet, en contrepartie de son investissement financier, l'exclusivité totale, pour les cartoons, de l'utilisation du procédé trois couleurs de Technicolor pour les cinq ans à venir. L'étendue de ce qu'il a farouchement négocié puis obtenu se mesure sans mal dans les mois qui suivent la sortie de son premier court-métrage couleur. Le succès du procédé est, il est vrai, tel qu'il est bien vite convoité par toute la profession. Disney se résout finalement à voir la durée de son exclusivité réduite à seulement deux années.
Il n'empêche ! Il conserve une belle longueur d'avance sur tous ses confrères. Visionnaire, il a, en effet, stoppé net la production des cartoons, prévus à l'origine en noir et blanc. Le premier à connaitre ce revirement technique s'appelle Des Arbres et des Fleurs. Son processus de fabrication, déjà bien entamée, est alors entièrement revu : ses décors sont repeints en couleurs tout comme ses personnages. Les artistes progressent à tâtons, en vrais pionniers dans le domaine. Les teintes sont ainsi d'abord basiques, pour ensuite seulement afficher des nuances pastelles. Walt Disney entendait, en fait, profiter à plein de la nouvelle technique : "Quitte à payer pour la couleur, utilisons là !", avait-il pris l'habitude de répéter à ses équipes.

Plus de 75 ans après sa sortie, Des Arbres et des Fleurs étonne toujours par sa fraicheur. L'utilisation des couleurs est, il est vrai, parfaite et l'animation exemplaire. L'effet est, à l'époque, complètement saisissant pour le public qui lui réserve un véritable triomphe. Les spectateurs comme les professionnels encensent le cartoon louant l'inventivité de Walt Disney. L'Académie des Oscars crée même une catégorie afin de le récompenser. C'est la première fois dans l'histoire du cinéma que les professionnels d'Hollywood honorent l'animation en tant que forme d'art à part entière. Des Arbres et des Fleurs gagne ainsi logiquement l'Oscar du Meilleur Cartoon pour l'année 1932. Il inaugure pour Disney une longue série : le studio rafle chaque année, pendant 10 ans, le prix ; à l'exception notable de l'année 1940. Parmi les cartoons honorés, six font partie de la série des Silly Symphonies. Si les professionnels en saluent dignement la qualité, le public, lui, n'est pas en reste. La couleur apporte une énorme popularité à la collection toute entière. Les Trois Petits Cochons dépasse d'ailleurs les chiffres de fréquentation des cartoons de Mickey Mouse. Il faut dire que la célèbre souris patiente jusqu'en 1935 et La Fanfare pour adopter la couleur. Walt Disney estimait, en effet, que la popularité de son personnage phare se suffisait à elle-même, sans avoir besoin d'artifices techniques. Il ne savait pas alors que, curieusement, l'aura de sa star déclinerait avec son abandon du noir et blanc...

Des Arbres et des Fleurs est une pépite du cinéma. Un chef d'œuvre qui fait date aussi bien dans l'histoire du 7ème art comme des Studios Disney.

L'équipe du film

1907 • 1979
Animateur
1911 • 1952
Animateur
1901 • 1966
Producteur

L'édition vidéo

Le court-métrage est sorti, en DVD Zone 1 et en DVD Zone 2, dans le volume  Silly Symphonies : Les Contes Musicaux de la collection des Walt Disney Treasures.