Walt Disney
Date de naissance :
Le 05 décembre 1901
Lieu de Naissance :
Chicago, dans l'Illinois, aux États-Unis
Date de Décès :
Le 15 décembre 1966
Lieu de Décès :
Burbank, en Californie, aux États-Unis
Nationalité :
Américaine
Profession :
Dirigeant
Producteur
Animateur
Acteur

Le portrait

rédigé par
Publié le 18 octobre 2015

Peu d’hommes auront autant marqué leur époque que Walt Disney. Issu de l’Amérique profonde, celui qui représente parfaitement le Rêve américain est parvenu à créer un empire du divertissement aujourd’hui encore inégalé. Cinéma, télévision, musique, parcs à thèmes, sports, presse… Disney a laissé son empreinte partout au point de rester, des décennies après sa mort, une figure familière, connue dans le monde entier.

Walt Disney est né le samedi 5 décembre 1901. Fils d’Elias et Flora, il est le quatrième enfant de la fratrie. La légende raconte que son père, Elias, aurait des ascendances remontant à Guillaume le Conquérant et que deux de ses ancêtres, Hugues d’Isigny et son fils Robert, auraient participé à l’invasion de la Grande Bretagne après la victoire d’Hastings en 1066. Ceux dont le nom s’est progressivement changé en Disney s’installent en Irlande au XVIIe siècle. En 1834, Arundel Elias, l’arrière-grand-père de Walt, rejoint Liverpool. Avec son frère Robert, il quitte finalement le Vieux continent pour l’Amérique. Si le premier achète une ferme du Midwest, Arundel se dirige vers la frontière canadienne, précisément vers Goderich, dans l’Ontario, où il fonde une famille avec Maria. Le couple donne naissance à seize enfants dont l’aîné, Kepple, grand-père de Walt, est né en Irlande deux ans avant le départ pour le Nouveau monde. Kepple Disney se marie à son tour en 1858 avec Mary Richardson. Ensemble, ils ont un premier enfant, Elias Charles qui suit un temps son père avant de s’installer dans le sud où il épouse Flora Call le 1er janvier 1888. Propriétaires d’une orangerie en Floride, bientôt détruite par le gel, tous les deux partent pour Chicago en 1890 et construisent leur famille. Ils ont cinq enfants : Herbert, Raymond, Roy Oliver, Walter et Ruth.

Désormais installés en ville, les Disney vivent du travail d’Elias dans le bâtiment et des quelque revenus de Flora, jeune institutrice. Mais pour le patriarche, les affaires tournent bientôt au ralenti. La ville est selon lui devenue un endroit dangereux. Cicero, lieutenant d’Al Capone, vit à quelques rues du domicile familial. Les saloons grouillent d’ivrognes. Un policier vient d’être tué par deux jeunes voisins. Il est temps de partir. Flora et ses trois plus jeunes enfants, Roy, Walt et Ruth quittent alors la ville les premiers, bientôt rejoints à la campagne par Elias, Herb et Ray. Marceline dans le Missouri accueille la maisonnée. Pour Walt, ainsi que pour Ruth, commencent les plus belles années de leur enfance. Cette vie champêtre est merveilleuse. La ferme, la faune et la flore sont autant de distractions pour le garçon qui en gardera un souvenir indélébile et dont l’œuvre est le témoin. L’émerveillement est total. Le jeune Walt se souviendra longtemps des arbres escaladés, du pont sous lequel il part jouer, de la forêt parcourue avec Roy, de l’énorme moissonneuse-batteuse mise en marche chaque été, de Skinny, le petit cochon nourri au biberon, du cheval tiré pour faire tourner la meule écrasant les cannes de sorgho, des histoires d’Erastus Taylor, ancien soldat de la Guerre de Sécession présent à la bataille de Bull Run. C’est à Marceline que Walt Disney prend le goût de la lecture aux côtés de sa maman, Flora, qui le scolarise à l’école du coin. A la campagne, toujours, le jeune garçon se découvre une passion pour les trains et savoure chaque passage de son oncle Michael (Mike) Martin à bord de la locomotive de la société Atchison, Topeka and Sante Fe Railroad qui contourne la ville et passe à quelques pas de la maison. La légende raconte que c’est à Marceline que Walt devient un artiste grâce aux crayons et au papier ramenés de Kansas City par la tante Margaret. Et l’artiste a parfois débordé d’enthousiasme. Un peu trop ! Apercevant un baril de goudron, sa sœur Ruth et lui ont ainsi recouvert un mur de la maison de dessins faits avec des bâtons. Les deux enfants s’amusent des heures durant. Elias, fou de rage, n’aura pas la force d’ôter ces « ornenements » de la façade !

