Wedding Nightmare
L'affiche du film
Titre original :
Ready or Not
Production :
Mythology Entertainment
Vinson Films
Date de sortie USA :
Le 21 août 2019
Distribution :
Fox Searchlight Pictures
Genre :
Thriller
Réalisation :
Matt Bettinelli-Olpin
Tyler Gillett
Musique :
Brian Tyler
Durée :
95 minutes

Le synopsis

Grace se marie à Alex, l’un des fils de la richissime famille Le Domas qui a fait fortune dans les jeux de société. Alors que le rite d’entrée dans sa belle-famille implique la participation à un jeu, elle tire une carte conduisant à l’organisation d’une partie de cache-cache. La mariée comprend rapidement qu’elle sera assassinée par les Le Domas s’ils parviennent à la retrouver...

La critique

rédigée par
Publiée le 01 octobre 2019

En poussant une mariée dans une partie de jeu mortel organisée par sa nouvelle belle-famille, Wedding Nightmare compile les codes du film d’horreur. Pourtant, contrairement aux apparences, le long-métrage révèle néanmoins rapidement sa véritable promesse : celle d’être une comédie horrifique ayant davantage le but d’amuser ses spectateurs que de leur donner la chair de poule. Si l’objectif est souvent atteint, il peut être regretté qu’il ne soit pas mis en œuvre avec une plus grande ambition.

Basé sur un scénario de Guy Busick et R. Christopher Murphy, Wedding Nightmare est le nouveau fruit d’une collaboration entre trois hommes. Matt Bettinelli-Olpin et Tyler Gillett, réalisateurs du film, ainsi que Chad Villela, qui en est producteur exécutif, composent en effet le trio Radio Silence. Ces passionnés débutent dans le collectif appelé Chad, Matt & Rob en compagnie de trois autres cinéastes en réalisant entre 2007 et 2011 des comédies d’horreur et de science-fiction, notamment interactives. Depuis sa formation en 2011, le groupe restreint a travaillé pour les anthologies d’horreur V/H/S (2012) et Southbound (2015) en écrivant et mettant en scène les segments intitulés 10/31/98 pour la première et The Way Out et The Way In pour la seconde. Bettinelli-Olpin et Gillett ont également réalisé The Baby (2014), distribué par 20th Century Fox et dont Villela est par ailleurs le producteur exécutif. Enfin, Radio Silence travaille de nouveau avec le studio sur une adaptation mêlant prises de vues réelles et animation du roman jeunesse The Memory Thief (2017) de Bryce Moore.

C’est donc dans un univers familier que le trio évolue dans Wedding Nightmare. De fait, ils jouent ici avec les éléments caractéristiques des films d’horreur. Grace, une mariée, est appelée à s’échapper d’un manoir gigantesque plongé dans la pénombre afin de fuir une belle-famille déterminée à la tuer à l’aide d’un véritable arsenal. Du reste, les membres de cette dernière, les Le Domas, sont animés d’une croyance irrationnelle : ils sont persuadés qu’une malédiction les frappera s’ils ne tuent pas la jeune femme avant l’aube. Matt Bettinelli-Olpin et Tyler Gillett se font alors visiblement plaisir et mettent en scène une imagerie dont ils maîtrisent toute la subtilité.
La photographie est ainsi particulièrement réussie en apportant un aspect sombre qui ne retire aucune visibilité aux décors ou aux personnages qui se partagent l’image. Elle apporte un contraste bienvenu entre deux univers diamétralement opposés. D’un côté, le mariage se tient sous un soleil radieux sous lequel s’épanouit la chevelure blonde de Grace. De l’autre, la nuit de jeu voit son obscurité se teinter progressivement du rouge du sang versé.

