Le Visionarium
Un Voyage à Travers le Temps

Le Visionarium - Un Voyage à Travers le Temps
L'affiche
Date d'ouverture :
Le 12 avril 1992
Date de fermeture :
Le 5 septembre 2004
Type d'attraction :
Cinéma 360°
Crédit Photos :
Musique :
Bruce Broughton
Durée :
20 minutes

Le synopsis

Le Visionarium ouvre ses portes aux visiteurs pour une occasion historique. Timekeeper, robot-inventeur, a en effet mis au point une invention révolutionnaire : la machine à remonter le temps ! Pour sa première démonstration, les curieux sont ainsi invités à assister au voyage de Nine-Eye alors qu'elle se lance dans une aventure temporelle de l’Histoire qui lui donnera l’occasion de côtoyer les plus grands visionnaires qui ont rêvé et imaginé le monde.

L'expérience

Les visiteurs arrivent à proximité d’un grand bâtiment circulaire surmonté d’un dôme et d’antennes lumineuses. Placée devant son entrée, une sphère armillaire dorée, arborant les heures du jour et les points cardinaux, leur indique le nom du lieu – Le Visionarium – tandis qu’une plaque fixée sur son piédestal leur annonce la démonstration d’une nouvelle invention à l’intérieur.

Poussés par la curiosité, les visiteurs avancent sous le porche délimité par des piliers massifs et décoré d’une grande fresque illuminée. Leurs yeux sont immédiatement attirés par le prototype d’une étrange voiture résolument futuriste placée sur leur chemin : la Renault Reinastella. Présentée en qualité de véhicule volant capable de réagir aux pensées des passagers, elle est décrite comme le moyen de locomotion des siècles à venir. Poursuivant leur route, ils atteignent une entrée au-dessus de laquelle est affiché un compte à rebours égrenant les minutes. Ce qui se prépare à l’intérieur semble imminent…

Les visiteurs passent alors les portes et pénètrent dans une antichambre peu éclairée dans laquelle ils doivent laisser leurs yeux s’habituer à la faible luminosité. Au plafond équipé de tuyaux transparents traversés par des flux d’énergie lumineuse, sont suspendus des modèles réduits représentant certains des plus grands rêves ou des plus grandes réalisations de l’Humanité. Parmi eux figurent notamment la machine volante de Léonard de Vinci, la montgolfière des Frères Montgolfier, le Nautilus et l’Albatros de Jules Verne, un sternwheeler, un avion des Frères Wright, le Concorde ou encore l’équipement d’un astronaute. Une série d’élégantes étagères débordant de livres, d’objets scientifiques et de maquettes, fait face à l’entrée et tout autour, les murs de la salle sont ornés d’affiches et de dessins techniques témoignant des progrès de l’ingénierie et de la science.

Parmi ces derniers, deux se démarquent de l’ensemble : le premier est une publicité faisant la promotion de la Conférence sur le Futur qui eut lieu le 20 mai 1900 à l’occasion de l’Exposition Universelle de Paris et lors de laquelle deux auteurs, Jules Verne et Herbert George Wells, ont échangé au sujet de leurs visions personnelles de l’avenir. Le second est un croquis de Léonard de Vinci représentant un curieux être mécanique doté de deux bras et neuf yeux.

L’antichambre est suffisamment large pour accueillir une foule importante et, afin de patienter, les visiteurs peuvent diriger leurs regards vers un grand écran entouré de tuyaux massifs sur le mur opposé à l’entrée pour y visionner des extraits d’archives vidéo mettant en scène des démonstrations scientifiques, technologiques et industrielles.

Tout à coup, cette diffusion est interrompue lorsqu’un robot-inventeur, se présentant sous le nom de Timekeeper, apparaît à l’écran, souhaitant la bienvenue au public. Avec ses lunettes et sa chevelure métallique en bataille, tout dans son allure évoque l’archétype du savant fou. Ne dissimulant pas son enthousiasme, il annonce fièrement aux visiteurs qu’ils sont invités à assister à la toute première démonstration de la machine à remonter le temps !

Qui dit « première démonstration » implique que le premier voyageur ne sera certainement pas humain. L’honneur (ou le fardeau) d’endosser le rôle de cobaye revient en effet à sa collaboratrice robotique, Nine-Eye. Conçue spécifiquement pour l’expérience, elle est dotée, comme son nom l’indique, de neuf yeux tout autour de sa tête, chacun équipé d’une caméra, faisant d’elle l’outil parfait pour interagir avec son environnement, le visionner à trois-cent-soixante degrés et en retransmettre les images en temps réel au public venu pour l’occasion. Timekeeper n’a d'ailleurs pas hésité à éprouver sa résistance en lui faisant subir des tests à la limite du raisonnable. Fort heureusement, après avoir été précipitée dans les chutes du Niagara, soumise à la force d’une explosion, passée à la centrifugeuse et attachée à la Navette Challenger propulsée dans l’espace, la survivante a prouvé maintes et maintes fois qu’elle était la candidate idéale pour affronter les éventuels dangers d’un premier voyage dans le temps.

Timekeeper invite donc le public à pénétrer dans la salle suivante et une série de portes s’ouvre en projetant des nuages de vapeur. Passant dans la chambre d’expérimentation, qui se présente sous la forme d’un amphithéâtre circulaire, les visiteurs se répartissent au centre le long de rangées délimitées par des rampes et entourées d’un cercle lumineux rouge. La salle résonne d’un faible bourdonnement continuel et neuf écrans situés en hauteur couvrent toute sa circonférence. Sur une estrade située à l’opposé de l’entrée, Timekeeper trône fièrement à côté de son invention et procède aux derniers réglages qui ne se font pas sans perturbation, ce qui laisse présager que tout n’est pas parfaitement au point. Les lumières s’éteignent et Nine-Eye, ayant elle-même terminé quelques réparations, surgit de l’intérieur de la machine. Elle fait part de sa réticence à partir dans le temps, mais Timekeeper l’ignore et règle sur elle un canon laser qui la re-matérialise à l’intérieur de la machine. Il lance ensuite l’activation et Nine-Eye disparaît, alors que les neuf écrans de la salle s’allument et retransmettent exactement ce qu’elle voit : une traversée chaotique à travers les méandres du temps qui ressemblent à des vortex de lumière.