Mais l’aventure champêtre prend bientôt fin. Elias est atteint de diphtérie puis de typhoïde. La ferme ne rapporte pas suffisamment d’argent pour éponger ses dettes. La sècheresse a sévèrement impacté les récoltes. Herb et Ray, en conflit ouvert avec leur père qui leur confisque leurs salaires pour faire vivre la maison, sont partis. Flora pense qu’il faut vendre la ferme et partir. A l’automne 1909, les animaux et la maison sont mis aux enchères. L’épisode est cruel pour Walt, bientôt obligé de partir pour Kansas City où ses parents louent une maison au 2706 East Thirty-First Street avant d’acheter sur Bellefontaine Street. Elias se lance alors dans la distribution de journaux. Scolarisé avec sa sœur à l’école Benton, Walt aide pendant six ans son père et son frère Roy dans leur travail, y compris l’hiver, malgré le rude climat du nord. L’expérience restera dans sa mémoire longtemps. L’enfant, devenu adolescent puis adulte, est stressé de ne pas être capable de livrer tous ses journaux. Cette idée peuplera toute sa vie ses cauchemars. Bientôt, à l’été 1912, Roy, comme Herb et Ray avant lui, quitte la maison familiale à cause de désaccords avec son père au sujet de son salaire. Walt devient le seul garçon de la famille. Et la vie n’est pas facile entre le travail, l’école et les colères légendaire d’Elias. L’enfant trouve alors refuge dans le dessin, passion qu’il entretient avec l’un de ses meilleurs amis, Walt Pfeiffer. C’est ensemble que les garçons, qui aiment se déguiser, découvrent le théâtre et le music-hall. Walt interprète notamment sur scène le rôle de Charlot, qu’il adore. Le 8 juin 1917, malgré le travail harassant que représente la distribution de journaux, Disney obtient son diplôme du collège Benton. Une nouvelle vie commence. Walt est engagé par la compagnie ferroviaire Van Noyes Interstate pour vendre des fruits, du pop-corn, des cacahuètes et autres boissons et bonbons aux passagers. L’uniforme bleu est magnifique. Walt jubile. Grâce à ce travail, il quitte le Kansas et traverse les Etats-Unis vers le Texas ou le Colorado. Mais l’expérience, aussi belle soit-elle, coupe court. Les confiseries sont souvent chapardées. Les bouteilles volées. Les fruits parfois pourris balancés hors du train. Walt est contraint de retourner à Chicago, dans la maison familiale, et de reprendre ses études.

En 1917, au lycée McKinley, Walt Disney voit ses dessins publiés pour la première fois. La plupart porte sur la Première Guerre mondiale. Le conflit fait rage en Europe depuis trois ans. Roy, engagé dans la Marine, participe. En voyant l’uniforme de son frère, Walt souhaite également s’impliquer dans le conflit, malgré son jeune âge. Le dessin est l’unique moyen d’expression de l’adolescent dont le père accepte de payer des cours par correspondance en échange de son travail dans l’usine de confitures O-Zell dans laquelle Elias a investi. Au printemps 1918, en mentant sur son âge, Walt Disney est finalement engagé au bureau de poste du coin. Triant et distribuant le courrier pendant des heures, le garçon se retrouve pour la première fois de sa vie au volant d’une camionnette malgré le fait qu’il n’ait jamais appris à conduire. Avec son salaire, il peut assouvir ses passions en s’offrant une caméra et un canoë. Comme dans sa jeunesse, Walt se déguise en Charlot et tourne ses premiers petits films. Mais son esprit est ailleurs. Disney voit le conflit prendre un nouveau tournant après la Bataille de la Marne de l’été 1918. Il veut participer pour ne pas avoir à expliquer à ses enfants et petits-enfants pourquoi il n’était pas sur le champ de bataille. Avec un ami du bureau de poste, Russell Maas, il se rend alors au bureau de la Croix-Rouge, ment une nouvelle fois sur son âge, et est engagé comme ambulancier. Après avoir souffert d’une très forte grippe, obligeant à l’hospitaliser, Walt apprend le 11 novembre 1918 que l’armistice est signé. Il embarque néanmoins à bord du Vaubin, vieux cargo rouillé, en direction de la France. Arrivé dans l’Hexagone, il est subjugué par les petites locomotives françaises, la campagne, les fermes, les bois, par Paris, par l’école militaire de Saint-Cyr. Le 5 décembre 1918, c’est dans un bistrot que ses amis et lui fêtent son 17ème anniversaire. A bord de son ambulance, sur laquelle il a dessiné un soldat casqué, Walt participe à l’évacuation des troupes américaines. Affecté à Neufchâteau, près de Nancy, il a le temps de dessiner. Il accepte en outre de vieillir les casques de certains collègues, en les peignant et en les perçant. Au volant de son véhicule, il visite Strasbourg le 14 juillet 1919. Le souvenir est une nouvelle fois inoubliable. Il se retrouve enfin sur la Riviera, près de Nice, avant d’embarquer à Marseille à destination des Etats-Unis.

De retour au pays, Walt Disney refuse de reprendre ses études. Il rejette par ailleurs l’offre d’emploi de son père dans l’usine à confitures de Chicago. Sa vie d’artiste commence à Kansas City, où Roy est déjà installé avec Edna, sa fiancée et future femme. Ses dessins sous le bras, Walt se rend au Kansas City Star mais l’entretient d’embauche coupe court… Sur les conseils d’un collègue de Roy, il est finalement recruté par Louis Pesmen et Bill Rubin. Désormais membre des studios Pesmen-Rubin, Walt est chargé de concevoir des affiches pour des produits alimentaires et du matériel agricole. Ses souvenirs de Marceline l’aident alors dans son travail. Walt dessine également quelques Unes de la brochure hebdomadaire du Newman Theater. C’est chez Pesmen-Rubin que Disney fait l’une des rencontres de sa vie. Il se lie en effet d’amitié avec un certain Ub Iwerks, jeune homme de son âge. Ensemble, les deux amis décident de se mettre à leur compte. Avec l’argent gagné à la Croix-Rouge, Disney se lance dans les affaires. La société Iwerks-Disney-Commercial Artists voit le jour. L’expérience fait long feu. Un mois plus tard, Walt est engagé par la compagnie Slide, future Kansas City Film Ad Company, pour produire de petits films animés destinés au cinéma. Iwerks le rejoint bientôt. La Iwerks-Disney-Commercial Artists est liquidée dès mars 1920. Roulant sa bosse à la Kansas City Film Ad Company, Walt produit en parallèle ses propres petits films, les Newman Laugh-O-Grams, filmés avec une vieille caméra empruntée à son patron et vendus à Frank Newman, propriétaire d’une chaine de cinémas locaux. Rapidement, les minutes animées par Walt se transforment en véritables courts-métrages avec une vraie histoire basée sur les contes traditionnels. Fort d’un petit succès, Disney quitte alors son emploi et fonde le 23 mai 1922 la Laugh-O-Grams Films, installée au second étage du McConahay Building, à l’angle de la 31ème rue et de Forest. Iwerks est engagé aux côtés d’Hugh Harman, Rudolf Ising, Carman Maxwell, lorey Tague et Otto Walliman. Les films se suivent. Little Red Riding Hood, The Four Musicians of Bremen, Jack and the Beanstalk, Puss in Boots, Cinderella sont de jolies réussites. Avec sa caméra Universal, Walt devient par ailleurs le correspondant local des actualités Pathé et Universal. L’appareil est également utilisé pour filmer les enfants de parents désireux de payer pour garder le souvenir de leurs bambins.