Le jeu est au cœur de l’opus. Tandis que la famille Le Domas lui doit sa fortune, elle lui voue un véritable culte en possédant un musée des produits phares de son entreprise et en adoptant le rituel ludique qui justifie le déclenchement de l’intrigue. Le film met alors en place un labyrinthe piégé dans lequel aucune issue n’existe, au sens propre avec les portes et fenêtres condamnées du manoir ou la grille extérieure, comme au sens figuré. Est connotée l’existence d’une caste de riches qui, de leur tour d’ivoire, jouent avec la vie des autres. Les malheureux prennent ainsi part à l’exercice afin de survivre dans un dédale hostile où les chances de sortir gagnant sont minces et semblent relever d’une merci hasardeuse proche de la loterie. De manière générale, le film aborde la question de la relation des riches avec le reste du monde. La jeune mariée est, en effet, issue d’un milieu modeste et a grandi en famille d’accueil. Elle est donc totalement étrangère à ce monde où elle est accueillie avec une hostilité certaine.
Plus largement, la famille est abordée avec un regard sévère. Elle constitue un fardeau dont veulent s’éloigner les fils qui y sont nés. Pour celle qui est amenée à la rejoindre par alliance, elle est excluante. Les Le Domas voient donc comme une aubaine la possibilité de la rayer définitivement de la carte lorsque l’aléa leur offre l’organisation d’une partie de cache-cache mortelle. Une rencontre difficile avec les beaux-parents était déjà filmée dans l’horrifique Get Out (2017) de Jordan Peele, même si celui-ci donnait une importance plus prégnante à la question raciale. Dans Wedding Nightmare, la critique sociale est néanmoins limitée et se résume à quelques signes qui peuvent être lus entre les lignes.

Il est évident que le propos est ici davantage orienté vers la comédie décomplexée. La peur donne plus un ressenti propice à l’amusement qu’à une angoisse profonde qui cloue le spectateur à son siège et le poursuit au-delà de la salle de cinéma. Si les effusions de gore sont rares, certaines scènes sont néanmoins difficiles à visionner pour les âmes les plus sensibles. Mais le script joue avant tout sur le décalage entre le caractère exceptionnel de la situation et le comportement de certains personnages. Voir des protagonistes agir comme s’ils affrontaient un simple problème de la vie quotidienne en essayant de le résoudre à l’aide d’une recherche Google ou du visionnage d’une vidéo de tutoriel possède un ressort comique certain.
La satire vire donc régulièrement au délire, avec un ton débridé et décalé qui ne tourne toutefois jamais à la parodie potache de Scary Movie : Le Film Qui Fait Peur ! (2000) chez Dimension Films. L’absurdité mise en exergue possède en effet plus de points communs avec la filmographie des frères Joel et Ethan Coen (Fargo, Burn After Reading). Comme chez ces derniers, une troupe de pieds nickelés doit commettre un meurtre, acte pour lequel elle n’a aucune réelle habitude malgré des velléités affirmées. Dans cette perspective satirique, le dénouement de Wedding Nightmare pousse à son paroxysme le ton du film et parvient à surprendre par son audace. Alors que de nombreux choix plus faciles auraient pu être faits, la fin décidée par les scénaristes est très réussie. Cohérente, elle use d’ironie avec un élément répété fréquemment durant l’heure et demie qui la précède.

S’il possède des atouts solides, Wedding Nightmare n’est néanmoins pas exempt de défauts. Alors que son humour excelle, l’œuvre de Matt Bettinelli-Olpin et Tyler Gillett pèche, il est vrai, dès qu'elle se prend trop au sérieux. Certaines scènes paraissent tomber comme un cheveu sur la soupe en forçant un échange romantique ou en voulant instaurer une dramaturgie peu crédible. Il arrive ainsi que l’opus alterne entre une scène délirante et un dialogue censé provoquer l’émotion. L’effet est toutefois nul sur le spectateur et annihile la comédie en créant une rupture malvenue.
La musique composée par Brian Tyler accentue sans succès ces séquences et en rajoute même à l’embarras. Né le 8 mai 1972 en Californie dans le comté d’Orange célèbre pour la présence de Disneyland Resort, le compositeur est notamment connu pour ses travaux sur Aliens vs. Predator : Requiem (2007), Iron Man 3 (2013), Thor : Le Monde des Ténèbres (2013) ou Avengers : L’Ère d’Ultron (2015) sur lequel il a collaboré avec le célèbre Danny Elfman. Son bilan est ici plutôt décevant avec une bande originale qui accompagne de manière transparente les séquences de suspense. Elle ne reste donc pas en mémoire et ne rattrape pas par ses thèmes angoissants ses mélodies plates à visée émotive.

