Donald, de son vrai nom Donald Fauntleroy Duck, doit sa
naissance, en 1934, à un simple mais heureux hasard ! La fabuleuse carrière du
canard le plus populaire au monde est, en effet, due à une voix, aujourd'hui
universellement connue. Clarence Nash a, il est vrai, contribué par ses
intonations exceptionnelles, à l'explosion médiatique de Donald.
En 1930, le
jeune homme, fraichement arrivé à Los Angeles, participe à une émission de
radio, The Merry Makers, dans laquelle il imite des cris d'animaux pour une
publicité d'une entreprise laitière. Alors que sa carrière semble s'engager dans
le doublage et l'imitation, il se crée une petite notoriété en devenant, auprès
du jeune public, "
Clarence, l'homme au sifflet d'oiseau déambulant dans un
camion de lait itinérant". Ayant entendu que les studios Disney produisaient des
cartoons mettant en scène des animaux, il tente un beau jour sa chance et dépose
une candidature spontanée. Invité à passer une audition, il se présente en
grande forme et se lance dans une série d'imitations animales plus loufoques
les unes que les autres. Alors qu'il est en train de singer une famille de
canards, le directeur du casting appuie malicieusement sur l'interphone reliant
le studio des auditions à la pièce dans laquelle se trouve Walt Disney. Le papa
de Mickey tombe littéralement sous le charme et s'écrit d'un légendaire "
Je
crois que nous avons trouver notre canard". L'embauche du jeune homme est vite
scellée. Clarence Nash se voit aussitôt confié la voix d'un canard irascible
dans la
Silly Symphonies,
The Wise Little Hen :
Donald. Il l'incarnera jusqu'à sa mort en 1985 !
Le personnage du canard est ensuite réutilisé dans le Mickey
en noir et blanc, The Orphan's Benefit. Ce cartoon constitue
véritablement le début de la carrière de Donald. Le public tombe, alors,
complètement sous le charme. Succès aidant, il intègre de façon durable la bande
à Mickey Mouse pour, consécration suprême, voler de ses propres ailes et
commencer à apparaître en solo. Il obtient finalement sa propre série dès 1937.
Mickey étant devenu trop "propre sur lui", les scénaristes usent et abusent,
avec délice, du mauvais caractère de Donald, source inépuisable de gags.
Véritable planche de salut, les studios Disney s'engouffrent dans le filon au
point même de menacer la Star aux grandes oreilles. La popularité de Donald va,
en effet, très vite dépasser celle de Mickey. Deux preuves pour s'en convaincre
: la série Donald Duck compte finalement 128 cartoons, constituant ainsi la plus
longue de toutes les séries des studios Disney jamais produite tandis que Donald
est le personnage de Disney qui apparaît dans le plus grand nombre de
longs-métrages !
Donald poursuit, parallèlement au cinéma, une autre carrière
fulgurante dans la bande dessinée. Ses aventures sur papier glacé contribuent
d'ailleurs énormément à son succès, alimentant sa popularité dans toutes les
couches de la société. Le neuvième art présente l'avantage non négligeable de
développer l'épaisseur du personnage, lui offrant un entourage plus élaboré. Si
les neveux de Donald (Riri, Fifi et Loulou) sont d'abord apparus en bande
dessinée avant d'arriver très peu de temps après au cinéma dans le cartoon
Donald's Nephews en 1938, Daisy connait, elle, le parcours inverse.
Apparue d'abord sur grand écran, sous le nom de Donna, dans le cartoon Don
Donald en 1937, elle prend toute sa consistance dans les albums papier.
Dans le même ordre d'idée, le personnage de Gus, cousin de Donald fait une
unique apparition au cinéma, en 1939, dans le cartoon Donald's Cousin Gus,
pour mieux revenir, quelques années plus tard, en bande dessinée, en tant que
cousin vivant à la ferme avec Grand-mère Donald. Au fil des années, la famille
de Donald s'agrandit en B.D. avec des personnages devenus fameux comme Gontran, le cousin
chanceux, Popop, le cousin maladroit, Picsou, l'oncle pingre ou encore
l'inventeur Géo Trouvetou...
En 1941, Donald est la star incontournable des studios
Disney. Mickey est lui cantonné au seul, mais très exposé, rôle d'ambassadeur de
la compagnie et ne tourne presque plus. Deux films annoncent alors l'évolution
de la carrière de l'irascible canard. Le cartoon, The Volunteer Worker,
est tout d'abord, un court-métrage caritatif où Donald lance aux gens des appels
aux dons.