Mais bientôt, la société entre dans le rouge. Picturial Clubs, le distributeur, ne paie pas. Déposant le bilan à l’automne 1922, il emporte avec lui la Laugh-O-Grams Films. Les artistes, y compris Iwerks, quittent l’entreprise. Walt perd son logement et dîne à crédit. Pour renflouer ses caisses, il accepte de produire des films publicitaires pour Thomas McCrum, un dentiste de la région. Tommy Tucker’s Tooth et Clara Cleans Her Teeth voient le jour. Disney se lance également dans la réalisation de Alice’s Wonderland, cartoon mêlant animation et prises de vues réelles. Malgré une correspondance fructueuse avec la distributrice Margaret Winkler, Walt Disney ne peut finir son petit film et est bientôt obligé de se déclarer en faillite… En 1923, il vend sa caméra pour se payer un billet de train et s’embarque alors pour Hollywood, où Roy est en convalescence. La ville est le nouveau centre du cinéma. Des personnalités comme Mack Sennet, Charles Chaplin ou D.W. Griffith règnent en maîtres. Walt est hébergé par son oncle Robert, dont le garage lui sert de studio de fortune. Il reprend contact rapidement avec Margaret Winkler, intéressée par une série de cartoons du même genre qu’Alice’s Wonderland. Un contrat est signé. Avec Roy, Walt fonde le Disney Brothers Studio et s’engage à fournir six cartoons, six Alice Comedies. Les parents de Virginia Davis, l’interprète du rôle principal, sont invités à quitter Kansas City pour rejoindre les frères Disney à Los Angeles. Walt se charge lui-même de l’animation et s’offre une caméra d’occasion pour filmer l’héroïne. Deux employées sont engagées pour encrer les feuilles de celluloïds. Parmi elles, Lillian Bounds, que Walt épouse en 1925. Un local est bientôt loué sur Kingswell Avenue. L’équipe grandit avec le recrutement de Rollin Hamilton et l’arrivée, dès 1924, d’Ub Iwerks puis de Hugh Harman et Rudolf Ising. La série des Alice Comedies continue mois après mois à grossir, Walt devant désormais négocier avec Charles Mintz, le mari de Winkler.

Devenu le Walt Disney Studio, l’entreprise déménage sur Hyperion Avenue. En 1927, la série des Alice Comedies prend fin et un nouveau personnage fait son apparition, Oswald le lapin chanceux. Poor Papa, le premier cartoon du héros, est mis en chantier mais est rejeté par Mintz et Universal. Disney doit revoir sa copie. Un nouvel opus est mis en production. Trolley Troubles sort finalement le 5 septembre 1927 et, malgré des débuts difficiles, inaugure une nouvelle collection de cartoons qui remporte un beau succès. Le lapin apparaît sur les écrans de tous le pays et est décliné en produits dérivés. Les équipes de Disney continuent de grossir. Mais en février 1928, l’aventure prend un tournant inattendu. Alors que le contrat avec Mintz arrive à expiration, Walt arrive à New York triomphant. Pensant diriger les négociations avec son distributeur, il reçoit pourtant une leçon mémorable. Mintz refuse d’augmenter les crédits alloués à la série des Oswald. Pire, il diminue le cachet de Disney. Ayant débauché la majorité de ses animateurs, il annonce que le personnage est sa propriété et celle d’Universal. Si Walt refuse ses nouvelles conditions, il perdra son héros. Le coup est rude. Mais Walt Disney tient bon. Il refuse le contrat et abandonne donc son lapin… Il quitte New York avec Lillian. Dans le train le ramenant en Californie, la légende raconte qu’il aurait griffonné une petite souris sur un morceau de papier. Nommé Mortimer Mouse, le nouveau personnage doit finalement, sur les conseils de Lillian, s’appeler Mickey Mouse.

