Walt Disney, le Patriote
Les États-Unis dans l’Œuvre de Disney

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Publié le 01 novembre 2008

Alors que les Etats-Unis sont aujourd’hui sur les devants de la scène internationale, en s’apprêtant à élire leur 44ème Président, et ainsi ouvrir une nouvelle page de son Histoire, il est opportun de revenir sur les liens étroits qui existent entre Walt Disney et son pays.

Walt expliquait souvent à quel point il aimait son pays, ajoutant que « si on regardait au plus profond de [ses] yeux, [on pourrait] y voir le drapeau américain flotter au vent ». Il est vrai que s’il y a bien un artiste à Hollywood qui a essayé, sans relâche, de promouvoir son pays et ses valeurs à travers le monde, c’est bien Walt Disney. Pendant presque 40 ans de carrière, et ce dans tous les domaines possibles, il a tenté de mettre en lumière les Etats-Unis et ses valeurs de Liberté et de Démocratie. Sa filmographie est indéniablement la meilleure preuve de l’amour de Disney pour son pays, son Histoire, ses paysages, ses héros et ses légendes.

Certains de ses films sont tout d’abord des odes à l’Amérique, glorifiant son passé, souvent d’ailleurs, avec une certaine mélancolie. Parmi eux, La Belle et le Clochard qui situait l’histoire d’amour de Lady et du Clochard dans une Nouvelle Angleterre idyllique, calme et pleine de romance, avec ses magnifiques maisons alignées et ses superbes allées bien entretenues, rappelant l’Amérique de la Belle époque que Walt avait connue pendant son enfance, et qui semblait déjà, dans les années 1950, totalement révolue.

D’autres films, comme Johnnie Panama et Alice Bonnet Bleu, ou encore C’est un Souvenir de Décembre reprenait le même cadre de Amérique merveilleuse de la fin du XIXe siècle et qui avait désormais disparu. Dumbo insufflait le même esprit de nostalgie, d’un temps fort éloigné ou le cirque parcourait les routes des Etats-Unis à bord d’un train à vapeur, afin de faire découvrir au public ses animaux et ses spectacles extraordinaires. Et que dire de Danny le Petit Mouton Noir, ode à l’Amérique rurale, calme et tranquille, que Walt avait connu pendant les quelques années passées à Marceline, dans le Missouri, et qui restèrent à jamais dans son esprit comme les meilleures années de sa vie.

Disney s’attacha également, au cours de sa carrière, à dépeindre les grands moments de l’Histoire américaine, avec un grand « H », dépeignant tour à tour chacune de ses périodes de gloire : la Guerre d’Indépendance dans Johnny Tremain, la Guerre de Sécession dans L'Infernale Poursuite, la ruée vers l’or, dans Sur la Piste de l’Oregon… Il s’attacha également, que ce soit à la télévision ou au cinéma, à glorifier les héros qui fondèrent la nation américaine. Parmi eux, Benjamin Franklin et Thomas Jefferson, les auteurs de la Déclaration d’Indépendance, texte à l’origine des Etats-Unis, le Brave mécanicien, symbole de la conquête du chemin de fer, ou encore le pionnier John Chapman, mieux connu sous son surnom de Johnny Pépin de Pomme, et dont la légende raconte qu’il planta les premiers pommiers de l’Ouest américain, sans oublier le mythique Davy Crockett, héros de la guerre entre les Colons et les Indiens, puis du conflit entre les Américains et les Mexicains, et qui périt avec un extrême courage dans le non moins mythique Fort Alamo… Il ne faut pas non plus oublier les légendes américaines, dont l’existence est plus qu’improbable, mais dont Disney glorifia cependant les exploits : Pecos Bill, cow-boy solitaire qui accomplit plusieurs exploits (dont le détournement du Rio Grande) avant de tomber amoureux de la séduisante Slue-Foot Sue, Paul Bunyan, le bûcheron géant, ou encore le justicier masqué Zorro, qui aida les Californiens contre les garnisons espagnoles tyranniques…

Les grands espaces américains furent également au centre de nombreux films de Walt Disney. Au cœur de plusieurs « fictions », tout d’abord, comme Bambi, ou même Les Aventures de Perri, dont l’histoire se déroule dans les forêts du Maine, comme La Légende de Lobo, dont le cadre se situe dans le désert de l’Ouest des Etats-Unis, comme Fidèle Vagabond, dont l’intrigue permet au spectateur de voir l’immensité du Texas, … Mais également au cœur des nombreux documentaires, notamment ceux de la série des True-Life Adventures, qui mettaient en valeur les castors de l’Ouest américains dans La Vallée des Castors, les ours des Rocheuses dans Au Pays des Ours, les alligators de Floride dans Everglades, Monde Mystérieux… Sans parler de la découverte des grands espaces américains dans Le Désert Vivant, La Grande Prairie ou encore Grand Canyon

