Nom anglophone :
Big Thunder Mountain
Date d'ouverture :
Le 12 avril 1992
Type d'attraction :
Montagnes russes
Crédit Photos :
Flavie Madeleine David
Durée :
3 minutes
(sans la file d’attente)

Le synopsis

Au cœur du Grand Ouest américain dans la petite ville de Thunder Mesa, la mine exploitée par la Big Thunder Mining Company qui tient son nom de la montagne, Big Thunder Mountain, emmène les plus courageux des mineurs au cœur du mont rocheux, entre monolithes de grès s'élançant vers le ciel et mesas battues par le vent, pour y dénicher son trésor. Mais attention au caractère capricieux de la mine qui entraînera les malheureux passagers des quelques wagons complètement sans contrôle dans une folle expédition !

L'expérience

Tout juste à la sortie de la rue principale de Thunder Mesa, l’entrée de la Big Thunder Mining Company accueille les courageux visiteurs à emprunter un dédale d’allées les guidant au cœur des locaux de la fameuse compagnie minière. Après avoir passé un petit pont enjambant un cours d'eau se frayant un chemin dans la roche friable et traversé le hangar des livraisons sur le côté droit du chemin, les visiteurs suivent un passage longeant la « Montagne du Grand Tonnerre » alors que quelques artefacts miniers jonchent le sol : engin à vapeur flanqué de la marque Lavinia, trappes à minerai et autres pièces rouillées à l'abandon témoignent d'un départ précipité des mineurs de leur lieu de travail. Sur la gauche, sur les rives de Rivers of the Far West, une tour de signal, petit phare, évitait les collisions entre barges remplies de minerais et bateaux à aubes en activant son sifflet à vapeur. Plus loin, avant de rentrer dans les locaux de la compagnie, les visiteurs passent devant une roue hydraulique. Sur la droite, la locomotive folle déboule à toute allure, se dirigeant vers le hangar où elle déverse sa marchandise. En montant quelques marches, les visiteurs pénètrent dans le quartier général de la Big Thunder Mining Company, bâtiment à sept côtés entièrement fait de planches de bois. Passant devant le quartier général du contremaître tout comme le laboratoire d’essais de Jack O'Ferges, surnommé Big Jack, qui teste les minerais remontés de la mine, les visiteurs déambulent alors dans ce grand bâtiment en bois où les accessoires et outils indispensables à l’exploration s’exposent sur les murs.

Tandis que le bruit incessant des machines et le cliquetis des chaînes tractant les trains emplissent les allées, les visiteurs poursuivent leur découverte des lieux et zigzaguent entre des engins de forage, des engrenages, pelles et autres outils en tout genre. Leur chemin les conduit vers les quais en pierre d’embarquement et de débarquement, desquels partent, en direction du cœur de la mine, les trains à une vitesse folle. Et une fois à bord des wagonnets, à peine après avoir pu écouter les consignes de sécurité à suivre, la randonnée la plus dingue de l’ouest commence enfin.

Le train s’engouffre alors dans un tunnel éclairé avec parcimonie et continue sa progression sous terre en passant sous les rives de Rivers of the Far West avant de ressortir dans une impressionnante grotte accompagné par le cliquetis incessant de la chaîne le tractant vers le haut. Les rongeurs guettent d'ailleurs le passage du train, tapis dans leurs cachettes d’où leurs yeux brillent, donnant à cette grotte une ambiance lugubre où se côtoient stalactites et autres stalagmites. Des gouttes tombant du plafond de la structure viennent d'ailleurs former des flaques, certaines multicolores, sur le sol humide de la caverne. Au bout de la voie, en haut de la grotte, un véritable mur d’eau bouche la vue, se coupant net au passage du convoi.

Le train s’engage alors dans une courte descente avant de s’aventurer avec un virage brusque dans une plantation de cactus et de passer sous une grande arche rocheuse. Il traverse alors Foreboding Gorge, une vallée aux arbres tordus au fond de laquelle gît un wagonnet de minerai qui a déraillé, avant de passer au beau milieu de pins et de rencontrer une famille d’opossums se baladant au gré du passage des trains sur une branche d’arbre. À quelques mètres de là, la voie semble bien périlleuse alors que le convoi s’approche de Mill Landing, totalement couvert par les eaux de Mill Creek où un wagonnet tente de se maintenir à flots tandis que des voies de chemins de fer sombrent dans ces eaux troubles et peu accueillantes. Le train passe finalement au ras du rivage en créant de grandes gerbes d’eau le long du chemin de fer, les tréteaux le soutenant menaçant de s'effondrer sous son passage.

