Titre original :
Ronin : A Visions Novel
Éditeur :
Outre Fleuve
Date de publication France :
Le 07 juillet 2022
Genre :
Science-fiction
Label :
Star Wars - Univers Officiel
Auteur(s) :
Emma Mieko Candon
Autre(s) Date(s) de Publication :
Del Rey (US) : Le 12 octobre 2021
Nombre de pages :
524

Le synopsis

Aux confins les plus reculés de la galaxie, un vagabond solitaire parcourt la Bordure Extérieure. Au mépris des édits impériaux, le R?nin n'hésite pas ainsi à arborer une lame très particulière. Il faut dire que son nom n'est connu de personne et nul ne sait ce qu'il recherche. La seule chose certaine, c'est que la mort et le désastre fleurissent dans son sillage...

La critique

rédigée par
Publiée le 23 septembre 2022

Ronin est un roman qui prolonge le récit de l'épisode Le Duel de la série Star Wars : Visions.

Star Wars : Visions est une série animée d'anthologie de neuf épisodes proposée dans son intégralité le 22 septembre 2021 et qui offre la possibilité à sept studios d'animation japonais de proposer des courts-métrages sur le thème de Star Wars tout en restant d'inspiration foncièrement nipponne. Parmi eux, Le Duel est réalisé par Takanobu Mizuno et produit par le studio Kamikaze Douga. La structure est créée en 1999 et spécialisée dans l'animation 3D avec un rendu 2D, se faisant connaître pour le long-métrage Batman Ninja sorti en 2018. Ce qui frappe dans Le Duel est d'abord son incroyable graphisme très stylisé tout en noir et blanc réalisé en 3D avec un rendu 2D, un peu à la façon de Paperman des Walt Disney Animation Studios mais sur un dessin plus réaliste. L'excellente idée est alors de mettre une touche de couleur avec les lasers présents dans le film, que ce soit les sabres mais également les blasters. Le récit est aussi étonnant. Clairement inspiré du Japon féodal de l'époque des samouraïs, les touches Star Wars sont minimes avec ses combattants aux sabres laser, ses droïdes, ses stormtroopers et ses aliens. Le village, lui, tout comme d'ailleurs l'apparence des habitants humains, est typiquement japonais et se retrouve attaqué par d'anciens stormtroopers désormais dirigés par une guerrière Sith sanguinaire. Mais un valeureux samouraï se dresse contre eux. L'épisode propose alors un twist sympathique qui amène un non manichéisme bienvenu dans la saga Star Wars, mais propre à la culture japonaise. Les combats sont quant à eux superbement chorégraphiés, notamment celui sur le rondin de bois sur la rivière.

Le roman est, pour sa part, écrit par Emma Mieko Candon. D'origine américano-japonaise et vivant à Hawaï, iel écrit ici son premier livre sur la saga Star Wars. À la fois fan des films de George Lucas comme de la culture japonaise, iel a tout de suite accepté d'écrire ce livre situé à la frontière des deux univers et dont le récit est écrit de façon à partir du court-métrage d'origine pour broder autour afin de créer une aventure et un environnement inédits, inventant tout un système politique et sociétal. Iel a également demandé les notes des réalisateurs afin de vérifier qu'il n'y avait rien de contradictoire dans cette histoire venue de son imagination. Seules les cinquante premières pages sont en effet une novélisation du court-métrage. Le livre enchaîne ensuite sur près de 475 pages d'un récit totalement original.