Le signal envoyé par Nine-Eye est brutalement coupé, semble perdu pendant quelques instants, puis se rétablit rapidement. Ouvrant timidement quelques yeux, elle réalise qu’elle se trouve en plein Crétacé, dans une vallée à la végétation primitive. Un Tyrannosaurus rex surgissant soudainement l’aperçoit et tente de l’engloutir. Sauvée par son exceptionnelle solidité, la voyageuse se tient à distance du dinosaure et Timekeeper l'envoie sans délai vers une époque plus sûre : l’ère glaciaire de Würm, douze mille ans dans le passé. Flottant au-dessus d’un monde entièrement fait de glace que Timekeeper assimile humoristiquement à la surface d’un café liégeois, la voyageuse n’apprécie guère les basses températures et supplie son patron de l’envoyer vers une période au climat plus agréable.

Sous le contrôle de l’inventeur, elle fait un bond en avant dans le temps et se matérialise en 1450 sur une plaine à proximité d’un château-fort, au beau milieu d’une bataille entre deux armées anglaise et écossaise. L’un des soldats écossais s’approchant d’elle la méprend pour un engin de guerre anglais d’un genre nouveau et lui assène un violent coup d’épée, détraquant temporairement trois de ses yeux.

Cherchant à éloigner sa pauvre collaboratrice de tels ennuis, Timekeeper l’envoie à Florence en 1503, en pleine Renaissance. Découvrant les rues de la cité toscane, elle y croise Mona Lisa et la suit jusqu’à l'atelier de Léonard de Vinci, rempli de divers travaux en cours d’élaboration. Parmi ceux-ci figurent notamment un prototype de la machine volante, que des assistants de l’inventeur testent maladroitement, et une ébauche de l’œuvre qui sera plus tard connue sous le nom de La Joconde. Véritable touche-à-tout et collectionneuse de souvenirs, Nine-Eye profite d’une dispute entre le peintre et son modèle pour emporter avec elle un sablier, mais parvient uniquement à attirer sur elle l’attention de Léonard de Vinci. Loin d'être effrayé par son aspect robotique, le maître des lieux semble au contraire saisi par l’inspiration et entame un rapide croquis de cet étrange être mécanique doté de neuf yeux qui, pendant un court moment de gloire, vole littéralement la vedette à Mona Lisa.

Jugeant qu'il est préférable que cette intrusion cesse, Timekeeper transfère sa collaboratrice au soir du 27 janvier 1763, au beau milieu d’un concerto donné en présence du Roi Louis XV, de Madame de Pompadour, du futur Louis XVI encore âgé de huit ans et de la Cour royale. L’interprète au clavecin n’est autre qu’un enfant aux yeux bandés nommé Wolfgang Amadeus Mozart, jouant pour son septième anniversaire son Menuet en Fa Majeur sous l’œil attentif de son père, Leopold Mozart. Dès que le compositeur en herbe achève son morceau et que ses yeux sont débarrassés du ruban, il repère immédiatement Nine-Eye dont l’apparence se démarque du reste de la foule. Surpris, il attire malheureusement l’attention des autres courtisans sur elle et ceux-ci la poursuivent avec curiosité jusqu’à l’acculer à l’entrée d’une salle de bal remplie d’une foule de danseurs tout aussi curieux.

Une fois de plus, Timekeeper sauve la situation in extremis. Il propulse brutalement Nine-Eye en 1887, ce qui a pour effet de bloquer la machine temporelle en mode accéléré. Flottant au-dessus des toits de Paris, Nine-Eye attend la fin de cette perturbation en assistant à l'édification extrêmement rapide de la Tour Eiffel jusqu’en 1889, vivant les deux années de construction de la Dame de Fer en seulement une quinzaine de secondes.

Lorsque Timekeeper rétablit l’écoulement normal du temps, Nine-Eye se retrouve devant l’entrée du Palais des Sciences Techniques de l'Exposition Universelle de Paris le 20 mai 1900. Elle repère tout près d’elle trois hommes en train de discuter : l’écrivain Jules Verne, son confrère anglais Herbert George Wells et l’interprète linguistique de ce dernier. Écoutant discrètement la conversation, elle comprend que les deux auteurs vont bientôt participer à la Conférence sur le Futur, mais également que leurs visions respectives de l’avenir sont foncièrement divergentes. Jules Verne fustige l’œuvre de H. G. Wells qui, selon lui, relève plus de l’imaginaire que de la science, allant jusqu’à considérer que son roman La Machine à Explorer le Temps est impossible, tandis que Wells, pour toute réponse, se moque de la prétendue rigueur scientifique de Verne, en ciblant par exemple son roman De la Terre à la Lune. Très vite, les deux hommes se séparent avec froideur.

C’est alors que Nine-Eye, ne pouvant se contenir davantage, s’adresse directement à Jules Verne et lui reproche avec bienveillance son étroitesse d’esprit. Celui-ci, au comble de la surprise, l'empoigne pour mieux l'examiner, au moment où Timekeeper, agacé par le comportement de Nine-Eye, décide de la ramener dans le présent. Malheureusement, Jules Verne est emporté avec elle et ils se re-matérialisent tous les deux au sein de la machine sous les yeux du public.

Une fois remis de sa stupéfaction, l’auteur comprend ce qui vient de lui arriver : il a été transporté par erreur dans son futur, le futur dont il a rêvé durant toute sa vie. Tenant à saisir cette opportunité, il supplie Timekeeper de lui permettre de découvrir cette nouvelle époque. D'abord réticent, Timekeeper lui accorde dix minutes pour découvrir le monde contemporain sous la surveillance de Nine-Eye, après quoi il le renverra à sa conférence.