Le dragon
récalcitrant est, lui, un film, où, dans une courte
apparition, il explique la technique du mouvement dans l'animation. Il est
désormais assez populaire pour porter à bout de bras aussi bien des films de
propagande que des longs-métrages d'animation...
En 1942, Donald est véritablement au sommet de sa carrière. Il est devenu
le nouvel ambassadeur des studios Disney. Mickey, véritable icône, est, lui,
désormais enfermé dans un strict rôle de représentation de la Compagnie : toutes
irrévérences lui sont strictement interdites. Très logiquement, c'est à Donald
que revient la délicate mission de participer à l'effort de guerre.
Au début des années 40, alors que l'Europe s'enfonce
irrémédiablement dans la guerre, les Etats-Unis ne sont, eux, que très
légèrement impliqués même si de sombres nuages s'amoncèlent à l'horizon. Le
Président américain, Franklin D. Roosevelt, s'inquiète, il est vrai, de
l'influence grandissante de l'Allemagne nazie sur ses voisins d'Amérique du Sud.
Il semble, avec le recul, vouloir déjà préparer le peuple américain à entrer
dans le conflit. Son gouvernement demande d'ailleurs, très vite, à Walt Disney
de se préparer à participer à l'effort de guerre en défendant, en interne et en
externe, les valeurs américaines. Ce dernier met, ainsi, à profit un voyage en
Amérique Latine pour rencontrer des artistes et capter, avec son équipe,
l'ambiance des pays visités. Walt Disney s'implique, d'ailleurs, bien
volontiers, dans ce projet, tout bousculé qu'il est alors par une grève,
extrêmement dure, qui frappe ses studios. Le 17 août 1941, il s'envole donc, non
seulement avec ses propres collaborateurs mais aussi avec des représentants du
gouvernement américain, pour l'Argentine, le Chili et le Brésil. Deux films
d'animation, mettant en vedette la star des studios de l'époque, Donald,
germeront de ce voyage : Saludos Amigos
(1943) et
Les trois Caballeros (1945). Pour
la petite histoire, devant le succès rencontré par ses productions, Walt Disney
n'aura même pas à demander à son gouvernement des compensations financières pour
leur réalisation : chacun de ses films sera, en effet, un succès auprès du
public américain, de chaque côté du Rio Grande !
Le 7 décembre 1941, l'attaque de Pearl Harbor par les forces japonaises change
la donne et pousse les Etats-Unis à entrer officiellement en guerre. Les studios
Disney sont immédiatement réquisitionnés : il leurs est demandé de réaliser des
productions de propagande militaire ou éducative pour les différents
ministères américains. Walt Disney impose, à son gouvernement, Donald en tant
que messager des discours officiels, pensant, à juste titre, que les spectateurs
se retrouveraient plus dans ce canard irascible que dans n'importe quel autre
personnage de la galaxie Disney.
Donald délivre ainsi la bonne parole au peuple américain dans
trois courts-métrages (Donald's Decision,
The New Spirit
et The Spirit of '43) tous initiés par le gouvernement fédéral.
The New Spirit est, par exemple, une commande du Département
Américain du Trésor distribuée par le "War Activities Commitee" de l'industrie
cinématographique américaine. Donald Duck y démontre l'intérêt pour la nation de
voir ses citoyens payer leurs impôts en temps et en heure... Walt Disney a, pour
lui, imposé, contre l'avis du secrétaire du Trésor, son canard irascible. Bien
lui en a pris : non seulement, le court-métrage fut nominé pour l'Oscar du
Meilleur Documentaire mais son impact fut tel que les rentrées fiscales
dépassèrent de loin toutes les espérances !
Sûr de leur qualité, le papa de Mickey ne se contente pas du circuit
administratif de distribution pour ses cartoons de propagande. Il décide, en
effet, d'en proposer certains de manière officielle via son réseau habituel,
celui de R.K.O Pictures. Un total de huit court-métrages est ainsi présenté dont
le succulent Der Fuehrer's Face, une critique féroce du régime
nazi, politiquement incorrect et terriblement efficace. Ce cartoon reste
aujourd'hui le seul dans la carrière de Donald à être auréolé de l'Oscar du
Meilleur Court-Métrage.
