Le Diable S'Habille en Prada

Le Diable S'Habille en Prada
L'affiche du film
Titre original :
The Devil Wears Prada
Production :
Fox 2000 Pictures
Date de sortie USA :
Le 30 juin 2006
Genre :
Comédie dramatique
Réalisation :
David Frankel
Musique :
Theodore Shapiro
Durée :
109 minutes
Disponibilité(s) en France :

Le synopsis

Andrea « Andy » Sachs est la plus chanceuse des femmes. Après avoir terminé ses études de journalisme, elle débarque à New York et décroche le job dont toutes les jeunes filles rêvent : celui d’assistante à la rédaction du prestigieux magazine Runway. Mais son enthousiasme est mis à rude épreuve lorsqu’elle découvre les diktats du monde très fermé de la mode, à commencer par ceux de sa boss, la légendaire et diabolique Miranda Priestly.

La critique

Publiée le 07 janvier 2019

Un nouveau jour se lève sur la Ville Qui Ne Dort Jamais. Sur la chanson Suddenly I see de KT Tunstall - contant la femme parfaite et rayonnante - de belles et dynamiques demoiselles, aussi classes et sophistiquées les unes que les autres, se préparent à affronter une nouvelle journée de travail. À leurs côtés, Andrea, ordinaire et enthousiaste, s’apprête elle à faire ses premiers pas dans le monde du travail, et de surcroît dans l’univers de la Mode dont elle ignore tout.
Et non, il ne s’agit pas d’une nouvelle saison de la cultissime série Sex and the City portée par Sarah Jessica Parker (Hocus Pocus - Les Trois Sorcières), digne ambassadrice de New York dans la peau de Carrie Bradshaw ! Si les vertigineux gratte-ciels et les fameux taxis jaunes sont bien présents tout comme le style avec un grand « S » et la tendance avec un grand « T », il s'agit ici d'une toute autre nouvelle histoire qui commence.

Dans la vie réelle, Lauren Weisberger - fraîchement diplômée en quête d’une première expérience professionnelle - est choisie pour être l’assistante d’Anna Wintour, célèbre et incontournable rédactrice en chef du magazine Vogue américain, reconnue par la profession pour son goût certain mais crainte pour ses extravagantes exigences et son terrible caractère. Sa folle année passée à ses côtés l’inspire tellement qu’elle commence à écrire ce qui deviendra son premier roman : Le Diable s’Habille en Prada.
Le livre n’est pas encore terminé que Carla Hecken, vice-présidente exécutive de 20th Century Fox en 2002, s’intéresse de près au manuscrit. Et surtout au personnage de Miranda Priestly, qu’elle considère comme "l’un des plus grands méchants de tous les temps". Sans tarder, le studio acquiert les droits de l’œuvre en vue d’une adaptation cinématographique. Un groupe de scénaristes s’attelle au projet, alors même que leur base de travail est toujours en cours de rédaction chez l’apprentie romancière.
20th Century Fox voit cependant juste. Le livre sort en 2003 et crée la surprise. Le succès est immédiat et mondial. Il est vrai que l’incursion dans le cercle très select d’une des papesses de la mode est alléchante (même si l’auteure nie toute ressemblance avec la susvisée) et les aventures d’Andrea se révèlent particulièrement intéressantes. Les péripéties perpétrées par sa tortionnaire et menées à un rythme effréné sont en effet dignes d’une excellente comédie.