Le voyage, qui ne se fait désormais plus à travers le temps, mais uniquement à travers l’Europe actuelle, commence presque par… un accident ! Nine-Eye et Jules Verne se retrouvent dans un tunnel sombre, sur le trajet d’un TGV qui se dirige droit sur eux. Évitant la collision de justesse grâce à Timekeeper, Jules Verne se retrouve en équilibre précaire sur le nez de ce TGV, traversant les vignobles d’Alsace à pleine vitesse.

Timekeeper le sort de cette situation et l’envoie à l’extrémité de l’avenue des Champs-Élysées, à l’entrée de la place Charles-de-Gaulle. Jules Verne part à la découverte du Paris moderne, mais n’ayant aucune notion du code de la route, il traverse la grande avenue parisienne avec insouciance, manquant de se faire renverser par un taxi parisien et de provoquer un immense carambolage.

À peine conscient de ce à quoi il vient d’échapper, Verne est davantage intéressé par la nature de ces étranges voitures à moteur et souhaite connaître la sensation de la conduite. Timekeeper cède à nouveau et estime que le plus sage est de l’envoyer là où les risques de collision avec d’autres véhicules seraient en théorie réduits. Il opte d’abord pour un circuit de Formule 1, mais comme l’auteur impatient le prend à contresens, surprenant au passage trois autres concurrents tandis que Nine-Eye peine à le suivre, Timekeeper, pris au dépourvu, le place immédiatement à bord d’un bobsleigh lancé dans une descente. Dès que l’écrivain estime avoir son content de sensations fortes, Timekeeper l’envoie vers un endroit plus calme : à l’intérieur d’un submersible dédié à l’exploration et à l’archéologie sous-marine. Avec émotion, Jules Verne réalise alors que son roman Vingt Mille Lieues Sous les Mers est dorénavant devenu réalité dans le monde actuel.

Après les profondeurs océaniques, quoi de plus naturel que de partir à la découverte des cieux ? Les voyageurs du temps sont transférés à bord d’une montgolfière qui s'élève au-dessus de Moscou. Mais voilà, la nacelle est déjà occupée par un couple récemment marié. Pour éviter de déranger, Timekeeper envoie plutôt Verne à l'aéroport de Paris-Charles-de-Gaulle à Roissy, au pied du Concorde. Une fois encore, les mariés moscovites sont eux aussi accidentellement téléportés à Paris, où ils pourront sans délai commencer leur lune de miel.

Admirant les avions qui décollent, Verne supplie Timekeeper de le faire monter à bord de ces « wagons volants », mais un bagagiste interpelle le petit groupe et entame la conversation avec Nine-Eye, s’intéressant à leur voyage. L’écrivain en profite pour s’aventurer un peu plus loin et prendre quelques notes, mais des agents de sécurité interviennent rapidement et, malgré les protestations du bagagiste et de ses collègues, arrêtent et emmènent Jules Verne en garde à vue. Dévoilant un autre de ses atouts, Timekeeper fait reculer le temps de quelques secondes jusqu’au moment précédant l’arrivée des agents et l’arrestation.

Une fois l’incident passé, Timekeeper accorde donc à Jules Verne le droit de monter à bord d’un hélicoptère et de s’envoler au-dessus de plusieurs paysages, tels que le Mont-Saint-Michel, le Château de Neuschwanstein, le littoral du Pas-de-Calais, les Alpes ou encore la campagne anglaise. Le ciel n’ayant pas de limite, Timekeeper vise encore plus haut et emmène les passagers jusqu’à la Station Spatiale Internationale, démontrant ainsi à l’écrivain que ses romans De la Terre à la Lune et Autour de la Lune sont eux aussi devenus réalité dans le présent.

Mais considérant que les meilleures choses ont une fin, Timekeeper met un terme à l’aventure et renvoie les voyageurs en 1900, juste à temps pour le début de la conférence. Transformé par ce qu’il vient de vivre, Jules Verne porte dorénavant un nouveau regard sur les possibilités de l’avenir. En guise de remerciement, il offre gracieusement à Nine-Eye la rose qui orne le revers de sa veste, tandis que H. G. Wells assiste bouche bée au retour de son confrère en compagnie de cette étrange être du futur. Mais avant que l’auteur britannique ne puisse poser la moindre question, Verne l’entraîne vers la foule qui les attend, lançant un dernier adieu à sa compagne de voyage. Tout rentre dans l’ordre et Timekeeper ramène Nine-Eye dans le présent. L’aventure s’arrête-t-elle là pour autant ? Bien sûr que non !

Comme la machine a prouvé qu’elle fonctionnait à merveille, il est maintenant temps de découvrir la seule époque jusqu’à présent laissée de côté : l’avenir ! Mais cette fois-ci, c’est une famille du public que Timekeeper invite et le petit groupe sélectionné est téléporté dans la machine aux côtés de Nine-Eye, malgré les mises en garde de cette dernière. Activée une troisième fois, la machine transporte donc ses nouveaux voyageurs lors d’une nuit de l’an 2189, dans un Paris futuriste aux cieux peuplés de véhicules volants et aux monuments enveloppés d’immenses colonnes de lumières. Confortablement installée à bord d’une voiture volante Reinastella, la famille explore la ville désormais « plus lumineuse que jamais », n’oubliant pas de faire un détour au niveau de la tour Eiffel qui célèbre son tricentenaire cette année-là, pendant que Nine-Eye garde les yeux sur eux. Soudain, l’excursion est interrompue par l’apparition d’un autre engin qui vient les accoster : une seconde machine à remonter le temps ! À son bord se trouvent Jules Verne et H. G. Wells, qui ont mis leurs différends de côté pour créer la machine telle que l’auteur britannique l’avait imaginée. Reconnaissant Nine-Eye, les deux écrivains la saluent et se joignent au petit groupe pour découvrir le monde de demain.