De retour à Hollywood, Walt Disney termine les trois derniers Oswald qu’il doit par contrat livrer à Mintz. A l’abri de ses artistes comploteurs, il commence en parallèle à développer le personnage de la souris aux côtés d’Iwerks, resté fidèle. Croquis après croquis, il donne dans la discrétion la plus totale naissance à un nouveau cartoon, L'Avion Fou, dans lequel Mickey, en fan absolu de Charles Lindbergh, s’essaye à l’aviation. Encré et filmé dans un garage loué sur Lyric Avenue, le film est achevé au printemps 1928 et diffusé dans une salle de Sunset Boulevard le 15 mai. Le public semble bien accueillir le cartoon qui ne soulève cependant pas un enthousiasme détonnant. Mais Walt est confiant. Alors qu’il part en vain à la recherche d’un distributeur, Mickey Gaucho est mis en production. Mais le court-métrage ne se vend pas. Walt Disney décide alors de révolutionner son art. Inspiré par Le Chanteur de Jazz, premier film parlant de l’histoire sorti en salles le 6 octobre 1927, il prend le pari d’ajouter du son à ses dessins animés. Willie, le Bateau à Vapeur, au départ prévu pour être muet, est le premier test. Pat Powers accepte de sortir le film. Le 18 novembre 1928, Mickey apparaît sur l’écran du Colony Theater de Broadway en train de siffloter à la barre d’un remorqueur. Et le succès est total, au point que le petit film devient le clou du spectacle. Rires et applaudissements remplissent la salle à chaque séance. Le public et la critique sont subjugués. Le pari est réussi. La souris devient un personnage incontournable. Les produits dérivés se multiplient. Le Mickey Mouse Club devient un rendez-vous pour la jeunesse du monde entier. Disney remporte un Oscar d’Honneur en 1932 et une médaille spéciale de la Société des Nations en 1936.

Les courts-métrages de Mickey s’enchainent bientôt semaines après semaines, à un rythme très soutenu. Mais Walt souhaite se diversifier rapidement. Sur les conseils de Carl Stalling, il lance la production d’une nouvelle série, les Silly Symphonies, cartoons mariant l’animation à la musique. La Danse Macabre, le premier du genre, sort dans les salles le 22 août 1929. Il inaugure une collection de 75 films réalisés au cours de la décennie suivante et récompensés par de nombreux Oscars. L’un d’eux, Des Arbres et des Fleurs est une nouvelle révolution. Après le son, Walt Disney vient d’introduire la couleur dans ses dessins animés. Le succès est garanti. Un Oscar couronne le film en 1932. Lorsqu’il ne travaille pas aux studios, Walt entretient sa passion pour le polo au sein de l’Athletic Club d’Hollywood et organise des compétitions avec ses amis au Riviera Country Club. Une blessure grave l’oblige cependant à arrêter ce sport. Côté familial, Lillian donne naissance à la première fille du couple, Diane, la fierté de son père. La petite Sharon, née en 1936 et adoptée en janvier 1937, complète le portrait de famille.

En 1934, Walt Disney se lance dans un nouveau défi. Ses courts-métrages remportent années après années un succès jamais démenti. Le public et la critique sont extatiques. Mais l’argent ne rentre pas suffisamment dans les caisses de l’entreprise. Car la qualité et la technique ont un prix. Et Walt, conseillé par Roy, voit ses coûts augmenter alors que ses revenus stagnent. L’avenir de son média est, pour lui, dans le long-métrage. Au milieu de la décennie, Disney lance la production du premier long-métrage sonore et en couleur de toute l’Histoire. Et sa source d’inspiration est ancienne. Il se souvient d’une séance de cinéma organisée à Kansas City en 1916. Walt a alors à peine 15 ans lorsqu’il découvre Marguerite Clarke dans le rôle de Blanche Neige. Le visage de l’actrice est ancré dans sa mémoire. La princesse et les nains seront les héros de son premier grand film. Les animateurs et artistes sont mis dans la confidence à l’automne 1934. Les équipes des studios sont décuplées. Les animateurs retournent sur les bancs de l’école pour parfaire leur art. Pendant trois ans, Walt chapote la réalisation de ce que chacun appelle alors « La Folie de Disney ». La profession est sceptique. Personne ne croit que le public restera plus d’une heure devant des gags à répétition. Pourtant, le 21 décembre 1937, c’est le Tout-Hollywood qui se presse au Carthay Circle Theater pour voir le premier long-métrage de Disney. Et le succès est incommensurable. Disney savoure ce soir-là une victoire inégalée. Blanche Neige et les Sept Nains est un triomphe qui sort en février 1938 et remplit les salles à travers les Etats-Unis puis à travers le monde. La profession reconnaît le génie de Disney en lui décernant un Oscar d’honneur remis par Shirley Temple et constitué de 7 petites statuettes aux côtés d’une plus grande.

Cinéma, bande dessinée, produits dérivés, les personnages de Walt Disney s’affichent partout. Les bénéfices engendrés sont colossaux. Roy et Walt, décoré en 1936 d’une Légion d’Honneur, décident d’acheter un terrain sur Buena Vista Street, à Burbank, afin de bâtir un studio plus grand, capable d’absorber l’activité grandissante de l’entreprise qui emploie désormais des centaines de personnes. Les deux frères entendent bien faire profiter leur entourage des bienfaits de leur succès. En 1938, ils offrent à Elias et Flora, installés à Portland, une nouvelle demeure au Nord d’Hollywood. La maison est cossue. Walt veille à ce que tout le confort moderne soit disponible. Mais la chaudière au gaz dysfonctionne. Des techniciens des studios sont envoyés la réparer mais la catastrophe survient. Dans la nuit du 26 novembre 1938, les émanations de gaz asphyxient les parents Disney. Elias survit mais Flora succombe. Walt et Roy garderont toute leur vie le traumatisme d’avoir malgré eux provoqué l’accident. Désormais veuf, Elias est soutenu par ses enfants. Pour le distraire d’une vie désormais monotone, Walt lui offre de superviser les travaux de son nouveau studio.