Après un brusque virage, le train entame sa montée au Mill Camp en passant devant la tour et la cabane du prospecteur. Alors qu'une chèvre, nommée Clarabelle, grignote quelques vêtements étendus sur une corde à linge sous le regard moqueur d'un couple de mules, le mécanisme complexe de la mine se révèle un peu plus. Aidé d'un treuil alimenté par un vieux moulin à eau, le train poursuit sa montée vers l’un des sommets de la montagne accompagné par la fumée et l’agitation des lieux. Sous les hurlements glaçants de coyotes et de signaux de fumée annonciateurs de mauvais présage, le train chute alors dans une longue descente suivie d’un court passage agité dans le Coyote Canyon où les passagers devront prendre garde à leur tête au moment de passer sous le Head Knocker Tunnel, comprendre le « Tunnel Cogne-Tête ». Le train effectue ensuite un passage au-dessus de Rivers of the Far West et approche d’une partie bien capricieuse de la mine.

Passant une entrée de tunnel couverte de panneaux indiquant la présence d'explosifs, le train s’engouffre dans la Big Thunder Mine dans un bruit assourdissant et s'engage dans une nouvelle montée particulièrement mouvementée le long de laquelle des mèches, dans un enchevêtrement de poutres, courent d'un détonateur jusqu'à des bâtons de dynamite placés le long des parois rocheuses. Les miniers d’un jour continuent leur progression dans les wagons qui tanguent d’un côté puis de l’autre, tandis qu'une lampe tombe et se brise au sol en déversant son huile ardente sur le dispositif qui s'enflamme immédiatement. Tandis qu'un mineur s'écrie « Fire in the hole! » pour avertir de l'imminente détonation, les mèches se consument à une vitesse stupéfiante et la dynamite explose dans un terrible fracas, le Big Bang, noyant la cavité tout en faisant apparaître un filon d'or, la récompense ! Les wagons du train vacillent sous l'effet de l'explosion et plongent sous la roche prête à s'écrouler, quittant la mine avant que cette dernière ne s’effondre sur elle-même.*

Un dernier panorama de Thunder Mesa s’offre aux miniers en herbe quelques instants avant que la locomotive et ses wagonnets ne retournent à nouveau dans le cœur de la montagne pour une ultime aventure. Dans la pénombre la plus totale, le train accélère et entame la pente la plus vertigineuse et la plus rapide de son expédition afin de rejoindre la surface. S’engouffrant dans la Bat Cave, une grotte peuplée de nombreuses chauves-souris affolées par la vitesse du convoi, le train continue son périple avant de finalement sortir bruyamment sous le bruit des chaînes de traction d’une cabane et de se diriger enfin vers le bâtiment principal de la Big Thunder Mining Company duquel les courageux explorateurs pourront quitter leurs wagons. Afin de garder un souvenir inoubliable de leur folle expérience, les visiteurs peuvent également s'arrêter sur le chemin du retour à Big Thunder Photographer, dans une cabane décorée par le photographe de cornes de bœuf et autres artefacts du Far West. Les valeureux aventuriers s'étonneront de leurs visages pris sur le vif par le photographe chevronné, lors de leur plongée à Mill Landing !

*À partir de 2015, cette scène est modifiée : Des bâtons de dynamite prennent alors feu, les mèches crépitent et crachent des étincelles tout en courant sur la roche ocre. Une explosion au fond du tunnel retentit, suivie d'un panache de fumée dans lequel le train s'engouffre. Les wagons tanguent de droite à gauche mais la locomotive arrive à s'extirper in extremis de la cavité rocheuse en pleine effondrement pour continuer sa course effrénée.

