Roy Oliver Disney
Date de naissance :
Le 24 juin 1893
Lieu de Naissance :
Chicago, dans l'Illinois, aux États-Unis
Date de Décès :
Le 20 décembre 1971
Lieu de Décès :
Burbank, en Californie, aux États-Unis
Nationalité :
Américaine
Lien de Parenté :
Frère de Walt Disney
Profession :
Dirigeant

Le portrait

rédigé par
Publié le 15 mai 2009

Alors même que l’évocation des studios Warner fait immédiatement penser aux quatre frères qui les ont fondés et qui leur ont donné leur nom, les studios Disney sont très souvent assimilés à la seule personne de Walt. Pourtant, le 16 octobre 1923, un autre Disney participa à la création de ce qui était alors appelés les Disney Brothers Studios : Roy Oliver. Souvent oublié par les fans non avertis, il est donc temps de rendre hommage à celui qui contribua, aux côtés de Walt, au développement de l’empire du divertissement que sont aujourd’hui devenus les studios Disney.

Né le 24 juin 1893, Roy Oliver était le troisième fils d’Elias et de Flora Disney, et l’un des ainés de Walt avec qui il avait une relation très privilégiée. Cette relation étroite qui les lia pendant leur jeunesse, partageant notamment la même chambre à l’époque où la famille vivait à Marceline et vendant des journaux à la sauvette ensemble, les deux frères devaient la conserver pendant toute leur carrière. Alors que Walt s’occupait de la partie artistique, dans l’ombre, Roy s’occupait de tenir les cordons de la bourse. Il faut dire que Roy savait comment gérer un budget, ce qui n’était pas le cas de son cadet qui, sans aucun contrôle, pouvait engloutir des sommes vertigineuses dans des projets parfois farfelus et sans lendemain. Il avait travaillé dans une banque dans les années 1920 et avait avec le temps développé ce côté économe, pour ne pas dire avare. Même avec sa famille, Roy avait tendance à dépenser avec parcimonie, surtout dans les temps de crises. Deux exemples illustrent parfaitement l’état d’esprit de Roy en matière d’argent. Lorsqu’en 1925 Walt demanda sa main à Lillian, il accepta que son frère s’offre un nouveau costume, lui fixant cependant la limite de 35 dollars que Walt dépassa d’ailleurs allègrement. Ou encore en 1937, en pleine Dépression, il refusa à contre cœur d’emprunter l’argent nécessaire pour payer les médicaments de son père, Elias, alors victime de graves quintes de toux et d’une cécité de plus en plus importante…

Lorsqu’en juillet 1923, Walt, suivi par Ub Iwerks, le rejoignit en Californie pour fonder ses propres studios, c’est Roy qui s’occupa de monter financièrement l’entreprise et de trouver les partenaires indispensables. Ainsi, c’est lui qui organisa les premiers entretiens d’embauches au cours desquels il engagea bon nombre de ceux qui devinrent par la suite de grandes figures des studios Disney, notamment l’animateur et réalisateur de Blanche Neige et les Sept Nains et Bambi Dave Hand, recruté en 1930, ou encore, cinq ans plus tard, le compositeur Oliver Wallace. En 1929, c’est toujours Roy qui, pour rassembler les fonds nécessaires au fonctionnement de l’entreprise, décida de la diviser en 10 000 actions, dont 4 000 pour lui et 3 000 qui revinrent à Walt et Lillian. C’est lui qui parvint à convaincre les banques, notamment la Bank of American, de financer la production de Blanche Neige et les Sept Nains, à une époque où le scepticisme était de mise pour ce projet considéré à l’époque comme une folie. C’est lui, également, qui s’occupa de trouver les distributeurs indispensables pour sortir les dessins animés en salle, à une époque où les studios Disney n’étaient pas encore capables de sortir seuls leurs films. Ainsi, au moment de distribuer Blanche Neige et les Sept Nains, il fut chargé par son frère de trouver un partenaire, négociant notamment avec la société RKO Pictures, avec laquelle il renouvela le contrat en 1943. C’est lui, enfin, qui chercha les éditeurs indispensables à la diffusion des bandes dessinées avec Mickey Mouse.

