Muriel
L'affiche du film
Titre original :
Muriel’s Wedding
Production :
Miramax Films
Date de sortie USA :
Le 31 mars 1995
Genre :
Comédie romantique
Date de sortie cinéma Australie :
Le 29 septembre 1994
Réalisation :
Paul John Hogan
Musique :
Peter Best
ABBA
Durée :
106 minutes

Le synopsis

À 23 ans, Muriel, boulotte et fainéante, passe la plupart de son temps dans sa chambre à rêver d’un mariage de princesse en écoutant en boucle les chansons de son groupe favori ABBA. Sa pitoyable famille ne l’aide d'ailleurs guère à se motiver et les quatre pimbêches qu’elle considère comme ses amies la détestent. Un jour, Muriel recroise Rhonda, une ancienne amie de lycée qui a choisi, elle, de vivre sa vie comme elle l’entend…

La critique

★★★★
Publiée le 17 septembre 2018

En 1994, bien avant le phénomène Mamma Mia !, la comédie musicale culte qui cartonne aussi bien sur les planches que dans les salles obscures, les fameuses chansons du groupe ABBA résonnaient déjà dans les salles de cinéma.
À l'époque, l’industrie cinématographique des antipodes prouve aussi au monde qu’elle est audacieuse grâce au succès international de Ballroom Dancing en 1992 (le premier film de Baz Lurhmann, Moulin Rouge !), du cultisme Priscilla, Folle du Désert en 1994 (dans lequel la musique d’ABBA est également présente) et de l'américano-néo-zélandais Fantômes Contres Fantômes en 1996 (le dernier film de Peter Jackson avant sa trilogie Le Seigneur des Anneaux). Depuis, la Nouvelle Zélande - qui n’est pas si éloignée - reste l’un des incontournables pays de productions de l’industrie cinématographique.
Entre ces œuvres, une comédie a priori sans prétention voit donc le jour en Australie et sort en France un mois plus tard (le pays étant coproducteur), avant de faire le tour du monde l’année suivante. Les prémices d'une petite bombe qui va devenir culte pour toute une génération (et qui ne le sait pas encore) est en marche : Muriel.

Muriel sort tout droit de l’imagination du scénariste et réalisateur Paul John Hogan, né en 1962 en Australie. L’idée lui vient d'une rencontre qui l’a profondément marqué. Le personnage principal s’inspire, en effet, d’une vendeuse - légèrement mythomane - qu’il avait l’habitude de côtoyer dans son vidéo club (pour ceux qui ont connu la location des VHS et des DVD) et qui rêvait désespérément de se marier. Un jour, elle finit par lui annoncer l’événement tant attendu… sans jamais en reparler ensuite. Le réalisateur, qui ne saura jamais si elle lui avait dit la vérité ou si elle mentait éhontément, y a longtemps repensé, au point d’en définir les contours d’un personnage et d’un scénario pour son prochain projet.
Déjà réalisateur de trois premiers films, il rencontre le succès inattendu et international avec cette comédie franco-australienne que personne n’attendait. Surfant sur cette visibilité désormais acquise, il réalise ensuite Le Mariage de mon Meilleur Ami en 1997, Peter Pan en 2003 et Confessions d’une Accro au Shopping en 2009.

Tournage au pays des kangourous oblige, le casting est forcément local. Le réalisateur écrit le rôle du père de Muriel pour l’acteur confirmé Bill Hunter, que le public international a pu justement découvrir dans les australiens Ballroom Dancing et Priscilla, Folle du Désert. Il prête également sa voix au dentiste fou dans la version originale du Monde de Némo en 2003.
À l’inverse, pour le premier et le second rôle, P.J Hogan préfère donner sa chance à deux actrices alors méconnues et dont Muriel va lancer la carrière internationale.

La première, qui termine alors un premier film nommé Spotswood en 1992, se présente dès le début des auditions pour le rôle de Muriel… qu’elle n’obtiendra que quatre mois plus tard. Même si P.J Hogan est satisfait de la prestation de la jeune Toni Collette, il ne retrouve pas en elle sa vision de Muriel. C’est après des mois et des mois d’auditions sans résultats convaincants qu’il revient (fort heureusement) sur sa position, obligeant l’actrice à prendre près de 20 kilos en quelques semaines pour le rôle.
Toni Collette est aujourd’hui connue grâce au succès de Sixième Sens en 1999 (qui lui vaut une nomination aux Oscars), The Hours en 2003 et Little Miss Sunshine en 2006 (qui lui vaut une nomination aux Satellite Awards). Elle retrouve P.J Hogan pour Mental en 2012. Parallèlement à sa carrière cinématographique, elle tient le rôle principal de la série United States of Tara de 2009 à 2011 (pour laquelle elle remporte le Golden Globe de la meilleure actrice dans une série en 2010).

