Tourné entre Fantasia et
Dumbo, Le Dragon Récalcitrant
poursuivait, dans l'esprit de Walt Disney deux priorités : promouvoir son studio
en répondant aux interrogations des spectateurs sur le "comment" de la
fabrication de ses films et lui assurer, par la même, une plus-value
d'exploitation afin de financer des futurs projets.
Pinocchio
et Fantasia
avaient, il est vrai, été des échecs commerciaux, plombés en partie par la
seconde guerre mondiale qui avait coupé les revenus du marché européen.
Force est de constater que Le Dragon Récalcitrant ne remplit
pas ses objectifs.
D'un côté, la tentative de décrypter pour le grand public la production de films
d'animation n'est pas une franche réussite. Le film, voulu sans doute trop
ludique, n'apporte en effet qu'une explication sommaire avec de nombreux
raccourcis et omissions. Les fans regretteront ainsi le recours à des acteurs
pour jouer les créateurs des studios : seuls Walt Disney lui-même, dont c'est
ici la première apparition dans un de ses long-métrages, et les animateurs Ward
Kimball (animant Dingo) et Norman Ferguson (singeant Pluto) jouent leurs propres
rôles. Il n'empêche : ne boudons pas notre plaisir ! Le film permet tout de même
de visualiser plusieurs outils et techniques fort intéressants aux premiers
rangs desquels la révolutionnaire caméra multiplane. Ajoutez à cela la séance
d'enregistrement de Donald Duck et Clara Cluck par leurs doubleurs officiels,
Clarence Nash et Florence Gill, ou la visite interne des locaux des studios et
chacun peut prendre conscience de l'intérêt documentaire du Dragon
Récalcitrant.

D'un autre côté, l'objectif commercial du film est totalement manqué. Il frisa
même le bide complet tant son passage en salles obscures fut rapide. Le public
n'était pas, en fait, disposé à une oeuvre cinématographique d'une genre
hybride, entre l'animation et le documentaire. Il était en effet déjà "formaté"
pour les oeuvres du style
Blanche Neige et les sept nains, Pinocchio
ou Fantasia
et n'était pas prêt à recevoir un type nouveau. Pire, à l'image des critiques de
l'époque, les spectateurs ont pris Le Dragon Récalcitrant
pour une tricherie éhontée des Studios en le voyant - c'est un comble ! - comme
un film publicitaire payant. Quelle outrance : il inaugure, en fait, un format
que les studios Disney utiliseront pendant prés d'une décennie avec des oeuvres
comme
Saludos Amigos
ou La boite à musique.
Avec Le Dragon Récalcitrant, la catégorie des films
d'anthologies Disney est en effet née.
Il est temps de rendre justice à ce film qui mérite, à bien des égards, notre
attention, tant pour ses séquences en prises de vues réelles que pour ses
courts-métrages d'animation.
Le dessin animé
Le Dragon Récalcitrant est ainsi un petit
bijou de drôlerie et de tendresse. Lorgnant du coté de Ferdinand le taureau
dont il reprend la trame, il est une critique féroce contre les intolérances et
aprioris tout en restant drôle et sensible.

Le court-métrage
How to Ride a Horse, surprenant d'humour
décapant, inaugure de façon magistrale la série des "How to" avec Dingo. RKO
Pictures, le distributeur exclusif de Disney à l'époque, trouvait en effet le
cartoon tellement réussi qu'il décida de l'inclure dans un long-métrage pensant
qu'il toucherait ainsi un plus large public. En fait, il ne parvient pas à
sortir du lot et ce n'est que, quelques années plus tard, le 24 février 1950, à la faveur d'une
ressortie en salle de manière autonome qu'il marqua l'inconscient collectif.
La dernière pépite du film est sans conteste
Baby Weems dont
l'animation, minimaliste et maintenue très proche de l'étape du storyboard,
marque les esprit. La technique utilisée fut d'ailleurs une première en
animation et annonce, avec dix ans d'avance, les productions minimalistes
plébiscitées dans les années 50. Si avant-gardiste soit-il,
Baby Weems
n'en reste pas moins prenant. Le spectateur dépasse, en effet, vite l'étrangeté
de son animation pour se plonger dans son histoire savoureuse à souhait.
Le Dragon Récalcitrant vaut également pour ses séquences en
prises de vues réelles. C'est d'ailleurs le tout premier film "live" des studios
Disney, même s'ils y incluent des dessins animées selon une technique qui
deviendra, en s'améliorant au fil des ans, une véritable marque de fabrique de
la Compagnie de Mickey. Alfred L. Werker, le réalisateur embauché spécialement
pour tourner ses prises de vues réelles, eut, en plus, l'idée d'utiliser la
technique du storyboard, crée par Walt Disney, pour séquencer le film. Cette
méthode, ici employée pour la première fois dans un film "live", s'est par la
suite rapidement banalisée.
Film injustement boudé, Le Dragon Récalcitrant est une oeuvre
à ne pas négliger même s'il convient de préciser qu'elle s'adresse désormais aux
seuls passionnés de l'univers Disney...