Scar
Date de création :
Le 15 juin 1994
Créateur(s) :
Andreas Deja
Doug Frankel
Jean Morel
Mark Koetsier
Alex Williams
Apparition :
Cinéma
Télévision
BD
Jeux Vidéo
Parcs
Spectacle
Voix Originale(s) :
Jeremy Irons
Jim Cummings
James Horan (Kingdom Hearts II, Sorcerers of the Magic Kingdom)
David Oyelowo (La Garde du Roi Lion)
Chiwetel Ejiofor
Voix Française(s) :
Jean Piat
Guy Chapelier (Le Roi Lion 2 : L'Honneur de la Tribu, La Garde du Roi Lion)
Daniel Beretta (La Garde du Roi Lion, chant)
Michel Lerousseau
Interprète(s) :
John Vickery, Olivier Breitman

Le portrait

rédigé par
Publié le 15 juillet 2019

« Nants ingonyama bagithi baba, Sithi uhhmm ingonyama »… La savane est en plein émoi. Venus des quatre coins de la Terre des lions, mammifères, reptiles, insectes et oiseaux se sont réunis autour du majestueux Rocher des lions pour assister à la présentation de Simba. Petits et grands, proies et prédateurs, tous sont là pour voir le fils du bon roi Mufasa et de la reine Sarabi. Tous sont présents… ou presque... Scar, le frère du roi, manque ostensiblement à l’appel. Terré dans sa tanière, le lion n’a pas daigné faire le déplacement, préférant chasser les souris et médire sur cet héritier qui, par sa simple naissance, vient de ruiner toutes ses chances de monter un jour à son tour sur le trône. Visité par son frère après la cérémonie, Scar ne dissimule d’ailleurs pas sa désillusion. Expliquant avec sarcasme avoir tout bêtement oublié de venir à la fête, il crache rapidement sur le nouveau-né qu’il traite de « boule de poils », provoquant alors par son irrespect la colère de Mufasa à qui il tourne rapidement le dos, manifestant sans honte le peu d’égard qu’il accorde à sa position de souverain légitime du royaume.

Désormais deuxième dans l’ordre de la succession, Scar ronge son frein. Simba vient de lui ravir sa place. Soit ! Il ne reste dès lors plus qu’à se débarrasser de lui. Et peu importe s’il ne s’agit encore que d’un enfant chétif et inoffensif. Simba est jeune. Il est naïf. La combinaison parfaite pour le conduire à sa perte sans avoir à sortir une griffe. Crevant de jalousie, Scar profite de la crédulité du lionceau pour l’inciter à se rendre au cimetière d’éléphants et le précipiter ainsi dans la gueule du loup, ou plutôt dans la gueule des hyènes, ses alliées bannies du royaume qu’il nourrit grassement afin de se servir d’elles pour les basses besognes. Prévenu par Zazu, son conseiller, Mufasa intervient toutefois in extremis et parvient à sauver son fils des griffes d’Ed, Shenzi et Banzaï, les hyènes impitoyables que Scar, agacé par leur échec et surtout par leur légèreté (« leur imbécilité »), ne manque pas de réprimander.

Durant un numéro musical aux accents totalitaires, Scar dévoile alors son jeu et change ses plans. À l’évidence, Simba n’aurait jamais pu survivre sans l’arrivée opportune de son père. Le problème, dans l’immédiat, n’est donc plus l’enfant, mais bien son père. Avant de tuer Simba, il est à présent absolument nécessaire de tuer au préalable Mufasa. Pour convaincre les hyènes de le suivre, Scar sort dès lors le grand jeu. Son arrivée sur le trône sera synonyme pour elles de rédemption. Jusqu’ici placées au ban du royaume, elles seront autorisées à revenir sur la Terre des lions. Mieux, la nourriture ne manquera plus pour celles qui, jusqu’à présent, ont dû se contenter de charognes. Rapidement embrigadées, les hyènes sans cervelles acceptent de commettre l’irréparable. Pendant que Scar isole Simba de son paternel en l’emmenant au fond de gorges asséchées, elles se mettent en position près d’un troupeau de gnous qui, en voyant bientôt leurs prédateurs, sont immédiatement pris d’une peur panique. Cherchant à s’enfuir par tous les moyens, les bovidés courent et dévalent par milliers les pentes du ravin au fond duquel le lionceau, terrifié, attendait la surprise promise par son oncle. Alerté du danger, Mufasa se lance alors à la rescousse de son fils. Affrontant la horde, il parvient à sauver Simba mais se retrouve rapidement lui-même en difficultés. Parvenant à s’agripper à la paroi rocheuse, Mufasa ne pourra s’en sortir seul. Et pour Scar, qui imagine déjà que son neveu est mort, le grand moment est arrivé. Sans aucune once de pitié, il précipite son frère dans le vide non sans avoir auparavant pris le temps de lui glisser à l’oreille un glaçant « Longue vie au Roi ! »…

