Titre original :
Dumbo
Production :
Disney
Date de sortie USA :
Le 29 mars 2019
Genre :
Comédie dramatique
IMAX
3-D
Réalisation :
Tim Burton
Musique :
Danny Elfman
Durée :
112 minutes
Disponibilité(s) en France :

Le synopsis

Les enfants de Holt Farrier, ex-artiste de cirque chargé de s’occuper d’un éléphanteau dont les oreilles démesurées sont la risée du public, découvrent que ce dernier sait voler...

La critique

rédigée par
Publiée le 24 mars 2019

Cette relecture de Dumbo par Tim Burton est à la fois une revisite du classique de Walt Disney de 1941 tout en étant un retour au source pour le réalisateur. Le film parvient en effet à rendre hommage avec beaucoup de poésie au dessin animé iconique tout en s'en détachant nettement. Tim Burton, pour sa part, retrouve avec lui, un univers et un ton qui ont longtemps fait le charme et la particularité de ses œuvres et que nombre de spectateurs lui reprochaient d'avoir perdus. Ainsi, le Dumbo de 2019 conserve toute la naïveté et le charme du film d'animation mais lui apporte une approche différente, un point de vue tourné vers les personnages humains et une morale contemporaine.

Dumbo est connu de tous pour être un classique animé produit par Walt Disney durant l'époque considérée comme son premier âge d'or. L'origine de l'histoire remonte ainsi à 1939 quand le couple Helen Aberson et Harold Pearl, en instance de divorce, écrivent une petite aventure intitulée, Dumbo the Flying Elephant. Ce court récit est alors destiné à être proposé en Roll-A-Book, une sorte de boîte avec de petits boutons que les lecteurs tournent pour lire l'histoire au travers d'une fenêtre. Si aucun exemplaire de cet objet n'a pu être redécouvert, peu de temps après l'écriture de ce livre spécial, les studios Disney se voient proposer d'illustrer une version papier plus traditionnelle. Walt Disney sent alors tout le potentiel du récit et du personnage et en achète aussitôt les droits pour en faire, à l'origine, un simple court-métrage. Il confie ensuite l'élaboration du script à Dick Huemer et Joe Grant qui, très vite, estiment la matière suffisante pour bâtir un long-métrage. Le papa de Mickey se range aussitôt à leur avis et autorise la mise en chantier du film d'animation. Produit pour moins d'un million de dollars, un budget plus que maîtrisé pour l'époque, il fait parti avec Le Dragon Récalcitrant, d'un duo de films peu chers censés aider le studio à se refaire financièrement après deux longs-métrages dispendieux, Pinocchio et Fantasia, dont les retours financiers ont été très décevants consécutivement à l'entrée en guerre de l'Europe. Cinquième long-métrage des studios Disney, Dumbo sort finalement au cinéma le 23 octobre 1941.

L'opus est un succès à sa sortie. Salué par la critique, il est plébiscité par le public. La partition composée par Frank Churchill et Oliver Wallace remporte l'Oscar de la Meilleure Musique tandis que la chanson Mon Tout Petit (Baby Mine), écrite par Frank Churchill et Ned Washington, reçoit une nomination pour la Meilleure Chanson. Après la guerre, en 1947, Dumbo est montré en compétition lors de la seconde édition du Festival de Cannes en 1947 et obtient le Grand Prix. Le long-métrage connaît ensuite de nombreuses ressorties au cinéma, toutes couronnées de succès. Définitivement ancré dans l'inconscient collectif, il appartient à l'envieuse catégorie des films événements qui ont contribué à la réputation de la signature de Walt Disney lui-même. Il est sans aucun doute l'une des œuvres les plus touchantes du Grand Maître de l'animation. La scène où le petit Dumbo se fait bercer et réconforter par la trompe de sa mère alors emprisonnée, sous l'air de la chanson Mon Tout Petit, a, il est vrai, fait chavirer le cœur de nombreux spectateurs à travers les générations. La symbolique de la différence et du rejet est aussi très forte ; elle est d'autant plus remarquable qu'elle est contée en toute simplicité et humilité. Rien d'étonnant dès lors que Dumbo soit le film d'animation préféré de nombreux artistes et animateurs.