Vu l’ampleur que prend le projet, un réalisateur chevronné au nom aussi prestigieux que celui des grands créateurs aurait pu être choisi. Que nenni ! La productrice Wendy Finerman choisit David Frankel, récompensé d’un Oscar pour son court métrage Dear Diary en 1996 et d’un Emmy, en 2004, pour le pilote de la série Entourage (déjà en présence d'Adrian Grenier). Son unique film Miami Rhapsodie a dix ans à l’époque, mais la productrice souhaite collaborer avec lui depuis ce premier long-métrage et son travail varié au sein de la télévision.
Il réalise en effet quelques épisodes de Sex and the City entre 2001 et 2003. Un homme de goût assurément ! Sans compter que son expérience sur la série, qui porte aux nues la ville de New York et la mode, a de quoi séduire. Un point commun qu’il partage d’ailleurs avec le directeur de la photographie Florian Ballhaus et la costumière Patricia Field (qui a déjà travaillé avec Frankel), tous deux habitués du programme télévisé et engagés sur Le Diable s’Habille en Prada pour le seconder.
Après deux ans d’écriture, le réalisateur reçoit le script. S'il adhère à son univers enivrant et adore le personnage de Miranda, il trouve le scénario bien trop satirique et sarcastique envers le monde de la mode. Sans vouloir l’idéaliser, Finerman et lui sont sur la même longueur d’ondes et font donc appel à la scénariste Aline Brosh McKenna pour corriger cela. Elle cerne de suite leurs attentes et le personnage d’Andy (elle aussi est venue à New York pour écrire), pour enfin trouver le ton juste.

Mais deux questions essentielles restent en suspens. Quelle jeune et charmante actrice peut incarner Andrea, cette « girl next door » (mais qui doit devenir canon), déterminée (mais pas prête à tout) et encore inexpérimentée (mais pas stupide) ? Au contraire, quelle impressionnante et charismatique actrice peut incarner Miranda, cette véritable souveraine de la mode qui a droit de vie ou de mort (si, si) et intraitable femme de poigne (mais… non, il n’y a pas de « mais » avec Miranda) ?
La (mal)heureuse élue qui franchira les portes du magazine n’est autre que la pimpante Anne Hathaway. Déjà connue des fans de Disney, elle fait ses débuts au cinéma dans les comédies Princesse Malgré Elle en 2001 et Un Mariage de Princesse en 2004 avec Julie Andrews, puis Ella au Pays Enchanté la même année (avant d’incarner la Reine Blanche dans Alice Au Pays des Merveilles de Tim Burton en 2010 et Alice de l’Autre Côté du Miroir en 2016). Jeune actrice à suivre à l’époque, elle est déjà entourée d’un solide public. Un choix somme toute parfait alors que les studios ne sont pas convaincus, la jugeant trop juvénile.
Elle s’acharne et obtient ce rôle tant désiré qui lui permet de se défaire de son étiquette de jeune fille en fleur. Elle s’émancipe professionnellement et se diversifie. Elle joue dans le drame fantastique Les Passagers en 2008, excelle dans Les Misérables en 2012 qui lui vaut l’Oscar de la meilleure actrice dans un second rôle. C’est tout en sensualité qu’elle réinvente le rôle iconique de Catwoman dans The Dark Knight Rises en 2012, touche les étoiles dans Interstellar en 2014, avant de revenir dans le monde des strass et paillettes pour Ocean’s 8 en 2018.

Retour au film et dans les locaux de Runway... La musique d'accompagnement douce et enjouée laisse subitement place à un rythme beaucoup plus effréné. Un simple coup de téléphone et le magazine est en effervescence, comme pris de panique. Chaussures confortables sont troquées contre des escarpins et retouches maquillage sont faites sur des visages déjà parfaits. Miranda Prieslty est en avance et sur le point d’arriver. D’un pas pressant et sans la moindre once d’hésitation, se dresse de l’autre côté du bureau en moins de temps qu’il n’en faut, l’impressionnante Meryl Streep.
C’est donc l’une des plus grandes actrices de sa génération qui porte le fameux Prada. Parmi sa riche filmographie figurent, et pour ne citer qu’eux : les drames Kramer contre Kramer en 1979, Le Choix de Sophie en 1982 et La Dame de Fer en 2011 pour lesquels elle est oscarisée Meilleure Actrice. Elle se diversifie et se fait connaître de la nouvelle génération avec Mamma Mia ! en 2008, Into the Woods : Promenons-Nous dans les Bois en 2014 et Le Retour de Mary Poppins en 2018 pour Disney.
Reconnue par ses pairs avec plus de vingt nominations aux Oscars et trente aux Golden Globes - faisant d’elle l’artiste plus nommée à ces deux distinctions (hommes et femmes confondus) - force est de constater qu’il ne pouvait y avoir meilleure interprète pour incarner une femme de la trempe de Miranda. Le Diable s’Habille en Prada lui offre d’ailleurs sa quatorzième nomination aux Oscars, sa première pour une comédie. Si elle le rate de peu, elle remporte cependant le Golden Globe de la meilleure actrice dans un film musical ou une comédie pour l’occasion.