Après la débâcle, Scar s’assure que son plan a bien fonctionné. Descendant au fond des gorges, ils découvrent avec bonheur que son frère est bel et bien mort. Mais Simba est pour sa part encore vivant. Le plan n’est donc pas mené à terme. Se servant de la jeunesse de l’enfant, Scar parvient à convaincre ce dernier qu’il est le responsable de la mort de son père. Simba, dès lors, est dévasté et, à l’invitation de son oncle, décide de prendre la fuite. Après s’être lui-même sali les mains en assassinant son frère, Scar charge alors les hyènes de terminer le travail et de liquider le petit, une mission lamentablement loupée par les charognards qui espèrent que l’enfant ne reviendra jamais. Scar, bien entendu, n’est pas prévenu que Simba est parvenu à quitter la Terre des lions vivant.

Mufasa est mort. Simba est « mort ». Scar jubile. Revenant en courbant le dos près du Rocher des lions, il prévient les lionnes et leurs petits que le roi et son petit prince ne sont plus. Le trône ne pouvant rester vaquant, il confisque dès lors le pouvoir et annonce l’arrivée d’une ère nouvelle dans laquelle les lions et les hyènes cohabiteront pour un avenir radieux. Déboussolée et dévastée, la tribu des lions assiste impuissante à l’établissement d’un régime personnel dans lequel Scar, roi tout puissant, peut compter sur le soutien de ses alliées pour faire régner l’ordre, son ordre. Toutes les règles édictées par Mufasa sont supprimées. Les lois consistant à ne pas tuer pour le plaisir sont abolies. La Terre des lions est pillée. Les troupeaux prennent la fuite. Le précieux Cycle de la vie est, immanquablement, rompu. La paix et l’opulence laissent leur place à la tyrannie et à la famine. Chargées de rapporter la nourriture nécessaire à la survie de chacun, les lionnes dirigées par Sarabi sont vertement priées d’étendre leur territoire de chasse pendant que les hyènes, constatant que les promesses faites ne sont pas tenues, viennent gémir auprès d’un Scar qui refuse d’accepter la triste réalité et d’abandonner la Terre des lions. Ce trône, il s’est « battu » pour l’avoir. Il l’a attendu toute sa vie. Il n’a reculé devant rien pour l’obtenir. Hors de question, dès lors, de quitter une terre devenue inhospitalière. Et tant pis si à présent tout le monde doit mourir !

Aveuglé par sa soif de pouvoir, Scar refuse d’abandonner son trône. Estimant n’être en rien responsable de cette sinistre famine provoquée selon lui par la paresse des lionnes, Scar réfute l'argument qui voudrait que la situation est désespérée. Surtout, il n’accepte pas la comparaison entre son règne calamiteux aux riches années du bon roi Mufasa… Sarabi en fait d’ailleurs rapidement les frais, Scar n’hésitant pas à lever la patte sur celle qui, avec courage, ose encore s’opposer à lui. Prêt à tuer celle qui, jusqu’à il y a peu, était encore la reine, Scar se retrouve bientôt confronté à Simba, son neveu revenu grâce à Nala du fin fond de la jungle - où il se la coulait douce aux côtés de Timon et Pumbaa - afin de reprendre sa place dans le Cycle de la vie. Totalement surpris en découvrant que le jeune prince est bel et bien vivant alors même que les hyènes lui avaient toujours dit le contraire, le régicide doit alors ruser pour garder sa place.