En 2019, ce nouveau Dumbo rentre dans une tradition que la branche chargée des films "live" des studios Disney a pris depuis quelques années : adapter en prises de vues réelles des classiques de l'animation. Il faut de la sorte remonter à 2010 pour voir les studios Disney relancer le genre en grandes pompes avec leur adaptation d'Alice au Pays des Merveilles par Tim Burton. La formule est toute trouvée : une nouvelle adaptation d'un classique de la littérature enfantine, déjà traité par le passé par les studios, avec la vision, si possible, d'un réalisateur de renom. Ainsi, viennent ensuite une préquelle au (Le) Magicien d'Oz avec Le Monde Fantastique d'Oz en 2013 réalisé par Sam Raimi, puis en 2014 La Belle au Bois Dormant avec Maléfique par Robert Stromberg ; en 2015, Cendrillon par Kenneth Branagh ; en 2016, Le Livre de la Jungle par Jon Favreau et Peter et Elliott le Dragon par David Lowery ; en 2017, La Belle et la Bête par Bill Condon ; en 2018, Jean-Christophe & Winnie par Marc Forster et enfin en 2019 pas moins de deux films avec Dumbo et Aladdin par Guy Ritchie sans compter le remake CGI du (Le) Roi Lion par Jon Favreau. Il faut également ajouter les suites de ces adaptations comme Alice de l'Autre Côté du Miroir en 2016 et Maleficent : Mistress of Evil en 2019.

Les studios Disney, surtout depuis que Bob Iger a pris les rênes de The Walt Disney Company, ancrent leur label historique dans une identité parfaitement reconnaissable par le public. Dès lors et forcément, nombreux fans et spectateurs s'accordent à dire que la mode des remakes à foison des classiques d'animation est à la fois inutile et sans imagination, ni prise de risque. Oui, mais voilà, le public en raffole et plébiscite en salles ces histoires classiques où il peut emmener ses enfants découvrir de nouvelles versions, modernes, de films qu'il a aimés dans sa jeunesse. Disney exploite là un véritable filon juteux puisque nombreux de ces opus sont d’immenses succès publics comme La Belle et la Bête qui rapporte 1.2 milliard de dollars dans le monde tandis que Le Livre de la Jungle frôle, lui, le milliard. Ces résultats sont d’ailleurs à comparer avec les tentatives de sortir des sentiers battus que constituent John Carter (2012), À la Poursuite de Demain (2015) ou plus récemment Un Raccourci dans le Temps (2018) qui ont tous signé des échecs en salles alors qu'ils sont (presque) tous réhabilités depuis. Mais voilà, le public a une idée bien précise de ce qu'il attend d'un film Disney et il est difficile pour le studio de sortir de ce chemin balisé. Néanmoins, à trop vouloir tirer sur la corde, le label Disney "live" risque de lasser son public et il lui faudra alors trouver un moyen de se réinventer. En attendant, il profite à plein de cette décennie qui est sans aucun conteste la meilleure en termes de box office et de notoriété pour les films à prises de vues réelles du label Disney.

Parmi tous ces remakes, se remarquent toutefois deux catégories. La première est formée des films qui suivent au plus près le matériel de base que cela soit le conte ou le film d'animation. Ainsi Cendrillon, Le Livre de la Jungle, La Belle et la Bête ou les futurs Aladdin et Le Roi Lion s'inscrivent dans cette veine. Il y en a d'autres qui, au contraire, s'éloignent du matériel de référence pour proposer une relecture de l'histoire originale. Ce fut le cas avec Alice au Pays des Merveilles, Maléfique ou Peter et Elliott le Dragon ; Dumbo rentrant à l'évidence dans cette deuxième catégorie.
L'idée d'une adaptation en prise de vues réelles du classique de 1941 remonte ainsi à 2014. Les studios Disney confient le scénario et la co-production à Ehren Kruger, connu pour avoir écrit trois des cinq Transformers de Michael Bay. Il sait parfaitement qu'il veut s'éloigner du film d'animation en centrant le récit sur les personnages humains tout en gardant le cœur du dessin animé originel. Il faut dire que ce dernier était décidément trop court pour être adapté tel quel. Mais le scénariste a gardé son message principal : celui de l'apprentissage de la confiance en soi. Il aborde aussi la notion où tout un chacun doit savoir trouver au plus profond de lui ce qui fait sa véritable beauté, même si elle constitue justement la différence que certains trouveront anormale ou laide. Le scénariste cherche ainsi à changer de point de vue par rapport au film de 1941 en explorant la façon dont les humains qui entourent Dumbo réagissent au fait que l'éléphant sache voler tout en insistant plus sur le contexte historique dans lequel se déroule le film, celui de l'âge d'or des cirques.