L'artiste Carl Barks est très impliqué dans la carrière de
Donald dans les années de guerre et d'après guerre, tant pour les scénarii des
cartoons que pour la bande dessinée. Embauché par Walt Disney en 1935 comme
simple assistant, il travaille, vite, sur différents courts-métrages d'animation
en qualité de scénariste. Il signe notamment avec bonheur le très inspiré
The Vanishing Private. En 1942, il se voit chargé de réaliser une bande
dessinée basée sur le scénario, envisagé un temps pour un long-métrage, de Donald Duck Finds Pirates Gold. Carl Barks ne quittera dès lors plus
l'univers de la BD. Il fait carrière dans le neuvième art et y crée de
véritables petits bijoux, jusqu'à sa retraite en 1966. Donald va, grâce à lui,
vivre des aventures mémorables en bande dessinée, développant sa personnalité et
son environnement comme rarement un personnage Disney a pu le faire avant lui.
Le palmipède malchanceux évolue ainsi dans un monde taillé sur mesure, riche de
plusieurs membres de famille, passés pour la plupart à la postérité. Balthazar
Picsou, qui apparaît pour la première fois dans Christmas on Bear Mountain
en 1947, est sans aucun doute le plus réputé. Suivent le cousin chanceux de
Donald : Gontran Bonheur (1948), les voleurs frères Rapetou (1951), l'inventeur
Géo Trouvetou (1952), le machiavélique Gripsou (1956), la sorcière Miss Tick
(1961). Ces personnages sont tellement inscrits dans l'inconscient collectif
qu'ils inspirent des grands du cinéma, notamment Steven Spielberg, pour la scène
de la boule de pierre dans Les aventuriers de l'arche perdue.
Alors que Carl Barks s'occupe de la carrière de Donald en
bande dessinée, Jack Hannah se charge lui du média cinéma. Embauché aux studios
Disney en 1933 en tant qu'intervalliste d'animation sur les séries
Mickey Mouse, Silly Symphonies et Donald
Duck, il réalise sa première animation pour Gulliver Mickey
en 1934. En 1939, il est promu scénariste et travaille en étroite collaboration
avec Carl Barks. C'est en 1943 qu'il devient le réalisateur attitré de Donald
Duck. Il va ainsi introduire de nombreux acolytes auprès du canard, rendant ses
cartoons tout simplement mémorables. Dans les années cinquante, il se charge de
quatorze émissions pour la télévision mettant ainsi en vedette Donald Duck pour
le show
Disneyland.
Il quitte le studio en 1959. Jack Hannah est assurément le réalisateur qui offre
au célèbre canard de Disney son plus grand nombre de cartoons incontournables.
Pas moins de 65 court-métrages s'affichent, au total, à son compteur. Huit sont
nominés aux Oscars et notamment,
Donald et les Fourmis (1948), Donald et son
Arbre de Noël (1949), et No Hunting (1955).
Donald ne serait pas Donald s'il n'affrontait pas des
adversaires aptes à le faire sortir de ses gongs. A ce jeu là, les plus petits
sont souvent, pour ne pas dire toujours, les meilleurs. Le coléoptère Bootle
Beetle est à l'évidence un cas d'école. Bénéficiant de la voix de Dink Trout, ce
petit insecte doit, en effet, son nom au réalisateur Jack Hannah dont l'épouse
possédait un cheval dénommé "Beetle Bootle". Le mari inverse les deux mots et
baptise ainsi son nouveau personnage. Bootle Beetle apparait donc en 1947 dans Booble Beetle puis dans trois autres cartoons :
Sea Salts
(1949), The Greener Yard (1949) et
Morris, the Midget Moose
(1950). Sa carrière ne décolle pas vraiment, sans doute par un trop fort manque
de personnalité. Il reste à jamais un second rôle, faire-valoir idéal de Donald.
Un autre insecte devient la bête noire de Donald. Une
abeille, au patronyme fluctuant (Spike ou Buzz-Buzz) malmène, en effet, avec
délice, le canard. Jack Hannah justifie alors le choix de cet insecte par ses
capacités toonesques. Tantôt attachante, tantôt menaçante, émettant un son
reconnaissable entre mille, dénuée de parole, l'abeille apparait, il est vrai,
vite comme un personnage de pantomime idéal. Elle est à l'affiche de sept
cartoons dont six avec Donald, sa première intervention remontant à 1948 dans
Inferior Decorator. Comme Bootle Beetle, elle rate la postérité...
Tic & Tac apparaissent eux en 1943 dans le court-métrage
animé Private Pluto où ils empêchent le chien de Mickey
d'accomplir son devoir de soldat. Ils ne disposent alors, ni de leur nom
définitif, ni de leur faire-valoir attitré, Donald. Ce n'est, en effet, que
trois ans plus tard, dans le cartoon de 1947, Chip an' Dale (Donald
chez les écureuils en français), que Tic & Tac fixent leur identité et
rencontrent leur "adversaire de toujours" avec lequel ils signent leurs plus beaux
exploits. A la différence des neveux de Donald, qui ont tous le même caractère,
Tic & Tac ont deux personnalités bien différentes. Si Tic (Chip) est le chef du
duo, sérieux et réfléchi tout en ayant beaucoup d'humour, Tac (Dale), lui, est
le clown de service, pas très futé. Cette différence de portrait est bien sûr
prétexte à de nombreux gags, tous plus succulents les uns que les autres...