Niveau casting, pas une faute de goût pour le légendaire duo ! Anne Hathaway, affublée de vêtements basiques de grandes surfaces, parvient sans surprise - puisqu’elle est toujours parfaite - à rendre Andrea des plus attachantes, gommant le côté un peu trop plaintif et pleurnichard de son alter ego papier. Elle excelle dans le rôle de la jeune fille de banlieue simple et gentille, qui dénote avec la grande ville sophistiquée et dure, mais remplie d’opportunités.
Comment le spectateur ne peut-il pas la soutenir et fondre devant ses grands yeux noisette ainsi que son irrésistible sourire ? Si Miranda reste impassible, Meryl Streep, elle, est ravie. Dès le premier jour de tournage, elle souffle à sa jeune collègue qu’elle la trouve parfaite pour le rôle et qu'elle est ravie de travailler avec elle... avant de rentrer pour de bon dans son personnage et conclure en lui disant que c'est la dernière chose gentille qu’elle lui dira de tout le tournage.
Plus que parfaite, elle préfère s'inspirer des grands hommes qu'elle a pu rencontrer tout au long de sa carrière et de Diana Vreeland, ancienne Rédactrice en chef du Vogue américain dont elle a lu la biographie. Elle propose ainsi un personnage beaucoup plus en retenue. L’hystérie et les stridents An-dre-âââ du roman laissent place à un sourire pincé, un regard exaspéré et une voix monocorde, comme si s’abaisser à parler était déjà un effort surhumain. Un parti-pris bien plus nuancé et efficace, qui se passe de commentaires.

Les présentations faites, l’enfer peut commencer. Et c’est un véritable parcours du combattant, une guerre psychologique que s’apprête à mener Andrea. Bien entendu, le ton reste léger et il n’est pas là question de destin tragique, drame politique ou bouleversement économique. Ce n’est pas Wall Street ! Quoi que… Derrière cette usine à rêves, il n’est pas simplement question d’un magazine féminin, mais d’un univers à part entière qui a le pouvoir d'influencer le monde entier.
Andrea l’apprend à ses dépens. Hormis le fait d’être joignable 24 heures sur 24 et s’accomplir de diverses tâches telles que : traverser la ville pour commander le steak parfait, trouver un avion qui accepte de décoller en plein cyclone, ou encore dénicher le dernier volume de Harry Potter non encore paru (une fiche de poste somme toute classique et toujours en Jimmy Choo ou Manolo Blahnik !), elle découvre derrière ces caprices et un univers qu’elle pensait futile, un monde à part, une véritable industrie aux enjeux financiers et sociaux colossaux.
La fiction n’est pas si édulcorée et ne sous-estime pas cette manne. La première et magistrale leçon de mode et d’économie (pourtant inventée de toute pièce), dispensée avec dédain et éloquence par Miranda, donne le ton. Comme Andrea, le spectateur en reste bouche bée et ne peut plus nier l’existence du bleu céruléen. Et savoir que la seule moue de Miranda peut lancer ou détruire la carrière d’un jeune prodige de la couture lors de présentations privées de collections impressionne...