La critique

Publiée le 12 avril 2022

« Accrochez-vous à votre chapeau et à vos lunettes, car cette randonnée promet d’être la plus dingue de l’ouest ! »

Le Far West et ses terres arides n'ont pas fini de faire rêver. Domaine des bandits, hors-la-loi et autres mécréants, il est aussi le symbole d'une Amérique sauvage à conquérir. Vers le milieu du XIXe siècle, tandis que les Américains repoussent la Frontier (ou « Frontière »), cette ligne imaginaire qui sépare la société organisée des États-Unis de l'inconnu derrière de vastes plaines peuplées d'Indiens et d'une faune riche, d'autres s'aventurent vers des contrées éloignées aurifères : c'est la Ruée vers l'or ! Chacun s’accroche à l'espoir de devenir riche au prochain coup de pioche, souhaitant tomber sur un filon ou une pépite plus grosse que leur poing. Des siècles plus tard, cette époque ancrée dans l'imaginaire collectif inspire les parcs d'attractions pour créer les premières montagnes russes reproduisant un train minier. Mais Walt Disney Imagineering s'empare du concept et, avec un talent certain, pousse l'immersion à son paroxysme, créant alors un classique instantané. Lorsque l'idée d'ouvrir un Resort Disney en Europe pointe le bout de son nez, il va de soi que Big Thunder Mountain sera de la partie, envoyant ses premiers wagons dans une folle aventure dès le 12 avril 1992 et devenant par la même occasion l'icône de Frontierland !

Le Far West et sa non moins célèbre conquête de l'Ouest font inévitablement partie de l'imaginaire collectif se nourrissant de récits réels sur fond historique authentique agrémentés d'une touche de fantaisie et d'inventions enjolivant la dure réalité. Mais il n'empêche que cette époque cruciale de l'Histoire des États-Unis fait rêver et il n'en faut pas plus pour Walt Disney Imagineering pour en tirer un concept d'attraction immersif au possible !

La création du concept originel de Big Thunder Mountain est intrinsèquement liée à Walt et sa passion pour les trains. Fondu de ses machines à vapeur, il offre, dès l'ouverture de son Parc le 17 juillet 1955, l'occasion aux visiteurs d'emprunter l'un des trains du Disneyland Railroad faisant le tour du Royaume Enchanté. Quelques semaines plus tard, le 31 juillet, c'est au tour du Casey Jr. Circus Train d'embarquer les visiteurs pour un tour à la découverte de scènes miniatures issue du parcours fluvial de Storybook Land Canal. L'année suivante, le Rainbow Caverns Mine Train proposait un voyage à travers le Désert Vivant, sa faune et sa flore particulières sans oublier les merveilleuses Rainbow Caverns. Dès 1960, le Rainbow Caverns Mine Train a droit à un bon coup de lifting par l'Imagineer Marc Davis, renommant ainsi l'attraction Mine Train Through Nature's Wonderland, maintenant en partance de la petite ville minière de Rainbow Ridge. Le concept du « Train de la Mine » était né au Disneyland Park. Le chemin de fer traversait différents décors à une allure normale, comme celui de Cascade Peak, Bear Country, Beaver Valley ou encore les Devil's Paint Pots. L'attraction, née sous la coupe de Walt Disney lui-même, remporte un succès phénoménal grâce à sa centaine d'Audio-Animatronics dépeignant des animaux de l'Ouest américain et des paysages d'une beauté époustouflante. Mais les années passant, elle rencontre de moins en moins de succès, devenant de plus en plus chère à entretenir avec ses machines consommatrices d'essence : elle est alors vouée à laisser sa place à plus grand encore...