La seconde est plus rapidement retenue malgré un physique complètement différent du personnage petit et rond qui caractérise Rhonda dans le scénario. La grande et mince Rachel Griffiths joue ici son tout premier rôle au cinéma (après quelques apparitions télévisées), dont la carrière oscille par la suite entre l’Australie et les États-Unis.
Connue pour ses rôles dans les séries Six Pieds sous Terre - Six Feet Under (de 2001 à 2005), pour laquelle elle remporte le Golden Globe de la meilleure actrice dans un second rôle dans une série en 2002, et la série ABC Disney Brothers & Sisters (de 2006 à 2011), elle tourne également pour le cinéma. Elle retrouve elle aussi P.J Hogan pour Le Mariage de mon Meilleur Ami en 1997, puis tourne pour Disney dans Rêve de Champion en 2002, Sexy Dance en 2006 et Dans l’Ombre de Mary - La Promesse de Walt Disney en 2013, dans un rôle plus que mémorable pour tout fan de l’univers de P.L. Travers.

Voici donc un duo de choc embarqué dans une tranche de vie farfelue et une folle aventure à la poursuite d’un mariage de rêve auquel le public est invité. Mais s’il s’attend à voir une comédie romantique, fraîche et sucrée sur fond de carte postale australienne… il risque d’être franchement surpris, car le cocktail se révèle finalement (mais divinement) caustique et amer. Tout d’abord déstabilisé, car Muriel n’a rien d’une belle princesse de conte de fée ou d’une brave héroïne de cinéma, le spectateur est finalement déboussolé, car plongé dans la réalité d’une Australie qui n’a rien du voyage idyllique sur des plages de rêve à l’autre bout du monde.

Sur fond d’histoire légère, d’univers kitsch, de personnages stéréotypés et de situations cocasses, le constat est tout de même critique et cynique. L’œuvre profite de cette quête, somme toute pleine de bons sentiments, pour narrer le parcours d’une jeune fille paumée et dépeindre ainsi la triste vie de la classe moyenne provinciale australienne, au sein d’une petite station balnéaire médiocre et fictive nommée Porpoise Spit. Cette double lecture ne doit pas être considérée comme un défaut - car jamais le spectateur n’a l’impression que le film cherche le bon ton. Elle est au contraire le premier point fort et fait toute la richesse de l'opus, qui ne ressemble, pour le coup, à aucun autre.

Muriel brille également par la grande qualité des personnages qui composent ici une galerie superbement hétéroclite. Pour continuer avec les superlatifs décrivant l’héroïne, la pauvre Muriel est en effet niaise, maladroite, envahissante et oisive. Difficile à ce moment-là de l’apprécier à sa juste valeur. Le spectateur comprend très vite que la jeune fille n’est pas un exemple à suivre : elle ne se donne aucun moyen pour atteindre son but, ment comme elle respire, fait preuve de lâcheté et profite même de sa famille.

Cependant, il ne peut s’empêcher d’éprouver de la compassion pour cette jeune femme au portrait peu flatteur, charmé par la prestation sensible et empli de tendresse de Toni Colette. Muriel est tout simplement mal à l’aise dans son environnement et mal dans sa peau, au point de se mépriser et de faire les mauvais choix. Car Muriel ne veut pas forcement trouver le grand amour ou rencontrer l’homme de sa vie ! Elle veut seulement échapper à sa triste vie, pensant à tort y arriver en faisant le plus beau des mariages, ce qu’elle comprendra plus tard…

Heureusement pour elle, Rhonda la prend sous son aile. Il faut ainsi attendre leurs retrouvailles pour que Muriel ait le courage de reprendre sa vie en main et surtout de s’accepter telle qu’elle est. Contrairement à Muriel, la prestation sans retenue de Rachel Griffiths, permet au public d’apprécier immédiatement ce personnage enjoué et libérateur qui vit sa vie sans se poser de questions, avec un soupçon d’irrévérence.

Du côté de son entourage, les divers personnages qui croisent Muriel sont tout aussi pathétiques qu’elle, si ce n’est pire, quand ils ne sont pas, en plus, méprisables. La véritable différence est qu’eux n’évoluent jamais ou si peu, quand Muriel fait enfin la différence. Certains confèrent ainsi l’aspect dramatique au film, quand d’autres lui apportent la touche de légèreté nécessaire.

Si la famille de Muriel à l’intellect très limité est l’occasion de sourire en surface, le spectateur rie beaucoup moins et éprouve de la compassion ou de l’aversion, c’est selon, pour ce petit groupe désespéré : une fratrie assistée et sans avenir, une mère totalement dépassée et résignée, l’ensemble étant dirigé par un père rude et honteux, un politicard sur le déclin aux mœurs discutables.

À l’inverse, les quatre pestes de « copines » de Muriel apportent une véritable bouffée d’air frais et d’insouciance au récit. Aussi méchantes et superficielles qu’inutiles et décoratives, le public adore les détester. Loin d’être dispensables cependant, ces simples harpies qui n’ont pour seule qualité que d’être populaires, ont le mérite de participer à de drôles de situations ou être victimes de quelques répliques bien senties.