Pour réaliser Dumbo, les studios Disney pensent immédiatement à Tim Burton avec qui ils ont déjà travaillé avec succès sur Alice au Pays des Merveilles, le remake qui a lancé la mode pour le label. Il faut dire que l'univers du cirque sied à merveille au réalisateur comme l'a démontré sa magnifique mise en scène dans le superbe Big Fish. Le cirque est un environnement qui l'a toujours attiré, surtout durant son enfance, lui qui était bloqué dans la morne banlieue de Los Angeles, Burbank, où chaque maison se ressemble. S'enfuir, tout abandonner, pour rejoindre un spectacle ambulant est une idée qui le hante souvent même s'il n'aime pas certains éléments du cirque comme les animaux captifs, les clowns ou les défis quotidiens contre la mort menés par les acrobates. Par contre, l'envie de faire partie d'une famille de rejetés et d'iconoclastes qui n'arrivent pas à rentrer dans le moule de la société est puissante chez lui.

Dumbo marque à la fois un défi et une zone de confort pour Tim Burton. La décennie 2010 aura, en effet, été difficile pour le réalisateur. Il commence avec Alice au Pays des Merveilles qui signe avec son milliard de dollars au box office mondial, le plus gros succès de sa carrière. Mais paradoxalement, l'opus fait perdre de sa superbe au réalisateur. Malgré son succès, il déçoit ses fans lui reprochant son scénario mal écrit et son surplus de décors en CGI. Tim Burton va alors accumuler déconvenues artistiques sur fiascos financiers ; voire les deux. Son plus gros échec durant cette décennie est sûrement son long-métrage suivant, Dark Shadows, sorti en 2012, adaptation d'une vieille série télé des années 1960. Boudé par le public et rejeté par la critique, l'opus ne rentre pas dans ses frais. La même année, il propose le film d'animation image par image, Frankenweenie, chez Disney, dans le style du culte L'Étrange Noël de Monsieur Jack. Remake de son court-métrage éponyme en prises de vues réelles, Frankenweenie, réalisé en 1984 pendant qu'il était un jeune animateur au sein des studios Disney, il est plébiscité par la critique et par ses fans mais malheureusement passe inaperçu dans les salles, surtout en dehors des États-Unis. Avec Big Eyes en 2014, Tim Burton se contente d'une oeuvre bien plus modeste, l'histoire vraie de Margaret et Walter Keane, avec Amy Adams et Christoph Waltz. Le long-métrage est bien accueilli par la critique mais complètement boudé par le public : son budget modeste lui permet en revanche de se rembourser. Miss Peregrine et les Enfants particuliers en 2016, chez 20th Century Fox, adaptation d'un célèbre roman jeunesse, est sur le papier une œuvre idéale pour l'imaginaire du réalisateur. Les fans de l'artiste apprécient le résultat mais les critiques et une bonne partie du public commencent à se lasser de voir Tim Burton tourner en rond dans son univers. Le procès artistique envers le réalisateur est alors sévère surtout que ce dernier film possède tous les ingrédients qui ont fait son charme et lui ont donné une place à part à Hollywood. Avec Dumbo, Tim Burton rentre donc un peu au bercail en revenant chez Disney. Pour autant, le défi est de taille ! Il doit réussir à réinventer une histoire qui a touché des générations entières d'enfants et de parents à travers le monde.