Walt enchaîne les productions. La branche cartoons fournit des dizaines de courts-métrages, les scénaristes inventant de nouveaux personnages bientôt très populaires, de Donald à Tic et Tac, en passant par Pluto, Dingo ou l’ours Humphrey. La division long-métrage adapte d’autres classiques sur grand écran : Pinocchio, qui subit les conséquences néfastes de la guerre et ne rencontre pas immédiatement son public, Dumbo, Bambi. En 1938, Disney fait une nouvelle expérimentation. Avec L’Apprenti Sorcier, il offre à Mickey un rôle de taille dans un film alliant une animation exceptionnelle à la partition classique de Paul Dukas. L’idée est géniale mais coûteuse. Pour rentrer dans ses frais, Disney décide de poursuivre l’expérience. Aux côtés du maestro Leopold Stokowski, il choisit d’autres musiques, produits d’autres séquences et donne naissance à son Concert Filmé, Fantasia. Mais la révolution a ses limites. Le public accroche mal. La Seconde Guerre mondiale empêche Disney de toucher tous les marchés. Le film est un échec et une grande déception pour Walt. Un Oscar d’honneur vient néanmoins s’ajouter à la collection.

L’ambiance aux studios est favorable au travail des artistes. Les films publicitaires montrent un campus où chacun travaille joyeusement à donner vie à des personnages intemporels. Mais c’est l’arbre qui cache la forêt. Les échecs de Pinocchio et Fantasia et le peu de recettes des autres productions, auxquels il faut ajouter le coût faramineux des nouveaux locaux, a provoqué une dette de plus de 4 millions et demi de dollars. Les studios Disney sont dans le rouge. Roy propose alors d’ouvrir le capital de l’entreprise. En avril 1940, la première offre publique d’investissement est ouverte. Les actions sont vendues rapidement, atténuant ainsi les problèmes budgétaires de la société dont Walt devenait le Président et Roy le Vice-Président et gestionnaire. Dans le même temps, si nombre d’artistes sont dévoués, certains grondent. Ils contestent les conditions de travail, l’absence de leurs noms aux génériques et le peu de retombées financières dans leurs poches. Bientôt, comme dans nombre de studios d’Hollywood à l’époque, les syndicats, au premier rang desquels la Screen Cartoonists Federation et la Screen Cartoonists Guild, s’emparent de l’affaire. Herbert Sorrell, leader syndicaliste, promet de créer une belle pagaille. Walt tente de raisonner ses employés les plus vindicatifs. Le 29 mai 1941, un piquet de grève est planté devant les studios… Walt Disney est sceptique, promettant que chacun reviendra à son poste bien vite. Mais les pancartes sont parfois violentes. Les caricatures désobligeantes fleurissent. Walt est meurtri et ne comprend pas cette animosité à son encontre. Il est accablé lors des réunions syndicales.

Roy décide de gérer l’affaire et d’éloigner son frère des studios. Il profite de la politique de bon-voisinage orchestrée dès la fin des années 1930 par l’administration Roosevelt, Nelson Rockefeller et John Whitney, directeur de la section cinéma des Affaires Intérieures américaines. Walt et un groupe d’artistes s’envolent vers l’Amérique latine. Derrière le côté artistique et culturel, l’objectif est également, dans le contexte de la Seconde Guerre mondiale, d’installer auprès des populations un sentiment favorable aux Etats-Unis là où Allemands et Italiens se sont profondément implantés. Mais Disney refuse un simple voyage de complaisance. Ce parcours en Amérique du Sud est l’occasion de rassembler le matériel nécessaire à la production de nouveaux films. A bord d’un avion, l’équipée, surnommée El Grupo, traverse le Brésil, le Mexique, l’Argentine, le Panama… glanant ça et là des idées qui donnent naissance, dans les années suivantes, à Saludos Amigos et Les Trois Caballeros, ainsi qu’à quelques courts-métrages spéciaux. A son retour à Los Angeles, en septembre 1941, la grève est terminée. Mais Disney doit affronter un autre drame. Elias, son père, est mort le 14. L’épisode de la grève de 1941 restera un traumatisme profond dans l’esprit de Walt. Dans le contexte de la Guerre froide, au moment de la « Chasse aux sorcières » orchestrée par le sénateur Joseph McCarthy contre les communistes, il n’hésitera alors pas à donner des noms devant la commission des affaires anti-américaines.

Le 7 décembre 1941, l’aviation japonaise bombarde la base militaire américaine de Pearl Harbor. L’Amérique est sous le choc. Derrière son président Franklin Roosevelt, tout le pays soutient l’entrée en guerre du pays. Toutes les forces vives de la nation sont mises à contribution. L’armée américaine s’installe aux studios Disney. 500 soldats réquisitionnent les plateaux, vidant chaque pièce du matériel de tournage pour entreposer munitions, équipements, véhicules, dortoirs. Les équipes de Disney se replient dans le bâtiment animation. L’entrée dans les lieux se fait désormais avec un badge. Avec l’aide de militaires et de scientifiques expérimentés, comme l’ingénieur George W. Papen et le militaire Alexander de Seversky, Walt lance la production de films de propagande. L’activité normale de sa société est interrompue. Les personnages connus de tous, de Mickey à Donald en passant par Pluto, Tic et Tac et les Sept Nains, sont désormais des outils de propagande. Courts-métrages, long-métrage avec Victory Through Air Power, création de centaines d’insignes pour les différents corps de l’armée américaine, sont désormais le lot quotidien des studios. Der Fuehrer’s Face avec Donald remporte l’Oscar en 1943.