Pour tout de même préserver l’aspect enjoué du film, Muriel se démarque par sa bande-son détonante et… surprenante - utilisée avec beaucoup de second degré et d’ironie - ce qui en fait le dernier atout du récit. Si la musique additionnelle est composée par le compositeur australien Peter Best, l’identité musicale est, contre toute attente, construite autour des chansons du groupe ABBA… nécessitant d’inévitables accords financiers passés avec Bjorn Ulvaeus et Benny Andersson, les deux garçons du groupe, pour avoir le droit d’utiliser leur répertoire et d’instrumentaliser Dancing Queen pour les besoins de l'opus. En même temps, si l’Australie est l’un des plus grands fans du groupe suédois, Muriel l’est aussi, obligatoirement !

Il ne faut cependant pas se méprendre : Muriel est une sorte d’anti Mamma Mia ! Là où la comédie musicale sert de prétexte au réemploi des chansons cultes du groupe, le film de P.J Hogan utilise, lui, le matériel musical pour illustrer la folle histoire de Muriel et faire écho aux émotions qui s’emparent de l’héroïne. Ainsi, les mélodies enjouées et connues de tous telles que Waterloo et Mamma Mia collent parfaitement aux moments farfelus de l'histoire. Mais les morceaux plus doux tels que Fernando et I Do I Do I Do I Do I Do, s’adaptent aussi parfaitement aux scènes plus classiques (avec énormément d’humour cependant).

Grâce à ce savoureux mélange, l’œuvre trouve ici le parfait équilibre entre la comédie et le drame. Le public rit de bon cœur, mais jaune aussi souvent. L’humour est omniprésent, mais l’émotion l’est tout autant. Un savoureux cocktail mêlant exubérance et mièvrerie, associés à une certaine dureté et teintée de mélancolie parfois. Fort heureusement, Muriel reste une comédie parfaitement dosée, sans jamais verser dans la surenchère ou le larmoyant. Le public se rappellera un bon moment du duo qui endosse les costumes des chanteuses d’ABBA lors d’un concours de talent, comme de l’entrée fracassante de Muriel à l’église, extravagance dont elle seule a le secret.

Véritable satire sociale grinçante, le réalisateur offre cependant au fur et à mesure de l’histoire et avec beaucoup d’amour, un portrait attendrissant de sa protagoniste, sans jamais tomber dans l’humour lourd ou facile qui peut être imputé aux personnes disgracieuses ou en surpoids. Le spectateur ne se moque, en effet, jamais de Muriel, même lorsqu’elle est ridicule - comme au début du film - et c’est le plus important ! Il finit même par éprouver de l'affection pour elle, notamment lorsqu’elle décide de se prendre en main. Et quand le spectateur comprend que le véritable message véhiculé par le film - qui est également le but recherché par Muriel - est qu’il faut s’accepter soi-même avant de se faire accepter des autres et que le bonheur ne se trouve pas forcement là où on l’attend, l’ensemble prend alors tout son sens...

Muriel sort dans son pays natal le 29 septembre 1994 et rencontre immédiatement le succès. Le public, ainsi que les critiques, ne tarissent pas l’éloge sur le film et les professionnels ne s’y trompent pas en le nommant à huit Australian Film Institute Awards, l’équivalent australien des Oscars. Il remporte l'Australian Film Institute du meilleur film et de la meilleure performance musicale, tandis que le duo formé par Toni Collette et Rachel Griffiths est lui aussi reconnu en décernant à la première l'Australian Film Institute de la meilleure actrice (le premier d’une lignée de sept pour Toni Collette dans un premier ou second rôle) et à la seconde celui de la meilleure actrice dans un second rôle. L’œuvre rate de peu les distinctions de la meilleure mise en scène et du meilleur scénario.

Muriel débarque rapidement en France le 26 octobre 1994, avant d’envahir le reste de l’Europe et les États-Unis dès le début de l’année 1995. Toni Collette est même nommée pour le Golden Globe de la meilleure actrice dans un film musical ou une comédie. Excellente surprise au box-office, le film rapporte pas loin de 16 millions de dollars en Australie et plus de 11 millions aux États-Unis, avec un total de plus de 42 millions dans le monde, pour un budget initial de 3 petits millions de dollars.

Fort de ce succès que personne n’aurait pu prédire, Muriel dépasse encore le stade de la surprise en devenant avec les années le film culte de toute une génération. Est-ce parce qu’il est gentiment déjanté ? Résolument kitsch ? Subtilement intelligent ? Absolument attachant ? Formidablement interprété par Toni Collette qui prouve déjà à l’époque un grand talent ? Qu’importe… Le plaisir est total.
Pour preuve, la simple phrase prononcée par la sœur cadette de Muriel (qui impose le visionnage pour cette seule réplique) - You're terrible, Muriel - est devenue depuis une expression courante de le parlé australien. Deux décennies plus tard, une comédie musicale voit le jour en Australie, Muriel’s Wedding, dont la première a lieu le 6 novembre 2017 et qui rafle au passage huit Sydney Theatre Awards, dont celui de la meilleure comédie musicale.

Muriel est une véritable petite perle australienne à découvrir ou à redécouvrir avec toujours autant d’entrain. L’invitation au mariage est toujours lancée. Décidément, face à une telle postérité bien méritée… Tu es terrible, Muriel.

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Jaquette Muriel
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