Satisfait de sa démonstration, Timekeeper s’adresse ensuite au public et le remercie chaleureusement d’être venu y assister. En guise de conclusion, il incite les visiteurs à partir vers de nouveaux horizons et, alors que ceux-ci franchissent la sortie de l’amphithéâtre, leur laisse ces derniers mots : « Notre voyage s’achève. Le temps suspend son vol. Dépêchez-vous de rejoindre votre futur ! »

La critique

rédigée par
★★★★
Publiée le 26 mai 2018

Située à l’entrée de Discoveryland, Le Visionarium – Un Voyage à Travers le Temps ouvre avec Euro Disneyland (aujourd’hui nommé le Parc Disneyland) le 12 avril 1992. Fort d'un succès instantané, cette attraction est alors l’une des premières devant laquelle se massaient les visiteurs. Lorsque le projet d’ouvrir un Resort en Europe est lancé, les Imaginieurs ont tenu à distinguer Discoveryland par un thème intemporel mêlant univers rétrofuturiste et style steampunk, en opposition à la vision très moderne et technologique du futur traditionnellement présenté au sein des Tomorrowland des autres Resorts Disney.

Unique en son genre à son ouverture, l’attraction reflète donc le génie des visionnaires des siècles passés, mais également celui des Imaginieurs prenant là la décision d’inclure un cinéma à trois-cent-soixante degrés tout en proposant un vibrant hommage à la culture française et plus largement européenne.

Malgré tout, une telle attraction n’est pas une première dans la longue histoire de The Walt Disney Company. C'est en effet dès le milieu du XXème siècle que les Imaginieurs travaillent sur un procédé de prise de vue capable d’enregistrer des images à trois-cent-soixante degrés et à les diffuser dans une salle adéquate. Baptisé Circarama, ce procédé s’appuie sur l’association de onze caméras disposées circulairement face à l’horizon qui, une fois enclenchées, enregistrent simultanément. Les scènes ainsi filmées permettent de composer, après montage, un film à projeter dans une salle circulaire équipée de onze écrans, un moyen idéal pour présenter aux visiteurs une série de paysages spectaculaires à admirer, magnifiant ainsi l’environnement dans lequel le tournage a eu lieu. La première production de ce type, A Tour of the West, filmée dans les paysages les plus connus des États-Unis, est inaugurée à l’ouverture de Disneyland Resort à Anaheim en 1955. Un second film particulièrement populaire, America the Beautiful, voit ensuite le jour à l’occasion de l’Exposition Universelle de Bruxelles de 1958.

Par la suite, les Imaginieurs cherchent à apporter des innovations et parviennent à inaugurer un procédé simplifié en 1967 : le Circle-Vision. S’appuyant sur un nombre de caméras réduit à neuf, il permet alors d’économiser beaucoup de temps et de ressources et supplante définitivement le Circarama. Une nouvelle version du film America the Beautiful est dès lors réalisée avec cette nouvelle méthode comme le seront aussi d’autres films des décennies suivantes : Magic Carpet Around the World et American Journeys (lui-même issu d’America the Beautiful).

En 1982, le Circle-Vision connaît un nouvel essor avec l’ouverture au public d’Epcot à Walt Disney World Resort et plus particulièrement de World Showcase où sont rassemblés les pavillons représentant divers pays du monde. Trois films voient alors le jour : Wonders of China pour le pavillon chinois, O Canada! pour le pavillon canadien et Impressions de France pour le pavillon français (bien que ce dernier film ne se contente que de cinq écrans en demi-cercle).

Pour Discoveryland, les Imaginieurs souhaitent avoir recours à un procédé similaire. Ils tiennent toutefois à ce que cette version-ci innove par rapport aux précédentes. Sa particularité est que le film ne doit pas se contenter de juxtaposer des scènes spectaculaires, mais bel et bien les relier par une histoire logique et inédite, adhérant totalement au concept des lieux. Située dans un Land permettant à ses visiteurs de voyager dans les confins de la galaxie jusqu’aux profondeurs des océans, la nouvelle destination se veut, en effet, tout aussi exaltante. Par conséquent, le scénario envisagé se centre dès le départ sur l’idée d’un voyage à travers le temps à la rencontre des grands penseurs et visionnaires européens. Le nom de Jules Verne, écrivain souvent considéré comme le père de la science-fiction moderne et que Walt Disney admirait beaucoup, figure tout de suite parmi les personnages envisagés, comme celui de H. G. Wells, que Walt avait personnellement rencontré en 1936. Mais la mise en scène est longuement débattue : comment donner physiquement vie à ce voyage dans l’attraction ? Une première idée s’inspire par exemple du théâtre grec de l’Antiquité, censée s’appuyer sur l’usage d’un chœur pour commenter et traduire l’histoire présentée, un point de départ abandonné car peu pratique. Une seconde idée, elle aussi écartée, met en scène un enfant communiquant avec un ordinateur et l’utilisant pour explorer le passé

Très vite, l’un des principaux soucis dans ces intrigues devient de plus en plus évident : légitimer la présence d’une série d’écrans dans l’attraction en les intégrant dans le récit n’est pas chose aisée. Les visiteurs peuvent en effet simplement se demander pourquoi ils doivent assister à un voyage temporel par écrans interposés. La solution est donc de les persuader qu’ils ne regardent justement pas un film, mais plutôt ce que retransmet un autre voyageur, matérialisé par le personnage emblématique de Nine-Eye. Décrite comme une caméra intelligente, capable d’exprimer des émotions et de réagir aux péripéties de l’aventure (faisant ainsi penser à une certaine Weebo du film Flubber avec Robin Williams), elle est l’équivalent en personnage de la véritable caméra utilisée pour le tournage du film (d’où son nom signifiant « Neuf-Yeux »).