Après la Seconde Guerre mondiale, alors que Les Trois Caballeros triomphe en salles, les finances des studios Disney sont dans le rouge… Encore… Les films de propagande n’avaient pas pour finalité de gagner de l’argent. Disney a dépensé une fortune et le retour sur investissement est impossible, d’autant plus que certains films, très orientés, ne pourront plus être exploités tels quels. Roy décrit ses équipes comme des ours sortant d’une longue hibernation. Une ressortie de Blanche Neige et les Sept Nains et la mise sur le marché européen de Pinocchio, Fantasia, Dumbo et Bambi permettent de faire rentrer un peu d’argent. Epuisées, les équipes sont remises au travail sur des nouveaux sujets. Pour coûter moins chers, ceux-ci sont principalement orientés vers des courts et moyens métrages ensuite assemblés pour former un programme plus long. C’est l’époque des films d’anthologie, de La Boîte à Musique au (Le) Crapaud et le Maître d’Ecole, en passant par Coquin de Printemps et Mélodie Cocktail. Si certaines séquences sont de très bonne qualité, d’autres sont déstabilisantes, surtout quand elles sont mêlées avec des projets complètement différents. Dès lors, les profits sont maigres. Walt décide de limiter les dépenses en associant à l’animation des séquences en prises de vues réelles. Le procédé, ancien, est ainsi utilisé pour Mélodie du Sud d’après l’œuvre de Joel Chandler Harris et dont la chanson titre, Zip-A-Dee-Doo-Dah, et l'acteur James Baskett sont couronnés d’un Oscar, et Danny le Petit Mouton Noir, film nostalgique rappelant à Walt ses souvenirs de Marceline.

Toujours après la guerre, Disney souhaite poursuivre la production de films documentaires, pédagogiques et publicitaires, à l’image de ceux produits durant le conflit. L’Alaska, considéré par Walt comme une zone pionnière fascinante, apparaît alors comme un sujet idéal. Filmer les esquimaux et les phoques lui semble une bonne idée. Les époux Alfred et Elma Milotte sont engagés et envoyés un an au nord du pays. Si Walt juge les films tournés sur place peu intéressants, il entend les archiver. Ils pourront servir un jour. Désireux de voir l’Alaska de ses yeux, Walt s’envole en août 1947 avec Sharon, sa cadette. Ce voyage lui redonne l’envie de faire un film, centré sur la vie des phoques. Réalisé par James Algar, L’Île aux Phoques sort en salle le 21 décembre 1948 et remporte l’Oscar du meilleur court-métrage. Il inaugure une nouvelle collection, les True-Life Adventures, et une série de courts et longs métrages rapportant un total de 10 nouveaux Oscars !

Au lendemain du conflit, Walt dispose de plusieurs projets animés restés au placard. Peter Pan, Alice au Pays des Merveilles, La Belle et le Clochard et Cendrillon sommeillent parfois depuis des lustres. Disney porte son choix sur ce dernier. Un conte de fée est le sujet idéal pour relancer la production d’un « vrai » long-métrage animé, comme Blanche Neige et les Sept Nains l’avait été au milieu des années 1930. Wilfred Jackson, Hamilton Luske et Clyde Geronimi sont chargés de la réalisation. A leurs côtés, une équipe d’animateurs chevronnée composée de Norman Ferguson et de ceux que Walt surnomme affectueusement les Neufs Vieux Messieurs. Cendrillon sort en salle le 15 février 1950 et le triomphe est total. Le film ouvre la voie à un second âge d’or avec Alice au Pays des Merveilles, succès d’estime devant devenir culte presque 15 ans plus tard, Peter Pan, La Belle et le Clochard, La Belle au Bois Dormant, Les 101 Dalmatiens, Merlin l’Enchanteur et Le Livre de la Jungle, ultime classique de l’animation de Walt.

Enfin, les effets de la guerre se font encore sentir en Europe lorsque Walt découvre que les bénéfices engendrés par ses films sont bloqués par le gouvernement britannique. Impossible de rapatrier ces millions de dollars, pourtant indispensables aux studios. Qu’à cela ne tienne, Disney délocalise une partie de ses activités en Angleterre, pensant un temps ouvrir une nouvelle filière animation en Europe. L’idée tombe à l’eau car cela nécessite de former une nouvelle équipe d’animateurs. L’argent bloqué est alors l’occasion pour Walt de se lancer dans une nouvelle expérience, la réalisation de son premier film en prises de vues réelles. Réalisé par Byron Haskin, L’Île au Trésor est ainsi le premier long-métrage d’aventure de Walt. Le casting est anglais, à l’exception de Bobby Driscoll, enfant acteur déjà à l’affiche de Mélodie du Sud et Danny le Petit Mouton Noir. La première londonienne est organisée le 22 juin 1950. Walt, Lillian, Diane et Sharon embarquent à bord du Queen Elizabeth et assistent au succès du film qui sort ensuite aux Etats-Unis le 19 juillet 1950. L’aventure « live » de Disney commence et se poursuit années après années avec des classiques de l’aventure comme 20 000 Lieues sous les Mers, Johnny Tremain, Fidèle Vagabond, Le Troisième Homme sur la Montagne, Les Robinson des Mers du Sud, Les Enfants du Capitaine Grant. Les studios se lancent également dès la fin des années 1950 dans la comédie familiale avec Quelle Vie de Chien !, suivi de Darby O’Gill et les Farfadets, Monte là-d’ssus, La Fiancée de Papa, Quatre Bassets pour un Danois, ou encore Lieutenant Robinson Crusoé dont Walt signe le scénario sous le pseudonyme Retlaw Yensid.