Walt Disney utilisa également la télévision pour vanter les mérites de sa nation. Dans ses différentes émissions quotidiennes, il offrit au spectateur de nombreuses plongées à travers les paysages et l’histoire passée des Etats-Unis. Mais il leur offrit également plusieurs bonds dans le temps et dans l’espace, avec les émissions sur la conquête spatiale réalisée par Ward Kimball, et préparée avec le concours des meilleurs scientifiques de son temps, comme Man in Space, Mars and Beyond ou encore Man and the Moon. Alors qu’aujourd’hui, certaines de ces émissions semblent plus proches de l’utopie que de la réalité, elles jouissaient à l’époque d’une grande renommée. Et il ne faut pas oublier qu’elles furent conçues en pleine Guerre Froide, à une époque où les Etats-Unis et l’U.R.S.S. se livraient un combat idéologique sans merci, qui impliquait notamment la conquête de l’espace. En produisant ces émissions futuristes, Walt Disney devenait ainsi le meilleur ambassadeur des Etats-Unis et de leurs progrès scientifiques. Le message de propagande n’est plus perceptible aujourd’hui, mais à l’époque, ces émissions permettaient de montrer l’avance des Etats-Unis dans la conquête de l’espace, face à une U.R.S.S. qui se livrait également aux mêmes expériences.


Walt et Wernher von Braun, pendant le tournage d’une émission de la série Disneyland.

Si Walt Disney a compris, avant l'heure, l'intérêt d'utiliser les médias audiovisuels pour mettre en valeur son pays, il apprend aussi très vite à faire passer ses messages par d'autres moyens insoupçonnés jusqu'alors. Ainsi, lorsqu’il commença la mise en chantier de Disneyland, son objectif était simple. Comme il l’expliquait lors de son discours d’inauguration du 17 juillet 1955, Disneyland avait pour but de « faire revivre le passé », associé « aux promesses du futur », et il ajoutait que son parc était « dédié aux idéaux, aux rêves et aux moments forts qui avaient créé l’Amérique ». En construisant son propre parc d’attraction, Walt Disney souhaitait non seulement offrir aux visiteurs un endroit de jeux et de divertissements, mais également un endroit rempli de nostalgie, rendant hommage à l’histoire de son pays, notamment Main Street U.S.A., qui fut conçue comme une plongée dans l’Amérique de la fin du XIXe siècle, celle de la Belle époque, avec ses jolies petites boutiques, son tramway et ses voitures tirées par des chevaux, ou encore Frontierland qui, de son côté, rend hommage au far-west et à ses légendes, à la conquête de terres inexplorées et à la ruée vers l’or, avec sa vieille mine, ses saloons, ses danseuses et ses cow-boys, sans parler de New Orleans Square, qui rend hommage aux premiers temps de la colonisation et aux pirates dans le désormais mythique Pirates of the Caribbean

Pour l’organisation des grands événements, là-encore, Walt Disney était aux premières lignes. Ainsi, il travailla activement à l’organisation des 8èmes jeux olympiques d’hiver, organisé à Squaw Valley, organisant les cérémonies d’ouverture et de clôture, les cérémonies de remises des médailles, ainsi que le « voyage » de la flamme olympique. Là-encore, le contexte de l’époque était lourd, puisque c’était celui de la Guerre Froide, et Disney savait qu’il devait, par l’intermédiaire de ces jeux, montrer la puissance et la gloire de son pays. Lorsque New York accueilli l’exposition universelle de 1964, là-encore, Walt Disney fut sollicité. Pour elle, il créa de nombreuses attractions, dont certaines étaient à la gloire des Etats-Unis. La plus célèbre fut Great Moments with Mr. Lincoln, construite pour le pavillon de l’Etat de l’Illinois, et qui fut ensuite transférée à Disneyland. Dans ce spectacle, le visiteur pouvait tout d’abord voir un film sur la jeunesse, l’entrée en politique et la présidence de celui qui fut le 16ème président des Etats-Unis, avant de le rencontrer sous les traits d’un audio-animatronic…


Walt Disney présentant son attraction Great Moments with Mr Lincoln dans l'émission TV Disneyland Goes to the Fair de 1964.

Le patriotisme de Walt Disney ne s’arrêta pas là. Pendant les temps de crises, et malgré les difficultés de ses studios, il n’abandonna jamais son amour pour les Etats-Unis, et son amour pour la Liberté et la Démocratie. Ainsi, pendant la Seconde Guerre mondiale, alors que l’Europe sombrait dans le conflit le plus meurtrier de son Histoire, Walt Disney accepta de produire de nombreux films de propagande pour le gouvernement, afin d’expliquer le conflit aux Américains, de maintenir le moral de la population au beau fixe, et surtout de mobiliser tous les esprits pour l’effort de guerre. C’est ainsi que plusieurs films furent produits : Donald Gets Drafted, qui encourageait les Américains à s’enrôler dans l’armée, Victory Vehicles, qui incitait les Américains à économiser l’essence en utilisant d’autres moyens de transport, Les Sept Nains Avisés, qui tentait de convaincre les Canadiens d’acheter des bonds de guerre, The New Spirit, qui expliquait à quel point payer ses impôts était indispensable en temps de guerre, Der Fuehrer’s Face et Education for Death, qui montraient la cruauté des Nazis, ou encore Reason and Emotion et Chicken Little, qui encourageaient les Américains à conserver leur sang froid et à ne pas croire les rumeurs. Sans parler des films plus techniques, expliquant aux soldats l’utilisation de telle ou telle arme, et le long-métrage Victory Through Air Power, qui vulgarisait les différentes techniques envisageables pour gagner la guerre…

