Sale Temps à l'Hôtel El Royale

Sale Temps à l'Hôtel El Royale
L'affiche du film
Titre original :
Bad Times at the El Royale
Production :
20th Century Fox
Date de sortie USA :
Le 12 octobre 2018
Genre :
Thriller
Réalisation :
Drew Goddard
Musique :
Michael Giacchino
Durée :
142 minutes

Le synopsis

Dans un hôtel à l’abandon entre la Californie et le Nevada, sept inconnus aux intentions troubles prennent une chambre pour la nuit. Sous un orage battant, les esprits vont s’échauffer et l’ambiance tourner au cauchemar. 

La critique

rédigée par
★★★
Publiée le 06 novembre 2018

Pour écrire une nouvelle histoire, rien de tel qu'une mise en abyme : le scénario de Sale Temps à l'Hôtel El Royale a ainsi été, en toute logique, écrit dans une chambre d'hôtel par Drew Goddard, qui est sur ce film à la fois scénariste et réalisateur. Il persuade ensuite 20th Century Fox de produire son script, et la société en acquiert les droits en mars 2017. Le tournage s'enchaîne alors rapidement en janvier 2018 à Vancouver.

Poursuivant sa marche rapide vers le public, Sale Temps à l’Hôtel El Royale avait ainsi à l’origine une date de sortie française arrêtée au 3 octobre 2018. Mais voilà, entre temps, il est décidé qu’il ferait l'ouverture de la treizième édition du Festival International du Film de Rome s'étalant, lui, du 18 au 28 octobre 2018, dont il fait, en plus, partie de la sélection officielle. Aussi, afin de garantir une avant-première italienne et aussi potentiellement jouer sur la notoriété que le festival peut apporter au film, la sortie française se voit repoussée au 7 novembre 2018 et, au passage, accompagnée d’une interdiction aux spectateurs de moins de douze ans.

Sale Temps à l'Hôtel El Royale est donc le deuxième film réalisé par Drew Goddard, qui a d'abord été scénariste notamment sur Cloverfield en 2008 ainsi que Seul sur Mars en 2015, et surtout le créateur de la série Marvel Daredevil lancée sur Netflix en 2015. Son premier long-métrage en tant que réalisateur, un slasher intitulé La Cabane dans les Bois, est, quant à lui, sorti sur les écrans en 2011. Le producteur Jeremy Latcham explique ainsi au sujet de Sale Temps à l'Hôtel El Royale qu’il a été immédiatement impressionné par la précision du projet de Drew Goddard et la richesse de son imagination : “En termes de narration, une telle vision est rare et il était possible d'espérer que cela se traduise par un film plein d’audace.” Le pari est vite gagné, tout entier construit sur une réalisation intéressante et un casting réunissant une étonnante sélection d’acteurs et d’actrices, mêlant différentes expériences et renommées.

Parmi eux, Chris Hemsworth semble être devenu l’un des comédiens de prédilection de Drew Goddard : le célèbre interprète du Dieu de la Foudre Thor dans les films Marvel éponymes et dernièrement vu dans Avengers : Infinity War, avait, en effet, déjà incarné l’un des personnages principaux du premier film de Goddard, La Cabane dans les Bois. C’est d’ailleurs grâce à ce rôle qu’il a rencontré Joss Whedon, le producteur du film qui l’a ensuite recommandé à Kenneth Branagh pour le rôle-titre de Thor. Un cercle vertueux puisque Chris Hemsworth est à l’affiche de Sale Temps à l'Hôtel El Royale dans lequel il assume de nouveau un personnage incontournable, celui de Billy Lee, un gourou qui n’apparaît que très tard dans l'opus mais qui a un impact certain sur les autres intervenants. 

Également en tête d’affiche, se remarque Dakota Johnson, révélée au public pour son interprétation d’Anastasia Steele, l’héroïne de la trilogie érotique Cinquante Nuances de Grey. L’actrice de 29 ans est, en fait, une habituée des caméras puisqu’elle a joué dans son premier film à 11 ans seulement, dans la comédie La Tête dans le Carton à Chapeaux. Malgré le succès planétaire de Cinquante Nuances de Grey, elle refuse ensuite d’être caricaturée par ce rôle et enchaîne les productions depuis la fin de la saga en février 2018. En novembre 2018, elle est ainsi à l’affiche de deux longs-métrages : Suspiria, le nouvel opus de Luca Guadagnino (qui a notamment réalisé A Bigger Splash et Call Me By Your Name) et Sale Temps à l'Hôtel El Royale de Drew Goddard, dans lequel elle interprète le rôle d’Emily Summerspring, une mystérieuse jeune femme à l’allure hippie.