Usant des mêmes stratagèmes que par le passé, Scar tente tout d’abord d’affaiblir son concurrent en le blâmant une fois encore de la mort de son père. Mais Simba, touché en plein cœur par le drame qui continue de le hanter, n’est plus le jeune lionceau d’autrefois. Parvenant à faire avouer son crime à Scar qui accuse les hyènes d’être responsables de tout, ce dernier réussit rapidement à rétablir la vérité et à soulever la tribu contre l’usurpateur et sa clique. Un terrible combat à mort commence alors entre Simba et son oncle pendant que le ciel se déchire et que la savane frappée par la foudre s’embrase tout entière. Rapidement dépassé par la force de son neveu, Scar bascule finalement du haut du Rocher. Assommé par sa chute, il est alors assailli par les hyènes, ses anciennes alliées qui, après l’avoir entendu les qualifier d’ennemies, décident de se venger de lui. Refusant d’entendre davantage les suppliques de leur ancien mentor, les prédatrices se ruent finalement sur lui et, affamées, se repaissent de sa chair… Scar n’est plus…

Arrivé sur les écrans en 1994 juste après Ursula, Gaston et Jafar, trois antagonismes ayant considérablement marqué la dernière décennie, Scar a immédiatement inscrit son nom dans la liste des méchants les plus réussis et les plus mémorables de l’écurie Disney. Frère de Mufasa et oncle de Simba, Scar est un être impitoyable et cruel, capable de tout pour assouvir ses sombres desseins. Machiavélique et sans scrupule, il ne souhaite qu’une chose dans la vie, obtenir le pouvoir absolu et la fin justifiant les moyens, tant pis s’il lui faut pour cela élaguer et couper quelques branches dans son arbre généalogique. Tel un prince romain impatient de prendre la place de l’empereur, Scar se soucie peu de l’amour fraternel. Et s’il lui faut tuer père et mère, ou en l’occurrence ici frère et neveu, pour arriver à ses fins, et bien qu’il en soit ainsi.

Toutefois, si Scar est tout à fait déterminé, il sait bien qu’il ne peut pas agir seul. Contrairement à son frère Mufasa, le perfide lion n’a en effet que la peau sur les os. Chétif et dégarni avec une crinière noire filasse manquant tout à fait de splendeur, il affirme d’ailleurs lui-même que la « génétique n’a pas joué en sa faveur ». Montré au début du film en train de chasser une simple souris inoffensive, Scar se vante pourtant d’être un excellent chasseur. La cuisse de zèbre qu’il offre aux hyènes semble d’ailleurs témoigner en ce sens. Néanmoins, Scar ne se situe physiquement pas en haut de la chaîne alimentaire. Gringalet, pour ne pas dire faiblard, celui qui se plaint en plus de souffrir d’un lumbago est à l’évidence incapable de tenir la distance face à son robuste frère. C’est d’ailleurs pour cela qu’il s’entoure des hyènes pour accomplir les basses besognes. Et lors de son combat ultime avec son neveu, c’est bien en aveuglant Simba après lui avoir jeté des cendres au visage qu’il parvient un temps à prendre le dessus avant d’être finalement vaincu.

Loin d’être une force de la nature, Scar peut néanmoins compter sur un atout de taille, une vraie valeur ajoutée : sa « subtile intelligence ». À l’inverse de Bruton, de Brutus et Néron, de Félicia ou plus récemment de Tamatoa, tous des grosses brutes écervelées, il est en effet loin d’être un imbécile. Particulièrement narcissique, il a d’ailleurs bien conscience que sa seule force réside finalement dans son intelligence et dans sa grande capacité à embobiner les autres, que ce soit le petit Simba, trop naïf pour saisir l’entourloupe, ou bien les hyènes, trop bêtes en ce qui les concerne. Scar est intelligent, c’est certain, une intelligence qui n’a d’ailleurs d’égale que sa fourberie, le lion parvenant à distiller çà et là commentaires désobligeants et insultes avec un flegme tel que ses interlocuteurs les relèvent rarement. Dévoré par sa soif de pouvoir, Scar perd toutefois rapidement pied et son intelligence laisse finalement bien vite place à un aveuglement certain. Incapable de voir que son royaume est en train de sombrer, l’usurpateur devient comme fou. Refusant en bloc l’évidence, il s’obstine à croire que la sécheresse et la famine ne sont que passagères et que la responsabilité incombe aux autres, en particulier aux lionnes. Dépassé par les événements, il refuse dès lors de voir la réalité et de partir, mettant ainsi en péril l’ensemble de la tribu… ainsi que sa propre vie.

