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Le Naufrage du Nautilus

L'article

rédigé par Romain Chayot
Publié le 09 septembre 2023

Y a-t-il encore un capitaine dans le Nautilus ? La question demeure le seul mystère de l’attraction, même si la réponse semble évidente (et ce ne sont pas les dernières annonces sur les Pass Annuels qui en changeront la nature). Encore une fois, Disneyland Paris démontre son excellence dans l’art de maîtriser la médiocrité. Capable du pire comme du meilleur, la transformation de l’attraction Les Mystères du Nautilus constitue la dernière preuve de son irrespect envers son patrimoine.

Pourquoi s’en soucier alors qu’il s’agit d’une attraction « mineure » au sein de laquelle les foules ne se pressent pas ?
La réponse est simple : elle est symptomatique de ce qui touche les équipes décisionnaires de Disneyland Paris au point de se demander si le capitaine à la barre de ce navire est ivre ou a tout simplement décidé de l’abandonner dans ce qui ressemble à un naufrage. Attention à ne pas blâmer les équipes créatives, qui ne sont souvent qu’aux ordres du management ! Celles-ci ne manquent pas de talent à condition toutefois d’être dirigées correctement !

La décrépitude de la cohérence scénaristique de Discoveryland ne date toutefois pas d’aujourd’hui.
D’abord, Le Visionarium - Un Voyage à Travers le Temps fut remplacé par des jouets de chez Pixar réunis dans l'attraction Buzz Lightyear Laser Blast, avec pour seul lien avec la thématique de Discoveryland, l’Espace, lieu dans lequel les vaisseaux évoluent pour arriver sur la planète Z.
Space Mountain - De la Terre à la Lune ne fut pas épargné, et la destruction de son thème se déroula en deux temps. En 2005, avec Space Mountain : Mission 2, la Lune n’est plus l’objectif, s'éloignant ainsi de son inspiration d’origine. Puis le drame arriva : depuis 2017, Star Wars Hyperspace Mountain propose un voyage pour détruire un Destroyer Stellaire. Aujourd’hui, seuls le canon Columbiad , le bâti et les trains rappellent le thème initial de Jules Verne.
Ces modifications conduisent peu à peu Discoveryland à devenir un Tomorrowland sans saveur, un véritable crime de lèse-majesté envers les Imagineers à l'origine de la création de Disneyland Paris

Le sacrilège continue sur sa lancée et ne semble décidément pas vouloir s'arrêter là. Le dernier clou dans le cercueil (mais sera-t-il le dernier ?) concerne en effet cette attraction supposée « mineure », ouverte au sein du Resort français le 4 juillet 1994 : Les Mystères du Nautilus. Le principe était alors simple : partir à la découverte de ce submersible rétro-futuriste, dans une ambiance angoissante et pleine de mystère, rendant hommage au film iconique de 1954 20 000 Lieues Sous les Mers. Le point d’orgue est alors l’attaque du calmar géant, rappelant ainsi une scène iconique du long-métrage, et marquante (conduisant bien des enfants, effrayés par cette attaque, à traverser le lieu à toute vitesse de peur d’être attrapés).

Certes, Les Mystères du Nautilus était vieillissante et méritait une rénovation de fond en comble tellement l’attaque était devenue risible avec le temps. L'équipe créative en charge des travaux de réhabilitation de l'attraction a donc pris la décision inattendue et hautement contestée de supprimer purement et simplement la bête aux tentacules (au petit nom de Mireille pour les intimes) - et pire encore ! - de la remplacer par... un écran ! Cette solution de facilité, bien que terriblement dommageable pour le patrimoine historique de la destination, aurait pu être habilement menée, en alternant cette attaque angoissante avec d’autres scènes de la vie sous-marine plus contemplatives et apaisantes, issues du film. Et d'ailleurs, dans le film, les idées ne manquent pas à l'exemple de la ferme sous-marine ou de l’enterrement. Des scènes telles une vision lointaine de l’Atlantide ou d’autres pleines de questions et de mystères, rappelant ainsi le nom de l’attraction auraient été brillantes !

En lieu et place de cela, un choix étonnant, quasi sacrilège, fut pris : diffuser des images de la vie sous-marine telles que celles de dauphins ou de baleines à bosse. Les visiteurs sont-ils à bord du Nautilus du Capitaine Nemo ou devant un reportage de National Geographic ? Même pas ! Sans faire appel aux archives de cette filiale de Disney experte reconnue en documentaires animaliers, Disneyland Paris est allé puiser au rabais dans une banque d'images tout à fait générique...

Et l'entreprise de démolition ne s'arrête pas là puisque se rajoute la destruction de la narration par le remplacement de la voix du capitaine Nemo mais aussi de la musique d'ambiance, désormais digne d'une musique d'ascenseur, en lieu et place de celle iconique de film original. Décidément, toute l’âme de l’attraction a été méticuleusement piétinée. Le seul point positif au final est la remise en état des lieux. Pas de quoi réellement féliciter Disneyland Paris pour l'entretien de son patrimoine qu'elle trahit au point de le faire désormais flirter avec celui visitable dans un parc Sea World.

C'est seulement en remontant le temps à bord de feu Le Visionarium - Un Voyage à Travers le Temps que les visiteurs auraient pu découvrir ce qu’est Discoveryland : une ode au génie européen et aux Visionnaires d’hier et d’aujourd’hui, une invitation au voyage dans le temps, vers la Lune, dans une galaxie lointaine, très lointaine, ou dans les profondeurs des abysses. Mais ce rêve est depuis longtemps inatteignable et c’est à se demander si les équipes dirigeantes de Disneyland Paris n’ont pas pour objectif de détruire ce qui faisait du Parc Disneyland le plus beau des Parcs de type Magic Kingdom !

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