Si le scénario de Wedding Nightmare offre un divertissement haletant et ponctué de rebondissements durant lequel le spectateur n’est jamais tenté de regarder sa montre, il n’offre pas pour autant une intrigue à l’écriture aboutie. La plupart des péripéties semblent il est vrai résulter de multiples Deus ex machina, ces événements sortis de nulle part qui permettent de résoudre ou de relancer une situation. Le film manque d’un véritable fil conducteur qui lierait entre eux ses faits marquants, qui forment dès lors une sorte de grande compilation.
Le montage laisse également à désirer et propose à plusieurs reprises un découpage saccadé des plans. Volontaire ou non, cet effet donne un sentiment de négligence au spectateur qui songe à des raccords mal réalisés, plus fréquents dans une série télévisée tournée à la hâte que dans un film de cinéma se voulant ambitieux. Par ailleurs, les mouvements de caméras rendent parfois l’action difficilement lisible même s’ils savent aussi offrir des effets de surprise plaisants car plus subtils que dans la plupart des films du genre.

La principale réussite de Wedding Nightmare est incontestablement constituée par la performance de Samara Weaving, qui incarne Grace Le Domas. Née le 23 février 1992 à Adélaïde en Australie d’une actrice et d’un cinéaste, elle est également la nièce du célèbre acteur Hugo Weaving notamment connu pour ses rôles dans les sagas Matrix et Le Seigneur des Anneaux et pour avoir interprété Crâne Rouge dans Captain America - First Avenger (2011). Elle est donc naturellement attirée vers le septième art et suit des cours dans plusieurs écoles de comédie avant d’être révélée en 2008 dans une série soap opera produite par la BBC, Out of the Blue et de connaître la notoriété avec le soap australien Home and Away. Les portes du cinéma lui sont alors ouvertes avec Mystery Road (2013) aux côtés de son oncle, Monster Cars (2016) ou 3 Billboards - Les Panneaux de la Vengeance (2017). La comédienne débute son exploration du genre de la comédie d'horreur avec le film The Babysitter (2017), diffusé sur Netflix. Elle tient ensuite avec Wedding Nightmare un premier rôle majeur sur grand écran qui devrait sans doute constituer une véritable progression dans sa carrière.
L’actrice rayonne en effet tout au long du film en incarnant une innocente jeune femme qui voit une menace mortelle lui tomber dessus et doit lutter par tous les moyens pour s’en échapper. Peu aidée par des dialogues plats dans certaines scènes qu’elle partage avec le mari de son personnage, elle s’en sort pourtant admirablement bien et parvient sans difficulté à créer l’empathie. Elle joue parfaitement la progression de Grace, à qui aucune épreuve sadique n’est épargnée et qui doit emprunter un véritable chemin de croix pour rester en vie. Alors qu’une certaine folie gagne progressivement l’esprit de la mariée qui subit souffrances physique et psychologique, les yeux de Samara Weaving en disent long sur son état mental.

La comédienne australienne est entourée par un casting d’ensemble qui compose la menaçante famille Le Domas. Les choix effectués pour cette palette de personnages sont dans l’ensemble plutôt heureux, bien que leur nombre pléthorique nuise au développement de chacun d’entre eux. Mark O’Brien (Darkest Minds : Rébellion, Sale Temps à l'Hôtel El Royale) joue Alex Le Domas, le mari de Grace. L’acteur et réalisateur de courts-métrages canadien ne parvient malheureusement pas à rendre passionnant le parcours d’un personnage dont l’écriture est lacunaire. Contribuant à la mièvrerie des scènes de romance avec Samara Weaving, Alex peine à intéresser et ne surprend finalement pas par le destin qui lui est réservé. Adam Brody (Mr. & Mrs. Smith, Jennifer’s Body) interprète, quant à lui, son le frère, Daniel Le Domas. Il s’agit probablement du membre de la famille le plus complexe et le plus intéressant. Malmené par un entourage néfaste, son état psychologique est fragile malgré un fond bienveillant. Le comédien livre une prestation réussie qui donne toute sa sympathie à Alex, bien que le doute persiste sur ses véritables intentions.