L’acteur Jon Hamm occupe également une place importante dans le script, celui de Laramie Seymour Sullivan, un simple vendeur d’aspirateurs vaniteux en apparence mais dont le bagou plein d’assurance cache une identité plus sérieuse. Jon Hamm joue au cinéma et à la télévision depuis les années 2000 et a incarné notamment le rôle principal de Don Draper dans la série Mad Men. Son personnage dans Sale Temps à l’Hôtel El Royale lui va ainsi comme un gant, bien qu’il ait été d’abord proposé à Russell Crowe. Jon Hamm est aujourd’hui un acteur reconnu qui a tourné avec les plus grands cinéastes contemporains comme Clint Eastwood, Zack Snyder et dernièrement Edgar Wright dans Baby Driver.

Le vétéran du cinéma Jeff Bridges complète ce remarquable quatuor : il incarne ici le personnage du Père Flynn, un vieux prêtre d’apparence débonnaire mais qui cache un sombre passé. L’acteur oscarisé pour le rôle de Bad Blake dans Crazy Heart est également un habitué de grands réalisateurs comme les Frères Coen (il a joué notamment le rôle du Duc dans The Big Lebowski) et Francis Ford Coppola dans le film Tucker : L'Homme et son Rêve. Pour les fans de Marvel Studios, il est aussi connu pour avoir incarné le vil Obadiah Stane, ennemi de Tony Stark dans le premier film Iron Man réalisé par Jon Favreau et sorti en 2008 tandis que pour les fans Disney, il demeure le visionnaire Kevin Flynn au sein des films cultes Tron et Tron L'Héritage.

Sale Temps à l’Hôtel El Royale est aussi le premier film de Cynthia Erivo qui joue le rôle de Darlene Sweet, une jeune choriste rêvant d’être chanteuse de soul. La comédienne, qui a d’abord fait ses débuts sur les planches dans des comédies musicales à Broadway comme Sister Act ou The Color Purple, qui lui a valu un Grammy Awards, chante à de nombreuses reprises, que ce soit pour répéter son futur spectacle ou pour couvrir les bruits d’activités peu recommandables… Son rôle avait d’abord été proposé à Beyoncé Knowles, mais lui est revenu après son refus.

Enfin, dans des rôles secondaires notables, ont été castés Lewis Pullman (Battle of the Sexes, Strangers: Prey at Night...) pour incarner Miles le concierge de l’hôtel ; Cailee Spaeny (Pacific Rim : Uprising) dans le rôle de Rosie, une jeune fille du sud des États-Unis ; Nick Offerman (Parks and Recreation) dans le rôle du frère de Père Flynn et même Xavier Dolan qui offre un savoureux caméo de quelques instants dans le rôle du manager tyrannique de Darlene Sweet.

Fort de sa belle galerie de personnages, Sale Temps à l’Hôtel El Royale distille très vite une ambiance pesante. La scène d’ouverture tourne par exemple rapidement au drame, présageant des événements à venir à la fois sombres et tragiques. La pluie battante bientôt suivie de l’orage qui frappe l’hôtel illustrent par ailleurs à merveille l’atmosphère glauque qui imprègne les lieux et font écho au titre : Sale Temps à l'Hôtel El Royale, jouant pleinement sur le double-sens de la météo et de l’intrigue.

Coté narration, l’arrivée simultanée des personnages à l’hôtel au tout début de l'opus n’est pas sans rappeler le roman Dix Petits Nègres d'Agatha Christie, comme si tous avaient été conviés là, ensemble, sans en connaître la raison. Chaque entrée est ainsi théâtrale, presque comique, notamment celles de Jon Hamm qui surgit de derrière un bar, Dakota Johnson qui pénètre avec un port de tête altier dans le lobby, ou encore Lewis Pullman qui émerge d’un placard.