Durant cette période de tourmente, et bien avant que les Etats-Unis n’entrent en guerre, déjà Walt Disney, considéré déjà à l’époque comme le meilleur ambassadeur du pays, était envoyé en Amérique du Sud, afin de consolider les relations entre le gouvernement américain et les autres pays du continent et d’établir une politique de « bon voisinage ». En effet, on craignait à l’époque que les idées fascistes ne s’enracinent trop en Amérique. Le gouvernement demanda alors l’appui de cinéastes hollywoodiens pour s’assurer du rapprochement entre les deux parties du continent. C’est ainsi que Walt Disney embarqua pour l’Amérique du Sud, afin de trouver, officiellement, la matière à de nouveaux films. De ce voyage hors du commun, deux films virent le jour : Saludos Amigos et Les Trois Caballeros


Walt Disney, sa femme Lillian, et toute son équipe débarquant en Amérique Latine en 1941.

Le patriotisme sans borne de Walt Disney eut cependant quelques moments sombres. Ainsi, au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, alors que le spectre de la Guerre Froide se levait, et que le gouvernement américain commença à mener sa politique de traque des « activités anti-américaines », sous l’impulsion du sénateur Joseph McCarthy, Walt Disney, encore une fois, fit preuve de patriotisme. Alors que son pays tentait de trouver ceux qu’il estimait comme des menaces, à savoir les communistes, il accepta de témoigner devant l’une des commissions chargées d’interroger les dirigeants hollywoodiens. Certains diront que Walt Disney était antisémite, fasciste, raciste, anticommuniste… Walt Disney, lorsqu’il témoigna, un jour de 1947, estima qu’il était de son devoir patriotique de le faire. Dans un contexte différent, son patriotisme aurait pris d’autres formes, mais l’époque était marquée par le début de la Guerre Froide, opposant l’U.R.S.S. aux Etats-Unis, et il pensa certainement aider son pays en venant parler devant la Chambre du Comité des Activités Non-Américaines ». Par ailleurs, il était encore marqué par la grève qui avait secoué ses studios en 1941, et qui avait été organisée par des syndicats d’extrême-gauche. Beaucoup s’accordent aujourd’hui pour dire que si Disney donna les noms de trois de ses anciens artistes, c’est par rancœur contre ceux qui lui firent faux bond en 1941… A l’époque, son témoignage fut perçut comme une nouvelle marque de son patriotisme.

Au fil des années, Walt Disney est devenu l’un des meilleurs ambassadeurs de son pays, et l’un de ses emblèmes les plus connus, au même titre que sa célèbre souris Mickey qui, dans l’inconscient collectif, est désormais indissociable des Etats-Unis. Plusieurs présidents louèrent cet engagement exceptionnel et reconnurent à quel point l’action de Walt Disney était grande en faveur des Etats-Unis. Ainsi, en 1964, Walt Disney recevait des mains du président Lindon Johnson la Presidential Medal of Freedom, puis en 1965, le président Dwight Eisenhower lui remettait le Freedom Foundation Awards.

Au-delà de son engagement, peu de sources mentionnent les opinions politiques de Walt Disney. Beaucoup tendent à dire qu’il était républicain, ce qui est plus que probable. Toujours est-il qu’il compta parmi ses amis de nombreux hommes politiques, démocrates comme républicains, Américains et étrangers. Parmi eux, Dwight Eisenhower, qui visita de nombreuses fois le parc Disneyland, et qui pensa un temps nommer Walt Disney président d’un comité chargé d’organisé des conférences dans les écoles, avant que ce-dernier ne refusa cette offre, car se jugeant non qualifié pour ce genre de choses. Il faut également citer Ronald Reagan qui, à l’époque acteur de western, et loin de devenir lui-aussi président des Etats-Unis, présentait sur ABC la cérémonie d’ouverture de Disneyland aux côtés de Walt et d’Art Linkletter, ou encore Richard Nixon…

Walt Disney fut donc l’un des plus fervents défenseurs et l’un des meilleurs ambassadeurs des Etats-Unis, ce pendant toute sa carrière, et avec tous les moyens en sa possession. Aujourd’hui encore, son nom reste attaché à l’Amérique. Mais laissons le mot de la fin au citoyen Walt lui-même : « L’avenir sera meilleur, tant que l’Amérique gardera vivant son idéal de Liberté… Je remercie Dieu et l’Amérique pour m’avoir permis de vivre et d’élever les miens à l’ombre du drapeau de la tolérance, de la démocratie et de la Liberté ».