Mais la caméra volante n’est pas seule dans cette histoire et forme un duo de choc avec un autre personnage né d’un Parc Disney. Ainsi, son comparse robotique dénommé Timekeeper, accueille personnellement le public à la manière d’un maître de cérémonie. Mais alors que Nine-Eye reçoit naturellement une allure inspirée de la caméra, quelle forme donner à son acolyte ? Ayant constaté que la présentation d’un Audio-Animatronic dénué de costume, dont les circuits et la mécanique internes étaient entièrement visibles, plaît grandement aux visiteurs, les Imaginieurs ont donc opté pour cette solution et affublent leur « gardien du temps » (de la traduction littérale du prénom du personnage) d’une tignasse en fil de fer le faisant ressembler à l’archétype du savant fou par excellence. Comme la fonction de manœuvrer la machine temporelle lui revient, il faut également prendre grand soin à le synchroniser avec le film. Par exemple, tout changement de scène dans le film doit correspondre exactement à l’activation d’une commande de la part de l’Audio-Animatronic, un geste plus difficile à synchroniser qu’il n’y paraît. Par ailleurs, comme le sujet abordé peut paraître trop sérieux ou académique, le film n’hésite pas à s’accorder quelques moments d’humour. En plus des situations comiques, c’est surtout l’interaction entre les trois personnages principaux qui renforce cette dimension humoristique, avec un Timekeeper qui, malgré ses efforts pour rester digne devant son public, se dispute constamment avec sa collaboratrice qui elle-même ne peut s’empêcher de commettre des impairs à plusieurs époques, tandis que Jules Verne se comporte comme un grand enfant émerveillé, inconscient des risques et en décalage total avec les situations dans lesquelles il se retrouve emporté.

Le film est présenté dans un amphithéâtre circulaire adapté, dans lequel les neuf écrans sont disposés en hauteur de façon à entourer intégralement les visiteurs. Ces derniers restent donc debout afin de bénéficier du meilleur angle de vue possible, ce que la position assise aurait par trop limité. Les écrans sont ainsi séparés par des projecteurs trente-cinq millimètres diffusant leurs images sur l’écran qui leur fait face à l’opposé de la salle. Grâce aux haut-parleurs situés au plafond et derrière chaque écran, les visiteurs se trouvent totalement immergés dans l’ambiance sonore souhaitée. Cette méthode consistant à associer dans l’amphithéâtre un film en Circle-Vision et des Audio-Animatronics synchronisés inaugure d'ailleurs un nouveau procédé appelé Cinematronic.

Le film se voit baptisé Un Voyage à Travers le Temps (ou From Time to Time en anglais). Réalisé par Jeff Blyth et produit par Tom Fitzgerald, Antoine Compin et Charis Horton, des vétérans qui ont eux-mêmes œuvré sur certaines productions Circle-Vision précédemment mentionnées, l'opus bénéficie de l’équipe la plus expérimentée pour accomplir cette tâche. Le compositeur Bruce Broughton, qui venait de signer la bande originale du film Bernard et Bianca au Pays des Kangourous et qui travaillera plus tard sur celle de l’attraction Chérie, J’ai Rétréci le Public, est, en outre, choisi pour écrire la musique titre de l’attraction et du film.

Cette nouvelle production est aussi l’occasion d’innover technologiquement : la caméra est en effet légèrement modifiée par rapport aux modèles précédents. Au lieu de disposer les neuf objectifs circulairement en direction de l’horizon, ceux-ci sont ici orientés vers le haut face à des miroirs obliques réfléchissant les alentours. La caméra filme donc les images reflétées par ces miroirs, ce qui améliore considérablement ses prises de vue.

Contrairement au cinéma traditionnel, le Circle-Vision ne permet pas vraiment de faire des coupes dans une scène. Un plan équivaut en effet généralement à une scène complète, y compris si la caméra doit se déplacer en filmant. Le cadrage doit lui aussi être très précis car le travail du cinéaste et du metteur en scène est de savoir diriger l’œil du spectateur vers un endroit précis de l’écran, ce qui constitue un plus grand défi lorsqu’il y en a neuf et qu’il est impossible de faire des plans rapprochés. En cas de mauvais cadrage ou d’erreur de réplique de la part d’un comédien, il est évidemment possible de recommencer la prise, mais ce contretemps reste néanmoins à éviter car le rechargement de la caméra est neuf fois plus long qu’avec une caméra classique.

Le casting reflète le caractère européen que les Imaginieurs souhaitent donner au film. Parmi les principaux rôles figurent notamment Michel Leeb dans le rôle de Timekeeper, Myriam Boyer qui a donné sa voix à Nine-Eye et Michel Piccoli qui incarne Jules Verne. Accompagné d’un interprète campé par Patrick Bauchau, Jeremy Irons assure de son côté le rôle non moins important de H. G. Wells dans ce qui constitue sa première collaboration avec Disney, bien avant de donner sa voix au personnage de Scar dans Le Roi Lion ou d’assurer la narration anglaise de l’attraction Studio Tram Tour – Behind the Magic au Parc Walt Disney Studios.

Dans les rôles plus secondaires mais toutefois restés dans les annales, l’acteur Jean Rochefort, après avoir tout d’abord refusé le rôle de Louis XV qui le contraignait à raser sa célèbre moustache, a finalement accepté de jouer aux côtés de Nathalie Baye qui interprète Madame de Pompadour. L’acteur italien Franco Nero endosse, quant à lui, le rôle de Léonard de Vinci face à une Mona Lisa agacée, sans son célèbre sourire, incarnée par Anna Pernicci, tandis qu’en prime, Gérard Depardieu a également droit à une courte mais mémorable apparition dans le rôle du bagagiste de l’aéroport.

Les Imaginieurs prennent également la décision de faire de l’Europe le théâtre de l’aventure. Le tournage est ainsi l’occasion de mettre en avant certains des plus beaux paysages du continent. Dans l’ensemble, les scènes se déroulant dans le présent n’ont demandé qu’une bonne logistique, tandis que celles se déroulant dans le passé comportaient un défi supplémentaire. Les équipes doivent en effet redoubler d’efforts pour retranscrire correctement les différentes époques et éviter de faire apparaître à l’écran des éléments anachroniques, ce qui est une tâche difficile avec une caméra qui voit tout ce qui l’entoure sans angle mort.