Au milieu des années 1940, Walt Disney est à la tête d’une entreprise cinématographique diversifiée et couronnée de succès. Profitant d’un peu de temps libre, il s’offre un train électrique miniature pour son anniversaire en 1947. Partageant cet amour du chemin de fer avec certains de ses artistes comme Ollie Johnston et Ward Kimball, il commande en outre à Ed Sergeant les plans d’une locomotive Central Pacific N°173 à l’échelle 1/8ème. Assemblé mois après mois, le train, baptisé la Carolwood-Pacific, est installé dans les studios pour y être testé. Il est ensuite déplacé dans le jardin de la nouvelle propriété du couple Disney, achetée sur les collines de Holmby, entre Beverly Hills et Bel Air. La locomotive est appelée Lilly Belle, en hommage à Lillian, sa femme, au départ réticente à l’idée d’avoir un train au milieu de son terrain.

Mais un train miniature n’est pas suffisant pour Walt. Celui qui a passé de nombreux dimanches au Griffith Park à regarder ses filles tourner, encore et encore, sur un manège, imagine un endroit où parents et enfants puissent jouer ensemble et passer une bonne journée. L’idée d’un parc d’attraction germe dans son esprit et le terrain situé sur Riverside Drive, à côté de ses studios, semble un endroit idéal pour le construire. Le Mickey Mouse Park apparaît sur les mémos dès août 1948. Le succès de Cendrillon, de L’Île au Trésor et des True-Life Adventures aidant, Walt commence à développer son projet au début des années 1950. En attendant, les chaînes de télévision appellent semaines après semaines les studios. Ce nouveau média est en pleine expansion et une émission préparée par les artistes de Disney germe rapidement. Walt accepte de collaborer avec NBC pour un show de Noël diffusé le 25 décembre 1950. Intitulé One Hour in Wonderland, il s’agit pour lui de faire la promotion de son nouveau long-métrage animé, Alice au Pays des Merveilles. Devant la caméra de Robert Florey, Walt, entouré de Kathryn Beaumont, Edgar Bergen, Bobby Driscoll, de ses filles Diane et Sharon, et d’Hans Conried dans le rôle du Miroir magique, propose au public de redécouvrir Mickey et le Haricot Magique, des extraits de Blanche Neige et les Sept Nains et Mélodie du Sud, les cartoons Nettoyeurs de Pendules et Pluto a des Envies, et les premières images d’Alice au Pays des Merveilles. Le succès est remarquable. The Walt Disney Christmas Show est ainsi programmé pour Noël 1951. L’audience est très bonne. Disney décide de créer des programmes récurrents à la télévision. Sur NBC puis sur ABC, il crée des émissions cultes, Disneyland, Walt Disney Presents, et Walt Disney’s Wonderful World of Color dont la diffusion se poursuit après sa disparition. Les studios produisent également des séries devenues cultes à l’image de Davy Crockett, Zorro, Texas John Slaughter, Elfego Baca, Le Renard des Marais, L'Epouvantail… Le Mickey Mouse Club devient un rendez-vous familial incontournable.

Match de baseball au Gilmore Stadium, concerts au Hollywood Bowl, dîners au Chasen’s, fête au Smoke Tree Ranch, Walt a du mal à se détacher de son travail. Films, télévisions occupent son esprit, autant, dans les années 1950, que son projet de parc d’attractions. Multipliant les visites de zoos et autres parcs, il cherche l’inspiration. Le terrain en face des studios étant finalement jugé trop petit, Disney charge une équipe de trouver une location plus grande. Harper Goff est chargé des dessins préliminaires. WED Enterprises est créée en 1952 afin d’imaginer les attractions et les décors du futur parc, désormais appelé Disneyland et situé à Anaheim. La télévision est utilisée pour faire la promotion du lieu, divisé en cinq sections : Main Street U.S.A., Adventureland, Fantasyland, Frontierland et Tomorrowland. Le parc est inauguré le 17 juillet 1955, quatre jours après que Walt et Lillian y aient célébré leurs trente ans de mariage. La cérémonie d’ouverture, présentée par Ronald Reagan, Art Linkletter et Bob Cummings, est retransmise en direct sur ABC. Jungle Cruise, Mark Twain Riverboat, Santa Fe and Disneyland Railroad, Golden Horseshoe Revue, Dumbo the Flying Elephant, King Arthur Carrousel, Mad Tea Party, Mr. Toad’s Wild Ride, Autopia ou encore Snow White’s Scary Aventures font partie des premières attractions. S’ajoutent dans les années suivantes des classiques comme Mattherhorn Bobsleds, Swiss Family Treehouse, Enchanted Tiki Room et It’s a Small World que Walt Disney développe aux côtés de l’artiste Mary Blair pour l’exposition universelle de New York de 1964. En 1963, un nouvel environnement est ajouté, New Orleans Square, dont les attractions phares, Haunted Mansion et Pirates of the Caribbean ouvrent après la mort de Walt.