En temps de crise, là-encore, Walt se reposait presque exclusivement sur son frère Roy. Ainsi, au moment de la grande grève de 1941 qui secoua l’ensemble des studios d’Hollywood, y compris les studios Disney, Roy O. s’occupa personnellement de négocier avec les organisateurs, préservant Walt du tumulte syndical de l’époque en favorisant, avec l’aide du gouvernement américain, son expédition en Amérique du Sud, voyage qui donna naissance à Saludos Amigos et Les Trois Caballeros. Lorsqu’en 1944, Walt ne fut plus satisfait de l’accord avec la RKO, c’est encore Roy qui fut envoyé pour revoir les clauses du contrat, retournant à nouveau au front à la fin des années 1940, pour la persuader de sortir dans les salles son premier grand documentaire, Seal Island, en vain, la RKO refusant catégoriquement de sortir un film qui, selon elle, ne parviendrait jamais à attirer les spectateurs dans les salles. Walt et Roy se débrouillèrent alors par eux-mêmes pour diffuser le documentaire, qui fut finalement présenté pendant une semaine au Crown Theater de Pasadena, dont le propriétaire était un ami de Walt, et qui remporta un Oscar en 1949. La légende raconte que Walt demanda alors à Roy d’emporter l’Oscar au siège de la RKO afin de frapper les responsables avec ! Le même genre de mésaventure se reproduisit encore lorsque la RKO refusa de sortir Le Crapaud et le Maître d’Ecole. Roy fut encore envoyé pour négocier, avec succès, cette fois. Finalement, en septembre 1954, les nombreux désaccords mirent un terme au contrat entre les studios Disney et la RKO Pictures. Et c’est Roy qui organisa la mise sur pied la société Buena Vista Distribution, la filiale de distribution des studios, que Walt avait surnommé avec moquerie et admiration « My Big Brother Roy’s Project ». Tous les films suivant furent alors sortis sous cette nouvelle étiquette, à commencer par Le Désert Vivant, en 1953, que la RKO avait également refusé de distribuer quelques mois plus tôt. Le même genre de problème se posa au moment du choix d’une chaine de télévision pour diffuser les programmes produits par Disney, Roy négociant tour à tour avec la chaine ABC, puis NBC à partir de 1961.

Même si le côté artistique et créatif était plus du domaine de Walt, Roy O., là-encore, eut un rôle à jouer. Ainsi, la légende raconte que c’est lui qui, selon certaines sources, proposa à Walt d’incorporer une piste sonore à Steamboat Willie, faisant entrer le film et les studios dans l’histoire du cinéma d’animation. En 1932, c’est lui qui acheta les droits d’adaptation d’Alice au Pays des Merveilles pour le compte des studios. En 1938, alors qu’il était parti vendre Blanche Neige et les Sept Nains en Europe, il revint avec les droits des Aventures de Winnie l’Ourson, incluant les droits sur les dessins de Sir John Tiennel. Lors du même voyage, il avait également acquis les droits de La Mare aux Grenouilles et acquis auprès du Great Osmond Street Hospital l’autorisation de créer un dessin animé inspiré de l’œuvre de James Barrie, Peter Pan. Quelques années plus tard, c’est encore lui qui se rapprocha du cinéaste Sidney Franklin, qui était alors propriétaire des droits d’adaptation de Bambi. Plus tard, en 1952, c’est encore Roy qui relança l’adaptation de La Belle et le Clochard, qui était tombée en plan, alors même que les premières ébauches du scénario dataient de 1937. Toujours dans les années 1950, c’est Roy que Walt envoya en Angleterre, afin d’acheter les droits de Mary Poppins à P.L.Travers, au départ réticente, et qui accepta finalement de les céder à vie aux studios Disney.