La première scène tournée est celle de la bataille entre les Anglais et les Écossais près du Château d’Alnwick en Angleterre. Ce monument, qui sera plus tard utilisé comme décor pour des productions telles que la saga Harry Potter ou la série Downton Abbey, est effectivement situé près de la frontière avec l’Écosse. Afin d’organiser au mieux le tournage, l’équipe a invité les membres d’un club local, passionnés de reconstitutions de batailles, à s’affronter autour de la caméra, ce qu’ils acceptèrent avec grand plaisir au regard du résultat final. Afin de dissimuler les quelques éléments trop modernes présents dans le paysage, une grande machine de guerre a été placée au premier plan. Prenant soin de rester hors du cadre, l’Imaginieur Tom Fitzgerald a, quant à lui, pris position sur celle-ci pour mieux superviser la scène, mais ses bottes restaient néanmoins brièvement visibles, créant ainsi un anachronisme involontaire. Malgré la pluie et la boue, les acteurs bénévoles, heureux de pouvoir s’adonner à leur passion dans un film, ont revêtu leurs costumes de guerre conçus par Bob Ringwood et se sont affrontés farouchement, à tel point qu’il fut difficile de les séparer une fois la prise terminée.

La scène suivante, qui devait se dérouler dans les rues de Florence et dans l’atelier de Léonard de Vinci au XVIème siècle, s’est avérée également problématique car la ville qu’elle était censée mettre en scène est devenue – sans trop d’étonnement – bien trop moderne depuis la Renaissance. C’est donc finalement à Bracciano, située à proximité de Rome, qu’elle a été tournée, et plus exactement dans la Cour d’honneur et dans la Salle des Césars du Château Orsini-Odescalchi qui ont conservé jusqu’à aujourd’hui cette allure ancienne tant recherchée.

Le Château de Chantilly, pour sa part, a été choisi comme lieu de représentation du jeune Mozart face à la Cour royale de Louis XV. Cependant, ce monument a lui aussi apporté son lot de difficultés. La caméra, pourchassée par les comédiens, devait en effet se déplacer dans l’enfilade composée du Grand Cabinet d’Angle, de la Grande Singerie (transformée pour l’occasion en couloir) et de la Galerie des Batailles du Grand Condé, mais comme elle était capable de voir tout ce qui l’entourait, il était dès lors impossible de positionner les éclairages nécessaires au sol (sans compter l’interdiction de les fixer aux murs), ce qui compromettait grandement l’illumination de la scène. La seule solution fut donc d’allumer près de cinq cents chandelles dans les salles, mais en raison du risque d’incendie, la présence de pompiers s'est révélée nécessaire à proximité et inévitablement dans le champ de la caméra. Ceux-ci ont alors revêtu des costumes de courtisans et joué le rôle des danseurs participant au bal, incarnant parfaitement leurs personnages tout en restant prêts à intervenir en cas de problème.

La scène reconstituant l’Exposition Universelle de 1900 censée se dérouler à Paris s’est avérée la plus cruciale, puisque contrairement aux autres, elle apparaît plus d’une fois et constitue un moment charnière dans l’histoire racontée. C’est, il est vrai, lors de cette séquence qu’un personnage supplémentaire, en la personne de Jules Verne, se joint à l’aventure. Elle est tournée dans le domaine du Château de Schönbrunn à Vienne, au pied de la Palmenhaus, une immense serre dont l’architecture, composée de quarante-cinq mille panneaux de verre soutenus par une structure ouvragée en acier, évoque un pavillon typique pouvant être retrouvé à l’Exposition Universelle en question. Pour compléter les alentours de l’édifice, d’autres décors, accessoires et mobiliers, anciens ou modernes, sont installés pour retranscrire le changement d’époque sur ce même lieu, malgré les intempéries qui les ont endommagés. L’un de ces accessoires, exposé plus tard dans la première salle de l’attraction, est l’affiche créée par l’artiste Darren Gilford, annonçant la Conférence sur le Futur du mercredi 20 mai 1900 (une date erronée qui correspond en réalité à un dimanche). De même, le changement d’époque est souligné par le changement de musique : lorsque la scène a lieu en 1900, un orchestre y joue la valse Estudiantina d’Émile Waldteufel, tandis que dans le présent, les spectateurs y entendent la chanson Motownphilly des Boyz II Men.

Les séquences se déroulant dans le présent doivent parfois tenir compte du personnage de Jules Verne placé dans des situations dangereuses, comme l’accident évité de justesse sur l’avenue des Champs-Élysées, la course de Formule 1 organisée sur le circuit de Zeltweg en Autriche, ou encore la descente en bobsleigh à près de cent kilomètres à l'heure tournée près d’Innsbruck. La bonne coordination des cascades est en effet incontournable pour assurer la sécurité de Michel Piccoli, de ses doublures et des équipements de tournage eux-mêmes. Pour cela, l’équipe peut compter sur la participation de Rémy Julienne, concepteur de cascades qui avait alors plus de vingt-cinq ans d’expérience dans ce domaine et dont le savoir-faire sera à nouveau sollicité dix ans plus tard pour la conception du spectacle Moteurs... Action ! Stunt Show Spectacular au Parc Walt Disney Studios. L'impressionnante scène en TGV tournée près de Rouffach en Alsace, lors de laquelle Michel Piccoli doit se retrouver en équilibre précaire sur la surface lisse et inclinée de l’avant du train lancé à pleine vitesse, démontre l’ingéniosité dont l’équipe a fait preuve pour la réaliser en toute sécurité. Filmé en plan rapproché, le train est en réalité un wagon déguisé en TGV, n’atteignant donc pas une vitesse dangereuse, et l’acteur est assis sur une selle discrète conçue pour le maintenir en place. Le mouvement du wagon sur la voie donne malgré tout l’illusion d’une grande vitesse.