Ce n’est d’ailleurs pas le seul élément du film qui rappelle le théâtre. La majeure partie de l’intrigue respecte en effet une unité de temps (l'opus se déroule en l’espace d’une nuit) et de lieu (l’Hôtel El Royale où se situe l’action). Le récit est également rythmé par des cartons indiquant le lieu, correspondant souvent à un numéro de chambre (ou à un placard à balais…), qui permet au spectateur de suivre l’histoire avec les points de vue de chaque personnage. Certains moments font alors revivre des scènes en changeant le point de vue et d'angle d’observation. Si ce procédé narratif est intéressant, il peut vite prendre une certaine lourdeur quand il est utilisé à l'excès : ce n’est heureusement pas le cas dans Sale Temps à l’Hôtel El Royale où l’emploi de ces répétitions est mesuré et toujours justifié par l’intrigue.

Chaque personnage cache, il est vrai, un secret et n’est pas ce qu’il prétend être. Les passés sont dévoilés au fil de l'histoire, tout en gardant une part de mystère laissée à l’imagination du spectateur : un changement agréable à contre-courant de la mouvance des films récents trop enclins à vouloir expliquer de manière détaillée les traits de chaque intervenant. Les personnages mentent et les véritables victimes ne sont pas toujours évidentes. L'opus montre alors des jeux de dupes qui s’inscrivent à merveille dans le décor de l’El Royale, dont les nombreux recoins et caches constituent aussi au final un personnage à part entière. L’Hôtel El Royale est ainsi situé dans une forêt isolée sur les rives du Lac Tahoe, à cheval sur la frontière entre la Californie et le Nevada qui est représentée, en son sein, par une ligne rouge. L’hôtel est, de la sorte, divisé en deux, puisque la moitié des chambres se trouvent côté Californie, et l’autre moitié côté Nevada : l’humour absurde développé autour de cette division est d'ailleurs savoureux lorsque Miles, le concierge incarné par Lewis Pullman, explique par exemple que les chambres côté Californie coûtent plus cher… Cette duplicité est aussi un parfait reflet du double-jeu des personnages.

Le décor permet également de représenter l’époque à laquelle se situe le film : 1969, alors que les États-Unis sont très impliqués dans la guerre du Vietnam. L’intérieur de l’hôtel notamment est très chargé et témoigne d’une splendeur passée. Une télévision en noir-et-blanc projette ainsi quelques instants des images du Président des États-Unis Richard Nixon, défendant avec véhémence la position de son pays au Vietnam. Enfin, la bande-originale utilise de nombreuses chansons des années 1950 et 1960 : Can’t Take My Eyes Off You de Frankie Valli, Unchained Melody de The Righteous Brothers…, qui permettent d’immerger le spectateur dans l’Amérique de l'époque.

La profusion de chansons se fait parfois malheureusement au détriment de la musique originale composée par le talentueux Michael Giacchino, très connu par les fans des studios Pixar pour être notamment à l’origine des sublimes bandes-originales de Là-Haut et Vice-Versa. Si ses thèmes musicaux composés pour Sale Temps à l’Hôtel El Royale distillent une ambiance de suspense et d’inquiétude, ils sont, en effet, quelquefois noyés dans les chansons qui rythment le récit. Le générique permet toutefois réellement d'apprécier la musique de Giacchino, qui monte en puissance tout au long du film, à l’instar de la tension et de la nervosité des personnages.

Bien que Sale Temps à l’hôtel El Royale dure deux heures et vingt-deux minutes, il ne souffre pas de temps mort grâce aux nombreux personnages dont les points de vue s'égrènent les uns après les autres, à l’action rythmée et à une pression de plus en plus suffocante. L'opus est d'ailleurs interdit aux moins de douze ans en France en raison de la violence de certaines scènes entre les personnages qui virent au règlement de comptes, dans un esprit rappelant, dans une certaine mesure, celui des films de Quentin Tarantino, avec des dialogues aiguisés et un sous-texte effilé dans chaque phrase, sans jamais oublier une pointe d’humour acerbe. Ce deuxième long-métrage de Drew Goddard est ainsi intéressant aussi bien du point de vue de son scénario que de sa réalisation, avec certains plans de caméra particulièrement jolis et judicieux.

Comme son intrigue qui se déroule en l’espace d’une nuit, Sale Temps à l’Hôtel El Royale est un film qui se regarde dans l’instant, comme une anecdote un peu morbide qui fascine et fait travailler l’imagination des spectateurs, tout en gardant une ultime part d’inexpliqué.

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