Mais cette collaboration entre Walt et Roy ne fut pas, ni pour l’un, ni pour l’autre, de tout repos, et il faut dire que les désaccords étaient nombreux et souvent violents. Sur le plan professionnel, Roy ne comprenait parfois pas les raisonnements de son frère. Ce fut notamment le cas lorsque Walt décida de rompre avec la United Artists, qui distribuait les courts-métrages des studios. Roy essaya de raisonner son frère, mais Walt ne démordit pas et ses colères légendaires obligèrent Roy à chercher un autre distributeur, s’orientant alors vers la RKO Pictures. Et lorsque Roy, cherchait à réduire les coûts de fonctionnement des studios, notamment en revoyant le salaire des animateurs, là-encore, il se retrouvait confronté aux colères de son frère, qui le renvoyait avec pertes et fracas dans son bureau ! Quand Walt dessina les plans de ses nouveaux studios, là-encore, il se frotta à Roy qui lui demanda de réduire les coûts de construction, proposant notamment de rassembler plusieurs départements dans le même bâtiment, regroupant ainsi le département animation et les bureaux administratifs. Au moment du choix des musiques pour constituer la bande sonore de Fantasia, à nouveau, Roy ne voyait pas d’un très bon œil l’idée de débourser des fortunes pour enregistrer les différentes œuvres choisies. Et là-encore, Walt le mit à la porte de l’auditorium, accusant son frère de ne rien comprendre à la musique classique, et lui demandant de retourner à ses livres de comptes et de ne pas troubler le déroulement de la production… Et lorsque Walt décida de se lancer dans la construction de ce qui allait devenir Disneyland, à nouveau, Roy tentant de l’en dissuader. Réalisant avec le temps qu’il ne pourrait exclure cette idée de la tête de son frère, Roy s’engagea alors à fond dans ce projet, visitant notamment l’Europe en 1951 pour trouver un manège ancien pour le parc. Et d’un point de vue personnel, là-encore, Roy était le garde-fou de Walt. Ainsi, lorsque ce-dernier, en 1963, entreprit d’apprendre à piloter, Roy l’en défendit…

Bien plus qu’un frère, Roy était considéré par Walt comme un second père. Bien plus qu’un associé, Roy était l’un des piliers des studios Disney. La relation entretenue avec son frère pendant toutes ces années fut remarquables de sacrifices, de passion et d’amour. Et à la fin de l’année 1966, cet amour extraordinaire se retrouva lorsque Roy, toutes affaires cessantes, passa les derniers jours de la vie de Walt à son chevet, à l’hôpital, à l’écouter parler d’E.P.C.O.T.. Diane Disney Miller, la fille de Walt, raconte souvent que Roy assista aux derniers instants de son frère, lui massant le pied tout en continuant à lui parler, alors même que Walt avait rendu l’âme… Après sa mort, Roy mit tout en œuvre pour continuer à entretenir la passion de son frère, tentant de réaliser les projets que ce-dernier n’avait pu mener à terme. C’est ainsi qu’il participa au développement de Walt Disney World, qu’il inaugura le 1er octobre 1971. Le seul engagement non tenu fut le projet E.P.C.O.T., cette ville du future imaginée par Walt, que Roy, faut d’argent, dû abandonner et « recycler » en parc à thème.

Pendant toutes ces années, Roy eut un rôle majeur au sein des studios Disney, permettant leur épanouissement et contribuant, dans l’ombre, à chacun de leurs succès. Sur le plan privé, il fit tout pour préserver son frère, lui cachant même jusqu’à l’état de santé de leur père, Elias, très malade dès la fin des années 1930. Celui qui avait son bureau au deuxième étage du département animation fut l’un des acteurs clés de la réussite de Walt Disney, et trop souvent, il est oublié. Roy O. Disney est mort le 20 décembre 1971, le jour même où il devait inaugurer la Disneyland Christmas Parade. Le sculpteur Blaine Gibson lui rendit hommage en concevant, sur le même modèle que la statue « Partners » réunissant Walt et Mickey, une représentation de Roy, assis sur un banc aux côtés de Minnie, dont une copie est présente à l’entrée du département animation du studio de Burbank, et une autre à Walt Disney World...