D’autres séquences en apparence plus tranquilles se révèlent néanmoins tout aussi risquées pour le matériel lorsqu’elles n’ont pas lieu sur la terre ferme, comme par exemple celle lors de laquelle Michel Piccoli se retrouve à l’intérieur du submersible. Tournée près de Lyford Cay aux Bahamas, à quelques kilomètres de l’endroit où Richard Fleischer avait tourné les séquences sous-marines de 20 000 Lieues sous les Mers près de quarante ans auparavant, l’emplacement est idéal en raison de la clarté de l’eau. Mais voilà, faire plonger les acteurs et la caméra dans les profondeurs impose au réalisateur Jeff Blyth de revêtir lui-même une combinaison de plongée et de s’immerger afin de diriger l’équipe, se confondant avec les explorateurs des fonds océaniques autour du submersible.

Il doit mettre une fois de plus le pied à l’étrier pour une autre scène qui reste dans les mémoires : celle sur la Place Rouge de Moscou, lors de laquelle la caméra commence à s’élever vers les cieux et impose donc sa présence à ses côtés. Pour la première fois dans l’histoire de l’URSS, une production occidentale a obtenu le droit de filmer sur cette place mythique, et comme la présence de plusieurs montgolfières y sont nécessaire, l’Armée Rouge est elle-même venue prêter main forte pour aider à installer le matériel et surtout sécuriser les alentours face au nombreux moscovites venus assister à ce tournage exceptionnel. L’une des montgolfières, en forme de Mickey Mouse, n’est autre qu’Ear Force One qui venait d’entrer en service à l’époque. Jouant le rôle de véritable « Mickey caché » dans le film, elle constitue un choix très symbolique en pleine Perestroïka, applaudi par les curieux venus pour l’occasion.

L’une des scènes suivantes, lors de laquelle Michel Piccoli s’envole en hélicoptère au-dessus de l’Europe, a également contraint le réalisateur à embarquer dans un second hélicoptère suivant le premier en transportant la caméra. En comparaison avec le reste du film, elle est la séquence qui s’apparente le plus au Circle-Vision traditionnel. Pendant une minute et trente secondes, elle juxtapose successivement des paysages spectaculaires, comme celui du Mont-Saint-Michel et du Château de Neuschwanstein dont les apparitions forment des clins d’œil à l’architecture de châteaux Disney, respectivement le Sleeping Beauty Castle de Disneyland Resort et Le Château de la Belle au Bois Dormant de Disneyland Paris. De plus, une orchestration grandiose de la musique de Bruce Broughton accompagne ces plans, tandis que les dialogues y sont réduits au strict minimum, invitant les spectateurs à s’émerveiller devant ce qu’ils voient. La réplique de Timekeeper au début de la séquence en résume littéralement l’esprit : « On regarde le paysage et on se tait. ».

Pour finir, quelques dernières scènes n’ont pas nécessité un tournage en Europe. Alors que l’apparition du dinosaure repose en réalité sur l’utilisation d’un Animatronic que certains films hollywoodiens avaient déjà utilisé dans le passé, celle de l’ère glaciaire avait déjà été tournée pour le film Magic Carpet Around the World. En la ressortant des bases d’images, l’équipe n’a eu qu’à effacer numériquement l’ombre de l’hélicoptère portant la caméra.

La séquence montrant l’édification rapide de la Tour Eiffel a, pour sa part, été tournée au Texas, car les toits de Paris, en grande partie recouverts d’antennes, ne convenaient pas pour l’époque représentée et ont dû être reproduits sous forme de modèle réduit sans ces éléments anachroniques. La technique du stop-motion a ensuite permis de donner l’illusion de la croissance accélérée du monument parisien.

Quant à la ville de Paris de 2189 qui forme la conclusion du film, elle a été créée de toute pièce en faisant appel au concepteur néo-futuriste Syd Mead. Alors connu pour son travail esthétique sur des films tels que Tron ou Blade Runner, bien avant d’apporter plus tard sa touche personnelle à Mission to Mars et À la Poursuite de Demain, il a donné à la scène un aspect futuriste utopique valorisant la capitale française tout en lui conférant les attributs archétypaux des films de science-fiction, comme par exemple des véhicules volants.

Cette scène finale est d’ailleurs l’occasion idéale pour intégrer directement dans l’histoire la marque Renault, sponsor officiel de l’attraction, plutôt que d’y faire uniquement une légère référence. Les ingénieurs de l’entreprise automobile ont en effet imaginé la Reinastella, une voiture volante à commande vocale entièrement dépourvue d’accélérateur ou de volant, capable de voyager jusqu’à trois cents kilomètres par heure à une altitude de cent cinquante mètres au-dessus du sol, et c’est précisément à bord de celle-ci que les personnages du film explorent Paris en 2189 !

De plus, à l’image de la plupart des autres bâtiments de Discoveryland arborant un véhicule futuriste ou rétrofuturiste, le modèle physique de cette voiture se voit exposé devant la façade de l’attraction, mise en valeur par une fresque en relief qui s’illumine de nuit comme une constellation. Retiré lors du départ du sponsor en 2002, ce modèle fait encore aujourd’hui régulièrement le tour des salons automobiles dans lesquels Renault expose son savoir-faire.

Un petit détail est à noter sur l’accessibilité linguistique de l’attraction. Dans un souci d’exactitude historique, chaque personnage doit parler sa véritable langue. Par exemple, Jules Verne s’exprime en français, H. G. Wells en anglais et Léonard de Vinci en italien. Le français est par conséquent la langue majoritaire du film, ce qui n’est pas adapté à l’intégralité du public multilingue du Parc Disneyland. Pour résoudre cette question, des casques audios, fixés sur les rampes séparant les rangées de l’amphithéâtre, sont mis à disposition des non-francophones pour leur permettre de choisir des doublages en anglais, en allemand, en espagnol, en italien ou en néerlandais.