Se démarquant du reste de la troupe par sa crinière noire, sa fourrure orange et ses yeux verts perçants, Scar a, comme nombre de personnages du (Le) Roi Lion, beaucoup changé au fur et à mesure de la conception du film. Dans un premier script encore intitulé King of the Jungle écrit par J. T. Allen et daté de janvier 1990, Scar est ainsi un lion énorme, deux fois plus puissant que Mufasa. Après avoir été défait par ce dernier une première fois et banni de la Terre des lions, il réussit à s’emparer du pouvoir avec l’aide des hyènes. Le méchant est finalement vaincu par Simba, le fils de Mufasa qui, après avoir découvert sa peur panique de la foudre, parvient à l’attirer loin des hyènes pour l’affronter en duel. Scar est finalement tué par une branche tombée d’un arbre. Dans une autre version du scénario intitulée King of the Beasts rédigée en mai 1990 par J. T. Allen et Ron Bass, Scar est cette fois un fauve rachitique toujours allié aux hyènes dirigées par Banagi. Affrontant Mufasa en combat singulier, il remporte le combat et s’empare de la Terre des lions. Roi tyrannique, il est finalement provoqué en duel par Simba qui parvient à l’étrangler.

Apparaissant brièvement sous les traits d’un babouin dans une version du script mettant en scène la guerre entre les singes et les lions, Scar devient finalement le jeune frère de Mufasa, un choix proposé par les scénaristes afin de renforcer l’antagonisme entre les deux personnages en renforcer le caractère dramatique de l’histoire. Dès lors, Le Roi Lion prend des airs d’Hamlet et ce malgré le fait que l’œuvre de William Shakespeare n’ait jamais été clairement envisagée par les réalisateurs comme une source d’inspiration.

L’animation de Scar revient alors à Andreas Deja. Épaulé par Doug Frankel, Jean Morel, Mark Koetsier et Alex Williams, Deja a débuté sa carrière chez Disney en août 1980. Originaire de Gdansk en Pologne, l’artiste naturalisé allemand collabore à l’époque avec Eric Larson et Tim Burton avec qui il est chargé de concevoir les personnages de Taram et le Chaudron Magique. Animateur de la reine dans Basil Détective Privé et de Roger Rabbit dans Qui Veut la Peau de Roger Rabbit, Andreas Deja poursuit sa carrière en dessinant Mickey dans le moyen-métrage Le Prince et le Pauvre, devenant de fait l’un des meilleurs spécialistes de la souris. Parmi ses travaux les plus remarquables, Deja a également donné vie au roi Triton dans La Petite Sirène puis à deux des meilleurs méchants de la galaxie Disney, Gaston et Jafar. Préférant collaborer au (Le) Roi Lion plutôt qu’à Pocahontas, une Légende Indienne qui était pourtant le grand projet du moment, l’animateur donne ensuite vie à Scar. Refusant le rôle de Frollo dans Le Bossu de Notre-Dame, Andreas Deja crée ensuite son premier héros, Hercule, puis Lilo dans Lilo & Stitch et Alameda Slim dans La Ferme se Rebelle. Consultant sur Bambi 2 ainsi que pour les restaurations de Blanche Neige et les Sept Nains, Pinocchio, Dumbo et Bambi, celui qui est élevé au rang de Disney Legend en 2015 après avoir reçu en 2006 un Winsor McCay Award a également inscrit son nom au générique d’Il Était une Fois où il anime la Reine Narissa, Comment Brancher son Home-Cinéma avec Dingo, de La Ballade de Nessie, de La Princesse et la Grenouille où il anime Mama Odie et Winnie l’Ourson où il s’est amusé à croquer Tigrou.