Le principe de Ronin est le même que celui de la série : ressembler de loin à Star Wars en proposant une vision personnelle de l'univers connu de tous. Mais si l'idée fonctionne parfaitement bien en animation, surtout dans le style des animes japonais, son roman est lui beaucoup moins convaincant. Le lecteur fan de Star Wars n'aura pas du tout l'impression de se retrouver dans un livre traitant de la saga. Bien sûr, la culture japonaise est très présente ce qui fait que, plus le lecteur sera au fait des subtilités du folklore nippon, plus il sera à même d'apprécier le lore du roman. En revanche, le livre est écrit de telle façon qu'il s'agit plus d'une histoire de science-fiction purement japonaise : certaines désignations ont en effet été remplacées par du vocabulaire Star Wars mais sans chercher un souci de cohérence par rapport à la franchise. Ainsi, l'Empire est ici un système politique central, plutôt féodal, malgré son emprise sur plusieurs planètes. Il ne semble pourtant pas maléfique, le peuple n'étant ni malheureux ni maltraité. Les gardiens de la paix et de la justice sont eux des samouraïs portant le nom de Jedi et assurant la stabilité de l'Empire. Leur arme, le sabre laser, prend son pouvoir d'une pierre particulièrement puissante, le cristal Kyber, objet de toutes les superstitions. Leur puissance vient d'une aura presque magique appelée la Force. Mais certains Jedi se sont rebellés contre l'ordre établi, bien trop sclérosé pour eux, les faisant se mettre à la marge du système et se donnant le nom de Sith. Au moment où débute le récit, les Sith ont d'ailleurs mystérieusement disparu, pour la plupart depuis des années, tandis que la planète capitale qu'ils avaient envahie pour en faire leur place forte s'est mystérieusement volatilisée.

Ronin enrobe également son histoire de beaucoup de folklore fantastique. Il est ainsi question de fantôme, de sorcière, de résurrection, de zombie, de miroir magique... L'ambiance est vraiment étrange surtout que tous les éléments sont plus ou moins flous. Le court-métrage arrivait lui à parfaitement mélanger le folklore japonais avec des éléments Star Wars, surtout que l'ensemble était beau, évident et grisant malgré un aspect graphique déroutant. En essayant de prolonger l'histoire du média audiovisuel, Emma Mieko Candon offre plutôt un récit alambiqué, lent, ennuyeux et surtout brumeux. Il faut dire qu'il ne se passe pas grand chose ! L'histoire peut se résumer en un groupe de personnages partis à la recherche d'un artefact qui leur permettra de retrouver la capitale disparue. Tout tourne ensuite autour de ces personnages, six principaux, qui sont aussi ambivalents les uns que les autres, toujours en introspection, et loin d'être attachants tout autant les uns que que les autres. Qui plus est, leur interaction sont assez plates ; les dialogues échangés entre eux se limitent souvent à des banalités saupoudrées de philosophie. Le plus frustrant pour le lecteur est que les personnages cachent chacun leurs véritables pensées à leurs interlocuteurs dans un jeu de cache-cache finalement épuisant. Pourtant nombreuses, les causeries sont inintéressantes au possible, presque futiles. Les scènes d'action ne sont pas mieux loties, étant en plus assez rares. Seuls trois moments dans le récit en offrent de véritablement marquantes : au début du roman, au milieu et à la fin. Le reste du livre est composé de descriptions et surtout d'interminables pensées psychanalytiques. L'ensemble est long et laborieux à lire ; non pas que le style soit très compliqué à appréhender mais le lecteur a l'impression que rien ne se passe et que le peu qui est raconté est sans intérêt. Même le twist final est insipide tellement l'émotion n'a jamais réussi à poindre pendant toute la lecture à cause de personnages certes torturés mais globalement antipathiques.