Situé dans le bâtiment qui comprend aussi la boutique Constellations et Le Café des Visionnaires (qui deviendra L’Arcade des Visionnaires en 1996, elle-même transformée en Arcade Oméga en 2002), Le Visionarium – Un Voyage à Travers le Temps est à son ouverture l’une des six attractions alors présentes à Discoveryland.

Très vite, une première réplique ouvre ses portes à Tokyo Disneyland le 15 avril 1993, sous le nom simplifié de Visionarium, mais dans une version assez semblable à l’originale en dehors du doublage en japonais assuré entre autres par George Tokoro dans le rôle de Timekeeper et par Yuki Saito dans celui de Nine-Eye.

L’attraction américaine est, quant à elle, inauguré le 21 novembre 1994 au Magic Kingdom à Walt Disney World Resort, tout d’abord sous le nom de Transportarium, avant d’être rebaptisée The Timekeeper dès 1995. Robin Williams (qui a également donné sa voix au personnage du Génie dans le film Aladdin) et Rhea Perlman ont repris les rôles respectifs de Timekeeper et de Nine-Eye en accentuant l’humour de leurs personnages. Cette version se démarque toutefois des deux précédentes avec le remplacement de la musique d’origine par une nouvelle orchestration de Bruce Broughton et la modification du montage du film. Par exemple, les scènes se déroulant à Moscou et à l’aéroport de Paris-Charles-de-Gaulle sont retirées, faisant directement passer Jules Verne du submersible à l’hélicoptère, tandis que le survol du Pas-de-Calais et des Alpes a été remplacé par celui du Pont de Bixby Creek en Californie et de la ville de New York au crépuscule, rendant ainsi l’aventure plus proche des attentes du public américain.

Très novatrice pour les années 1990, l’attraction relève alors le défi de présenter une aventure envoûtante, s’accordant parfaitement avec le thème de Discoveryland, tout en employant une technologie unique. Avec le recul, le Circle-Vision peut presque être considéré comme un prédécesseur des vidéos à trois-cent-soixante degrés ou de l’immersion en réalité virtuelle.

Cependant, malgré sa conception intemporelle, l’attraction a ironiquement été rattrapée par le temps. Dès le début des années 2000, le film peine à dissimuler l’aspect dépassé de certaines de ses scènes, notamment avec les anciens modèles de voitures sur les Champs-Élysées ou le Concorde à l’aéroport malgré la fin de son activité en 2003. Pire encore, la version américaine devait composer avec la présence du World Trade Center dans le plan du survol de New York. En ajoutant à cela le fait que sa popularité s’estompait et que la version d’origine à Disneyland Paris a perdu son sponsor en 2002, la fréquentation diminue jusqu’à ce que sa fermeture soit annoncée.

L’attraction de Tokyo Disneyland est donc la première à fermer ses portes en 2002 pour être remplacée par Buzz Lightyear’s Astro Blasters. En 2004, c'est le tour de la version d’origine de Disneyland Paris de céder sa place à Buzz Lightyear Laser Blast. Enfin, la dernière existante au Magic Kingdom à Walt Disney World Resort ferme définitivement en 2006 pour permettre l’arrivée de Monsters, Inc. Laugh Floor.

Aujourd’hui, seuls quelques vestiges de l’attraction subsistent à Disneyland Paris, comme par exemple l’Audio-Animatronic de Nine-Eye qui est placé dans le décor de l’une des toutes premières scènes de Buzz Lightyear Laser Blast en hommage à son prédécesseur. Le personnage de Nine-Eye est également dissimulé dans l’une des valises scannées par G2-9T dans la file d’attente de Star Tours : L’Aventure Continue. Quant à la musique de Bruce Broughton, elle peut être entendue au niveau des tapis roulants reliant le parking à l’esplanade ou encore à bord des trains de Disneyland Railroad quittant ou arrivant à Discoveryland Station.

Le Visionarium – Un Voyage à Travers le Temps vante à merveille l’esprit d’innovation et de curiosité scientifique que Walt Disney prônait et qui est inhérent à Discoveryland. Contrairement aux personnages de Timekeeper et de Nine-Eye qui incarnent cette soif de découverte, elle respecte aussi l'état d'esprit de Jules Verne qui limitait son imagination comme l’indique dans le film sa conversation avec H. G. Wells. Si ce passage relève purement de la fiction (les deux écrivains ne s'étant jamais rencontrés en vrai), le dialogue imaginé retranscrit fidèlement ce que l’auteur ressentait à l’égard de son homologue britannique, déclarant à son sujet : « Moi, j’utilise la physique. Lui, il l’invente. ».
L’aventure proposée par Le Visionarium – Un Voyage à Travers le Temps, dans laquelle les personnages s’engagent et à laquelle les visiteurs assistent, permet à ces derniers de renforcer leur capacité à rêver de l’avenir, un avenir « improbable, mais pas impossible », faisait ainsi écho au thème du Land qui accueille l'attraction.
Michael Eisner, Président de The Walt Disney Company, a qualifié Le Visionarium – Un Voyage à Travers le Temps de véritable « attraction vitrine de Discoveryland » : elle a malheureusement été rattrapée par le temps qui, lui, court inlassablement. Un joli paradoxe... temporel !

La disponibilité

Cette attraction était située à Discoveryland dans le Parc Disneyland de Disneyland Paris. Elle est remplacée par Buzz Lightyear Laser Blast depuis le 8 avril 2006.

Deux autres versions de l’attraction ont également existé : la première, nommée Visionarium, à Tokyo Disneyland (Tokyo Disney Resort) du 15 avril 1993 au 1er septembre 2002, et la seconde, nommée The Timekeeper, au Magic Kingdom (Walt Disney World Resort) du 21 novembre 1994 au 26 février 2006.

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