Andie MacDowell (Un Jour Sans Fin, Quatre Mariages et un Enterrement, Les Muppets dans l’Espace) incarne, pour sa part, Becky Le Domas, la matriarche de la famille. La célèbre actrice est convaincante dans cet étonnant rôle macabre qui tranche avec l’image qui fut la sienne dans un certain nombre de comédies romantiques à succès. Becky est une mère qui veille à perpétuer la tradition familiale tout en regrettant la prise de distance de son fils Alex. Contrairement à son mari et à la majorité du clan, elle semble réellement apprécier sa bru et n’hésite à pas à lui faire part de son affection. La superstition commune est toutefois plus forte que cette bienveillance et participe activement à la chasse qui s’organise.
À ses côtés, Henry Czerny (Danger Immédiat, Quantico) joue son mari, Tony, en provoquant le rire sans être exceptionnel. Loufoque, le patriarche s’agite beaucoup pour honorer un héritage qui le dépasse visiblement. Nicky Guadagni (The Path to 9/11 (Destination 11 Septembre)) est, elle, effrayante dans le rôle de la tante Helene qui, derrière une apparente folie froide, est particulièrement rationnelle dans son désir meurtrier. Enfin, Melanie Scrofano (Designated Survivor) surjoue légèrement le rôle d’Emilie, la sœur déjantée et droguée d’Alex et Daniel, ceci n’étant pas particulièrement dérangeant compte-tenu du ton humoristique du film.

Wedding Nightmare débarque dans 2 818 cinémas américains le 21 août 2019 et devient la sortie la plus large de l’histoire de Fox Searchlight Pictures, signe de l'essor pris par le studio qui fête son 25ème anniversaire. Après cinq jours, le film rapporte 11 millions de dollars de recette pour un budget de 6 millions, avant d’atteindre les 33 millions de dollars dans le monde au début du mois de septembre 2019. L’opus est ainsi un beau succès appelé à devenir plus grand encore avec des sorties internationales s’échelonnant jusqu’en novembre 2019. En France, l’œuvre sort une semaine plus tard, le 28 août 2019, et profite de la dernière semaine des vacances scolaires pour s’offrir une jolie entrée à la quatrième place avec 233 000 spectateurs.

Alors que le succès commercial semble assuré, il est également critique outre-atlantique, Wedding Nightmare y étant largement considéré comme un bon divertissement marqué par un humour noir réussi. La presse française est, en revanche, dans l’ensemble nettement plus frileuse et lui reproche à plusieurs reprises un alliage raté entre la comédie et l’horreur.
Si ces critiques sont parfois trop virulentes, elles mériteraient de l’être sur le choix malheureux du titre français, anglophone mais différent de celui de la version originale, Ready or Not. Le titre québécois, Prêt Pas Prêt, traduction presque littérale qui sonne évidemment moins bien que dans la langue de Shakespeare, reste toutefois plus cohérent avec le contenu du long-métrage que le choix bancal retenu pour l’hexagone, uniquement dicté par des considérations commerciales. Il serait toutefois injuste de ne pas mettre au crédit de 20th Century Fox France l’impact positif sur le nombre d’entrées de sa campagne de promotion centrée autour de ce titre horrifique rappelant American Nightmare (2013), explicite bien que quelque peu trompeur.

Wedding Nightmare est un divertissement très efficace qui aurait eu un impact plus important s’il avait évité certains détours dispensables et soigné davantage son scénario. Porté par une excellente Samara Weaving et tournant en dérision les codes des films d’horreur, il effraie mais fait surtout rire.

Pas indispensable mais pas déplaisant pour autant, Wedding Nightmare offre un moment de détente propice à la période estivale de sa sortie ou à Halloween, pour qui veut s’amuser à se faire peur.

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