Pour la création de Scar, Andreas Deja s’est notamment inspiré du merveilleux travail qu’avait réalisé Milt Kahl avec Shere Khan pour Le Livre de la Jungle. Pour créer les storyboards et les séquences animées, l’animateur et l’ensemble des équipes artistiques du film, en particulier les scénaristes et storyboardeurs Lorna Cook, Gary Trousdale, Thom Enriquez Jurgen Klubien, Andy Gaskill, Jim Capobianco, Kevin Hartley, Tom Sito, Joe Ranft, Rick Maki, Ed Gombert, Francis Glebas, Burny Mattinson, Larry Leker, Chris Sanders et Mark Kausler ainsi que les concepteurs des personnages Hans Bacher, Randy Fullmer, Jean Gillmore, Joe Grant, Mike Hodgson, Sue Nichols, Mel Shaw, Bob Smith et Bruce Zick se sont inspirés des centaines de photographies réalisées en Afrique de l’est en novembre 1991 par Roger Allers, le co-réalisateur du film, Chris Sanders, Lisa Keene et George Scribner. Comme à la grande époque de la production de Bambi, les artistes ont également pu assister aux cours d’anatomie de Stuart Semida et observer de vrais lions apportés aux studios par Jim Fowler, zoologiste et présentateur de l’émission Wild Kingdom.

Dans la version originale, les réalisateurs Roger Allers et Rob Minkoff ont un temps pensé à donner le rôle de Scar à Malcolm McDowell, l’acteur principal d’Orange Mécanique, ou à Tim Curry, le redoutable clown Grippe-Sous dans l’adaptation de Ça. Le rôle a finalement été confié à Jeremy Irons. Né en septembre 1948 à Cowes sur l’Île de Wight, le comédien anglais a débuté sa carrière au théâtre dès 1969 dans Le Conte d’Hiver de William Shakespeare. Récompensé par un Tony Award pour son rôle d’Henry dans The Real Thing monté à Broadway en 1984, il est notamment apparu à l’affiche de Mission, Une Journée en Enfer, Lolita, L’Homme au Masque de Fer, Kingdom of Heaven, Batman v. Superman : L’Aube de la Justice, Assassin’s Creed et Red Sparrow. En 1990, il tient par ailleurs le haut de l’affiche du (Le) Mystère Von Bullow avec Glenn Close, un film pour lequel il remporte le Golden Globe puis l’Oscar du Meilleur Acteur. Une réplique du (Le) Roi Lion, lorsque Simba dit à Scar « C’que t’es bizarre » et que ce dernier répond « Tu n’as pas idée… » est tout droit tirée des dialogues du (Le) Mystère Von Bulow. Capable d’enregistrer jusqu’à une quinzaine de prises pour chaque ligne de texte afin de laisser les réalisateurs choisir la meilleure, Jeremy Irons a également poussé la chansonnette pour interpréter « Soyez Prêtes », une chanson de Tim Rice et Elton John. Initialement intitulée « Thanks to Me » et placée juste après la mort de Mufasa, celle-ci a finalement été retitrée et déplacée avant la scène afin de créer une tension dramatique. La séquence a d’ailleurs été pensée comme les longs-métrages de propagande nazie mettant en scène Adolf Hitler en train d’haranguer les soldats de la Wehrmacht, en particulier Le Triomphe de la Volonté de Leni Riefenstahl. Huit heures d’enregistrement ont été nécessaires pour mettre en boîte la chanson. Perdant littéralement sa voix, Irons a alors été soutenu par Jim Cummings, la voix d’Ed la hyène qui a pris le relais pour quelques mots. À noter, enfin, que Jeremy Irons fut sacré Meilleur Acteur de doublage aux Annie Awards pour sa participation au (Le) Roi Lion.

Dans la version française, le talent de Jeremy Irons est égalé par celui de Jean Piat. Inoubliable Robert d’Artois dans Les Rois Maudits, le feuilleton qui l’a rendu célèbre en 1972, Piat est entré au Conservatoire dès la fin de la Seconde Guerre mondiale. Intégré à la troupe de la Comédie française où il resta vingt-cinq ans, le comédien s’est illustré au théâtre dans des centaines de pièces, Cyrano de Bergerac demeurant l’un de ses plus grands rôles. Également metteur en scène, Jean Piat est apparu ponctuellement au cinéma dans Napoléon, Le Bossu et Le Passager de la Pluie. Présent à la télévision, il a par ailleurs prêté sa voix si reconnaissable à Peter O’Toole dans Lawrence d’Arabie, à Michael Gambon dans Gosford Park ainsi qu’à Ian McKellen dans les trilogies Le Seigneur des Anneaux et Le Hobbit. Jean Piat est également l’interprète inoubliable de Frollo dans Le Bossu de Notre-Dame.