Le spectateur se demande alors pourquoi Andrea s’inflige-t-elle toutes ces humiliations pour ce poste dans ce monde parallèle qui ne l’intéresse même pas, au détriment de ses amis (moins présents encore que dans le livre) et de sa relation amoureuse. Il s’avère qu'il lui permet en un an d’acquérir la renommée nécessaire pour prétendre à toutes ses aspirations. En dehors du fait que bien gagner sa vie à New York est une nécessité, cela devient également pour Andrea une question de fierté.
Entre fausse camaraderie, mesquinerie et jalousie, tous sexes confondus, Andrea peut-elle trouver un appui parmi toutes ces tailles 36 qui la dévisagent pendant la pause « déjeuner » et la surnomment "taille 40" ? Dans ce monde impitoyable et au détour des couloirs de Runway, deux autres recrues tirent brillamment leur épingle du jeu et apportent une véritable valeur ajoutée au film.
Andrea est, en effet, accueillie par Emily, la première assistante de Miranda au teint livide et à l'air toujours mortifié. Si elle apprécie son travail et ne rêve que de Paris, elle est constamment contrariée et presque aussi froide que sa patronne. Puis vient Nigel, le snob et arrogant directeur artistique du magazine, qui se révèle être un allié de poids et le futur styliste personnel d’Andrea. La vraie beauté vient peut-être du cœur, mais un petit coup de pouce est toujours appréciable (surtout pour rabattre le caquet de ses collègues en apparaissant en cuissardes Chanel).

L’interprète d’Emily est la troisième révélation du film. Emily Blunt, sélectionnée très tôt, est tout simplement génialissime dans ce second rôle délicieusement acide. Le Diable s’Habille en Prada n’est alors que son deuxième film et lui vaut déjà une nomination pour le Golden Globe de la Meilleure Actrice dans un Second Rôle, ainsi que la rencontre avec l’une de ses futures meilleures amies en la personne d’Anne Hathaway. Un vrai tremplin pour la jeune et talentueuse comédienne britannique.
Elle incarne par la suite la reine éponyme dans Victoria : Les Jeunes Années d'une Reine en 2009 et joue les soldats d'élite dans Edge of Tomorrow. Pour la Souris également, elle pousse la chansonnette dans Into the Woods : Promenons-Nous dans les Bois en 2014 et reprend le rôle de la plus célèbre des nounous jadis incarnée par Julie Andrews dans Le Retour de Mary Poppins en 2018, deux films dans lesquels elle retrouve une seconde et troisième fois Meryl Streep. Elle figure enfin au casting de l'adaptation de l'attraction Jungle Cruise en 2020.
Son futur beau-frère fait également partie de la distribution. L'excellent et facétieux Stanley Tucci, habitué aux seconds rôles et qui rejoint le casting trois jours avant le début du tournage, est Nigel (se préparait-il déjà au rôle de l’excentrique Caesar de la saga Hunger Games ?). Il est ici l’un des rares interprètes masculins, car l'homme est après tout accessoire, hormis évidemment quand il est de la maison et prodigue de bons conseils. Enfin, Le Mentaliste Simon Baker incarne lui le bellâtre et mystérieux Christian pour assurer la partie « comédie sentimentale » du film, tout à fait superflue.