Comme le récit est assez mince, le roman repose entièrement sur ses personnages et leurs interactions. Le souci étant qu'ils passent leur temps à se trahir entre eux quand ils ne se lamentent pas sur leur sort en faisant des analyses psychologiques intérieures permanentes. Le fait qu'ils ne soient pas manichéens aurait pu être une bonne chose sur le papier. Mais ils possèdent tous tellement de défauts qu'ils n'arrivent jamais à se rendre attachants. Ainsi, comme le lecteur n'arrive jamais à ressentir de l'empathie pour aucun d'entre eux, le roman finit pas s'écrouler sur lui-même.
À l'image du court-métrage, le Rōnin est logiquement le personnage principal du livre. Si dans Le Duel, il était mystérieux mais charismatique et chevaleresque, il perd ici de sa superbe. Torturé, avec un fort sentiment de culpabilité, il est une sorte d'anti-héros qui semble ne jamais montrer ou ressentir d'émotions. Son but est aussi assez flou. Toujours accompagné de son droïde B5-56, il veut tuer tous les Sith encore en vie tout en cherchant à se débarrasser d'une étrange sorcière. De plus, il porte un lourd secret venu de son passé - comme presque tous les autres personnages d'ailleurs ! - et dont le voile sera levé au fur et à mesure du récit.

Kouru est un autre personnage venu du (Le) Duel même si son nom n'est donné que dans le roman. Dans le court-métrage, elle est la Seigneure Noire des Sith que combat le Rōnin et qu'il finit par tuer après un combat singulier. De façon mystérieuse, elle revient à la vie dans le roman et va vouloir se venger de son assassin. Elle va pourtant se révéler beaucoup moins maléfique qu'elle même le pensait et ses intentions vont évoluer au fur et à mesure de l'histoire sans qu'elles soient fatalement très claires. Elles permettent, en tout cas, de la rendre moins lisse et prévisible.
Le troisième personnage important est Nomade ou Renard, selon le nom que lui donnent les autres personnages. Sensible à la Force, d'espèce inconnue, cet être non binaire est horripilant à souhait. Répondant toujours par des questions, ne se confiant jamais sur son passé, iel est énigmatique, semblant toujours vouloir donner des conseils aux autres dans une démarche légèrement hautaine. Le personnage, de par sa caractérisation, est antipathique à outrance, malgré tous les efforts menés pour le rendre attachant. Ce ressenti vient peut-être du fait qu'il donne l'impression d'en connaître beaucoup, d'être toujours dans le jugement, sans jamais se livrer lui-même alors qu'il est pourtant nimbé de mystères.

Les trois autres personnages principaux sont un peu moins importants.
Il y a d'abord Ekiya, une jeune femme originaire de la planète capitale, devenue pilote du vaisseau Poor Crow. Elle cherche à retrouver sa planète natale disparue pour y faire un pèlerinage afin de retrouver la paix suite à son passé douloureux. Il s'agit peut-être du personnage le plus sympathique du roman, même s'il reste un peu effacé.
Parmi son équipage, se trouve également en plus de Nomade et d'elle, Shi-e une vieille dame sachant se battre, bien que n'étant pas sensible à la Force. Chasseuse de prime, elle traque les utilisateurs de la Force qui l'emploient à mauvais escient. Mais elle aussi cache bien son jeu et n'est pas ce qu'elle prétend être.
Enfin, bien moins important, il y a également le personnage d'Hanrai, un Seigneur Jedi, qui traque les autres protagonistes du roman. Il semble être attaché à la justice, du moins le proclame-t-il. Car ce haut dignitaire de l'Empire dégage une drôle d'aura qui fait que le lecteur aura bien mal à définir les contours de sa moralité.

Ronin est un roman laborieux, plombé par une intrigue légère et des personnages antipathiques. L’exercice voulant créer un univers parallèle s'inspirant légèrement de certains éléments Star Wars tombe ici à plat tellement le projet est peu intéressant. Pis encore, il dévalorise le court-métrage qui lui sert de point de départ et qui était lui particulièrement réussi.

À noter

Les éditions Pocket ont annoncé qu'il n'était pas envisagé, à court et moyen terme, une édition au format poche de ce roman sorti chez Outre Fleuve, comme cela avait été le cas des novélisations de la Postlogie. Les fans intéressés par le roman se doivent donc de se procurer le grand format avant que son édition ne soit épuisée.

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