Tony Baxter, Imagineer de la nouvellement nommée division Walt Disney Imagineering, fraîchement revenu de l'ouverture de Walt Disney World Resort en Floride en 1971, commence à travailler sur un nouveau projet pour Frontierland, à la demande de la compagnie. Une autre attraction aurait en effet dû voir le jour à Frontierland, celle-ci ayant germé dans l'esprit de Marc Davis : Western River Expedition aurait emporté les visiteurs dans une épopée semblable à celle de Pirates of the Caribbean mais mettant en scène une guerre entre cowboys et Indiens dans un gigantesque complexe nommé Thunder Mesa comprenant également un train fou. Ainsi, l'Ouest du Pays découvrait les Caraïbes par l'attraction Pirates of the Caribbean ouverte en 1966 au Disneyland Park tandis que le Parc floridien aurait proposé un voyage dans l'Ouest du pays, au siècle de la Grande Conquête de l'Ouest. Mais Walt Disney World Resort, dans le besoin immédiat d'attractions nouvelles, abandonne l'idée de Davis pour recopier le concept californien de Pirates of the Caribbean à Adventureland. Il restait donc une place vacante à Frontierland. Tony Baxter, après avoir fait des recherches sur Monument Valley et ses formations géologiques, a alors l'idée d'une attraction basée sur un train fou dévalant les vallées les plus reculées de l'Ouest américain, à travers des grottes infestées de chauves-souris et des montagnes sujettes à de forts tremblements de terre. Mais attention, à la différence des trains de la mine proposés à l'époque dans d'autres parcs à thèmes, à l'instar de Run-A-Way Mine Train à Six Flags Over Texas (considéré comme le premier concept du genre) où les décors semblent avoir été déposés autour du parcours de la montagne russe, Baxter propose plutôt l'un des parcours les plus immersifs jamais proposés en construisant une montagne battue par les vents à travers laquelle un train fou offre une aventure excitante et proche du réel. La direction tombe sous le charme de l'attraction nommée Big Thunder Mountain Railroad et fait de son créateur le designer attitré. Baxter, dont le projet était terminé depuis 1974, devra cependant encore attendre quelques années avant de voir son idée littéralement sortir de terre, s'effaçant devant une autre « montagne »Space Mountain, qui ouvre ses voyages spatiaux en 1975 au Magic Kingdom et en 1977 en Californie.

La conception n'est cependant pas de tout repos. Il s'agit en effet de la première attraction dont la construction est assistée par ordinateur. Ainsi, Baxter, satisfait de son design et de l'architecture générale de son invention, se voit confronté à la logique binaire des ordinateurs de l'époque. Le tracé du train fut donc revu de multiples fois afin que la machine savante puisse enfin accepter un agencement rassemblant toutes les caractéristiques attendues en termes de fluidité et de régularité et permettant l'utilisation des rails par différents trains en même temps. Un total de neuf maquettes décrivant neuf tracés différents a ainsi été nécessaire pour satisfaire les exigences technologiques, architecturales et techniques. Pour l'attraction californienne, son emplacement proche de Fantasyland a conditionné son design (créé en collaboration avec l'Imagineer Skip Lange) aux angles plus arrondis et ses teintes pastels ressemblant aux hoodoos du Parc National de Bryce Canyon dans l'Utah afin de s'intégrer au paysage du Land voisin. Sa version floridienne arbore elle plutôt des couleurs ocres vives rappelant les formations géologiques aux arêtes tranchantes de Monument Valley dans l'Arizona.

Un autre Imagineer, Pat Burke, crée l'histoire autour de Big Thunder Mountain Railroad en utilisant une légende indienne, celle de l'esprit de l'Oiseau Tonnerre. Lorsque les mineurs commencèrent leurs recherches au cœur de la montagne sacrée, l'esprit fut réveillé et, d'un battement de ses gigantesques ailes, créa un tremblement de terre faisant fuir les intrus. Puis, le 2 septembre 1979, en lieu et place de Mine Train Through Nature's Wonderland, les pitons rocheux de Big Thunder Mountain Railroad surgissent de terre. De l'ancienne attraction ne sont gardés que quelques reliquats : la petite ville de Rainbow Ridge, son saloon et son hôtel, quelques Audio-Animatronics, les mares colorées des Rainbow Caverns... et le nom de Big Thunder ! En effet, ce dernier est originaire d'une cascade portant le même nom dans l'attraction précédente. L'année suivante, le tracé presque identique est reproduit à Walt Disney World Resort, donnant l'effet que les deux attractions sont le miroir l'une de l'autre, à quelques détails près comme le nom de la ville du Far West renommée Tumbleweed. Ce même tracé est recopié à Tokyo Disneyland pour l'ouverture en 1987, de la même attraction à Westernland.