Dans cet univers hautain, glamour rime aussi avec humour. Le Diable s’Habille en Prada n’en manque pas et s'avère méchamment drôle. Andrea, risée de tout le magazine et victime parfaite, en fait bien sûr les frais. Rien ne lui est épargné. Elle petit-déjeune un bagel à l’oignon tandis que les autres femmes savourent un délicieux festin d'amandes. Elle demande sans complexe de lui épeler« Gabbana » et se sépare en toute désinvolture d'un sac Marc Jacobs, pour lequel de nombreuses harpies sont prêtes à tuer.
Si un seul de ses regards suffit à faire plaisir au spectateur, Miranda est l'auteure de répliques voraces et cinglantes à hauteur de ceinture (turquoise et de marque évidemment, tenues ici par Rebecca Mader, la Méchante Sorcière de l'Ouest Zelena dès la saison 3 de Once Upon a Time - Il Était une Fois). Un véritable harcèlement moral mais qui fait mouche à chaque fois. C’est ainsi qu’elle n'hésite pas à se vanter d’avoir engagé "cette fille grosse et intelligente", de demander à Andrea d’aller ennuyer quelqu’un d’autre ou de n'accepter l'absence de son café uniquement si cette dernière est morte. "C’est tout !"
Emily et Nigel ne sont pas en reste. Il est cependant déconseillé d'écouter les conseils beauté d'Emily, avec son régime à base de "rien du tout" et d'une "bonne gastro par-dessus". Mais le public rit de bon cœur devant ses innombrables grimaces, avant que son visage ne s'illumine lorsqu'elle est complimentée pour sa minceur extrême. Il en est de même lorsque Nigel, en bon nutritionniste, confesse que "la cellulite est l'un des principaux ingrédients du potage de maïs", ou en bon camarade, incite Andrea à utiliser de la vaseline et un chausse-pied pour enfiler un vêtement trop petit pour elle.

Si ce monde peut encore une fois sembler superficiel, il ne faut pas penser que le film l’est. Certes, le roman - qui peut être vu comme une simple succession de scènes de vie de l’héroïne - ne dispose ni d’une véritable intrigue ni d’un véritable dénouement. Mais les scénaristes travaillent ces lacunes afin de donner plus de consistance au récit central, allant jusqu'à modifier la fin de l’histoire pour la rendre plus intéressante et plus percutante.
Pari osé et réussi puisqu’il met encore plus en valeur son duo. Le personnage de Miranda est ainsi bien plus complexe, sans pour autant perdre en prestance. Elle peut - à de très rares moments - se montrer amusée (aux dépends d’Andrea évidemment), étonnée (« impressionnée » est un bien grand mot) et l’espace d’un très court instant, humaine. Le réalisateur souhaitait vraiment que ce personnage ne soit pas détesté, mais juste incompris quant aux choix qu’elle se doit de faire et aux responsabilités qu'elle se doit d'assumer.
Andrea de son côté vit une véritable métamorphose au fil de l’histoire. Jeune fille un peu naïve qui juge trop vite et prend malgré elle ce monde un peu de haut, elle apprend, acquiert de l’assurance et finit même par comprendre la position peu enviable de Miranda, sans pour autant tomber dans la caricature facile du personnage qui devient opportuniste. Elle devient plus mature et réfléchie. Assurément plus adulte et plus femme. Sa transformation physique reflète d’ailleurs son évolution. Ou ne se laisse-t-elle tout simplement pas prendre au jeu de cet univers qui fait tant rêver ?

Ce n’est pas la magnifique entrée au ralenti d’Andrea après le tant attendu relooking (certes, il n’est pas si difficile de rendre Anne Hathaway sublime) qui prouvera le contraire. D'ailleurs, le personnage principal du (Le) Diable s’Habille en Prada ne serait-il pas finalement : la Mode ? La costumière Patricia Field, considérée par ses semblables comme une visionnaire et déjà auréolée d'un Emmy Award (pour 5 nominations) pour son travail sur Sex and the City (décidément), fournit ici un travail titanesque (plus d’une centaine de marques sont présentes à l’écran) mais absolument indispensable.
S’il est souvent dit que les acteurs ne sont pas irremplaçables, les grands couturiers, eux, le sont encore moins. Disposant d'un budget confortable pour un film lambda mais indécemment dérisoire au vu du sujet, elle achète et loue quelques pièces, avant de faire appel à ses connaissances et entrer en négociation avec les grands couturiers lors de la saison des défilés précédant le tournage pour obtenir des prêts de collections. Un exploit qui lui vaut sa une première nomination aux Oscars.
Plus que de simples « fringues » (Miranda tourne déjà de l’œil à la lecture de ce mot), les tenues donnent, en effet, une réelle identité et personnalité aux héroïnes. Andrea, encore novice et peu sure d'elle, ne prend pas de risque et adopte le classique style de Lagerfeld pour la Maison Chanel (elle ose la frange tout de même). Emily, beaucoup plus chevronnée et audacieuse, assume parfaitement l’avant-gardisme de Vivienne Westwood et sa chevelure rousse flamboyante. Miranda, quant à elle, fait tout naturellement dans la sobriété, la costumière souhaitant ne pas lui attribuer un style trop reconnaissable. Meryl Streep s’inspire cependant du modèle canonique Carmen Dell'Orefice.