Et le pari est réussi ! Le nouveau Dumbo arrive, en effet, à rendre hommage au classique d'animation, par petites touches, sans forcément le singer mais en proposant une solide relecture. La démarche débute d'ailleurs sur une ouverture très inspirée avec le train Casey Junior qui va de ville en ville transportant le cirque et ses saltimbanques. Le rendu visuel de la locomotive est ainsi réalisé avec goût se rapprochant de la forme simple et coloré du dessin animé mais en revendiquant toutefois une vraie cohérence avec l'imagerie du rail de la fin des années 1910. D'autres personnages iconiques du film de 1941 apparaissent également, même s'il n'ont eux pas le même rôle et le même temps de présence. Les cinéphiles reconnaîtront ainsi la petite souris Timothée ou encore la cigogne qui s'invite judicieusement dans une séquence-clé de façon très poétique. Des scènes emblématiques du classique sont aussi rejouées à l'exemple de celle où le petit Dumbo est déguisé en clown dans un immeuble en flamme ou encore celle de la chanson La Marche des Éléphants (même si seule la mélodie est reprise). À chaque fois, la réinterprétation des séquences est superbement pensée et mise en image s'éloignant de l'aspect surréaliste du film d'animation tout en proposant un spectacle plus merveilleux. En réalité, seule chanson du film d'animation reprise dans le long-métrage de 2019, Mon Tout Petit, s'inscrit dans une volonté de copié-collé de son aîné de référence. Si le passage est réussi dans le nouveau Dumbo, il ne parvient toutefois pas à retranscrire la puissance émotive du Grand Classique de Walt Disney. Enfin, un dernier élément primordial du dessin animé, le symbole de la plume, se voit également réutilisé mais d'ailleurs de manière plus intensive que dans le film d'animation...

Tim Burton s'empare donc du monde de Dumbo en proposant ce qui est assurément son meilleur film à prises de vues réelles de la décennie. Le spectateur sent, en effet, de nouveau, vraiment le réalisateur inspiré. Il offre ainsi un film familial magnifique, empli de poésie et d'un brin de naïveté, avec de superbes messages. Comme avec Edward aux Mains d'Argent, il livre une ode à ce personnage hors-norme, qu'est le petit éléphanteau, moqué par tous mais qui cache un trésor au fond de lui, un don dont il ignore tout. Comme dans Big Fish, le monde du cirque inspire le réalisateur : il fait, ni plus, ni moins qu'une déclaration d'amour à tous les phénomènes de foire qu'il croise, que cela soit la sirène enrobée, le dresseur de serpent, le magicien ou encore le colosse, homme à tout faire. Et ce ne sont pas là de simples faire-valoir ; ils assument tous un vrai rôle dans le film et la tendresse de Tim Burton à leur encontre se ressent vraiment. Dans ces moments-là, Dumbo rappelle d'ailleurs un peu The Greatest Showman qui procédait de la même intention. L'artiste choisit aussi de changer la morale du film d'animation en livrant pas moins qu'un plaidoyer contre la cruauté de placer les animaux en cage ou de les exploiter pour divertir. Le film de 2019 s'inscrit ici parfaitement dans la pensée actuelle et revendique la juste place des animaux sauvages : dans leur milieu naturel !

Pour autant, Tim Burton ne peut s'empêcher d'aborder, de-ci de-là, quelques réactions qui manifestement l'énervent et dont il ne s'interdit plus d'en dénoncer l'outrance ou la bêtise crasse, là où jusqu'à présent, il se contentait d'en montrer l'existence sans forcément prendre parti. Un exemple parmi d'autres est le moment où Dumbo se met à voler dans le chapiteau. Si la plupart des spectateurs sont bouche bée, certains garnements, qui se moquent de l'éléphanteau et de ses grandes oreilles, continuent à rire bêtement comme peuvent le faire certains adolescents immatures ou débiles. Le réalisateur permet ainsi Dumbo de se venger en les aspergeant d'eau avec sa trompe. Il donne au personnage un petit côté revanchard où le spectateur sent perler chez le réalisateur une envie de revanche envers certaines têtes-à-claque que tout le monde croise un jour dans sa vie. Plus évident encore est sûrement le contraste qu'il veut donner entre le cirque des Frères Medici et le Dreamland grandiloquent de V.A. Vandevere. Il met ici en exergue la différence entre le petit cirque familial itinérant de province dont les années de gloire sont derrière lui avec le grand parc d'attractions clinquant et moderne. Il est difficile alors de ne pas y voir une critique formulée contre Disneyland, du moins dans son concept de proposer un lieu de divertissement fixe, tuant l'envie d'itinérance de ville en ville. Tim Burton révèle en réalité surtout qu'il préfère des lieux à taille humaine qu'il juge au final plus chaleureux. Il n'empêche : les studios Disney ont laissé une vraie liberté artistique au réalisateur.