Succès aidant, ces deux petits et espiègles personnages ont finalement accès à
leur propre minisérie composée de seulement trois cartoons :
Drôles de
poussins en 1951, Tic & Tac séducteurs en 1952 et
Tic & Tac au Far-West en 1954.
Humphrey, l'ours pataud, est un de ces personnages qui, s'il n'est apparu que
dans un faible nombre de cartoons (seulement six au total !), a réussi, malgré
tout, à se faire un nom dans la galaxie Disney. Sa popularité est d'ailleurs
telle qu'il est parvenu à obtenir une minisérie - certes limitée à seulement
deux épisodes. Comme ses acolytes écureuils, Tic & Tac, il sert d'adversaire
idéal au canard irascible, Donald, qui, pour l'occasion, se voit associé au
personnage du Ranger J.Audubon Woodlore, symbole de l'autorité tranquille. Les
exploits de ce trio improbable font les beaux jours de
Grin and Bear it
en 1954 et Beezy Bear en 1955. Rugged Bear en 1953 et
Bearly
Asleep en 1955, ne voient eux que l'affrontement d'Humphrey avec Donald
tandis que Hooked Bear et In the bag en 1956 (les cartoons
constitutifs de sa minisérie) offrent eux la vedette au Ranger J.Audubon
Woodlore.
Au milieu des années 50, la carrière cinématographique de
Donald tire à sa fin. Pour autant, le canard va encore se faire remarqué dans
une activité qu'il n'avait plus eu depuis la deuxième guerre mondiale : "passeur
de message". Walt Disney conserve toutefois toujours la volonté de produire du
divertissement à valeur ajoutée. Il entend continuer ainsi une mission
culturelle et éducative sans pour autant la revendiquer. Le meilleur exemple de
cette politique artistique ambitieuse est assurément le cartoon,
Donald au pays des Mathémagiques, sorti en 1959. Entraîné par sa curiosité
légendaire, le canard irascible s'aventure, en effet, dans un mystérieux monde
imaginaire où les arbres ont des racines carrées et les rivières débordent de
chiffres. Ce classique de Donald, nominé pour l'Oscar du meilleur court-métrage
documentaire, est d'abord diffusé en première partie de
Darby O'Gill et les Farfadets. Deux
ans plus tard, il a le privilège d'être introduit par Ludwig Von Drake (Donald
Dingue) dans l'épisode d'inauguration (An Adventure in Color / Mathmagic
Land) de l'ancien show
Disneyland, rebaptisé Walt
Disney's Wonderful World of Color et désormais diffusé en couleur sur la
chaîne NBC. Donald au pays des Mathémagiques est mis rapidement à
la disposition des écoles et devient vite le plus populaire des films éducatifs
jamais produits par Disney. Le papa de Mickey aime à en résumer l'incroyable
impact en expliquant : "Le dessin animé est un bon moyen de stimuler l'intérêt
(...) Nous avons ainsi pu expliqué les mathématiques tout en intéressant le
public".
Après son dernier cartoon The Litterbug en 1961
et deux cartoons éducatifs Steel And America en 1965 et
Donald's Fire Survival Plan en 1966, Donald revient au cinéma quatre
fois. Il fait partie du casting des moyens métrages
Le Noël de Mickey
(1983) et Le prince et le pauvre (1990) et signe également une
courte apparition dans le long-métrage
Qui veut la peau de Roger Rabbit. Mais son véritable
come-back est sans aucun doute sa prestation dans le long-métrage
Fantasia 2000
où il est la vedette de la séquence Pomp and Circumstances. Il y
interprète avec bonheur l'apprenti de Noé.
Donald est un personnage incontournable de la galaxie de
Disney. Si Mickey est plébiscité par les enfants, Donald est, lui, un personnage
foncièrement adulte. Son caractère, sa mauvaise humeur, son envie d'embêter plus
petits que soit, sa capacité à se mettre dans les pires ennuis font s'identifier
en lui des millions de spectateurs à travers la planète. Son succès ne s'est dès
lors jamais démenti...
128 cartoons sont ici listés, 16 sont analysés.