Tony Baxter a ainsi à son actif, à ce moment précis, trois attractions de la famille Big Thunder Mountain Railroad, la suivante toujours plus enrichie et développée que la précédente, se nourrissant des erreurs passées et des nouvelles technologies de chaque époque. La perspective de l'ouverture d'un Parc européen au début des années 90 ne peut donc se faire sans l'implantation d'un quatrième Big Thunder Mountain Railroad... ou presque ! Il est vrai que Big Thunder Mountain, version parisienne abandonnant le "Railroad" de ses consœurs, s'en distingue de multiples façons, la rendant unique en son genre et certainement la plus aboutie en portant l'immersion narrative au plus haut niveau. Ainsi, Big Thunder Mountain ne sera pas seulement un symbole de Frontierland mais aussi et surtout un pilier dans la cohérence scénaristique du Land. Car le Frontierland du Parc Disneyland offre une expérience inédite : un scénario construit autour des différents points clés du Land, du manoir des Ravenswood à la plus haute montagne de Big Thunder Mountain en passant par la ville-champignon de Thunder Mesa.

Le concept narratif est sans précédent : en pleine ruée vers l’or, dans la petite ville de Thunder Mesa sur les bords de Rivers of the Far West se tient l’iconique Big Thunder Mountain. Montagne aux couleurs ocre et véritable île bordée de végétation, elle regorge surtout d’un bien précieux convoité de tous, l’or ! Henry Ravenswood y voit là un merveilleux filon à exploiter et l’homme d’affaires en profite pour créer la Big Thunder Mining Company afin d’explorer en profondeur la fameuse montagne et en retirer la moindre pépite d’or malgré la mise en garde des Indiens, anciens maîtres des lieux. Ces derniers prédisaient alors malheurs et damnation pour quiconque oserait piller la montagne de l’Oiseau Tonnerre. Cette malédiction qui frappa l’exploitation de la mine quelques années après l’arrivée des premiers mineurs et qui causa le grand tremblement de terre de Thunder Mesa ! Pis encore, le mariage de Mélanie Ravenswood n'aura jamais lieu, son fiancé ayant été pris au piège dans la montagne, du fait d'un beau-père visiblement opposé à cette union. Cette mythologie d'un niveau de détail rare participe à l'ambiance si particulière de la zone et de chacune de ses attractions intrinsèquement liées.

Du point de vue design, il est décidé que, contrairement à ses homologues des autres Parcs qui se contentent de proposer une virée dans le train fou sur les berges de Rivers of America, le Big Thunder Mountain parisien, conçu en béton armé, soit placé au centre d'une île entourée par les Rivers of the Far West ! Exit donc Tom Sawyer Island qui détient cette place insulaire dans les autres Parcs, les pitons anguleux de Big Thunder Mountain sont ainsi visibles de n'importe quel angle depuis l'un des navires de la Western River Line offrant des panoramas insolites aux visiteurs. Ils peuvent également s'émerveiller devant une collection de deux cents cactus (visibles pendant certaines saisons les premières années de l'attraction à cause d'un climat parisien pas toujours clément avec les plantes désertiques), offerte par Mme Deguerce, côtoyant pins majestueux et armoises adeptes des terres arides. La prouesse technologique va encore plus loin lorsqu'il est décidé que les zones d'embarcation et de débarquement conçues par l'Imaginieur Pat Burke se situent sur les berges de Rivers of America, obligeant les wagons à passer par des tunnels pour se rendre sur l'île, cœur de l'attraction, et en partir. Réelle difficulté, il a fallu gérer la présence d'une masse d'eau et une barrière physique en béton, le rail central utilisé par le Molly Brown et le Mark Twain de l'attraction adjacente, Thunder Mesa Riverboat Landing.