Mais ne jamais négliger les accessoires... La maroquinerie, la joaillerie et les chaussures sont filmées sous toutes les coutures. David Frankel prend donc plaisir à effectuer de très courtes séquences, de nombreux gros plans (Field passait son temps à s'assurer que tous les mannequins aient les mains parfaitement manucurées) et panoramas verticaux (assez rares au cinéma), pour mettre en valeur toutes ces pièces aussi sublimes les unes que les autres et présenter élégamment les silhouettes de ses personnages. Où quand une contrainte technique devient une véritable signature artistique !
Cependant, pas de défilé sans musique. Pour accompagner ces créations d’art et lancer la tendance, Theodore Shapiro (très productif depuis les années 90) est chargé de composer la bande originale du (Le) Diable s’Habille en Prada. Il donne à l’Enfer un ton très sexy, jazzy et rythmé, fidèle et cher à New York, à l’aide d’un véritable orchestre. Son œuvre est ailleurs récompensée d’un quatrième BMI Film Award (distinction de la SACEM américaine).
D’un autre côté, la musique contemporaine d’artistes urbain tels que Moby, U2, Jamiroquai et Alanis Morissette se mélange parfaitement à la partition du compositeur. Les premières notes du fameux titre de KT Tunstall font une ouverture de film tout simplement parfaite. Ainsi, il n’est pas étonnant qu’Andrea, une fois confiante et aussi sublime que l’ensemble du staff de Runway, fasse un véritable défilé de ses plus belles tenues sur l’inoubliable Vogue de Madonna. Ce ne sera d'ailleurs pas le seul hit utilisé de la superstar et inspiratrice de tendances, Jump (Confessions on a Dance Floor) étant encore dans toutes les oreilles.

Le tournage du film est bouclé en un peu moins de deux mois. Comme la Mode, New York est un autre personnage à part entière et il n’est pas envisagé par l’équipe de tourner dans une autre ville et d’utiliser moults subterfuges pour tenter de restituer l’atmosphère si particulière qui y règne. Le tournage a donc lieu en plein cœur de Manhattan, avec toute la magie, l’effervescence et l’authenticité qu’elle renferme. Les locaux de Runway, véritable sanctuaire d'un blanc pur et épuré, s’inspirent de réelles rédactions de magazines de mode.
Concernant l’escapade au cœur de la Capitale de la Mode, les studios souhaitent faire des économies et se passer de Paris, mais le réalisateur insiste et finit par obtenir gain de cause. Le tournage ne dépasse pas les deux jours octroyés par la production et se passe de la présence de Meryl Streep (la postproduction comblera ce court délai et l'absence de la star). Fort heureusement l’image de carte postale de la Ville Lumière reste intacte, offrant ce qu’il faut de chic pour la reconstitution des défilés et de romantique pour les tribulations d’Andrea.
Toujours en quête de légitimité, la présence de grands couturiers est souhaitée. Seul Valentino accepte l'invitation, formulée via des amis communs de la productrice du film. La légende voudrait que l'Impératrice Anna Wintour, inquiète de l’image que pourrait refléter Le Diable s’Habille en Prada, ait « incité ses sujets » à s’abstenir. Le pouvoir de Miranda dépasse donc la fiction… Les top models Heidi Klum et Gisele Bündchen s’affichent également, à condition pour la seconde et à sa demande, de ne pas apparaître sur les podiums. Elle devient ainsi une collègue d’Emily, commérant sur l’apparence de la pauvre Andrea.