L'une des grandes forces du film est son casting cinq étoiles qui portent des personnages attachants, même si la simplicité du récit et le côté familial de l'ensemble ne poussent pas à proposer un développement des personnalités très recherché. Les personnages n'en restent pas moins bien définis même s'ils s'affichent légèrement caricaturaux.
Colin Farrell (Minority Report, Fright Night ou Dans l'Ombre de Mary - La Promesse de Walt Disney) joue Holt Farrier, le père des deux enfants Milly et Joe. Will Smith était, en fait, envisagé pour le rôle mais il a préféré choisir celui du Génie dans Aladdin. Chris Pine et Casey Affleck se sont vus aussi proposer le personnage mais ont tout deux décliné avant que Colin Farrell ne soit choisi. L'acteur sait manifestement jouer au père maladroit comme il l'avait déjà montré dans la biographie fictive de Pamela L. Travers. Ici, il revient mutilé des tranchées de la Première Guerre Mondiale tandis que sa femme qui se chargeait de ses enfants pendant qu'il était sur le front meure de la Grippe Espagnole. Il arrive ici complètement déboussolé et n'arrive même plus à parler à ses enfants. Il suffit de voir le regard qu'ils lui portent quand ils le revoient pour la première fois ne parvenant pas à l'embrasser comme si un bras en moins l'avait rendu totalement différent tandis que lui échoue à rompre la glace qui s'est formée entre eux. Il va donc devoir apprendre à écouter ses enfants et surtout redevenir le héros qu'il était à leurs yeux.
Les deux enfants, Milly et Joe Farrier, sont, quant à eux, campés respectivement par Nico Parker et Finley Hobbins. Les deux jeunes acteurs parviennent à se rendre attachants même s'ils ont un peu de mal à livrer un jeu varié. Néanmoins, le spectateur croit à leur amitié pour le petit Dumbo et les suit dans leur volonté de lui venir en aide.
Danny DeVito est décidément un habitué des films de Tim Burton puisqu'il a déjà joué dans Batman, le Défi, Mars Attacks ! et Big Fish. Ici, il interprète Max Medici, le propriétaire du cirque des Frères Medici. Il représente dès lors un peu le personnage de Monsieur Loyal dans le film de 1941 même si son rôle a totalement été réécrit. À la fois amusant et touchant, il apporte beaucoup de légèreté à l'opus sachant rendre son personnage particulièrement humain. Il s'agit sûrement de la meilleure surprise du film.
Michael Keaton est lui aussi abonné aux films du réalisateur puisqu'il a participé à Batman et Batman, le Défi en devenant le fameux Bruce Wayne. Dans Dumbo, il joue le fondateur de Dreamland, V. A. Vandemere. Il est ici le vrai méchant de l'histoire qui ne cherche que la gloire et la suprématie n'hésitant pas à écraser quiconque entend lui résister ou à se débarrasser de ceux qui lui semblent inutiles. Après Spider-Man : Homecoming, l'acteur s'amuse de nouveau à camper un sale type tout en lui donnant une classe incroyable faisant que le spectateur adore le détester.
Eva Green interprète, pour sa part, Collette Marchant, la trapéziste française. L'actrice est aussi une habituée de Tim Burton puisqu'elle a joué dans Dark Shadows et Miss Peregrine et les Enfants Particuliers. Ici, elle fait passer son personnage de l'artiste un peu hautaine à la femme engagée qui se laisse émouvoir par la famille Farrier et le petit éléphanteau. Elle prend pour cela un petit accent français tout à fait charmant.