Au début des années 1960, Walt Disney est sur le point d’atteindre le sommet de sa carrière. Le Mickey Mouse Club est un triomphe. Des chansons comme La Ballade de Davy Crockett ou Bella Notte tournent en boucle sur les ondes. De nouveaux personnages marquants peuplent la ménagerie Disney comme le professeur Ludwig Van Drake, la terrible Cruella d’Enfer, le fantaisiste Merlin et bientôt Winnie l’Ourson. Les décorations pleuvent littéralement. Une étoile sur le Hollywood Walk of Fame est décernée à celui qui cherche, depuis des lustres, à adapter l’une des histoires préférées de ses filles, Mary Poppins d’après l’œuvre de P.L. Travers. Mais les négociations sont tendues avec l’auteure qui refuse net que son héroïne devienne un énième personnage animé de Disney. Finalement, la production est lancée. La Première de Mary Poppins est organisée le 27 août 1964 au Grauman’s Chinese Theater de Los Angeles. Une nouvelle fois, le Tout-Hollywood est réuni pour découvrir Julie Andrews, Dick Van Dyke et David Tomlinson dans les aventures de la nounou magicienne. C’est un succès énorme. Le film reçoit treize nominations aux Oscars (un record !) et remporte les statuettes de la meilleure actrice, des meilleurs effets visuels, du meilleur montage, de la meilleure musique et de la meilleure chanson originale. Aux côtés de Lillian, Walt triomphe.

Le temps passe et Walt devient, selon sa secrétaire Dolores Scott, de plus en plus sombre. Ses soixante ans, en 1961, ont marqué une étape dans la vie du cinéaste. Désormais, Disney est un grand-père accompli, Diane et Ron Miller, ainsi que Sharon et Robert Brown, ayant donné naissance à plusieurs petits-enfants dont un, Walter, porte son prénom. Retrouvant joyeusement Paris pendant le tournage de Bon Voyage !, et découvrant la Disney Street lors d’un séjour à Londres, Walt supporte de moins en moins les interviews à rallonge qui se succèdent où qu’il aille. A l’inverse, il savoure plus que jamais les moments en famille et se rapproche de ses proches, notamment de Roy, avec lequel ses relations s’apaisent. En juillet 1966, il offre ainsi une croisière en Colombie britannique à Lillian, leurs enfants et petits-enfants. Il adore également inaugurer toutes les écoles portant son nom, la première à Tullytown, en Pennsymvanie. Walt est sur tous les fronts : cinéma, télévision, parc d’attractions, organisation des cérémonies des Jeux Olympiques de Squaw Valley, exposition universelle de New York, Institut CalArts, ouverture d’une ville du future en Floride… Le Livre de la Jungle, Le Plus Heureux des Milliardaires, Pirates of the Caribbean, la création d’une classe à l’Institut Chouinard, EPCOT. Malgré la dégradation de sa santé, Walt ne cesse de travailler. Fumant cigarette sur cigarette, sa toux légendaire s’aggrave. Son état décline alors même que l’activité est à son comble. Le 1er janvier 1966, celui qui est nommé Haut Commissionnaire du Tournoi des Roses de Pasadena vit sa dernière année. Agé de 64 ans, Disney décline. La douleur provoquée par son accident de polo, survenu des décennies plus tôt, est de plus en plus présente. Plusieurs pneumonies se suivent. Des week-ends de repos au Smoke Tree Ranch et les visites régulières à l’hôpital St. Joseph témoignent de sa fatigue.

Le mercredi 2 novembre 1966, Walt Disney est hospitalisé et opéré. Le médecin annonce à sa famille qu'il a été contraint d’amputer le poumon gauche, atteint d’une lésion cancéreuse. Les jours de Walt sont comptés… Deux semaines plus tard, Tommie Wilck, sa secrétaire, vient le chercher. Il retourne à son bureau. Ses employés constatent avec effroi que leur patron est anémique… WED, Disneyland, Walt Disney World, EPCOT, Le Livre de la Jungle, Les AristochatsLe Fantôme de Barbe-NoireLe Cheval aux Sabots d’Or… Walt consulte les projets en cours, visite les plateaux de tournage, s’entretient avec ses collaborateurs. Le 5 décembre, il ne peut participer à aucune célébration pour son 65ème anniversaire. Son corps est affaibli. Les médicaments encombrent son esprit. Le 15 décembre, il décède à neuf heures trente, le certificat de décès évoquant un collapsus cardio-vasculaire foudroyant. Dans le monde entier, les journaux relaient l’information. En France, à la Une de Paris Match, Mickey pleure la mort de son papa… Depuis la Maison Blanche, le Président Lyndon Johnson, qui avait récompensé Walt de la Médaille présidentielle de la Liberté le 14 septembre 1964, évoque dans une lettre à Lillian un triste jour pour l’Amérique et pour le monde… Aux studios, Roy s’adresse aux employés, sous le choc. Les funérailles ont lieu dans l’intimité le lendemain du décès. Incinéré, les cendres de Walt Disney sont placées au Forest Lawn Memorial Park de Glendale. Après sa mort, les activités courantes reprennent. Le Plus Heureux des Milliardaires et Le Livre de la Jungle sortent en salles. Le 24 mai 1968, le Congrès décerne à Walt Disney la Médaille d'or à titre posthume. Le 1er octobre 1971, Roy Oliver inaugure Walt Disney World, quelques semaines avant sa propre mort.

Aujourd’hui encore, l’héritage de Walt Disney demeure immense. Recompensé par 22 Oscars et 4 Oscars d'honneur (un record !), ainsi que par une multitude de prix à travers le monde, celui qui fut à la tête d’une entreprise devenue un véritable empire reste dans l’inconscient collectif l’un des êtres les plus mémorables et exceptionnels du XXe siècle. Son nom reste alors immanquablement inscrit aux côtés des grands génies américains. Souvent adulé, parfois décrié, il a légué au monde une œuvre sensationnelle dans les domaines du cinéma, de la télévision, de la musique et du divertissement. Merci !