En moins de trois ans, le roman - encore présent dans les esprits et les bonnes librairies - prend enfin vie sur grand écran. Telle une pièce unique de créateur esquissée, patronnée puis travaillée, la présentation est enfin prête et le véritable défilé peut dès lors commencer. Le Diable s’Habille en Prada sort le 30 juin 2006 aux États-Unis avant les congés d’été et inaugure la collection Automne-Hiver en Europe le 27 septembre avec la sortie française (Capitale de la Mode oblige).
Pour un budget estimé à 35 millions de dollars avec plus d’un million dédié à la section costumes (dont les frais ont littéralement explosé), le film rapporte plus de 326 millions de dollars. Un énorme succès. Si les aventures d’Andrea charment les américains (124,7 millions de dollars après 24 semaines à l’affiche), elles séduisent encore plus le reste du monde et notamment en France avec plus de 2 millions d’entrées après 21 semaines d'exploitation. Toute personne qu'Andrea croise sur son chemin lui a bien dit que cette opportunité serait des plus fabuleuses !
Les critiques presse sont excellentes et offrent un très bon accueil à l'opus. Certains professionnels osent affirmer que le film retranscrit fidèlement et avec justesse le monde fascinant mais rude de la Mode tandis que d'autres nient toute ressemblance avec la réalité et dénoncent un sexisme beaucoup trop poussé. Une notion qui devait forcément apparaître dans les critiques, alors qu’au contraire le film tacle certains diktats (certes Anne Hathaway n’a jamais fait un 40, et passe même d’un 38 à un 36 durant le tournage), sans pour autant faire dans la surenchère féministe.

Qu'importe. Le public est, lui, conquis et Le Diable s’Habille en Prada fait l'objet de dix-huit nominations et deux récompenses internationales. David Frankel et son équipe, pour qui ce film est leur plus gros projet jamais confié, sont ravis. Ce succès permettra d'ailleurs au réalisateur d’adapter par la suite un autre best-seller en 2008, Marley et Moi
Lauren Weisberger, grâce à qui tout a commencé et qui effectue un petit caméo dans le film, a elle aussi de quoi être fière même si l'adaptation cinématographique est considérée par beaucoup meilleur que le livre. Que nenni. Elle se lance dans l'écriture d'une suite La Vengeance en Prada : Le Retour du Diable en 2013, puis un nouveau roman centré sur le personnage d'Emily When Life Gives You Lululemons en 2018 (non encore paru en France). Une comédie musicale est aussi en cours d'écriture avec Sir Elton John à la composition des chansons. Le Diable n'est pas donc prêt de passer de mode.
Malgré l’impasse faite sur les fameux carrés blancs Hermès dont Miranda est totalement accro dans le roman et si Le Diable s'Habille en Prada parvient à soutirer à sa cruelle égérie l’esquisse d'un sourire, il réussit assurément à gagner le cœur bienveillant du spectateur le plus tendre et passionné. Même Anna Wintour - qui se présente à la première du film en... Prada (le message est on ne peut plus clair) - aurait finalement apprécié l'opus. C’est dire !

Comment en effet bouder ce plaisir ? Avec son fabuleux trio d’actrices aussi inspirées les unes que les autres, son histoire rythmée, son univers passionnant, son humour décapant et ses répliques définitivement cultes, Le Diable s'Habille en Prada ne se contente pas d’offrir au spectateur une simple mise en image du livre par un petit film sympathique mais vite oublié. Il le magnifie et le surclasse même si évidemment "toute ressemblance avec des situations réelles ou avec des personnes existantes ou ayant existé ne saurait (pas totalement) être que fortuite et qu'aucune marque n'a été maltraitée durant le tournage".

Sublime, sophistiqué et raffiné, Le Diable s'Habille en Prada est un véritable petit bijou serti dans un écrin, du sur-mesure cousu main, une pièce unique et intemporelle, à voir et à revoir quelle que soit la saison.

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