Afin d'accentuer l'authenticité de l'attraction, Pat Burke et son équipe parcourent une quinzaine d'États américains à la recherche d'artefacts de l'époque de la ruée vers l'or comme une machine à vapeur tirée par des chevaux, une machine à mélanger le ciment fonctionnant à la vapeur (créée de toute pièce par Burke à partir de pièces séparées), un engin de traction de Minneapolis datant de 1889, de véritables chutes à minerais installées dans la zone d'embarquement ou encore de nombreux wagonnets attaqués par la rouille et autres machines spécialisées réveillées d'un sommeil séculaire. Tous ces éléments venant de ventes aux enchères, de vieilles mines abandonnées et de réelles villes-fantômes du Far West participent à la narration du Land et sont ainsi disposés ça et là sur les berges (à l'instar d'un compresseur d'air fonctionnant à la vapeur) et sur l'île, leur redonnant un second souffle, plongés dans une atmosphère notamment inspirée du western John McCabe (1971) de Robert Altman, une influence avouée par Pat Burke lui-même. D'ailleurs, n'importe quel badaud pourrait se dire que les accessoires ont été déposés aléatoirement mais pourtant certains ont un rôle bien précis comme cette roue d'engrenage à l'entrée de l'attraction fixée à la hauteur minimale acceptable pour accéder aux wagonnets des trains !

Pour aller encore plus loin dans la narration et la mise en scène de ces artefacts, il est en effet possible de comprendre l'acheminement de l'or, de son extraction à son expédition en utilisant le bon sens de lecture, en suivant les rails ! Les chariots sont ainsi chargés de minerais au niveau de Baby Doe Mine puis direction un puits vertical où un ascenseur fonctionnant à la vapeur décharge son contenu dans les wagonnets. Les rails se poursuivent vers les berges de Rivers of the Far West et prennent fin au niveau d'un broyeur à minerais alimenté à la vapeur réduisant en poudre l'or pur qui est ensuite directement exporté en partance de ce ponton vers d'autres contrées... La tour de signal disposée d'ailleurs sur la berge prévient les barges remplies de minerais de l'approche des bateaux à aubes voguant sur ces eaux en activant son puissant sifflet ! Enfin, le bâtiment de la Big Thunder Mining Company, colosse donnant sur la rue principale de Thunder Mesa, voit sa façade vieillie par le biais de techniques venant du septième art, consistant à tacher et délaver les surfaces sur lesquelles l'illusion de l'usure doit être visible.

Ainsi, le 12 avril 1992, Big Thunder Mountain, s'étendant sur une surface totale de deux hectares, est la première attraction du genre à ouvrir avec son Parc. Le plus rapide des Big Thunder Mountain existants, conséquence involontaire du tunnel menant à l'île, mais aussi le plus haut (le piton rocheux le plus élevé étant à trente-trois mètres de hauteur), dépassé de peu par la plus haute tourelle du Château de la Belle au Bois Dormant, a reçu le même accueil chaleureux des visiteurs que ses homologues des autres Resorts Disney. Et comme les autres attractions, les clins d'œil y sont légion. Au-delà des Mickey cachés formés par des roues d'engrenages ou sculptés dans la roche rouge, une référence flagrante est visible dans le logo même de l'attraction qui pullule dans les accessoires et structures de Big Thunder Mountain. Il est, en effet, formé des trois lettres de l'attraction, BTM (pour Big Thunder Mountain) à un détail près : le M est en réalité un W à l'envers créant ainsi les initiales de son créateur original, Tony Wayne Baxter ! Le nom du contremaître tenant le laboratoire d'essais dans la file d'attente provient également d'un autre Imaginieur, Jack Ferges. Cet homme de grande stature avait un tout petit bureau à Walt Disney Imagineering, à l'image de ce « Big Jack » cloîtré dans son minuscule laboratoire ! D'autres noms jalonnent l'attraction et le Land lui-même mais ne sont pas vraiment des références, plus des jeux de mots comme U. Needa Belt Company (l'usine « Vous avez besoin d'une ceinture »), C. N. De Darke Safety Lamp Co. (Compagnie de lampes de mineurs « Voir dans la nuit ») ou encore Doug De Hohl et Phil De Hohl (de l'anglais « Dug the hole » et « Fill the hole » traduits respectivement en « Creuse le trou » et « Comble le trou »), fabricants de pelles. Un petit clin d’œil est enfin réservé à Pat Burke, décédé en 2014, à la fin de l’attraction où son nom peut se retrouver sur un élément du décor.