Par son caractère et son apparence physique, Scar, à l’évidence, est un lion à part, un exclu qui se complaît à vivre seul en attendant son heure. Les Frères Ennemis (A Tale of Two Brothers), le premier tome du coffret Le Roi Lion – Six Nouvelles Aventures publié aux États-Unis en 1994, offre d’ailleurs aux lecteurs l’origine de ce malaise et de la haine que le méchant voue à son frère Mufasa. Fils du roi Ahadi et de la reine Uru, Scar se prénomme en réalité Taka, un patronyme infamant inspiré d’un mot swahili pouvant être traduit en français par les termes gâchis, déchet, rebut ou bien atrophié. Refusant de suivre les recommandations de son père, le jeune Taka est dès le départ une forte tête, un casse-cou préférant traîner avec les hyènes plutôt que de suivre les leçons de bonne conduite qui lui sont offertes. Rongé par la jalousie, il décide bientôt de tendre un piège à son frère qu’il accompagne pour aller voir Boma, un buffle colossal bien décidé à ne pas partager l’eau de la rivière alors même que la sécheresse frappe durement la Terre des lions. Avec sagesse, Mufasa tente alors de raisonner le bovin mais Taka met rapidement de l’huile sur le feu. La discussion dégénère. Rafiki, le mandrill, manque d’être tué avant d’être secouru par Mufasa. Taka, pour sa part, est sévèrement blessé à l’œil gauche. Obligé d’admettre sa forfaiture à son père, il exige désormais d'être appelé Scar, le Balafré, un surnom inspiré par sa cicatrice…

Laissé pour mort à la fin du (Le) Roi Lion, la carrière de Scar se poursuit avec une minuscule apparition dans Le Roi Lion 2 : L’Honneur de la Tribu, la suite du classique de 1994. Le spectateur apprend alors que le lion avait une compagne, Zira. Exclue après sa destitution et sa mort puis bannie sur les Terres interdites, elle élève en secret ses trois enfants, Vitani, Nuka et surtout Kovu, l’héritier de Scar dont le nom signifie cicatrice en langue swahili. Désormais relié d'une façon décidément bien facile à une famille, le méchant apparaît très furtivement dans le cauchemar de Simba qui revoit la mort de son père, puis en reflet lorsque Kovu observe son visage balafré dans un lac.

Le Roi Lion 2 : L’Honneur de la Tribu (1998)
La Garde du Roi Lion (2016)

Visible très brièvement dans Le Roi Lion 3 : Hakuna Matata, une seconde suite dans laquelle Timon et Pumbaa font revivre aux spectateurs l’histoire du (Le) Roi Lion de leur propre point de vue, Scar est surtout mentionné en 2015 dans le téléfilm La Garde du Roi Lion : Un Nouveau Cri où son passé est un peu plus dévoilé. Le public apprend, en effet, que le lion fut, en sa qualité de deuxième fils du roi, le chef de la garde chargée de protéger la Terre des lions. Mais le pouvoir lui est rapidement monté à la tête. Souhaitant devenir le futur roi, il s’est alors aliéné les autres membres de la garde qu’il a lui-même détruite en poussant le rugissement des anciens. C’est donc après avoir perdu son titre que Scar est devenu aigri et qu’il s’est laissé dépérir, son corps perdant de sa superbe. Dans La Garde du Roi Lion : L’Ombre de Scar diffusé en 2017, le serpent Ushari et les hyènes de Janja tentent par ailleurs d’éliminer Kion, le jeune héros, en réveillant l’esprit de Scar. Symbolisé par un visage de feu et de lave, ce dernier prend vie dans l’épisode On ne Réveille pas un Crocodile qui dort au cours duquel il tente de monter une armée composée de tous les animaux bannis sur les Terres interdites. Dans l’épisode La Piqûre du Scorpion, Scar envoie le scorpion Sumu pour empoisonner Simba. Il est finalement vaincu dans l’avant-dernier opus de la saison 2, La Fin du Bois de Mizimu.