Mais le vrai personnage principal du film est évidemment Dumbo. Le défi a été de taille pour les artistes car l'éléphanteau devait avoir l'air assez réel pour porter la version "live" mais aussi ne pas trop l'être pour rester plausible et surtout rappeler le personnage du film d'animation. Comme tous les animaux présents dans le Dumbo de 2019, il est réalisé intégralement en CGI. Son apparence est tout simplement superbe avec un design ayant agrandi la tête et surtout les yeux, tout en rendant réaliste l'idée que ses oreilles ont la capacité de le faire voler en portant sa masse dans les airs. Il faut ici féliciter le regard parfaitement expressif du personnage. Et il est important car, comme dans le film d'animation, il est un personnage de pantomime, donc muet. Dans le film de 2019, c'est d'ailleurs aussi le cas de tous les animaux et ce pour ancrer le récit dans plus de réalisme. Le regard de Dumbo est dès lors très important car il y fait passer toutes ses émotions. Et il est impossible pour le spectateur de ne pas tomber sous le charme de cette mignonne petite bouille qui saura attendrir n'importe qui.

Outre ses personnages, l'autre grand atout du film est clairement la direction artistique qui est d'une beauté renversante. Mention spéciale doit être donnée aux décors supervisés par Rick Heinrichs qui sont juste superbes. Que cela soit le cirque des Frères Medici où les allées de Dreamland, tout est ici merveilleux. Mélangeant les constructions en durs avec des éléments en CGI, principalement le ciel et les décors de fond, tout est signé avec goût et le spectateur ressent bien la patte de Tim Burton dans l'influence globale du film. Il sera aussi noté quelques endroits de Dreamland qui rappellent de vraies attractions de Walt Disney notamment le Carousel of Progress. Si les décors ressortent particulièrement, c'est le cas aussi de la photographie dont Ben Davis a la charge. La colorimétrie et l'éclairage apportent, en effet, beaucoup au charme du film délivrant une chaleur apaisante. Les costumes de Colleen Atwood sont tout aussi réussis plongeant le spectateur dans l'époque de l'année suivant la fin de la Première Guerre Mondiale et surtout l'âge d'or des cirques. Son travail le plus remarquable s'apprécie durant la belle parade qui a lieu avant l'entrée dans Dreamland comme certains cirques ont l'habitude d'en faire mais ici, avec toute l'ambition et le tape-à-l'oeil exigés par le personnage de V. A. Vandemere. Enfin, il sera noté la qualité des effets spéciaux qui viennent parfaire l'aspect graphique décidément soigné.

La musique de Danny Elfman, le compositeur fétiche des films de Tim Burton, mérite aussi attention. Il s'inspire, en effet, par petites allusions des musiques du film de 1941 composées par Frank Churchill et Oliver Wallace. Seule la chanson Mon Tout Petit est toutefois reprise dans le film même si les airs des autres ritournelles apparaissent dans les mélodies de la version 2019. Les cinéphiles reconnaîtront ainsi par exemple les notes de Le Train du Bonheur, Voir Voler un Éléphant ou La Marche des Éléphants. Le compositeur apporte également une vraie touche personnelle notamment en utilisant beaucoup des chœurs accentuant l'émotion de certaines scènes, surtout à la fin. La musique vient en réalité appuyer la beauté technique du film et le soin apporté à chacun de ses éléments faisant de son visionnage une belle expérience cinématographique jusque dans le générique de fin, où la chanson Baby Mine interprétée par Arcade Fire retentit et fait frissonner une ultime fois...

Dumbo est tout simplement une très jolie œuvre apte à plaire à toute la famille. Tim Burton livre ici l'un de ses meilleurs films "live" depuis des années, retrouvant la poésie et le charme qui le caractérise. Hommage appuyé au film d'animation sans en être une pâle copie, Dumbo offre un récit empli de charme et de naïveté, porté par des personnages attachants, un visuel époustouflant et une morale dans l'air du temps.

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