Au fur et à mesure des années, l'attraction emblématique est devenue une obligation dans le cahier des charges de la construction d'un Parc Disney. De la toute première version ouverte en 1979 en Californie ou la version floridienne ouverte l'année suivante à celle de Tokyo Disneyland prenant place à Westernland dès 1987, l'attraction aux trains fous n'a jamais perdu d'intérêt aux yeux des visiteurs. Pourtant, à l'ouverture de Hong Kong Disneyland, aucun train de la mine n'est prévu, volontairement et en raison du manque d'adhérence des visiteurs asiatiques au thème du Far West. Malgré tout, il est décidé en 2012 d'y intégrer une nouvelle sorte de montagnes russes se déroulant à bord de trains évoluant dans des mines : Big Grizzly Mountain Runaway Mine Cars!, ouvert à Grizzly Gulch, révise le concept de Big Thunder Mountain Railroad ! Une autre attraction va lorgner sur le concept originel de Big Thunder Mountain Railroad et prendra place dans l'agrandissement de Fantasyland au Magic Kingdom : Seven Dwarfs Mine Train, un périple dans les mines des sept nains du premier long-métrage de Walt Disney en 1937 ! L'attraction reçoit un tel succès qu'à l'ouverture de Shanghai Disneyland en 2016, ce n'est pas une énième version de Big Thunder Mountain Railroad qui est présente mais la même attraction qu'au Magic Kingdom, avec ces Audio-Animatronics à la pointe de la technologie.

En 2015, une rénovation de grande ampleur à Disneyland Paris oblige Big Thunder Mountain à fermer pendant presque une année entière, une première depuis son ouverture en 1992. Ce chantier a débuté par la vidange complète de Rivers of the Far West (révélant les rails de guidage de Thunder Mesa Riverboat Landing), un processus long de près de trois semaines pour leur assèchement total succédé de deux semaines supplémentaires pour les remplir de nouveau de leurs cinquante mille litres d'eau. Chose amusante : la vidange a été l'occasion de découvrir quelques surprises : des centaines de téléphones portables, des milliers de casquettes et plus insolite encore, une imprimante ! Le travail s'est ensuite axé majoritairement sur la palette de couleurs des pitons rocheux de la montagne qui avaient, avec le temps, terni et perdu de leur éclat d'origine, un travail nécessitant plus de 22 800 litres de peinture ! De nombreux arbres ont été également déracinés car leur pousse, trop avancée, annihilait l'effet de grandeur de la montagne. Des arbres plus jeunes ont donc été replantés, donnant à l'ensemble du décor une nouvelle leçon de perspective qui trompe l'œil.

Le point d'orgue de cette rénovation est sans conteste la fin explosive de l'attraction à l'emplacement de la troisième montée. Originellement, un wagonnet oscillait dans l’un des boyaux de la mine sous le coup de nombreuses détonations avant qu’une plus importante explosion, le Big Bang, ne fasse céder une poutre en bois tout en haut où règne l’obscurité et ne fasse apparaître un nouveau filon impressionnant d’or brillant à la lumière des quelques lampes à pétrole laissées par les mineurs. Le nouveau final, utilisant un effet de mapping s'inspirant fortement de la version californienne, met littéralement en feu des mèches de bâtons de dynamite jusqu'à l'explosion inévitable dans un nuage de fumée dans l'édifice rocheux naturel. Cet ajout technique entraîne une modification inattendue du paysage environnant : l'alimentation de cette grande explosion se fait grâce à deux grandes cuves d’air installées devant Pocahontas Indian Village, devenu par la suite Frontierland Playground, et enterrées aux deux tiers !

À l'instar du Disneyland Railroad ou de Space MountainBig Thunder Mountain, ou les concepts en découlant, est un indispensable des Parcs Disney, Disneyland Paris ne faisant pas exception. Mieux encore, le Resort français dispose de la version de l'attraction la plus aboutie et la plus poussée autant sur les plans scénaristique que technologique. Joyau de Frontierland, la « Montagne du Grand Tonnerre » trône fièrement au-dessus des calmes Rivers of the Far West, essayant de toucher du bout de ses pitons rocheux ocres et anguleux les nuages parisiens. Bénéficiant d'une fin explosive, Big Thunder Mountain est une expérience à part entière dans le Far West américain, magnifiquement intégrée dans un Land à l'histoire aussi profonde que les filons d'or de la mine ayant donné naissance à Thunder Mesa...

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