Hercule (1997)
Disney’s Tous en Boîte (2001)

Plus ou moins présent dans les films et séries dérivés du (Le) Roi Lion, notamment Timon & Pumbaa - Les Héros du Film Le Roi Lion où il apparaît ponctuellement, Scar est également au centre de nombreux caméos et autres apparitions parfois complètement saugrenues. Dans Hercule, le classique de 1997, le héros porte ainsi sur ses épaules la dépouille du lion, une référence non voilée à l’un des mythologiques douze travaux. Scar fait aussi partie des nombreux personnages de l’écurie Disney faisant quelques apparitions dans la série Disney’s Tous en Boîte, notamment dans les épisodes Jiminy Cricket, Monsieur Je-Sais-Tout et La Saint-Valentin de Dingo.

Côté jeux vidéo, Scar est bien entendu le principal antagonisme de l’adaptation du classique de 1994. Il est également l’un des boss du jeu The Lion King: Simba’s Mighty Adventure, de Kingdom Hearts II et de Disney Universe. Dans Epic Mickey, le portrait du lion apparaît en outre sur l’un des vitraux du laboratoire du Savant fou aux côtés de Maléfique et du Capitaine Crochet.

Comme l’ensemble des personnages du film, Scar est évidemment au casting de l’adaptation du (Le) Roi Lion montée à Broadway en 1997. Le méchant est alors interprété sur scène pour la première fois par John Vickery. Campé en France par le comédien Olivier Breitman qui reprend le rôle sur les planches du théâtre Mogador en 2007, Scar se voit offrir une nouvelle chanson, « La Folie du Roi Scar » (« The Madness of King Scar ») dans laquelle le personnage, en proie au doute, explique être hanté chaque nuit par le fantôme de Mufasa. Surtout, Scar cherche à asseoir son pouvoir et gagner le respect de la tribu en demandant à Nala de l’épouser. Refusant ses avances, elle le gifle alors violemment avant de prendre la fuite.

Dans les parcs Disney, Scar fait partie des méchants qui, à défaut d’apparaître en personnage pouvant aller à la rencontre des visiteurs, est très présent lors des différents spectacles et parades. Parmi eux, l’adaptation sur scène du (Le) Roi Lion jouée notamment à Disneyland Paris ou à Shanghai Disneyland. À Paris, le méchant apparaît aux côtés de Chernabog, Jafar, Hadès, Ursula, Maléfique et la Reine Grimhilde sur le char Dreams of Power de La Parade des Rêves Disney jouée de 2007 à 2012. La mort du Mufasa était aussi l’un des extraits diffusé dans le cinéma du musée Art of Disney Animation fermé en 2019. En Californie, Scar est visible dans les projections sur l’eau du spectacle World of Color. À Walt Disney World, le lion, ressuscité par Hadès, reprend du poil de la bête dans le spectacle Sorcerers of the Magic Kingdom. Il est également rappelé par la Reine Grimhilde dans le spectacle nocturne Fantasmic! où il affronte Mickey. À Hong Kong, Scar est l’un des invités de Maléfique dans le spectacle Villains Night Out!. Il retrouve enfin les hyènes dans le spectacle Villains Tonight joué à bord des paquebots de la Disney Cruise Line.


Le Roi Lion (2019)

En 2019, Le Roi Lion fête ses vingt-cinq ans en revenant sur le grand écran. Suivant la mouvance entamée avec Maléfique et suivie avec Cendrillon, Le Livre de la Jungle, Peter et Elliott le Dragon, La Belle et la Bête, Dumbo et Aladdin, il s’agit alors pour les studios Disney d’offrir au public une nouvelle version du classique. Pour ce remake animé réalisé par Jon Favreau, Scar perd alors sa fourrure orange et sa crinière noire pour une robe plus réaliste. Conservant évidemment sa balafre à l’œil gauche, le lion est doublé en version originale par le comédien Chiwetel Ejiofor et en version française par Michel Lerousseau.

« Plus réussi est le méchant, plus réussi sera le film », confiait Alfred Hitchcock au réalisateur français François Truffaut en 1962… Avec Scar, une maxime qui, indéniablement, sied parfaitement au (Le) Roi Lion

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